L'empreinte provençale dans la course au large : entre passion locale et défis mondiaux

La course au large, discipline exigeante et fascinante, est souvent associée aux côtes atlantiques de la France, notamment la Bretagne et les Pays de la Loire. Pourtant, la Méditerranée, avec ses vents parfois capricieux et son identité nautique distincte, révèle elle aussi des navigateurs d'exception et des projets audacieux. Si les opportunités professionnelles y sont moins nombreuses, la passion pour la voile y est palpable, donnant naissance à des carrières singulières et des initiatives originales. Cet article explore les parcours de skippers liés à la région d'Aix-Marseille-Provence et met en perspective leurs défis et leurs ambitions face au monde de la course au large française et internationale.

Aix-Marseille : un bassin de passionnés face à l'hégémonie bretonne

La Méditerranée, et particulièrement la région marseillaise, abrite une communauté de marins dont l'engagement et la détermination ne sont pas moindres, même si le contexte y est différent des pôles d'excellence de la côte atlantique. Pierre Quiroga, né à Hyères, incarne parfaitement cette réalité. Il est l'un des rares Méditerranéens à avoir réussi sur les circuits de la course au large, un univers où les Bretons font la loi. Son expérience souligne une distinction fondamentale : "En Bretagne, je dis que je suis skipper en course au large, ici je fais juste de la voile". Cette phrase résume à elle seule la perception de la pratique de la voile dans le sud de la France.

Pour beaucoup, à Marseille, la voile reste souvent un loisir, une passion ardente mais rarement un métier à part entière. "Ici, il n'y a pas de métier de la course au large, très peu d'opportunités. Si tu veux en vivre, tu es obligé de t'exporter là où ça marche, en Bretagne," explique Pierre Quiroga. Cette observation met en lumière les réalités économiques et structurelles qui freinent l'émergence d'un écosystème professionnel de la course au large en Méditerranée. Pierre Quiroga, figure bien connue de la course au large et du club, a par exemple participé à la 59e Semaine Nautique Internationale de Méditerranée à bord du Terrible Joy, engagé en IRC 2. Cependant, même lors d'événements majeurs, le ton reste léger, comme il le souligne : "Quand je suis en Bretagne, je dis que je suis skipper en course au large. Ici, je dis que je fais de la voile, parce que les gens ne comprennent pas ce que ça veut dire." Cette perspective n'entame en rien la ferveur des navigateurs locaux.

Nicolas Rouger : l'aventure éducative "Demain c'est loin" vers le Vendée Globe 2028

Au-delà des compétitions régionales, la région d'Aix-Marseille-Provence est également le terreau de projets d'envergure internationale, portés par des personnalités aux parcours singuliers. Nicolas Rouger, skipper et aventurier, se distingue par un projet innovant et ambitieux visant le Vendée Globe 2028. Son initiative, intitulée "Demain c’est loin", est bien plus qu'une simple quête sportive ; elle s'inscrit dans une démarche éducative et sociale profonde.

Le projet de Nicolas Rouger a pour objectif une participation au Vendée Globe 2028, la course mythique autour du monde, en solitaire, sans escale et sans assistance. Le voilier monocoque qui le portera s'appellera lui aussi "Demain c'est loin", en hommage au titre d'une chanson d'IAM, parrain de l'opération. Ce qui rend ce projet particulièrement remarquable est son partenariat de cinq ans (2025 - 2030) avec l'Académie d'Aix-Marseille, un engagement qui touchera près de 600 000 élèves, du CP à la terminale. Nicolas Rouger, qui avoue avec humour n'avoir "ni le bac ni le brevet des collèges" et que "la mer l'a sauvé", s'amuse de ce retour dans le monde de l'école par une porte inattendue, celle de la transmission de valeurs.

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Le projet "Demain c'est loin" se distingue par une dimension originale et ambitieuse, articulée autour de plusieurs axes fondamentaux. Premièrement, un triple axe sport - art - éducation. Le bateau et ses voiles ne sont pas seulement des supports de performance, mais deviennent une œuvre artistique à part entière, la grand-voile n'étant pas un espace publicitaire mais une peinture géante, servant ainsi de support de transmission culturelle et éducative. Deuxièmement, une promesse éducative forte : l'implication des élèves dans le suivi de la course, l'organisation de visites du bateau, et la mise en place d'activités pédagogiques variées telles que la construction de maquettes, des ateliers pratiques, et des actions de sensibilisation à l'environnement marin, à la météo et aux technologies de pointe. Troisièmement, un ancrage territorial et social marqué par des actions auprès des écoles et une volonté d’ouverture aux services éducatifs et sociaux, en lien avec les valeurs de solidarité, de mixité et de respect de l’environnement. Enfin, le projet anticipe un impact médiatique important, avec une visibilité nationale et internationale assurée grâce aux courses préparatoires (comme la Route du Rhum et la Transat Jacques Vabre) et au Vendée Globe lui-même, offrant un relais de communication valorisant pour tous les partenaires. Pour Nicolas Rouger, cette opération permettra de transmettre aux enfants et aux adolescents des "valeurs de solidarité, de dépassement de soi, et d'ouverture aux autres", faisant de son aventure sportive un véritable levier d'inspiration et d'éducation.

Autres figures provençales et méditerranéennes : une diversité d'engagements

La vitalité nautique de la Provence s'exprime à travers plusieurs autres figures et événements qui animent le paysage local. Franck Cammas, l'un des plus grands navigateurs au monde, est également un invité régulier d'ICI Provence, soulignant un lien avec la région alors qu'il recherche des sponsors pour s'aligner sur le prestigieux Vendée Globe en 2028. Son passage met en lumière l'attractivité de la course au large, même pour des navigateurs de renommée mondiale cherchant à se connecter à de nouveaux territoires et partenaires.

Par ailleurs, la ville de Marseille sert de point de départ pour des compétitions comme la CIC Med Channel Race, une course à la voile en duo en Méditerranée, à laquelle participe Mathieu Claveau. Ces initiatives locales, bien que de différentes envergures, témoignent d'une dynamique nautique active et diversifiée, ancrée dans la culture méditerranéenne. Des habitants de la région, comme Christophe Ponce et son fils Aaron de Port-de-Bouc, sont même décorés pour acte de courage et de dévouement, démontrant l'attachement et le respect des populations pour le milieu marin. Le programme ICI Provence met régulièrement en lumière ces aspects locaux, qu'il s'agisse de la Semaine Nautique Internationale ou des portraits d'acteurs de la région comme Nicolas Descamps, électricien passionné d'Aubagne, ou d'interviews avec des personnalités publiques. Ces reportages contribuent à tisser un lien entre la population et le monde de la voile, même si celui-ci est souvent perçu comme un loisir plutôt qu'une carrière professionnelle dans la région.

L'Élite de la course au large : parcours croisés et défis mondiaux

Au-delà des spécificités régionales de la Provence, la France brille sur la scène internationale de la course au large grâce à une pépinière de talents dont les parcours, souvent exigeants, mènent aux plus grands défis comme le Vendée Globe, l'Everest des mers. Les éditions du Vendée Globe sont des vitrines de l'excellence française dans cette discipline, réunissant une quarantaine de prétendants, dont de nombreux navigateurs ayant des liens forts avec des régions phares telles que les Pays de la Loire.

Les vétérans et les champions en titre

Parmi les figures expérimentées, certains ont déjà inscrit leur nom au palmarès des plus grandes épreuves. Yannick Bestaven, le Nazairien, se prépare à affronter l'Everest des mers pour la troisième fois à bord d'un IMOCA de dernière génération. Ingénieur de formation et coconcepteur de l'hydrogénérateur Watt&Sea imaginé par Éric Tabarly, sa carrière de skipper, débutée très jeune, est jalonnée de victoires retentissantes. Il a notamment été vainqueur de la Transat 6.50 en 2001, double vainqueur de la Transat Jacques-Vabre en 2011 et 2015, et il remet son titre en jeu en tant que vainqueur du Vendée Globe 2020/2021. Sa capacité à combiner expertise technique et performance en mer fait de lui une référence incontournable.

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Manuel Cousin, basé aux Sables d'Olonne, est également une figure de persévérance. Issu d'une famille passionnée par la mer et la voile, la course au large est le fil rouge de sa vie. Au départ de toutes les courses IMOCA depuis 2017, il a su montrer sa détermination et sa technicité lors du Vendée Globe 2020/2021. Malgré un vérin de quille cassé, le skipper n'a rien lâché et a terminé à la 23e place, un témoignage de sa résilience et de son habileté. D'autres, comme un Sablais d’adoption dont le nom n'est pas précisé mais qui est unique pour avoir terminé quatre Vendée Globe consécutifs, ont construit un palmarès impressionnant. Il est devenu une figure emblématique de la voile française, avec des performances notables : 18e de la Transat Jacques Vabre 2019, 14e de la Fastnet Race 2019, 9e de la Route du Rhum 2018, 10e du Vendée Globe 2017, 7e du Vendée Globe 2008 et 2012, 7e de la Route du Rhum 2010, vainqueur de la Route de l’Équateur 2005 et 3e de la Mini-Transat 2001. Ces parcours démontrent une constance et une adaptabilité exceptionnelles sur les mers du globe.

Les jeunes espoirs et les révélations

Le renouvellement des talents est constant dans la course au large. À tout juste 23 ans, Violette Dorange est la plus jeune des inscrites au départ du Vendée Globe, et non la moins expérimentée. Après avoir atteint le haut niveau en voile légère 420, elle a réalisé des exploits remarquables comme une traversée de la Manche en Optimist à 15 ans, puis celle de Gibraltar à 16 ans. La navigatrice, forte de trois participations à la Solitaire du Figaro, est désormais prête à relever le défi du mythique tour du monde à la voile, incarnant la nouvelle génération audacieuse.

Benjamin Dutreux, originaire de l’Île d’Yeu, a été une révélation du Vendée Globe 2020, surprenant skippers et public en terminant 9e à bord d'un IMOCA ancien génération, baptisé affectueusement "papy". Son parcours est celui d'une ascension méthodique. En 2014, il rejoint le Team Vendée Formation, où il apprend les rudiments de la course au large. Un travail acharné qui paie et lance sa carrière : il est 1er bizuth de La Solitaire du Figaro 2015, puis 5e en 2018. Soucieux de l'environnement, Benjamin Dutreux est également engagé depuis plus de sept ans avec l'association Water Family, ajoutant une dimension éthique à ses exploits sportifs.

Des parcours atypiques et des engagements forts

La diversité des parcours est une richesse de la course au large. Damien Seguin, originaire de Château-Gontier-sur-Mayenne, est un ancien journaliste devenu skipper professionnel. Deux fois participant du Vendée Globe et finisher de la Transat Jacques Vabre, de la Route du Rhum ou encore du Défi Azimut, il met son bateau au service de la science, soulignant l'engagement de certains marins pour des causes plus larges. Le Nantais, habitué des grandes compétitions, est un athlète d'exception : 5 fois champion du monde et triple médaillé paralympique en 2.4mR. En 2021, il est devenu le premier skipper handisport de l’histoire à boucler un tour du monde en solitaire sans escale et sans assistance, une performance qui repousse les limites du possible et inspire au-delà du monde de la voile.

Sébastien Simon, natif des Sables d’Olonne, a découvert la voile enfant à bord du bateau de son père. Devenu ingénieur en structure et composites, ce passionné des sports de glisse a su très rapidement imposer son style. Vainqueur de la Solitaire Urgo Le Figaro et Champion de France Élite de Course au Large en 2018, il est "piqué par le virus de la compétition". Au départ du Vendée Globe 2020/2021, il fut contraint d’abandonner après avoir heurté un OFNI (Objet Flottant Non Identifié) au large du cap de Bonne-Espérance, mais est "prêt à prendre sa revanche".

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Sébastien Marsset, le Nantais, fait partie de ces skippers complets, réputés pour briller tant à la tête de leur propre projet qu'au sein d'équipes prestigieuses. En solitaire, en double, en équipage, à travers l'Atlantique ou autour du Monde, il a démontré sa polyvalence. En dix ans, il est ainsi passé d'une première transat en Mini (voilier de 6,50 m) à un record autour du Monde à bord de Spindrift, un trimaran de 40 mètres. Skipper polyvalent, il sait faire preuve de la même application dans sa préparation physique que dans l’étude de la météo, soulignant l'exigence totale de la course au large.

Armel Tripon, "Nantais pur jus", même si son port d’attache est dans le Morbihan à La Trinité-sur-mer, est un marin autodidacte qui a navigué sur tout ce qui flotte sur une coque. La compétition, il l’aborde logiquement comme la plupart des aventuriers des mers : via le Mini. Grand vainqueur de la mythique transatlantique, il s’est appuyé sur cette performance pour intégrer quelques années plus tard la très exigeante Classe Figaro Bénéteau. Pendant sept saisons, il a décroché quelques podiums et bons résultats et a traversé l’Atlantique au moins une fois par an, en solitaire ou en double. C’est ce qu’il a fait également en Class40 après l’expérience Figaro, avec là aussi quelques bons résultats, dont une victoire sur Les Sables-Horta et plusieurs podiums. Déterminé et bosseur, le marin nantais a ensuite décroché un budget pour un IMOCA, la catégorie reine des monocoques, celle des bateaux du Vendée Globe. Contre toute attente, il a offert une vraie opposition aux stars de la voile pendant les courses de préparation. Puis en 2014, il a décroché en solitaire une magnifique place de quatrième sur la prestigieuse Route du Rhum, juste derrière trois héros du Vendée Globe : François Gabart, Jérémie Beyou et Marc Guillemot. Après avoir bouclé la boucle des monocoques océaniques de compétition (Mini 6.50, Figaro, Class40, IMOCA, de 6,50 m à 18,28 m), son intérêt s'est porté logiquement vers les bateaux à plusieurs coques, ces trimarans si rapides et si spectaculaires, véritables machines à créer du vent. Armel s'est ainsi vu confier la barre du Multi50 RÉAUTÉ CHOCOLAT, apprenant vite en s’entourant de jeunes marins expérimentés sur ce genre de bateau comme Vincent Barnaud, son boat captain avec qui il a participé à la Transat Jacques Vabre 2017. En 2018, Armel Tripon a effectué sa toute première transatlantique en multicoque en solitaire sur la Route du Rhum - Destination Guadeloupe, ce qui était également sa vingtième transatlantique, témoignant d'une carrière riche et diversifiée.

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