Guide complet du skipper : anticiper et affronter le mauvais temps en mer

La navigation de plaisance est une activité qui, par définition, nous expose aux caprices de la nature. Que vous soyez un plaisancier occasionnel ou un skipper plus aguerri, il est inévitable qu’un jour ou l’autre, vous soyez confronté à des conditions météorologiques dégradées. Si la préparation et l’anticipation restent les meilleures armes, savoir réagir face à l'imprévu est ce qui différencie le marin averti de celui qui subit les événements. Cet article propose une approche globale, allant de l'organisation de vos journées sous la pluie jusqu'aux manœuvres techniques pour gérer le gros temps en toute sécurité.

Occupations à bord par temps de pluie

Vos dates de vacances sont bloquées, vous avez réservé votre bateau de location, mais les bulletins météo annoncent quelques jours de pluie ? Vous êtes à bord de votre voilier de location, mais la pluie tambourine aux hublots et ne semble pas décidée à s’arrêter de sitôt ? C’est peut-être l’occasion de ralentir le rythme effréné de vos vacances et de prendre du temps pour vous, rien que pour vous. Profitez-en pour faire la sieste et vous adonner à des activités que votre quotidien ne vous laisse pas le temps de faire, comme la méditation. Certaines applications sur smartphone proposent des programmes découverte pour les néophytes, comme par exemple Petit Bambou. Quant aux conseils lectures et aux livres recommandés par vos amis tout au long de l’année, ils n’attendent que vous. Vous pouvez également saisir l’occasion pour écouter de la musique, ou encore découvrir des auteurs emblématiques de votre destination et lire des récits de voyage palpitants, qui vous donneront l’impression de vivre des aventures depuis la cabine de votre bateau de location. La grisaille ambiante peut aussi vous offrir un moment pour vous (re)mettre au dessin et à l’aquarelle : esquissez votre quotidien à bord et vos excursions passées dans un petit carnet, que vous pourrez mettre en couleur en deux coups de pinceaux. Ce pourra être une bonne base si vous souhaitez réaliser un carnet de voyage, un journal de bord ou des cartes postales personnalisées à envoyer à vos proches.

Vous avez pris le temps de vous ressourcer en solo mais les nuages sont toujours de la partie ? Il est maintenant temps de profiter d’activités à plusieurs, avec votre famille et vos amis. C’est le moment de sortir les jeux de cartes, plateaux, pions et jeux de société pour petits et grands. Après avoir remis le mille bornes au goût du jour et enchaîné une dizaine de parties de belotte, peut-être aurez-vous envie de changer d’activité. Si vous disposez d’une tablette ou d’un lecteur DVD portable, ce peut-être le bon moment de regarder un film ou de vous lancer dans une nouvelle série, que vous pourrez poursuivre une fois rentrés chez vous. Après tant de divertissement, prenez un temps pour remettre un peu d’ordre à bord. Vous apprécierez de ne pas avoir à le faire une fois la météo revenue au beau fixe. De même, vous pouvez préparer ensemble le prochain repas, et si vous êtes parvenus à pêcher à la ligne c’est encore mieux ! Profitez également de ce moment à bord par temps de pluie pour prévoir vos prochaines escales : qui a envie de faire quoi ? Prévoyez de vous diviser en petits groupes si besoin, pour que chacun puisse profiter au mieux.

Même en cas de mauvais temps lors d’une croisière, il reste de nombreuses activités à faire à terre en prévoyant des escales. Renseignez-vous sur le site de l’office de tourisme de votre destination, pour découvrir les différents incontournables de la région : ce pourra être visiter un musée, profiter d’une exposition temporaire ou d’un festival, vous rendre sur des lieux emblématiques (phare, chapelle, château, site préhistorique, etc.) ou encore observer la faune marine dans un centre océanique en attendant le retour du beau temps pour aller faire du snorkeling. Si le coeur vous en dit, vous pouvez également saisir ce moment à terre comme l’occasion d’aller au cinéma, faire un bowling en famille, aller au spa entre amis ou manger au restaurant. Les trampolines-parcs et jeux couverts raviront quant à eux les plus jeunes. Et avant de retourner à bord, n’oubliez-pas de faire une halte pour acheter quelques souvenirs de vacances.

La préparation du bateau et de l'équipage

Tout plaisancier navigue un jour ou l’autre dans du gros temps. Que cela soit volontaire ou pas, quel que soit son niveau d’expérience, tout plaisancier navigue, un jour ou l’autre, dans le gros temps. Entre stress, inquiétude et souvenirs inoubliables à venir, des précautions sont à prendre pour passer ce moment dans les meilleures conditions possibles. Celles-ci permettront de garantir la bonne santé de l’équipage et du bateau. Ces précautions passent, comme toujours, par l’anticipation, la préparation du bateau, mais aussi de l’équipage, en fonction de son expérience.

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Se préparer à affronter le mauvais temps consiste, dans un premier temps, à ranger le bateau. Ranger le bateau va éviter que tout se balade à l’intérieur, et faciliter les manœuvres à l’extérieur en rangeant bien bouts et effets personnels. Vérifiez bien que tout est bien amarré sur le pont. L’équipage doit se préparer à affronter le mauvais temps. En effet, l’équipement personnel doit être à portée de main. Pour cela, autant passer cirés et salopettes de suite. Les harnais devront être à portée de main ainsi que ce qu’il faut pour éviter les déplacements à bord (nourriture, tablettes GPS, VHF portable, boisson).

Avant de partir en mer, vérifiez le bon état du navire et de tout son matériel après hivernage et lors d’une location. Lisez le mode d’emploi. En cas de problème, vous gagnerez un temps précieux. Vérifiez le bon fonctionnement du moteur en le faisant tourner suffisamment de temps avant le départ. N’oubliez pas de faire le plein de gasoil. Estimez votre consommation et votre rayon d’action en fonction de vos réserves de carburant. Arrimez soigneusement les objets qui, en cas de mauvais temps, peuvent se transformer en dangereux projectiles. Classez les cartes et les documents pour la navigation. Conservez-les tous au même endroit. Passez en revue les équipements de sécurité (ils doivent être en bon état et leur place et leur fonctionnement doivent être connus par tous les membres d’équipage), les gilets de sauvetage, les harnais, les bottes, les cirés et les vêtements chauds.

Comprendre les phénomènes météorologiques

Le gros temps arrive avec les dépressions. Une dépression, en météorologie, est une zone de basse pression atmosphérique. Les dépressions sont souvent associées à des précipitations et à des vents violents, et peuvent causer des tempêtes et des orages. Les dépressions se déplacent généralement dans une direction générale vers le nord-ouest, et peuvent être classées en fonction de leur intensité. Mais le gros temps arrive aussi avec des phénomènes météo très localisés. Ce sera le cas avec une brise côtière, par exemple. Une brise côtière est un type de vent qui se forme à proximité des côtes, généralement causé par la différence de température entre l’air sur la mer et l’air sur les terres. Les brises côtières se forment généralement le matin et en fin de journée, lorsque la température sur les terres augmente et devient plus proche de celle de la mer. En Méditerranée, les plaisanciers qui ont déjà navigué avec le mistral connaissent les difficultés qu’entraînent ces vents. Le mistral est un vent marin qui souffle du nord-ouest dans la région de la mer Méditerranée, causé par la différence de pression entre les hautes pressions de l’Europe de l’Est et les basses pressions de l’Afrique du Nord.

Il est important de surveiller régulièrement les prévisions météorologiques et de rester informé des alertes émises par les autorités maritimes. Si vous êtes en mer, certains signes ne trompent pas et annoncent le changement de météo. Cela peut être le temps, des nuages sombres et bas, des vents forts et des rafales, des vagues hautes et des creux. Mais, vous pouvez aussi observer les autres voiliers. Pour les prévisions à court terme les modèles Arome et Icon sont très performants sur l’Hexagone. Renseignez-vous si vous naviguez dans d’autres zones. D’ailleurs faites l’expérience sur Windy : un modèle large va annoncer 15 nœuds établis avec des rafales à 28 nœuds par exemple. Là vous vous dites que c’est le grand écart ! En réalité si vous passez sur un modèle plus fin, vous verrez les deux vitesses de vent se rapprocher. Par exemple 17 nœuds avec des rafales à 20 nœuds.

Les conditions météo à surveiller pour naviguer en sécurité incluent :

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  • Vent : un vent soufflant entre 5 et 15 nœuds est généralement considéré comme optimal pour la plaisance. Plus faibles, les vents ralentissent la navigation, alors que les vents plus forts sont plus difficiles à gérer.
  • État de la mer : une mer peu agitée, avec des vagues de moins d’un mètre, est idéale.
  • Courants : ils influent directement sur votre navigation, surtout en cas de traversée de zones étroites comme les calanques ou les estuaires.
  • Marées : consultez les horaires des marées pour planifier les départs et les retours.
  • Visibilité : le brouillard, une pluie intense ou les tempêtes limitent la visibilité et augmentent les risques de collision.

Stratégies de navigation par gros temps

Il est toujours plus facile de prendre un ris avant que pendant le gros temps. Les quelques demi-nœuds perdus seront gagnés ensuite. Il est, effectivement, plus compliqué de prendre un ris quand le bateau est malmené par les vagues ou une rafale qui rendent les manœuvres dangereuses pour un équipier. Dans le gros temps, en plus de tenir son cap, le barreur va devoir barrer avec les vagues. Barrer avec les vagues permet de ne pas user le bateau et l’équipage, de ne pas prendre les vagues de plein fouet. Au près, le barreur doit abattre en montant sur la vague avant de lofer en arrivant en haut. Au portant, tenir la barre peut devenir physique.

Maîtriser le mauvais temps, c’est gérer l’énergie du vent et de la mer, et non la combattre. L’annonce d’un coup de vent fait naître une angoisse familière chez de nombreux navigateurs. Cette appréhension est légitime, mais elle ne doit pas virer à la panique. La véritable maîtrise du gros temps ne réside pas dans un combat héroïque contre les éléments, mais dans une gestion fine et proactive de l’énergie. Le vent et les vagues représentent une force colossale. Tenter de s’y opposer frontalement est une erreur qui mène à l’épuisement et à la casse. Le secret est de transformer cette force subie en une puissance canalisée.

Prendre un ris n’est pas un aveu de faiblesse, c’est le premier acte de gestion de l’énergie. C’est l’équivalent d’un fusible de sécurité : une action préventive qui protège l’ensemble du système - le gréement, la coque, et surtout l’équipage - d’une surcharge. L’erreur classique est d’attendre trop longtemps. Quand le bateau devient ardent, que la gîte dépasse 20-25 degrés et que la barre devient dure, il est déjà tard. La manœuvre sera plus difficile et plus risquée.

Il arrive un moment où la mer devient si formée et le vent si violent que progresser devient contre-productif, voire dangereux. C’est là qu’intervient une manœuvre d’une élégance et d’une efficacité redoutables : la mise à la cape. Il ne s’agit pas d’arrêter le bateau, mais de le mettre dans une position d’équilibre stable où il dérive lentement, présentant son étrave aux vagues. Le principe est de créer un équilibre entre le gouvernail et les voiles. La grand-voile, arisée au maximum (ou affalée), est bordée à plat au centre. Le foc de route, ou mieux, une voile d’avant de petite surface comme une trinquette ou un tourmentin, est bordé à contre. La barre est bloquée sous le vent. Dans cette configuration, le bateau cherche à lofer sous l’effet de la grand-voile et du safran, mais le foc à contre le fait abattre.

Il existe une situation où remonter face au vent et à la mer devient un calvaire sans fin : lorsque les vagues sont hautes, courtes et déferlantes. Dans ce cas, la sagesse commande souvent de faire demi-tour et d’adopter l’allure de la fuite. Fuir n’est pas une défaite, c’est une manœuvre de contrôle à haute vitesse où l’on utilise l’énergie des vagues pour avancer. Le bateau se met aux allures portantes, grand largue ou vent arrière, et surfe sur le dos des vagues. L’objectif est de maintenir une vitesse contrôlée. Trop lent, et le bateau risque de se faire rattraper par une déferlante. Trop rapide, et il risque d’enfourner.

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Facteur humain et sécurité à bord

Le facteur humain est, de loin, la variable la plus critique dans la gestion du gros temps. La fatigue, le froid, le mal de mer et la peur sont des ennemis redoutables qui dégradent le jugement et la capacité d’action. La préparation de l’équipage n’est donc pas une option, c’est le pilier de la sécurité. La première règle est l’anticipation. Dès que le bulletin météo se dégrade, il faut mettre l’équipage en condition. Cela signifie se reposer au maximum. Les quarts doivent être organisés pour que chacun puisse dormir. Manger est également essentiel. Un repas chaud et consistant avant que les conditions ne deviennent difficiles fait des miracles pour le moral et l’énergie.

Pour la sécurité de tous, il vaut mieux être deux personnes à savoir naviguer. Répartissez les tâches entre les plaisanciers à bord et désignez clairement le skipper. Si la majorité des personnes présentes à bord est incompétente en matière de navigation, montrez à chacune comment mettre en panne et mouiller une ancre, ou utiliser la radio de bord et lancer un message de détresse. Prenez régulièrement les conditions météo. Des bulletins sont diffusés à heures fixes sur le canal 16 de votre VHF, ou depuis un téléphone mobile. En cas de problème, ne quittez votre bateau qu’en toute dernière extrémité (s’il coule). En cas de chavirage, restez accroché au bateau en attendant les secours. Une embarcation se repère plus facilement qu’une personne à la mer.

Les équipements indispensables, dont certains sont obligatoires en fonction de la catégorie de votre embarcation, comprennent :

  • Gilets de sauvetage : Un gilet par passager au minimum.
  • Moyens de communication : Radio VHF (le canal 16 est réservé aux urgences), téléphone portable (composez le 196 en cas d'urgence depuis le littoral).
  • Repérage : Lampe étanche ou bâtons lumineux, trois feux à main.
  • Matériel de navigation : Carte maritime papier pour toujours connaître votre position même sans batterie, appareil de navigation portable.
  • Équipement d'urgence : Extincteur, dispositif d’assèchement manuel (écope, seau), couteau pour couper les cordages, coupe-circuit pour le moteur.

Rigueur et entretien du navire

La meilleure des préparations de l’équipage ne peut compenser les faiblesses d’un bateau inadapté. Mais qu’est-ce qu’un « bon bateau marin » ? Loin des considérations de confort ou de vitesse pure, la tenue à la mer repose sur des principes architecturaux et un entretien irréprochable. La conception joue un rôle majeur. Des appendices (quille et safran) profonds, un déplacement modéré à lourd, et un franc-bord élevé sont généralement des atouts pour affronter la mer formée. Les multicoques, par exemple, ont un comportement très différent des monocoques : leur grande stabilité initiale peut devenir un inconvénient dans les déferlantes s’ils ne sont pas manœuvrés avec finesse pour éviter de chavirer.

Cependant, même un excellent bateau peut devenir dangereux s’il est mal entretenu. Un mât qui tombe en pleine tempête est un scénario catastrophe. L’accastillage (winchs, bloqueurs, poulies), le circuit électrique et le moteur doivent également faire l’objet d’une maintenance rigoureuse. La confiance dans son matériel est une composante essentielle de la sérénité du skipper. Le choix et l’entretien du navire sont le socle sur lequel repose toute votre sécurité.

En naviguant dans des conditions extrêmes, où Météo France peut annoncer une hauteur des vagues maximale de 12,8m sur les zones côtières françaises, la moindre erreur ne pardonne pas. Le principe de base est de réduire les efforts sur tout le matériel. Cela commence par des réglages de voiles impeccables. Une voile qui faseye se détruit en quelques minutes. La tension des écoutes, la position du chariot de grand-voile, la tension de la drisse sont autant de paramètres à ajuster constamment pour maintenir un profil de voile stable et efficace. Le bateau doit avancer avec le minimum de traînée et de résistance, en « dialoguant » avec la mer plutôt qu’en la heurtant.

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