François Gabart est un navigateur et un skipper professionnel français dont la carrière exceptionnelle l'a propulsé au rang des plus grandes figures de la course au large. Né le 23 mars 1983 à Saint-Michel, en Charente, son parcours est indissociable de l'amour de la mer et de la passion pour la voile, des valeurs profondément ancrées dans la région. Son chemin, marqué par des records mondiaux et des victoires emblématiques, témoigne d'une détermination sans faille et d'une ingéniosité constante, faisant de lui une source d'inspiration majeure pour le monde de la navigation.
Enfance Charentaise et Premiers Pas sur l'Eau
L'histoire de François Gabart prend racine loin des embruns de l'océan, au cœur de la Charente. Il a grandi "en plein milieu de la Charente, entre Cognac et Bordeaux, précisément à une heure et demie de la mer." Malgré cette distance initiale, l'appel du large s'est manifesté très tôt dans sa vie, grâce à une famille passionnée par la glisse. Son père, Dominique, dentiste, est celui qui a initié François à la voile, notamment à l'Optimist. Sa mère, Catherine, est magistrate au tribunal d'Angoulême. Cette influence parentale a été déterminante.
Dès l'âge de sept ans, en 1990, une expérience fondatrice marque le jeune François : ses parents prennent une année sabbatique avec leur famille sur le voilier "Pesk Avel". Cette aventure les mène vers des destinations lointaines, direction le Cap Vert, les Antilles, les États-Unis. Une expérience qui, de toute évidence, a beaucoup marqué le jeune garçon, lui insufflant un goût inébranlable pour l'exploration et la navigation. Les souvenirs de cette période sont vifs : « Août 1989. J’ai six ans et demi, Papa a remis en état un voilier à Rochefort, sur le fleuve Charente qui se jette dans la mer entre Port-des-Barques et Fouras-les-Bains. Arrivés la veille, mes parents, mes deux sœurs et moi partons de bonne heure ce matin-là, pour profiter de la marée et du vent d’est. Il s’agit aussi de ne pas se laisser embarquer par le courant. Je me demande à de nombreuses reprises si on va enfin voir la mer, tout en observant l’éveil de la faune sur les rives. Canards tadornes et échassiers sont nos premiers compagnons de voyage. Les vagues à l’embouchure font réagir le bateau. L’étrave se soulève et retombe dans des gerbes d’eau joyeuses. Le passage entre les îles d’Oléron et de Ré ouvre définitivement la porte sur l’océan Atlantique, notre nouveau terrain de jeu pour l’année à venir ! La fin du voyage m’a ramené, le cœur battant très fort en apercevant ses premiers carrelets, sur l’estuaire de mon fleuve préféré, celui qui coule à quelques centaines de mètres de la maison familiale à Angeac-Charente. » Ces souvenirs illustrent l'éveil d'une vocation, ancrée dans la découverte des eaux charentaises avant de s'ouvrir à l'immensité de l'Atlantique.
Ses talents de navigateur se révèlent rapidement dans les compétitions jeunesse. En 1997, il devient champion de France en Optimist, puis en 1999, il remporte le titre de champion de France en Moth Europe. Ces premières victoires précoces jettent les bases d'une carrière prometteuse, prouvant que même loin de la côte, la passion pour la voile peut s'épanouir et mener à l'excellence.
Parcours Académique et Sportif de Haut Niveau à l'INSA Lyon
Après avoir obtenu son bac S au lycée Élie-Vinet à Barbezieux à l'âge de 17 ans en 2000, François Gabart fait un choix stratégique pour concilier ses ambitions sportives et académiques : il rejoint l'INSA Lyon, une école d'ingénieurs avec prépa intégrée. Ce choix n'est pas anodin, car l'INSA Lyon proposait une filière ingénieur réservée aux sportifs de haut niveau. Cette structure lui offre un emploi du temps aménagé, avec trois années au lieu de deux en maths sup et maths spé, et l'obligation de suivre le même programme que les autres étudiants.
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Durant ses études, il était dans la section sport de haut niveau de l'INSA de Lyon, ce qui lui a permis de réaliser en parallèle de sa formation d'ingénieur une préparation olympique en Tornado. Il raconte cette période intense : "J'ai bien aimé l'école d'une manière générale. J'étais interne, tout comme mes sœurs. C'était plus pratique, car notre maison était loin du lycée et du travail de nos parents. C'était un internat 'cool' : j'y dormais les lundis et mardis soir, je rentrais chez mes parents le mercredi et j'y retournais le jeudi jusqu'à la fin de la semaine. Bon, c'est vrai, dès que la semaine était finie, j'allais faire du kayak en Charente ou je filais jusqu'à la mer, pour faire du bateau !"
Concernant son profil d'élève, il se décrit comme plutôt bosseur, même si "ce n'était pas trop mon truc de rester enfermé en classe pendant deux heures à écouter un cours sans intérêt." Il s'intéressait particulièrement aux matières techniques, aimant beaucoup la physique et la chimie, moins les maths.
Être étudiant et sportif de haut niveau simultanément fut une expérience qu'il garde en très bon souvenir. "Nous étions une promotion d'une vingtaine de sportifs, dans des disciplines très différentes : planche à voile, basket, athlétisme…" Pour les voileux, étudier à Lyon n'était pas des plus pratiques, mais grâce au TGV, ils n'étaient qu'à 1h40 de Marseille. Dès sa deuxième année d'études à l'INSA, il prenait le train tous les jeudis à midi, "en ratant un peu la fin du dernier cours," et à 14h30, il était sur l'eau, naviguant trois à quatre jours par semaine. Il a jonglé entre des périodes de voile de 15 jours à 3 semaines et des retours à l'école pour 10 jours, où il faisait "l'éponge" pour rattraper ses cours. Cette période intense et exigeante a forgé sa capacité à gérer de multiples projets et à persévérer face aux défis. En 2005 et 2007, il remporte le Tour de France à la voile étudiant, montrant sa capacité à exceller tant dans les études que dans la compétition.
Les Débuts Professionnels et la Conquête du Circuit IMOCA
La décision de devenir navigateur professionnel s'impose à François Gabart à la fin de ses études à l'INSA. Il réalise alors que personne ne gagne sa vie dans la voile olympique et que la course au large en solitaire est le domaine qui fait rêver en France, attirant les sponsors et offrant des opportunités de carrière. Son stage de fin d'études, réalisé dans la structure de Raphaël Dinelli, qui avait terminé 12e du Vendée Globe 2004, a été un moment "charnière" dans son choix d'orientation. Sa mission consistait à développer un projet lié aux énergies renouvelables. Il décrit cette période : "Je partais en régate la journée et je travaillais sur mon projet le soir. Mais j'ai rendu à Raphaël un travail qui tenait la route, puisqu'il s'en est servi pour son Vendée Globe en 2008. Surtout, j'ai expérimenté de l'intérieur ce qu'est une petite structure de course au large, telle que celle que je dirige aujourd'hui."
Cette expérience le convainc qu'il n'est pas fait pour travailler dans une grande entreprise avec des horaires figés. L'envie de naviguer "un peu plus loin que les bouées, qui m'animait depuis tout petit," s'impose alors à lui. Il décide d'essayer de se faire une place dans la course au large. Ce n'était pas sans embûches : fin 2005, sans diplôme encore validé, il commence à chercher des sponsors et des embarquements sur des courses, naviguant "à gauche à droite," souvent appelé au dernier moment et "payé au lance-pierre." Ces deux années de doute ont été difficiles, mais son attachement à la navigation est resté intact, soutenu par des skippers professionnels comme Kito de Pavant et Antoine Koch. Chaque victoire, même minime, lui rapportait une petite prime qui lui permettait de tenir deux ou trois mois de plus, le motivant à persévérer.
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Le vent tourne en 2008 : il participe au challenge Espoir Région Bretagne et le remporte. C'est un soulagement. Il décroche ainsi son premier vrai sponsor avec un bateau de course au large, un contrat de deux ans et un salaire fixe chaque mois, lui offrant enfin les moyens de faire de sa passion son métier. Un mois avant cette sélection, il avait même commencé à envisager d'autres voies professionnelles, comme travailler dans une voilerie.
Après cette sélection, les victoires s'enchaînent. Il est "premier des bizuths" sur la Solitaire du Figaro 2008, troisième sur la Cap Istanbul 2008 et sur la Transat BPE 2009. Kito de Pavant, avec qui il était resté en contact, lui propose de courir la Transat Jacques-Vabre 2009 sur son IMOCA, un bateau de 60 pieds (18 mètres), où ils terminent à la deuxième place. Quinze jours avant le départ de cette course, son contrat avec la région Bretagne se terminant, il passe les sélections de la Macif et est choisi, se retrouvant à nouveau avec un sponsor et un contrat de deux ans. En 2008, François Gabart rejoint le programme « Skipper Macif ».
Avec ce premier bateau Macif, il termine deuxième sur la Solitaire du Figaro 2010 derrière Armel Le Cléac'h, gagne la Cap Istanbul, et devient champion de France de course au large en solitaire. Le 31 décembre de la même année, il prend le départ de la Barcelona World Race 2010-2011 avec Michel Desjoyeaux à bord de Foncia 2. Ils abandonnent le 26 janvier en raison d'un démâtage, alors qu'ils étaient en 2e position. Cette expérience fait partie de sa préparation au Vendée Globe 2012-2013, qu'il courra sur un bateau issu du même moule que ce nouveau Foncia. Le 11 septembre 2011, il termine deuxième du Trophée Clairefontaine derrière Nicolas Charbonnier.
L'Apogée du Vendée Globe et les Records de Vitesse
Le Vendée Globe représente l'un des sommets de la carrière de tout navigateur solitaire, et François Gabart n'y fait pas exception. Dès le début de son contrat avec la Macif, il avait exprimé son objectif de courir cette course mythique, ce qui impliquait la construction d'un bateau plus grand que ceux qu'il avait navigué jusqu'alors. Il navigue sur le voilier Macif construit en 2011 sur le même modèle que Foncia 2. Sans réseaux, sans contacts, trouver un sponsor pour un tel projet est difficile, mais la Macif accepte de le suivre sur son Vendée Globe fin 2010.
Le Vendée Globe 2012-2013 est une édition légendaire pour Gabart. Pendant cette course, du jeudi 29 novembre à midi au vendredi 30 novembre 2012 à midi, sur Macif, François Gabart parcourt 482,91 milles (894,3 km) à la vitesse moyenne de 20,1 nœuds, démontrant des performances exceptionnelles. Toujours lors de ce Vendée Globe, François Gabart passe l'équateur le 15 janvier à 13 h 41 UTC. Le skipper de Macif établit un nouveau record sur la distance Les Sables d'Olonne - équateur retour en 66 jours 1 h 39 min. Finalement, il remporte la 7e édition du Vendée Globe et établit un nouveau record en 78 jours, 2 heures, 16 minutes et 40 secondes, une performance qui le consacre au panthéon des navigateurs.
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La série de victoires et de records ne s'arrête pas là. Il embarque Michel Desjoyaux pour la Transat Jacques-Vabre 2013 sur Macif. Toujours sur Macif, il remporte le 14 novembre 2014 la Route du Rhum dans la catégorie IMOCA en établissant là aussi un nouveau record de l'épreuve de sa catégorie en 12 jours 4 h 38 min 55 s. Cette même année, le 14 novembre 2014, il remporte la 10e édition de la Route du Rhum en catégorie monocoques 60 pieds. En 2015, il remporte à nouveau la Transat Jacques-Vabre, puis la Transat anglaise en 2016, une année qui le voit triompher dans The Transat Bakerly au départ de New York.
Transition vers les Maxi-Trimarans et le Record du Tour du Monde
Sur les conseils de Thomas Coville, François Gabart quitte le circuit IMOCA pour se tourner vers les grands records à la voile avec la réalisation d'un maxi-trimaran de 100 pieds. Ce changement de catégorie marque une nouvelle ambition dans sa carrière. Le trimaran Macif est conçu par le cabinet d'architectes VPLP design, avec la collaboration du bureau d'études de MerConcept et le soutien de GSea Design pour tout ce qui concerne le calcul de la structure. Construit par les chantiers CDK Technologies et Multiplast, le bateau est lancé le 18 août 2015.
Avec ce nouveau joyau de technologie, François Gabart pulvérise le 17 décembre 2017 le record du tour du monde en solitaire sur son trimaran de la classe Ultime, en 42 jours 16 h 40 min 35 s. Il améliore de plus de six jours le précédent record qu'avait établi Thomas Coville en 2016, confirmant ainsi sa maîtrise inégalée des multicoques de course.
Il participe à la Route du Rhum 2018 avec le maxi-trimaran Macif. Dès la première nuit de course, il affronte un fort vent et une mer assez creuse dans le golfe de Gascogne et casse le foil tribord et le safran bâbord. Estimant la sécurité suffisante, il poursuit tout de même la course mais sans avertir les médias de ses soucis, afin de ne pas donner d'informations stratégiques à ses adversaires. Il mène cependant la course jusqu'à la Guadeloupe, mais il se fait dépasser par Francis Joyon lors du contournement de l'île et franchit la ligne d'arrivée à Pointe-à-Pitre seulement sept minutes après lui, dans un final haletant. En 2019, il participe à Brest Atlantiques avec Gwénolé Gahinet et Jérémie Eloy (mediaman) sur le trimaran MACIF. Début 2020, ayant besoin de recul, il cède la barre de son trimaran pour l'année à Pascal Bidégorry.
MerConcept et le Défi SVR-Lazartigue
Après dix ans de partenariat fructueux avec MACIF, la nouvelle direction de l'entreprise ne renouvelle pas son partenariat à son échéance en 2020. Malgré son retrait, le Groupe MACIF s’est engagé à assurer la construction du maxi-trimaran SVR-Lazartigue, dessiné par le cabinet d’architectes VPLP, et donc le fonctionnement de MerConcept et des 57 salariés de l'entreprise fondée par François Gabart jusqu’en juin 2021. La construction de ce nouveau maxi-trimaran très innovant, SVR-Lazartigue, est achevée dans son écurie de course au large, MerConcept, et le bateau est mis à l'eau en juillet 2021.
Cependant, cette transition s'accompagne de défis. Le coût du bateau s'élève à au moins 16 millions d’euros. François Gabart a exprimé une incertitude : "On construit le bateau mais c’est Macif qui le vend et ils n’ont pas fixé le prix." Il connaît le risque de voir cet Ultime volant partir ailleurs, avec un autre skipper, ce qui souligne la complexité et les enjeux financiers du sport de haut niveau.
La Charente et la Charente-Maritime : Une Terre de Marins et d'Histoires
La trajectoire de François Gabart s'inscrit dans un riche héritage maritime et une histoire profonde liée à sa région natale. Bien que né en Charente, son parcours est intrinsèquement lié à l'esprit maritime de la Charente-Maritime, un département qui a vu naître ou accueillir de nombreuses figures emblématiques de la voile. La passion pour la mer s'incarne ici non seulement dans les exploits des grands noms, mais aussi dans le quotidien de skippers locaux qui transmettent leur savoir et leur amour des océans. Des figures comme Régis, Yann, Nasreddine, Fabienne et Laurent, qui proposent des embarquements en Charente ou depuis le port de La Rochelle, sont les témoins de cette culture maritime vivante. Fabienne, par exemple, embarque pour naviguer un week-end entre les îles de Ré et d'Oléron, ou pour une croisière de 6 jours vers l'île d’Yeu, partageant sa passion et ses connaissances techniques dans une ambiance détendue et conviviale. Laurent, dont les débuts prometteurs sur Optimist le virent champion de France à treize ans, a par la suite trusté les podiums et les victoires dans diverses catégories (Moth Europe, Tornado, Figaro, Class A et Imoca, avec la Route du Rhum 2014) avant de se lancer dans la catégorie Ultim.
Au-delà de ces personnalités locales, la France a une tradition de grands navigateurs, dont certains ont marqué l'histoire de la course au large, établissant des références pour des skippers comme Gabart. On pense notamment à Éric Tabarly, né le 24 juillet 1931 à Nantes, qui découvre la voile dès son plus jeune âge à bord du bateau familial. Philippe Poupon, né le 23 octobre 1954 à Quimper, fut l'un des équipiers d'Eric Tabarly sur le Pen Duick VI et est l'un des navigateurs les plus titrés, avec trois victoires sur la Solitaire du Figaro, une victoire sur la Transat Anglaise et la Route du Rhum, et une troisième place au Vendée Globe en 1993. Depuis 2009, il réalise des expéditions pour sensibiliser le public à la protection de la faune et de la flore marines. Isabelle Autissier, née le 18 octobre 1956 à Paris, est la première femme à avoir accompli un tour du monde en compétition. Elle a fondé l'association Imoca en 1991 et a pulvérisé le record à la voile entre New York et San Francisco avec un passage au Cap Horn en 1994. Après un chavirage en 1999, elle se tourne vers les courses en équipage, les expéditions en Antarctique, aux Kerguelen, au Groenland et en Géorgie, et s'engage dans l'écriture et les associations caritatives, devenant même présidente de la filiale française WWF.
Michel Desjoyeaux, surnommé « le professeur », est né le 16 juillet 1965 à Concarneau et est l'une des figures majeures du Vendée Globe. Florence Arthaud, née le 28 octobre 1957 à Boulogne-Billancourt, découvre la voile à travers les livres de son père. Sa carrière sportive, marquée par sa participation à la première édition de la Route du Rhum, la voit devenir la première femme à remporter cette course en 1990. Loïck Peyron, né le 1er décembre 1959 à Nantes, issu d'une famille de navigateurs, réalise sa première traversée de l'Atlantique à 18 ans et compte aujourd'hui 52 transats et 4 tours du monde à son actif, avec un palmarès unique. Thomas Coville, né le 10 mai 1968 à Rennes, découvre très jeune la voile avec ses parents et possède 21 records à son actif. Armel Le Cléac'h, né le 11 mai 1977 dans le Finistère, en Bretagne, est champion de France de course au large en solitaire en 2003, vainqueur à deux reprises de la Solitaire du Figaro et de la Transat AG2R, et champion du monde IMOCA en 2008, avant de remporter la Transat anglaise en 2016 et d'établir un nouveau record sur le Vendée Globe 2016. Ces parcours illustrent la richesse et la compétitivité du monde de la voile française, dans lequel François Gabart a su forger sa propre légende.