Le NeilPryde Flight F4 EVO : Décryptage d'un Windfoil de Performance et l'Art du Réglage de son Stabilisateur

Le monde du windfoil a connu une expansion rapide, voyant l'émergence de technologies de plus en plus raffinées pour répondre aux exigences des pratiquants, de l'apprentissage à la haute compétition. Parmi les acteurs majeurs de cette évolution, NeilPryde s'est distingué par une collection de foils qui s'est bien étoffée ces derniers mois, proposant un panel allant du modèle pour l'apprentissage de la pratique jusqu'au modèle de course pur et dur. Au sein de cette gamme, le NeilPryde Flight F4 EVO, également connu sous l'appellation RS:Flight F4, s'est imposé comme une référence incontournable pour les amateurs de performances et de compétition. Développé en collaboration avec F4 USA, ce foil représente une optimisation significative, notamment par son allongement du fuselage et une refonte complète du système de réglage et de fixation du stabilisateur. Ces évolutions fondamentales ont pour objectif de lui conférer une stabilité accrue et des performances optimisées, que ce soit sur les remontées au vent, les descentes en vent arrière en mode course, ou encore les jibes en vol. Ce modèle s'inscrit dans la catégorie freerace/course, tandis que le F4 RACING est dédié à la course pure et dure. Le RS:Flight F4 est, à ce jour, toujours considéré comme le foil le plus performant du marché, l'étalon qu'utilise la plupart des marques pour développer leurs foils de performance. Il se positionne idéalement pour les navigateurs à la recherche de performances, de vol avec des voiles de slalom sans devoir chercher des voiles de 10 m² pour naviguer dans le vent plus léger, ou même pour ceux qui souhaitent s'engager dans quelques compétitions occasionnelles.

Conception Robuste et Caractéristiques Techniques Avancées

Le NeilPryde Flight F4 EVO est construit avec des matériaux de pointe, faisant appel au carbone pré-preg pour un monobloc mât + fuselage, garantissant ainsi une rigidité et une légèreté exemplaires, avec de belles finitions et un accastillage de qualité. Cette construction monobloc mât/fuselage, de plus en plus rare aujourd'hui, assure une mise en place très rapide avec seulement 4 vis pour le plan porteur et 2 autres pour les vis de pont. Un talon Deep Tuttle équipe ce foil, et bien que parfois un peu fort, il s'est très bien adapté aux boîtiers des différentes planches utilisées lors des tests, nécessitant parfois un léger ponçage pour un ajustement optimal. Quelle que soit la taille de l’aile que l’on utilise à l’avant, le système de montage reste très rapide avec seulement 3 vis. Le système d’encoche sur l’aile pour favoriser son alignement avant de fixer les vis est une caractéristique bienvenue, empêchant toute erreur de montage. Le Flight F4 EVO est fourni d'origine avec deux ailes porteuses, généralement une de 80 cm et une autre de 54 cm d'envergure, permettant de naviguer dans des conditions de vent de grande amplitude. Une 8m² est, dans certains cas, plus indiquée pour performer, mais une 7m² peut être suffisante. L'aile L doit avoir son intérêt en 10m. Pour la petite aile, son rôle est de prendre le vol rapidement quand le vent est plus fort et qu'il y a besoin d'une puissance réduite. Ces ailes sont fabriquées en carbone pré-imprégné avec une construction en mousse intérieure pour un rapport durabilité/poids maximal. Il existe même la possibilité d'équiper ce NP F4 des nouvelles ailes de 1M produites par F4 Fins pour les modèles plus récents. Ces ailes, développées pour le F4 Race, présentent un calage d'incidence et un galbe d'extrados quasi identiques à ceux du NP F4 d'origine, avec seulement un petit jour de moins de 1 mm au centre de l'aile, qui peut être corrigé par une cale de 1 mm pour un ajustement parfait, bien que ce ne soit pas absolument indispensable.

Le Cœur du Réglage : L'Inclinaison du Stabilisateur du F4

La partie la plus délicate et la plus cruciale de la mise en œuvre du NeilPryde Flight F4 EVO réside dans le réglage de l’inclinaison de son stabilisateur. C’est à ce niveau qu’il y a eu le plus de changements par rapport aux versions antérieures, avec désormais seulement deux vis pour sa fixation, dont une peut être laissée à poste pour assurer la reproductibilité du réglage d’inclinaison à chaque séance. Une fois que l'on a compris son fonctionnement, qui est simple dans son principe mais subtil dans sa mise en œuvre, il est possible de rapidement profiter de la navigation. Le principe général est clair : plus on braque le stabilisateur vers le haut (le bord de fuite du stab est à fond vers le haut, angle négatif), plus le foil va "cabrer", favorisant le décollage (take-off) mais générant une traînée importante qui diminue la vitesse. Inversement, moins on le braque (plus droit, voire vers le bas), plus la planche aura tendance à coller à l'eau, augmentant la vitesse mais rendant le décollage plus exigeant. Sur le F4, la variation de l'angle du stabilisateur par rapport au fuselage peut varier de 3° vers le haut et autant vers le bas, et un tour de vis modifie l'angle d'environ 1°.

Le réglage du stabilisateur est décrit comme une "méthode très fine" qui force le pratiquant à se poser beaucoup de questions, mais en même temps, elle permet de s'adapter aux envies du rider et aux conditions. Il ne s'agit pas d'un réglage unique, mais d'une quête constante pour trouver la meilleure adéquation entre l'angle du stab, la position du pied de mât et celle des bouts de harnais, ces trois paramètres étant intrinsèquement liés. Pour débuter avec ce foil typé performances, il est généralement conseillé d'utiliser la grande aile pour bénéficier d'un maximum d'équilibre et de portance. De nombreux utilisateurs ont partagé leurs expériences, soulignant l'importance de ce réglage. Par exemple, certains naviguent avec le stabilisateur "braqué à fond" (vis du bas serrée en butée), en particulier avec la grande aile, et probablement aussi avec la petite, surtout si le strap arrière est un peu devant le mât du foil. Ce réglage permet au stabilisateur de faire lever le nez de la planche, offrant un bon appui avec la grande aile et facilitant une prise de vitesse rapide.

Les expériences varient selon le style de navigation. Certains ont constaté qu'en naviguant très neutre avec le foil (autant d'appui sur les deux jambes), la navigation est relâchée mais nécessite de nombreuses corrections. Pour les adeptes de la vitesse en slalom, un bon équilibre a été trouvé avec le pied de mât reculé à fond et le stabilisateur braqué à fond moins 2 tours pour la petite aile (atteignant jusqu'à 28 nœuds en Vmax), et moins 1 tour (voire un tour et demi si le vent monte) pour la grosse aile. Pour la remontée au vent et le downwind, un réglage avec plus de stab (à fond moins 1 tour, voire à fond si le vent est léger) semble plus efficace. Cependant, il est noté qu'avec un stabilisateur très braqué, on peut ressentir une instabilité à l'accélération qui se résout une fois la vitesse acquise.

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Un point de consensus émerge de la part d'experts comme Nico Goyard, qui suggère de chercher à avoir en permanence un appui franc sur le pied avant pour une meilleure stabilité. Cette approche est confirmée par d'autres utilisateurs qui ont trouvé plus agréable et même sécurisant d'avoir un réglage légèrement "pied avant". En effet, être contraint d'appuyer sur le pied arrière peut engendrer une instabilité latérale et longitudinale, alors qu'un appui dosé sur le pied avant permet un meilleur calage. Des tests ont montré qu'en passant d'un réglage neutre à un réglage avec une cale de 0.9 (plus pied avant), on retrouve un foil parfaitement calé, sans les mouvements de "yoyo" et les "lacets", permettant de se coucher au harnais voile bien bordée, avec douceur et confort, et potentiellement un gain de vitesse à l'abattée.

Il est aussi à noter qu'augmenter le braquage du stabilisateur, pour certains foils, peut rendre le foil plus "pied avant". Cependant, le SB Race, par exemple, étant déjà très pied avant naturellement, le calage du stab est plutôt orienté vers la diminution de cette caractéristique. Les réglages précis dépendent aussi des conditions de navigation. Par vent fort dans le clapot, tenter de remettre le stabilisateur plus droit peut rendre la navigation plus physique pour lever l’avant du flotteur, risquant d'être trop souvent au contact de l’eau. Dans ce cas, il peut être préférable de reprendre l’angle d’incidence habituel et de jouer sur la position de la plaquette de pied de mât pour ajouter du poids sur l’avant du flotteur, ainsi que sur le poids du corps en fonction des risées. Sur un plan d’eau plat, il est possible de remettre le stabilisateur plus droit pour tenter d’accélérer davantage, atteignant parfois près de 30 nœuds avec une voile sans camber. Passer d'une angulation de -3° à -2° peut faire gagner environ 1 nœud en vitesse, sans modifier les autres paramètres.

Performances Dynamiques et Sensations en Navigation

Le NeilPryde Flight F4 EVO est avant tout un foil de vitesse. Il accélère vraiment fort et sa vitesse de croisière est plus élevée que bon nombre d'autres foils, le rendant rapidement grisant. C'est le foil le plus rapide testé par certains et permet de flirter régulièrement avec les 30 nœuds avec la petite aile de 54 cm. Même avec la grande aile de 80 cm, il est facile de dépasser les 23/24 nœuds dans le light. La sensation de glisse est superbe, et la vitesse s'acquiert tant que le rider tient bon, la vitesse facilitant d'ailleurs la tenue du gréement. Grâce à cette vitesse moyenne très importante, il est souvent possible de naviguer avec une voile assez proche de celles des slalomers dans le vent fort, tout en gardant une voile plus petite dans le vent léger. Le pomping est facilité et la vitesse nécessaire au décollage est rapidement atteinte.

En termes de stabilité, le F4 présente des caractéristiques distinctes. Il est très stable latéralement et un bon équilibre latéral est très rassurant, avec très peu de mouvements parasites. Cela permet de se concentrer sur la hauteur de vol. Cependant, il est plutôt instable longitudinalement, ce qui le rend très vif sous les pieds. Cette instabilité longitudinale, bien que rendant le foil ultra réactif pour réagir à la moindre sollicitation et suivre le plan d'eau dans la houle, peut être difficile pour un novice. La marge d'utilisation est vraiment intéressante, avec des performances impressionnantes en mode course comme en mode travers/travers. Les petites montées/descentes peuvent arriver souvent, non pas comme des décrochages, mais comme une difficulté à maintenir le foil bien à plat avec la vitesse. Cela peut surprendre au début, car il est très facile de monter sur une bonne partie de la hauteur du mât et avoir l’impression de perdre le contrôle. Avec un peu de pratique, les risques de mouvements incontrôlés s'amenuisent. Le talon Deep Tuttle en carbone s’est très bien adapté aux boîtiers des différentes planches que nous avons utilisées pendant le test.

L'allongement du fuselage par rapport aux modèles précédents contribue à une meilleure stabilité longitudinale, rendant la navigation plus sereine et permettant de porter le regard plus loin sur le plan d’eau. La contre-gîte est facile à maîtriser, permettant de tirer de longs bords, à fond, bien calé sur le foil. Le foil offre des remontées au vent au plus proche du vent grâce à son appui et à sa vitesse importante, son cap est juste indécent. Les descentes en vent arrière se font à grande vitesse, avec une position plus droite et un bon équilibre longitudinal pour passer le clapot sans risque de décrochage. C’est une belle évolution par rapport au F4 de l'année précédente. La navigation travers/travers se fait à grande vitesse en appui contre-gîte pour maîtriser la puissance du foil. Il est bien évidemment possible de naviguer plus à plat, mais il ne faut alors pas hésiter à diminuer la taille de voile.

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Une Bête de Course Exigeante : Maîtrise et Sécurité

Le NeilPryde Flight F4 EVO est clairement un produit pour spécialistes avertis visant la performance avant tout. Ce n'est pas le foil le plus facile à maîtriser pour un novice. Sa vivacité exige une bonne condition physique et une certaine maîtrise pour ne pas se faire "sanctionner". Les pratiquants les moins à l'aise risquent de le "subir" un peu au départ, mais avec de la pratique, ils pourront rapidement le faire évoluer. Un initié pourra, quant à lui, faire ses armes rapidement. Une fois le foil pris en main, la glisse devient extraordinaire, que ce soit avec la grande ou la petite aile. La hauteur de vol se maintient facilement, et les décrochages sont rares, même en poussant la vitesse au maximum. Les ailes ne sont pas trop acérées, ce qui réduit les risques de grosses coupures.

La marque NeilPryde affiche d'ailleurs directement sur le mât du foil une mise en garde sur la nécessité de bien prendre en compte les risques de la pratique du windfoil. Il est fortement conseillé de s'équiper de protections telles qu'un casque, un gilet de flottaison et des chaussons. Comme une majeure partie des foils, les ailes sont noires et difficilement visibles sous l’eau. Il est donc recommandé de relever le gréement au tire-veille pour ne pas risquer de donner un coup de pied dans une des ailes. Les vis de mise en place du stabilisateur sont de petite taille, il convient d'être vigilant pour ne pas les perdre.

Il est impressionnant de pouvoir tenir tête à une bonne partie des autres navigateurs en termes de vitesse et de se promener sur le plan d’eau avec une facilité déconcertante, une fois le foil maîtrisé. Avec l’aisance acquise après plusieurs navigations, il est presque possible de se coucher sur l’eau dans les remontées au vent ou d’utiliser des voiles de grande surface, comme en slalom, avec l’utilisation de la petite aile. Le Flight F4 EVO n'est pas le foil qui possède le plus de portance pour le vent léger, mais il permet tout de même de voler avec une voile plus petite que dans une configuration slalom light wind, allant jusqu'à utiliser une voile de 7.8 m², avec la possibilité d'augmenter la plage d'utilisation avec une voile de 8.5 ou 9.0 m². L'équilibre physique est un facteur clé, et il ne faut pas hésiter à régler le stabilisateur pour aider à maintenir la planche plus à plat sur l'eau (en desserrant la vis du dessous pour resserrer celle du dessus), ou à ajuster le poids du corps pour tirer pleinement profit de cette bête de course.

Des navigations intensives ont été menées avec ce foil, totalisant plus de 15 heures sur l'eau en deux mois, testant ses limites du vent léger (6/7 nœuds) au vent fort (35 nœuds). Six planches différentes ont été utilisées pour ce test, incluant des modèles polyvalents foil/slalom comme la RRD X-Fire 122 V4, l'AHD SL2 132 et la Starboard Foil 147, ainsi que des planches aux shapes plus spécifiques au windfoil telles que la Starboard Foil 122, la JP Australia Hydrofoil 135 FWS et l'Elix F1X. Pour les voiles, des modèles entre 4.7 et 6.1 m² sans cambers, ainsi que des V8 entre 6.7 et 7.7 m² avec deux cambers pour plus de stabilité, ont été employés, même lors de courses par vent fort.

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