Qui Commente le Surf aux Jeux Olympiques : Décryptage des Vagues de Teahupo’o

Le surf, discipline au prestige grandissant, prend ses marques sur la scène olympique, et c'est le tant fantasmé spot tahitien de Teahupo’o qui accueille les épreuves des Jeux olympiques de Paris 2024. Le surf est présent aux Jeux olympiques pour la deuxième fois de son histoire à cette occasion. La discipline y avait fait son entrée lors de la précédente édition, en 2021, à Tokyo, comme sport additionnel. Son statut est encore celui de sport additionnel en 2024. Cependant, en 2028, à Los Angeles, le surf prendra du galon en devenant sport officiel et peut donc déjà voir plus loin, jusqu’aux Jeux de 2032 en Australie, qui auront lieu à Brisbane, non loin de la Gold Coast et de ses spots de classe mondiale. Le chemin pour intégrer les Jeux olympiques a été long, un rêve qui a commencé avec l’Hawaïen Duke Kahanamoku, puis le combat a continué avec Fernando Aguerre. En 2011, le surf était finaliste, mais n’a pas été retenu. Ensuite, en 2014, le nombre maximum de sports aux Jeux olympiques augmente à 28, et le Comité international olympique présélectionne de nouveaux sports, mais le surf n’en fait pas partie. Sa présence à Paris 2024 marque une étape cruciale dans son évolution.

Les épreuves de surf de Paris 2024 sont prévues pour se dérouler entre le 27 juillet et le 4 août, avec une journée de réserve le 5 août. La compétition se tiendra de préférence sur quatre jours, avec priorité donnée aux quatre premiers de la période d’attente, soit les 27, 28, 29 et 30 juillet, mais avec la possibilité de déborder sur les jours suivants jusqu’au 4 août, voire le 5, selon les conditions de mer. Ces Jeux sont bien ceux de Paris 2024, mais puisque les épreuves de surf se tiennent à plus de 15 000 km de la capitale, en Polynésie française, un sérieux décalage horaire de 12 heures contraindra les téléspectateurs de la métropole à veiller tard le soir et même la nuit pour les suivre.

Quarante pionniers avaient concouru à Tokyo, soit 20 hommes et 20 femmes. Ils seront 48 à en découdre dans les tubes tahitiens de Teahupo’o, spot hôte des JO de Paris, avec 24 hommes et 24 femmes, qui ont décroché leur sésame olympique au terme d’un processus qualificatif en forme de parcours du combattant, long et compliqué. Au total, 21 nations seront représentées à Teahupo’o, contre 17 il y a trois ans sur le bien moins coté spot japonais de Tsurigasaki Beach, où s'étaient affrontés 20 femmes et 20 hommes sur le beachbreak de Tsurigasaki à 100 km de Tokyo. La force dominante sur le circuit mondial masculin depuis une grosse décennie, le Brésil, bénéficie du contingent le plus fourni avec six athlètes, soit le maximum de qualifiés possible. Les États-Unis suivent avec cinq athlètes, devant la France, le Japon et l’Australie, qui s’appuient sur quatre athlètes. Trois nations se présentent avec trois athlètes : l’Afrique du Sud, le Pérou et l’Espagne. Elles sont également trois avec deux athlètes : la Nouvelle-Zélande, l’Allemagne et le Portugal. Parmi les athlètes présents, 16 d'entre eux enchaînent Paris après Tokyo. Huit chez les hommes, dont Leonardo Fioravanti (Italie), Kanoa Igarashi (Japon), Billy Stairmand (Nouvelle-Zélande), Lucca Mesinas (Pérou), Rio Waida (Indonésie), Ramzi Boukhiam (Maroc), John John Florence (États-Unis), et Gabriel Medina (Brésil), mais pas le champion olympique en titre (Italo Ferreira), qui avait obtenu l'or en battant le Japonais Kanoa Igarashi. L’élite mondiale du surf, issue du circuit professionnel (CT) de la World Surf League, est représentée aux JO de Paris 2024 à hauteur de 12 surfeurs (sur 22 après le « cut ») et sept surfeuses (sur 10 après le « cut »). Chez les hommes, on retrouve Ethan Ewing (Australie), Jack Robinson (Australie), Griffin Colapinto (États-Unis), John John Florence (États-Unis), Leonardo Fioravanti (Italie), Kanoa Igarashi (Japon), Jordy Smith (Afrique du Sud), Matthew McGillivray (Afrique du Sud), Gabriel Medina (Brésil), Ramzi Boukhiam (Maroc), Rio Waida (Indonésie) et Connor O’Leary (Japon). Chez les femmes : Johanne Defay (France), Caroline Marks (États-Unis), Tyler Wright (Australie), Molly Picklum (Australie), Tatiana Weston-Webb (Brésil), Brisa Hennessy (Costa Rica) et Caitlin Simmers (États-Unis). Parmi les champion(ne)s du monde professionnels (WSL) en activité, trois manquent à l’appel de ces JO de Paris, dont le surfeur et la surfeuse les plus titrés de l’histoire. Kelly Slater, onze fois champion du monde américain, âgé de 52 ans, a échoué à se qualifier pour les Jeux 2024, comme il n’était pas parvenu à être de la partie en 2021, et se trouve plus proche que jamais de la retraite après sa relégation du CT lors du « cut » de mi-saison en avril dernier. Filipe Toledo (Brésil), en pause cette année, et Joao Chianca (Brésil), qui a vu sa saison gâchée par les blessures à la tête consécutives à son accident de surf à Hawaii en décembre dernier, seront de retour sur le CT en 2025. Hommes et femmes confondus, la plus jeune surfeuse qualifiée est la Chinoise Siqi Yang, âgée de seulement 15 ans, qui disputera les Jeux.

L'Art et la Science de Commenter le Surf : Défis et Expertises

L'image du surfeur brésilien Gabriel Medina, lévitant au-dessus de la vague mythique de Teahupo'o, à Tahiti, lors du 3e jour d’épreuve de surf des JO 2024, a fait le tour du monde. Les spectateurs du monde entier ont ainsi pu découvrir la dimension spectaculaire de ce sport. Mais le surf, c’est aussi parfois de longs moments à attendre qu’une vague pointe au large, et des surfeurs allongés sur leur planche, le regard tourné vers l’horizon. Comment commente-t-on une discipline si imprévisible et dépendante des conditions météo et des éléments ? C'est une question centrale pour les diffuseurs qui cherchent à rendre le sport accessible et captivant pour tous les publics. Pour comprendre le surf, il faut être bilingue, ou alors ne pas avoir peur de ponctuer ses conversations de bord de plage de phrases truffées d’un sabir anglo-new-ago-cool. Car le surf se note sur trois éléments : « Speed, power and flow. » Autrement dit la vitesse, l’amplitude et les manœuvres - la chorégraphie - enchaînées.

Justine Dupont : La Voix Expérimentée de France Télévisions

Sur France Télévisions, c’est Justine Dupont, en plateau depuis la plage de Teahupo'o avec le journaliste Maruky Dury, qui décrypte ces épreuves. C'est un spot que connaît très bien cette grande surfeuse française, spécialiste des « grosses vagues » et multiple championne du monde. Elle explique que la principale difficulté à commenter le surf pour la télé, à Tahiti, à Teahupo’o, réside dans les longs moments où il n’y a pas de vagues. La difficulté, c’est de rendre intéressants ces moments difficiles même pour un connaisseur de surf. Avec son co-commentateur, elle se lance sur un thème et échange : sur les débuts du surf, le matériel, les conditions météo, la préparation des surfeurs. Après, il se passe toujours des choses, et ils décryptent aussi les critères de jugement, la façon dont se déroulent les compétitions en surf mais aussi les autres disciplines de ce sport.

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Ces sportifs ne sont pas forcément connus des téléspectateurs français, et il y a aussi tout un travail consacré à les présenter, avec des petites anecdotes. Par exemple, il y a eu un duel entre Leonardo Fioravanti et Igarashi Kanoa, un Italien et un Japonais qui se connaissent très bien. Ils ont commencé le surf à l’âge de 3 ans, ils parlent cinq langues chacun. Il y a aussi Tatiana Weston-Webb, une surfeuse brésilienne. Sa mère, une ancienne pro en bodyboard, l’avait emmenée bébé à Hawaï alors qu’elle n’avait que 2 semaines et, là, elle surfe aux Jeux olympiques pour le Brésil. Justine Dupont raconte plein de petits trucs qui situent un peu plus l’humain qui est en face. Commenter le surf, c’est aussi être dépendant des conditions météo. Avant-hier, les vagues étaient idéales, magiques, et commenter une compétition de surf dans les meilleures conditions possibles, ça aide. C’étaient des grosses vagues, il y avait un petit risque en plus, du challenge, et on sentait que les surfeurs avaient de l’excitation et de l’adrénaline à surfer. Mais on ne sait jamais, c’est une île, la météo est tellement changeante que c’est très dur à prévoir, même si on devrait avoir encore de belles conditions.

Pour rendre abordable auprès du grand public un sport aux termes parfois très techniques, Justine Dupont adopte une approche simple. Elle confie avoir un enfant de 6 mois et se dit qu’elle a envie de lui expliquer, à lui. Ou à une petite de 3 ans, pour qu’elle comprenne par exemple, qu’un tube, c’est se retrouver au cœur de la vague et que le but est de rester le plus longtemps dedans. Si elle parlait d’un « barrel », ce serait plus difficile à comprendre. En fait, il faut juste expliquer le plus simplement possible les manœuvres et pourquoi elles portent ces noms. Elle-même, la première, quand elle regarde des sports et qu’elle ne comprend rien, c’est dur de rentrer dedans et d’avoir envie de continuer de regarder. Son but est qu’on se prenne presque de sympathie pour les surfeurs qui sont dans l’eau, avoir l’impression de les connaître. Elle affirme que c’est plus simple de commenter lorsque, comme elle, on a déjà surfé cette vague, car c’est une valeur ajoutée. Elle connaît le sujet, elle parle de quelque chose qu’elle a déjà vécu, ressenti. Au Japon, pour la première participation du surf aux JO en 2021, elle n’avait pas surfé la vague mais était allée la voir. Teahupo’o est vraiment une vague très spécifique, unique, donc c’est hyper intéressant de s’en être imprégné. Il faut connaître sa spécificité, la comprendre. Pour elle, les vagues sont comme des humains, chacune a un caractère différent, il y a une façon de les aborder, un respect à avoir.

Barton Lynch : Le Champion du Monde devenu Conteur

Barton Lynch, champion du monde de surf 1988, s'exprime également sur son rôle de commentateur. Il avait déjà commenté les Jeux de Tokyo, et il trouvait cela « génial ». Après 15 années sur le Tour, l’Australien a côtoyé le monde du surf sous bien des formes, et c’est notamment en tant que commentateur qu’il se révèle le plus. On l’a entendu au micro de différentes compétitions (WSL, ISA). Il déclare adorer ça et avoir l'impression d'être fait pour ça, d'être né pour ça. Commenter pour lui est quelque chose de simple. Il ne sait pas ce qu'il va dire à l’avance, il ne s’entraîne pas, il éclaire ce qu'il voit et parfois après coup il ne se rappelle pas de ce qu'il a dit, il est simplement là dans le moment. Quand il commente, il a une idée de ce qu’il va se passer ensuite, alors que quand il écoute les commentateurs, ce n’est pas le cas pour beaucoup. Il pense que le rôle de commentateur est le bon endroit pour lui. Quand il regarde des moments historiques, notamment sur la WSL depuis qu’on lui a retiré ce rôle, il voit des choses qu’ils ne mentionnent même pas. C’est dommage car il pense qu'il est fait pour ça, parfois il regarde des choses qu'il ne commente pas et il sait ce qu'il dirait, il aimerait pouvoir le partager avec les gens et ce n’est pas le cas pour des raisons politiques, ce qui est décevant pour lui. En revanche, il est reconnaissant envers l’ISA, qui l’emploie car ils pensent qu’il est la bonne personne pour le job.

Il partage une anecdote sur l'origine de cette compétence : quand il était enfant et que son père est décédé, sa mère a déménagé dans les terres, à 10 kilomètres de Manly. Il a réalisé après 6 mois où étaient les vagues et qu’il pouvait faire du stop. Tous les jours il descendait de 4 voitures d’inconnus, un aller-retour avant l’école et un aller-retour après l’école. Il voulait que ces automobilistes passent un bon moment, qu’ils le prennent en stop la fois suivante. Il montait dans la voiture et il leur racontait son histoire, son rêve de devenir surfeur professionnel et c’est comme ça qu’il a appris à parler, en les divertissant. Qui aurait cru que 40 ans plus tard ce serait une compétence et qu’il serait commentateur, à utiliser ce qu’il a appris dans ces voitures en faisant du stop ? Au sujet de son parcours, il affirme que personne ne connaît son parcours. Le voilà à 60 ans, avec un jeu vidéo qui porte son nom, à commenter les Jeux Olympiques. Il est reconnaissant de tout ce que le surf lui a apporté et lui a permis de faire de sa vie. C’est incroyable à ses yeux.

Michel Bourez : Le Regard du Local et de l'Ancien Compétiteur

Michel Bourez, ancienne gloire du surf polynésien, commente les épreuves pour France Télévisions cette année et est également consultant pour la chaîne Polynésie la 1re (qui appartient au groupe France Télévisions). Il explique que les choses se sont faites naturellement. Il ne se voyait pas postuler pour intégrer le staff de l’équipe de France, car ils étaient déjà bien encadrés, avec Jérémy Florès, Hira Teriinatoofa et Fredo Robin. Il ne voyait pas ce qu’il pouvait apporter de plus. En plus, il n’est pas en mode coach. Avec Jérémy, ils ont la meilleure personne. Ce qui l’intéressait, c’était de donner son avis par rapport à ce qu’il voyait. Et pour ça, le meilleur moyen c’était d’être à la télé. La « patte Michel Bourez » micro en main, c’est d'apporter son œil de connaisseur du sport et des surfeurs. Ayant vécu ce qu’ils ont vécu, ça facilite un peu les échanges après leur série devant la caméra. Et comme avec les athlètes ils se connaissent bien, avec lui ils peuvent se lâcher, ils n’ont pas honte. Il affirme que « le compétiteur est mort en [lui]. Mais pas le surfeur. »

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Quand on lui demande s'il a un petit pincement au cœur en voyant les athlètes performer, lui qui espérait à un moment finir sa carrière avec ces Jeux, il répond qu'il n’y pense pas, que dans sa tête c’est vraiment enterré. À l’exception près de l’autre jour, quand c’était gros, ça l’excitait. Pas tant pour surfer une série que d’aller prendre des tubes dans de bonnes conditions. Sa carrière, il la résume par d'abord sa victoire sur le WQS à Haleiwa en 2008, qui lui a permis de se qualifier pour l’élite. Puis son premier succès sur le CT, à Margaret River (2014). Il y a aussi la saison où il finit cinquième, là aussi en 2014. Et enfin sa découverte du village olympique lors des Jeux de Tokyo en 2021, où il a vu et ressenti de belles choses, comme les autres athlètes qui étaient tous à fond dans leur sport. Après les JO, ses projets sont de s’occuper. Il a un bateau qu'il met en location. Il se doit de se remettre à fond dans le sport, car son cou le gêne toujours, et mentalement, c’est compliqué. Ça traîne un peu, il faut encore laisser un peu de temps pour un bon rétablissement post-opération.

Teahupo’o : L'Arène Mythique et ses Critères de Jugement

Les épreuves de surf des JO de Paris 2024 prennent leurs quartiers sur le tant fantasmé spot tahitien de Teahupo’o. Teahupo’o, c’est l’assurance d’un « tube » quasiment à chaque vague, qui vient ensuite se fracasser sur le récif, où il y a moins d’un mètre de fond. C'est une vague réputée la plus incroyable mais aussi la plus dangereuse. Il y a déjà eu un décès et pas mal de blessés, la peau ou les os fracassés par le corail. La Française Johanne Defay en sait quelque chose : elle a terminé en sang samedi, décrochant quatre points de suture et un repêchage. L’image du surfeur brésilien Gabriel Medina, lévitant au-dessus de la vague mythique de Teahupo’o, à Tahiti, lors du 3e jour d’épreuve de surf des JO 2024 a montré au monde la dimension spectaculaire de ce sport. On ne sait pas très bien s’il lévite ou s’il vole. Si l’image est un vrai cliché ou un délire né d’une IA. L’homme vient du Brésil, s’appelle Gabriel Medina et sort tout juste de la vague de Teahupo’o, sa planche reliée à la cheville par un leash noir. Abscisse-ordonnée, le tableau est parfait. Et vrai. Avant de jouer à Superman, Medina, 30 ans, a tellement bien pris son tube, le rouleau d’océan dans lequel les compétiteurs peuvent se glisser, qu’il en est sorti tout fiérot, les pieds collés à son board et les deux mains en avant pour qu’on compte bien ses dix doigts. Le Brésilien, actuel champion du monde de la discipline, réclamait la note maximale. Il récoltera un 9,9, un record olympique pour une seule vague.

Le Pacifique a décidé de se fâcher après ce moment historique. Fortes pluies et vent défavorable à la formation des tubes, la marque de fabrique de ce spot du bout du monde, ont marqué les jours suivants. Les creux ont inquiété les organisateurs de Paris 2024. On est sur une vague de récif, les surfeurs peuvent terminer piégés entre l’écume et le corail. Finalement, décision est prise de laisser jouer les huitièmes de finale hommes mais d’ajourner sine die la compétition féminine. Côté français, on ne sait pas si ça arrange les ballons ou si ça augmente la pression : un des huitièmes va opposer la Réunionnaise Defay (repêchée donc) à la Tahitienne Vahine Fierro, grande favorite de la compétition. Michel Bourez avait soufflé qu’« on aurait préféré voir ça en finale ». Les vagues étaient idéales, magiques avant ces événements, et au vu des prévisions, si rien d’énorme ne se profile durant la période d’attente, les vagues devraient être suffisantes pour permettre aux épreuves de démarrer dès le samedi 27, voire peut-être de se poursuivre le dimanche 28. Du vent onshore pourrait ensuite jouer les trouble-fête, alors qu’une houle plus grosse est attendue à partir du mardi 30. La météo est surtout un facteur capital lors de l’épreuve féminine. Si la houle est au rendez-vous, Teahupo’o peut atteindre plus de trois mètres et sa puissance phénoménale pourrait laisser plusieurs surfeuses sur le carreau. Les femmes ont d’ailleurs été interdites de compétition jusqu’en 2021 sur la vague en raison de sa dangerosité, avant de reconquérir ce droit. Entre mai et août, c'est la meilleure saison pour s’attaquer au « mur de crânes » comme l’appellent les locaux.

Le surf consiste à se maintenir debout en équilibre sur une planche sur une vague. Au début, il n’était pas question que ce soit une compétition sportive. Le « horue », l’ancêtre du surf découvert par les équipages de Bougainville ou Cook, était plutôt une démonstration de biscotos pour chefs de clans dans le Pacifique. Deux siècles plus tard, l’écrivain Jack London racontera la pratique mais plutôt du côté d’Hawaï que de la Polynésie. Les deux spots qui revendiquent le titre de « berceau du surf mondial. » Une fois debout sur le « board », il faut exécuter des figures plus ou moins complexes. Les juges évaluent les vagues prises par les surfeurs en fonction de leur taille et de leur forme mais aussi selon le degré de difficulté des manœuvres qu’ils enchaînent. Les critères de jugement sont primordiaux. Évidemment, les manœuvres classiques sont importantes, mais les juges aiment la nouveauté. Il faut observer la variété des manœuvres. Le surfeur gagne plus de points s’il réalise différentes manœuvres. Évidemment, sur certaines vagues ce critère est moins important. Il est important de noter que nous ne contrôlons pas l’océan. Les conditions et les vagues ne sont pas toujours les mêmes, donc l’importance de chaque critère dépend des conditions du jour. Les juges effectuent un « judging criteria » pour être d’accord sur l’importance des critères et des attentes. Pour avoir la meilleure note, il faut lire le tube avec le plus de profondeur. Chaque vague est notée de 1 à 10 par le jury et seules les deux meilleures par manche sont prises en compte. Or, il n’y a jamais deux vagues identiques et les surfeurs doivent repérer et surfer du mieux possible la meilleure vague pour obtenir la meilleure note. C’est ce qu’Andrew, le père de Vahine Fierro, le principal espoir de médaille française, appelle « savoir lire l’océan. » Pas tous les surfeurs sont forcément des spécialistes du « tube », où l'on peut faire des « grabs », c’est-à-dire laisser traîner sa main dans le rouleau translucide. Mais Joan Duru, lui, il adore : « Le tube, c’est ce que j’aime. Que les JO soient sur cette vague, c’est génial. On pourrait bien avoir une médaille et le meilleur tube de notre vie. »

Depuis la tour qui a tant fait polémique avant d’être finalement acceptée sous une forme revue et corrigée, ce sont sept juges qui noteront les vagues des surfeurs et surfeuses en compétition. Parmi eux, un Français (Thierry Vidal), qui sera accompagné d’un Brésilien, un Australien, un Néo-Zélandais, un Américain, un Japonais et un Espagnol. Les chefs juges seront le Brésilien Luiz « Luli » Fernando Steffen Pereira, de la WSL, et l’Américain Richard Pierce Jr, de la Fédération internationale (ISA). Chaque manche dure entre vingt et trente-cinq minutes selon les conditions météorologiques. Pour départager les athlètes, il y a eu différentes étapes de 30 minutes chacune. D’abord deux en groupes de quatre et cinq surfeurs, puis des tours « finaux » en face-à-face.

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L'Enjeu des Médailles et l'Impact Local

L'événement est très positif pour le surf en général. On a eu de très belles conditions les premiers jours, avec que des tubes, puis de petites vagues à manœuvres. L’image avec cette sortie de vague de Medina a fait le buzz dans le monde entier. Côté français, en plus du duel féminin, le duel tricolore va se dupliquer côté hommes : Kauli Vaast et Joan Duru seront opposés en quarts de finale. Pour gagner le droit d’affronter son capitaine (au sein de l’équipe de France), le Tahitien de 22 ans a battu le numéro 2 mondial, l’Américain Griffin Colapinto, surfant un tube d’anthologie dans une vague estimée à 2,50 m. Sa victoire est d’autant plus savoureuse que c’est le Californien Colapinto qui l’avait contraint au repêchage dimanche. Son élimination nettoie le tableau de tout participant venu des États-Unis, tout un symbole alors qu’Hawaï et la Polynésie se crêpent le chignon depuis des siècles pour être reconnu « berceau mondial du surf. » Un berceau sur lequel soufflent de forts vents du Sud et une incertitude : la date à laquelle pourront reprendre les épreuves olympiques.

Malgré l’élimination de Vahine Fierro en huitièmes de finale, Johanne Defay a largement mérité sa place et Kauli Vaast est toujours là, et sa demi-finale va sans doute être sa série la plus facile. Si Kauli Vaast retrouve Medina en finale, la victoire est possible. Comme les vagues vont être bien, alors Medina ne sera pas défavorisé par rapport à Kauli, qui est excellent dans toutes les conditions de ce spot. Ce sera de toute façon très serré. Medina a la particularité de toujours avoir un gros score, et pas forcément un bon 2e. Il se donne à fond pour une vague, il joue toute sa vie. Le reste est moins bon. Alors que Kauli est capable d’aller chercher deux gros scores. Si Kauli Vaast décroche la médaille d’or, le retentissement en Polynésie sera de la folie. Ce sont les Jeux Olympiques à la maison et c’est un local. Il ne peut rien n’y avoir de mieux. En mai, Vahine Fierro est devenue la première Polynésienne à remporter la Tahiti Pro, ce qui était déjà énorme. Donc si Kauli gagne les JO, ce serait incroyable. Cela serait bon pour toute la Polynésie, et tout le monde serait gagnant.

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