L'Alimentation des Skieurs du Vendée Globe : Un Pilier Essentiel de la Performance et du Bien-être

Le Vendée Globe, cette course mythique autour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance, représente une odyssée moderne où chaque marin est livré à lui-même. Si l’exploit et l'isolement fascinent, cette aventure impose une discipline rigoureuse où chaque détail est optimisé. Parmi ces détails, un aspect souvent sous-estimé se révèle pourtant capital : l’alimentation. Cela fait plus de deux mois que les skippers de la 10e édition du Vendée Globe font face aux éléments. Si les premiers sont désormais arrivés sur la terre ferme, une majeure partie de la flotte reste en course. Seuls en mer, les navigateurs ont besoin d'énergie et de réconfort, et cela passe par une bonne alimentation. Loin d'être un acte anodin, manger en mer devient un acte stratégique complexe, nécessitant anticipation, pragmatisme et adaptation permanente aux contraintes du milieu.

Les Besoins Énergétiques : Un Carburant Indispensable à la Survie

Les journées des skippers sont intenses et sportives, ils doivent pouvoir se nourrir correctement pour garder de l'énergie jusqu'au bout, mais aussi pour garder le moral. L’alimentation est le carburant de l’organisme, et chacun à sa préférence, mais ce n’est pas toujours une question de goût. En effet, la nourriture à bord et la diététique sont des dossiers très importants pour les skippers du Vendée Globe. Pour alimenter le corps en carburant et combler la dépense physique et énergétique, les apports en calories doivent être adaptés aux zones que les skippers traversent. Ainsi, il faut prévoir entre 6 000 et 7 000 kcal/jour pour traverser les zones froides, et 3 000 à 4 000 kcal/jour pour les zones chaudes. En moyenne, un terrien lambda consomme environ 2800 calories par jour, alors qu'un skipper du Vendée Globe en consomme jusqu'à 5000 dans les zones les plus froides. En mer, les marins doivent manger davantage pour compenser leur consommation énergétique. On estime que la dépense énergétique quotidienne nécessaire à un marin solitaire est comprise entre 3 500 et 5 000 kilocalories par jour, alors qu’un adulte à terre n’en « brûle » que 2800 en moyenne. Pour éviter une perte de poids importante, il faut veiller à la qualité nutritionnelle des plats emportés.

Ce dossier est d'autant plus crucial que le Vendée Globe demande aux navigateurs de tenir 70, 80, 90, voire 100 jours pour certains. L’apport en calories doit être adapté aux zones de navigation où les températures varient énormément. La nécessité de se restaurer pour tenir, résister à la fatigue et conserver la motivation en passant des semaines entières dans le chaos des océans Indien et Pacifique est primordiale. L'exemple d'Armel Le Cléac’h, vainqueur du Vendée Globe 2016, est resté dans les mémoires collectives. Il avait perdu 8 kg après avoir trop puisé dans ses réserves dans les mers du Sud, notamment en 2008 lors de son premier Vendée Globe, où il était arrivé aux Sables-d'Olonne en manque total de nourriture. Ce cas illustre l'importance d'une planification nutritionnelle rigoureuse pour éviter l'épuisement physique.

Stratégies d'Avitaillement : Une Logistique Ponderée et Minutieuse

Lors d'un Vendée Globe, l'alimentation est un enjeu crucial pour les skippers qui doivent tenir plusieurs mois jusqu'à leur retour aux Sables-d'Olonne. Les menus se préparent avec minutie avant le départ : la plupart de la flotte est accompagnée de nutritionnistes. Ces derniers ont un rôle important pour guider les skippers sur les apports nécessaires en énergie, vitamines, et minéraux. Cependant, la contrainte de poids à embarquer est un véritable casse-tête pour les teams qui préparent le bateau, car plus les bateaux sont légers, plus ils sont rapides. Le navigateur doit embarquer autant de nourriture que de jours de voyage, car il ne peut être ravitaillé pendant la course, mais il veille aussi au poids embarqué pour ne pas alourdir son bateau. En tout, chacun des navigateurs part avec près de 150 kg de nourriture, et parfois jusqu'à 200 kg.

Pour embarquer trois mois de nourriture (et même plus pour certains), beaucoup de skippers organisent leur nourriture en sachet journalier et savent donc d'avance ce qu'ils mangeront chaque jour. D'autres aspirent à plus de liberté pour manger au gré de leurs envies. La planification minutieuse est cruciale, car, contrairement à un athlète classique, le marin du Vendée Globe ne peut ajuster son régime au jour le jour. Chaque repas doit être planifié méticuleusement, souvent plusieurs mois avant le départ. La moindre erreur dans ce domaine pourrait compromettre l’ensemble de l’aventure, impactant directement la capacité physique et mentale du skipper. L'objectif est une densité énergétique optimale, privilégiant des aliments très caloriques (oléagineux, huiles, barres énergétiques, pâtes concentrées), permettant de limiter le poids et le volume embarqué.

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À bord, pas de frigo ni de micro-ondes. La nourriture doit donc être sélectionnée pour sa conservation maîtrisée. La majorité des aliments doivent être lyophilisés, déshydratés ou sous vide, afin de résister durablement aux conditions extrêmes d’humidité et de température. La praticité est également primordiale : chaque repas doit pouvoir être préparé rapidement et simplement. En pleine tempête, il est vital d’avoir des repas faciles à réhydrater ou à consommer immédiatement, sans cuisiner réellement.

Les 40 skippers de ce Vendée Globe 2024-2025 ont pris avec eux des produits frais à consommer dès les premiers jours de course. C’est justement le cas d’Isabelle Joschke, qui a décidé d’embarquer avec 80 œufs bio, issus de La Ferme du Pay, située à Montréverd en Vendée. D'autres skippers ont embarqué avec du pain, des fruits et des légumes, de la charcuterie. Cependant, ces aliments se perdent rapidement après quelques jours de course, soumis aux changements de climat. Après le départ, on arrive rapidement vers l’équateur, où le frais ne supporte pas les grandes chaleurs. Aujourd'hui, après 77 jours en mer, les navigateurs ne comptent plus que sur des produits non-périssables, lyophilisés (congelés puis déshydratés) ou stérilisés. Sébastien Simon se confiait à ce sujet après quelques jours de course : « Il me reste quelques œufs, il faut en profiter, avec un peu de jambon vendéen (…) Après on va passer à des choses lyophilisées, ou sous-vide… Ça va être moins de plaisir ! »

La base de l'alimentation est identique pour tous, avec un mélange de préparations lyophilisées et appertisées (sous vide). La lyophilisation consiste à extraire l’eau de l’aliment après congélation, produisant des éléments un peu plus poudreux mais assurant une préservation plus importante des vitamines et des minéraux. Ces plats sont très pratiques car très légers et peu encombrants, il suffit d’un peu d’eau douce pour les préparer. Cependant, ils ont peu de saveurs et de goûts. La déshydratation, elle, consiste à extraire l’eau de l’aliment par la chaleur. Isabelle Joschke a opté pour des plats déshydratés, cuisinés à la maison, comme du curry d’agneau ou de la ratatouille, pour préserver le goût, les vitamines et la consistance.

Les plats appertisés, ou sous-vide, sont quant à eux meilleurs en goût, mais plus lourds. C'est le terrible casse-tête du « moins lourd mais moins de goût » versus « plus lourd et plus de goût ». Manuel Cousin explique faire un mélange des deux, mais reconnaît avoir eu du mal à finir les lyophilisés en fin de Vendée Globe. Alan Roura confirme : « Je crois que mon corps n’accepte plus les lyophilisés, ça ne passe pas ». Il préfère les plats appertisés, même si « c’est plus lourd ». Jean Le Cam, lui, emporte uniquement des produits sous-vide, avec l'aide de son épouse Anne pour l'avitaillement.

Jérémie Beyou, qui s’est élancé pour une 5e participation, aime quant à lui « préparer lui-même ses repas ». « J’ouvre plusieurs sachets : un pour les légumes, l’autre pour la viande et j’ajoute ensuite des condiments, détaille-t-il. Ça me prend un peu plus de temps, mais je trouve ça plus appréciable, un peu comme se préparer à manger à terre. » Via son sponsor, Jérémie a également développé une gamme de produits lyophilisés (Charal Sport). D’un bateau à l’autre, on retrouve souvent les mêmes compositions de repas : parmentier, boulettes de viande, poulet tikka massala, Dahl de lentilles corail, salade thaïe, lotte aux épices et puis les recettes à base de riz, de pâtes, de semoule. Même si les progrès sont manifestes ces dernières années, à l’image de l’implication du chef étoilé Éric Guérin qui fournit plusieurs skippers, les marins concèdent que « les plats reviennent souvent », dixit Manu Cousin, ce qui peut engendrer une lassitude alimentaire.

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Les skippers gèrent la nourriture comme du matériel matossé. La nourriture fait partie du matériel matossé, c’est-à-dire qu’elle est déplacée selon l’allure afin que le skipper puisse équilibrer le bateau. Elle est rangée dans des sacs, à raison d’un sac par semaine, permettant aux skippers de transporter les sacs d’un bout à l’autre du bateau.

L'Hydratation : Gérer la Ressource en Eau Douce

L’eau est indispensable à la vie à bord. Mais l’eau de mer qui entoure le skipper n’est pas potable et se laver avec n’est pas conseillé : le sel qu’elle contient n’est pas agréable et pique la peau. Pour boire, se laver et cuisiner, les skippers ont besoin de 3,5 litres d’eau douce par jour, soit 135 kg d'eau pour un voyage de 90 jours. Ils transforment alors l’eau de mer en eau douce avec leurs deux dessalinisateurs, des machines qui enlèvent le sel de l’eau de mer afin de la rendre potable. Il est important d’en avoir deux, car si l'un d'eux est en panne, l'autre peut être utilisé. Le règlement du Vendée Globe oblige toutefois les skippers à partir avec un minimum de réserve d’eau douce avec eux, un peu moins de 20 litres.

Il se peut que les dessalinisateurs tombent en panne malgré tout. C'est ce qu'a vécu Louis Burton lors du Vendée Globe 2020. Il était à quelques jours de navigation pour rejoindre les Sables-d'Olonne, derrière Charlie Dalin, et n'avait plus d'eau potable à bord. Il a récupéré de l'eau de pluie lors de son passage dans le pot-au-noir, ce qui lui a permis de cuisiner et de boire suffisamment pour terminer sa course. Il a quand même expliqué que c'était un moment difficile pour lui, car cela s'est couplé avec un manque de gaz, l'empêchant de faire chauffer ses plats.

Pour cuisiner, pas de cuisine aménagée. Les skippers utilisent seulement une bouilloire. En effet, ils consomment principalement des repas lyophilisés pour leur légèreté et leur facilité de stockage. La bouilloire permet de se préparer des boissons chaudes pour se réchauffer quand il fait froid. Dans un entretien pour l’Équipe, Jean Le Cam confiait qu’il se servait d’une bouteille isotherme pour conserver l’eau chaude tout au long de sa journée, lui évitant ainsi de refaire chauffer de l’eau plusieurs fois, un gain de temps mais aussi d’énergie. Avoir une bouilloire à bord est aussi utile pour chauffer l’eau de la douche lorsque les températures extérieures sont basses.

La Nourriture comme Vecteur de Plaisir et de Réconfort Psychologique

Malgré les contraintes, et pour garder le moral, les skippers arrivent à se faire plaisir. La dimension plaisir compte, car les concurrents ne sont pas des robots. « Bien manger, c’est le début du bonheur » est une affirmation qui prend encore plus son sens au large. Il y a l’importance des apports nutritifs tout au long de la course, mais aussi l’aspect réconfort et plaisir de la nourriture qui est toujours plus prégnant pour les marins. C’est ce que rappellent les souvenirs de la précédente édition. Après la première forte dépression traversée, Damien Seguin disait apprécier un morceau de Beaufort alors que Boris Herrmann expliquait s’être concocté un « petit apéro ». Un peu plus tard, Clarisse Crémer s’offrait un bon pamplemousse et Alexis Barrier détaillait le plaisir d’avoir retrouvé du chocolat fondu. Une nuit, Romain Attanasio, lui, s’était mis à table… Dans ses rêves, racontant : « j’ai rêvé que je mangeais un steak-frites. J’ai approché ma fourchette vers ma bouche, mais il n’y avait rien. Du coup, je me suis réveillé en sursaut ! »

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Chaque skipper a son petit péché mignon : bonbons, chocolat, café. Le week-end dernier, Violette Dorange, la jeune navigatrice de 23 ans, s'est préparé le « meilleur repas du monde » : des pâtes avec du pesto rosso, de la coppa et du parmesan. De son côté, Arnaud Boissières a trouvé son plat lyophilisé préféré : c'est le poisson à la provençale. Alan Roura sourit : « Je garde toujours un peu de chocolat et des bonbons, ça peut remonter le moral. Et puis tu sais qu’après plusieurs semaines de mer, avec un petit morceau de fromage sur du pain en conserve, tu peux prendre un plaisir monstrueux ! » Manu Cousin, lui aussi, se dit « gourmand ». Un de ses partenaires et amis, Patrick Gelencser, maître chocolatier, lui avait confectionné lors du dernier Vendée Globe des biscuits, des gâteaux au chocolat, mais aussi de petites tablettes que Manu pouvait déguster au quotidien. Et pour en profiter, rien de mieux que de l’associer avec un bon café ! Le skipper de Coup de Pouce dispose à bord d’une machine à café manuelle qui fonctionne « avec une petite pompe ». « Il ne faut pas être pressé, mais ça fonctionne très bien », s’amuse-t-il. Parfois, les marins doivent attendre plusieurs jours que la météo se calme avant de pouvoir se préparer un café, mais l’attente fait qu’il est encore meilleur. Il est conseillé de garder un rythme de repas, car c’est aussi un repère pour eux dans la journée. Après 80 jours en solitaire, on n’a plus trop de notions du temps. Donc ils ont trois repas, et des snacks et des collations, qui peuvent être associés à des efforts particuliers, en cas de coup de barre ou en prévision d’une manœuvre à venir.

Les goûts en mer sont parfois différents des goûts à terre. « Il y a des plats que j’aime beaucoup à la maison, mais qui ne me plaisent pas trop en mer », confie Manu Cousin. « Les goûts évoluent au fil des années, encore plus au large qu’à terre », abonde Jérémie Beyou. Entre les repas, les skippers disposent de snacks, précieux notamment pendant les efforts (manœuvres, matossage). Le marin de Charal apprécie notamment la viande séchée et les oléagineux (noisettes, noix, noix de cajou).

Sodebo, partenaire majeur du Vendée Globe, distribue à l’ensemble des marins engagés un repas de fête gourmand accompagné d’un petit message personnalisé. L'anticipation du premier repas une fois arrivés aux Sables-d'Olonne est également un moment de pur plaisir. Charlie Dalin, le vainqueur de ce Vendée Globe, a par exemple eu la joie de déguster un hamburger avec des frites et de la salade. Yoann Richomme, arrivé en 2e position, avait quant à lui fait part de son envie d'un plat en sauce, comme un pot-au-feu ou un bœuf bourguignon. Comme le veut la tradition, après les plats lyophilisés et les recettes déshydratées, les skippers peuvent choisir le premier repas qu'ils dégusteront une fois arrivés. Les jours qui précèdent l’arrivée, les marins décident du menu préparé avec soin par un restaurateur local. Le menu qui recueille le plus de suffrages est l’entrecôte frites, choisie par neuf skippers, parfois accompagnée de pommes de terre sautées, haricots verts ou crudités. Les burgers ont aussi la cote, et globalement, beaucoup ont choisi des plats de viande. Certains, comme Nicolas Lunven (noix de Saint Jacques), Thomas Ruyant (poké bowl), Sam Goodchild (fish and chips), Samantha Davies (poisson frais), Alan Roura (aile de raie), Isabelle Joschke (tartare de poisson à la mangue) et Louis Duc (langoustines), ont préféré des repas à base de produits de la mer. Quelques skippers ont opté pour un repas végétarien. Côté dessert, les fruits frais ont remporté un franc succès, et c’est compréhensible puisque les marins n’avaient plus croqué dans un fruit depuis plusieurs semaines. Des salades de fruits figuraient sur la table de quatorze skippers. D’autres ont voulu retrouver le goût du chocolat en choisissant une mousse, un coulant, un tiramisu, une pana cotta ou une tarte de citron meringuée. L’Italien Giancarlo Pedote a même fait honneur à une recette bretonne en demandant un Kouign-amann. Les skippers ont ainsi retrouvé certaines saveurs qui leur avaient manqué durant toute la compétition, même si, comme le résume Samantha Davies avec humour, le moment de dégustation est souvent fugace avant de reprendre les obligations médiatiques.

Hygiène, Santé et Adaptation Physiologique en Milieu Extrême

L'hygiène à bord est essentielle et compte beaucoup dans la performance. Cependant, les skippers n’ont ni douches ni toilettes dans leur bateau. Le seau est alors un outil indispensable. Lorsque le skipper souhaite faire la vaisselle, se laver ou faire ses besoins, il n’est pas recommandé de se pencher par-dessus bord au risque de tomber à la mer. La plupart des marins se contentent d’un seau. Rassurez-vous, le seau pour se laver n’est pas le même que pour faire ses besoins. Les skippers emmènent donc toujours deux seaux différents.

Se brosser les dents fait partie des priorités pour les skippers, même pendant la course du Vendée Globe. Maxime Sorel confie être « assez à cheval là-dessus » et qu’il s’oblige à se laver les dents « minimum une fois par jour ». Le quotidien des skippers à bord est extrêmement régulé, et le brossage des dents fait partie des tâches quotidiennes et répétitives. L'ancien médecin de la course, Jean-Yves Chauve, conseille de le faire comme dans la vraie vie, c’est-à-dire après chaque repas, bien que ce ne soit pas simple en pleine mer. L'histoire du Vendée Globe a été marquée par trois "histoires de dents" emblématiques : Guy Bernardin (1988-1989) a dû abandonner à cause d’une rage de dents, Bertrand De Broc (1992-1993) s'est coupé la langue et a dû la recoudre lui-même à distance, et Bernard Stamm (2012-2013) s’est cassé une dent en mangeant.

Les skippers du Vendée Globe sont loin de tout : ils doivent être autonomes pendant plusieurs mois. C’est pourquoi, avant de partir, le navigateur doit suivre obligatoirement un stage médical. Le règlement indique que c'est une course sans assistance, à l'exception de l'assistance médicale : les skippers contactent régulièrement le médecin de course par téléphone, courriel ou visioconférence. Ils peuvent ainsi échanger et recevoir des conseils afin de se soigner et prendre soin d'eux. La trousse de secours est un élément important à bord, pensée pour et avec les skippers, adaptée aux besoins spécifiques de la navigation en solitaire autour du monde. Pendant le Vendée Globe 2020, Damien Seguin avait dû se recoudre lui-même suite à une coupure au niveau du bras gauche. Les skippers n’ont pas été épargnés par les "bobos" : Clarisse Crémer s’est bloqué l’épaule, Sébastien Simon s’est entaillé le pouce, et Jingku Xu a eu une entorse à la cheville. Au fil des éditions, les bateaux de course sont devenus de plus en plus performants, et les blessures deviennent comparables à celles rencontrées dans le sport mécanique, avec de plus en plus de fractures et de traumatismes (crâniens notamment). La trousse de secours est donc un indispensable, tout comme les équipements de sécurité (casque, siège baquet ergonomique, ceinture 3 points).

Les bottes sont les fidèles compagnons des marins du Vendée Globe. Elles sont étanches (fabriquées avec des matériaux comme le caoutchouc, le néoprène ou le Gore-tex), confortables et antidérapantes. Le navigateur adapte sa botte en ajoutant des guêtres selon les conditions météorologiques (froid, humidité extrême). Pendant le Vendée Globe, les skippers affrontent différentes conditions météorologiques : froid, vent violent, forte chaleur. Pour les zones tropicales très ensoleillées, il est nécessaire que le skipper dispose d’une bonne crème solaire pour protéger les zones non couvertes de son corps, car en mer, les dangers liés au soleil sont plus importants (l'eau renvoie 10% à 30% des rayons ultraviolets, auxquels s'ajoute la réflexion sur les voiles et le pont).

La course au large impose de réagir en permanence aux contraintes physiques imposées par l’environnement. Selon la latitude traversée, les besoins physiologiques évoluent radicalement. Dans les mers australes, face au froid intense, les marins augmentent considérablement leurs apports lipidiques (graisses saines comme huiles, beurre clarifié, noix) pour générer suffisamment de chaleur corporelle et résister à l’hypothermie. Dans les zones équatoriales, l’hydratation prime. Les navigateurs doivent constamment réguler leur apport hydrique et électrolytique (magnésium, potassium, sodium), consommant des aliments légers, faciles à digérer, pour éviter la déshydratation et les troubles digestifs liés à l’humidité ambiante. L’impact omniprésent du sel marin, qui attaque les emballages et accélère la détérioration des aliments, est également une préoccupation. Sa consommation excessive involontaire peut provoquer de la rétention d’eau, une fatigue chronique et perturber la digestion.

La préservation de son microbiote en milieu hostile est un autre défi. L’absence de diversité alimentaire et l’omniprésence d’aliments lyophilisés peuvent fragiliser considérablement la flore intestinale. Certains skippers incluent des probiotiques spécifiques, des algues séchées ou des préparations fermentées pour préserver leur équilibre digestif et immunitaire tout au long de la traversée. La complémentation nutritionnelle ciblée est également un pilier stratégique, permettant de maintenir l’équilibre physique et mental. Des Oméga-3 (anti-inflammatoires, fonctions cognitives), du Magnésium (crampes, stress, récupération), des Probiotiques (santé intestinale) et de la Vitamine D (quand l'exposition au soleil est limitée, comme dans les zones australes) sont souvent indispensables.

Même avec la planification la plus précise, chaque skipper est confronté à des imprévus physiologiques. La fatigue accumulée, les périodes prolongées de mauvais temps ou les changements brutaux de température influencent directement les habitudes alimentaires. Face au stress et à l’épuisement, les navigateurs privilégient souvent des boissons énergétiques ou des purées protéinées faciles à ingérer, assurant un apport énergétique minimal sans difficulté digestive. Ces ajustements constants, réalisés en temps réel selon les sensations et les conditions rencontrées, garantissent aux marins un équilibre fragile mais vital, leur permettant d’aller jusqu’au bout de cette épreuve physique et mentale sans équivalent.

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