Le monde de la course au large, en particulier celui des Ultims, est un univers où l'excellence ne s'improvise pas. Il exige une préparation méticuleuse, une audace constante et une synergie inébranlable entre l'homme, la machine et l'équipe. Au sein du Team Sodebo Voile, le métier de préparateur skipper transcende la simple navigation pour embrasser une dimension holistique, où chaque détail compte dans la quête de la "grande victoire". C'est un engagement profond, visible à travers le parcours de figures emblématiques comme Thomas Coville, l'évolution technique de leurs multicoques géants et la structure d'une équipe dédiée, travaillant sans relâche dans les coulisses. La complexité de cette profession réside dans la capacité à orchestrer des compétences multiples, de la maîtrise technique des bateaux à l'endurance mentale, en passant par l'analyse stratégique et la gestion humaine.
Thomas Coville : L'Architecte d'une Carrière Hors Norme et la Quête de l'Obstacle
À 55 ans, Thomas Coville incarne la persévérance et l'expérience dans le monde de la voile océanique. Son palmarès est éloquent : il compte huit tours du monde à son actif, dont trois en multicoque en solitaire et deux en équipage, ce qui en fait le marin le plus expérimenté en la matière. Le Trophée Jules Verne, le Trophée Saint-Exupéry, la Route du Rhum, la Transat Jacques Vabre, sont autant d’épreuves qui garnissent son armoire à trophées. Dès 1997, année de sa première circumnavigation en équipage, Thomas Coville a trouvé dans ce format une expression de sa compétitivité. Entre cette première circumnavigation et le 25 décembre 2016, date de son record en solitaire de 49 jours et 3 heures, le skipper aura bouclé huit fois le tour de la planète, quatre en solitaire, quatre en équipage, six en multicoque, deux en monocoque. Il confie que dès le premier avec Olivier de Kersauson, il s'est rendu compte que c’était un format qui lui correspondait. La durée, la distance, la forme, la musicalité, la couleur d’un tour du monde sont autant d’ingrédients qui lui permettent de s’exprimer en tant que compétiteur.
Son parcours avec Sodebo est un véritable fil conducteur. Leur longue et belle histoire est justement née sur cette Route du Café en 1999 avec une victoire en Imoca du duo Thomas Coville-Hervé Jan. Un an plus tard, le succès est de nouveau au rendez-vous, alors que Thomas Coville, associé à Jean-Luc Nélias, s’offre une deuxième victoire sur la Transat Jacques Vabre. Pour Thomas Coville, cette édition de la Transat Jacques Vabre aura aussi une saveur particulière, puisqu’elle marquera les 24 ans de sa première course sous les couleurs de Sodebo. Il a exprimé : « Que de chemin parcouru depuis ! Il y a un quart de siècle, je disputais effectivement ma première Transat Jacques Vabre, qui marquait également mes grands débuts avec Sodebo. Cerise sur le gâteau, nous avions gagné en Imoca avec Hervé Jan, ce serait magnifique de célébrer cet anniversaire par une nouvelle victoire avec Tom ! Je suis persuadé que nous avons toutes les armes pour y arriver. »
La philosophie de Thomas Coville est profondément ancrée dans l'idée de dépassement de soi. Il cite Antoine de Saint-Exupéry : « L’homme se découvre quand il se mesure à l’obstacle : cette phrase d’Antoine de Saint-Exupéry dans Terre des hommes a résonné dans ma tête pendant des années avant que j’en comprenne toute la force. » En se confrontant à l’espace et au temps, en décidant que son désert serait liquide et à l’échelle de la planète tout entière, il a repoussé ses rêves. Aventurier et passionné, il se lance corps et âme dans tout ce qu’il entreprend. Thomas Coville pratique la voile au plus haut niveau depuis son adolescence. Du mini 6.50 aux grands trimarans de records, en passant par l’America’s Cup et la Volvo Ocean Race, cet homme est l’un des skippers les plus éclectiques de sa génération. Jamais rassasié - culture, lecture, musique, cyclisme, alpinisme et voyages -, le marin qu’il est avant tout, dévore la vie avec passion.
Le Duo Stratégique : Thomas Coville et Thomas Rouxel, une Alchimie en Mer
Depuis quelques années, le skipper Thomas Coville travaille de plus en plus en collectif. Il a créé autour de lui une équipe soudée, talentueuse et engagée. Au cœur de cette collaboration se trouve son co-skipper, Thomas Rouxel, qui l’accompagne depuis maintenant quatre ans au sein du Team Sodebo Voile, notamment sur la Transat Jacques Vabre en 2021 et en 2023. Leur "couple" avec Thomas Rouxel a permis au Team Sodebo de se placer dans une dimension bien différente de celle qu'ils avaient deux ans auparavant, au départ de la dernière Jacques Vabre.
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Doucement, mais sûrement, Thomas Rouxel s’impose à 40 ans comme l’un des marins français les plus expérimentés au large. Son parcours est celui d'un passionné happé par le grand large après avoir débuté, comme beaucoup, par la voile légère avec son frère du côté d’Erquy (Côtes d’Armor), où ses parents tenaient un hôtel-restaurant. Ce sportif accompli, adepte des sensations fortes, cultive son sens de la glisse au quotidien dès qu’il n’est pas au large, pratiquant le funboard, le Moth à foil, ou le kite. Cette passion explique pourquoi il s’est pris d'engouement pour les Ultims. Il décrit ces bateaux comme incroyables, avec des performances exceptionnelles, affirmant prendre énormément de plaisir à barrer et à chercher les petits réglages qui permettent d’aller plus vite, considérant que c’est vraiment une série qui lui convient bien.
Thomas Coville décrit son binôme comme un garçon discret et humble vu de l’extérieur, mais très cash et précis dans les débriefings. Dès le début, la possibilité lui a été donnée de s’exprimer et d’influencer le groupe, ce qui lui a permis de prendre confiance et de faire partager sa connaissance et son assurance, donc de faire progresser toute l’équipe. Sur l’eau, on voit qu’il a une vraie passion du large : il a des gestes précis, un déplacement très assuré, et à la barre, il place le bateau où il veut. Thomas Coville a l'impression que le duo est devenu interchangeable, un partenariat désormais vraiment bien installé. Thomas Rouxel confirme cette impression : « Dès que je suis arrivé, j’ai tout de suite senti qu’on m’accordait beaucoup de confiance, ce qui m’a permis de vite m’intégrer. Avec Thomas, cela fait maintenant quatre ans que nous partageons des expériences très fortes, nous avons beaucoup navigué ensemble, si bien que dès que nous montons sur le bateau, nous arrivons rapidement à trouver les bons réglages. »
Pour le défi qui les attendait sur la Transat Jacques Vabre, le Costarmoricain concluait : « Nous aurons peu de temps entre la mise à l’eau et le moment où nous partirons au Havre, donc il faudra être encore plus efficaces que d’habitude pour s’adapter aux modifications faites sur le bateau, le challenge est relevé mais passionnant. »
Sodebo Ultim 3 : Une Plateforme d'Innovation au Service de l'Ambition
Le Maxi-Trimaran Sodebo Ultim 3 est bien plus qu'un simple bateau ; il est le reflet d'une ambition constante pour la performance et l'innovation. L'équipe aspire à une grande victoire, et pour y parvenir, elle s'est donné les moyens en allant plus loin que ce qui était prévu au départ. Thomas Coville estime que l'équipe Sodebo est l’une de celles qui aura le plus fait fructifier l’expérience de la Route du Rhum, que ce soit en termes de chantier ou d’évolution du bateau. Cette démarche est une nouvelle pour eux, qui leur plaît beaucoup, car elle les rend ambitieux dans leurs changements et leurs évolutions de bateaux, sans doute par sérendipité, le fait d’avoir tenté, cassé, puis appris.
Le tour du monde, qui a constitué un véritable fil conducteur du parcours de Thomas Coville et de son partenaire Sodebo, est le terrain de jeu par excellence de Sodebo Ultim 3. Pour la première fois de l’histoire de l'Arkéa Ultim Challenge, c’est sur une course autour du monde que le skipper breton s’élancera de Brest le 7 janvier prochain, à bord de son trimaran géant : Sodebo Ultim 3. Ce terrain de jeu est bien connu de Thomas Coville et Sodebo puisque le skipper s’est lancé à l’assaut du tour du monde avec Sodebo dès 2007 avec 4 tentatives de record à bord du Maxi-Trimaran.
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La classe Ultim représente le summum de la technologie et de la vitesse en voile. La confrontation au sein de cette classe est un puissant moteur de progrès. Le leader, Maxi Edmond de Rothschild, a poussé l'équipe Sodebo vers cette progression. Le bateau SVR est également intéressant, et Thomas Coville aime tenter de lire la progression d’Armel Le Cléac’h, qu'il juge souvent très pragmatique. Du côté d’Actual, il est très heureux pour Anthony Marchand, de le voir à la tête de ce projet. Cette émulation de classe fait que tout le monde progresse énormément, et les skippers utilisent leurs adversaires pour se dépasser.
L'Équipe Invisible : Les Architectes Terrestres de la Performance en Mer
Derrière chaque succès en mer, il y a une équipe terrestre dont le travail est essentiel et souvent méconnu. Pour les Ultims, cette équipe est le véritable cerveau stratégique et logistique. Au sein du Team Sodebo, Dominic, âgé de 65 ans, est un navigateur reconnu dans le monde de la voile, qui est aujourd'hui le routeur du Team Sodebo. Après avoir fait ses armes sur multicoques en tant qu’équipier de plusieurs marins historiques comme Éric Tabarly, Florence Arthaud ou encore Loïc Peyron, il s’est doté d’un palmarès bien rempli.
La mission des routeurs est cruciale : récupérer matin et soir les fichiers météo, lancer le maximum de routages de Sodebo Ultim 3 sur les logiciels dédiés, suivre attentivement les performances du bateau et proposer à Thomas Coville la meilleure trajectoire possible. Autant dire qu’ils sont connectés 24 heures sur 24 pendant la course. Leur expertise permet d'optimiser chaque décision en mer, transformant les données complexes en informations actionnables pour le skipper. C'est un travail de l'ombre qui requiert une connaissance approfondie de la météorologie, de la performance des bateaux et une capacité d'anticipation hors pair.
L'ensemble de l'équipe, qu'elle soit en charge de la maintenance du bateau, de la logistique, de l'ingénierie ou de la préparation mentale, contribue à la performance globale. C'est le travail de dizaines de personnes, voire d'une centaine si l'on globalise toutes les équipes, qui est valorisé lors de chaque confrontation en mer.
Préparation Physique et Mentale : Un Entraînement au-delà des Standards
Le métier de skipper d'Ultim exige une préparation physique et mentale millimétrée, et pas seulement sur l’eau. Avant de prendre la barre de son bateau de 32 mètres pour un tour du monde en solitaire comme l'Arkéa Ultim Challenge, Thomas Coville a suivi un programme varié. En plus de séances de vélo ou de courses à pied en groupe, il s’est mis dans la peau d’un montagnard, qui peut faire face aux mêmes enjeux qu’un navigateur. Thomas Coville note qu'une ascension en montagne est réussie quand on est rentré. Il a également pratiqué le wingfoil, intégrant diverses disciplines pour optimiser ses capacités physiques.
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Mais un athlète de ce niveau doit aussi se préparer mentalement. Pour cela, Thomas Coville s’est rendu dans un escadron de chasse, une démarche audacieuse pour tirer des leçons d'un milieu aux exigences comparables. Le commandant Vincent, qui l’a accueilli, assure que le métier de navigateur a beaucoup à apprendre du métier de pilote. Les pilotes de l’armée de l’air doivent aussi composer avec la vitesse et le stress, des facteurs omniprésents en course au large. Ils lui ont présenté la séance de relaxation qu’ils ont l’habitude de faire avant de partir en mission, une technique précieuse pour gérer la pression intense des compétitions. Cette approche multidisciplinaire, combinant entraînement physique en montagne, vélo, wingfoil et préparation mentale auprès des pilotes de chasse, illustre la profondeur de la préparation requise pour affronter les défis du large.
L'Émulation Compétitive : Le Polaroïd des 24H Ultim
Les formats de course comme les 24H Ultim sont des rendez-vous clés pour le Team Sodebo Voile, malgré parfois un faible vent, ils génèrent beaucoup d’émotions partagées. Thomas Coville aime ce format de course qui fait partie intégrante de leur programme. Cela ponctue leur saison et permet d’avoir un rendez-vous où tout le monde est là, offrant une belle confrontation. Il trouve cela très stimulant, avec une vraie émulation pendant ces trois jours, incluant à la fois des runs et une course de 24 heures. Il est heureux de retrouver toutes ces équipes qu’il admire beaucoup, car il est important dans une vie d’athlète de partager. Il compare ce type de course à un polaroïd, comme une photo qui s’efface dans le temps, dont on ne se souviendra pas, mais qui marque le moment et qui, il l’espère, s’installera dans le calendrier des prochaines années. Car ce genre de format est très utile pour s’essayer, se confronter et s’étalonner. Thomas Coville est impatient, car l'équipe a envie et besoin de confrontation. Ils utilisent leurs adversaires pour progresser, profitant de cette émulation de classe qui pousse tout le monde à s'améliorer énormément. Les 24H Ultim 2025 promettent vitesse, stratégie et spectacle, à l'image des 12H BPGO de la Baule dont le top départ a été donné par Armel Le Cléac’h.
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