Le phoque : un mammifère marin fascinant et comment il apprend à nager

Les phoques sont des mammifères marins carnivores de l'ordre des pinnipèdes. Ils se distinguent par leur corps fusiforme, leur fourrure rase et veloutée, l'absence d'oreilles externes et leurs membres courts transformés en nageoires. Il existe actuellement 18 espèces de phoques, dont le phoque du Groenland, un animal emblématique qui vit dans l’océan Arctique et le nord-ouest de l’océan Atlantique.

Origine et évolution des phoques

L'origine exacte des phoques reste incertaine en raison du manque de fossiles. Cependant, la théorie la plus plausible est qu'ils descendent de petits carnivores terrestres ressemblant à la belette ou au raton laveur. Ces animaux auraient conquis le milieu marin il y a environ 30 millions d'années, à la fin de l'Oligocène ou au début du Miocène, et leur évolution se serait produite dans la région arctique.

Le plus ancien fossile de pinnipède connu, Puijila darwini, a été découvert dans l'Arctique. Cet animal, qui vivait il y a 21 à 24 millions d'années, mesurait environ 1 mètre de long et ressemblait à une loutre, mais avec un crâne de phoque et des pieds palmés. Un autre mammifère ressemblant à une loutre et aux pattes palmées, Potamotherium (1,5 m de long), vivait également au Miocène.

La famille actuelle des phocidés compte 13 genres et 18 espèces. Le phoque du Groenland fait partie des phocinés et vit aujourd'hui au Canada, au Groenland, en Islande, dans le nord de la Norvège et en Russie.

Le phoque du Groenland : un nageur hors pair

Le phoque du Groenland est un excellent nageur qui passe la majeure partie de sa vie dans l'eau, où il chasse, voyage et se repose. Par temps clair, les femelles apprécient de se prélasser sur la glace et de prendre un bain de soleil.

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Adaptations à la vie aquatique

La morphologie du phoque du Groenland témoigne de son adaptation à la vie aquatique :

  • Corps fusiforme : Cette forme hydrodynamique réduit la résistance de l'eau et facilite la nage.
  • Museau pointu : Il contribue également à l'hydrodynamisme.
  • Absence d'appendices externes : L'absence de pavillon auriculaire et la présence d'organes génitaux internes réduisent la résistance de l'eau.
  • Nageoires postérieures : Elles assurent la propulsion dans l'eau grâce à des mouvements coordonnés et aux ondulations latérales du corps.
  • Nageoires antérieures : Elles servent principalement à changer de direction.

Alimentation

Le phoque du Groenland consacre une partie importante de ses journées à la chasse. Son régime alimentaire se compose principalement de poissons de surface (capelans, harengs), de céphalopodes (calmars), de crustacés (crevettes, crabes, homards) et occasionnellement de poissons de fond (carrelets et morues). Cependant, son alimentation varie en fonction des saisons, des disponibilités locales, de l'âge et du sexe de l'animal. Les jeunes phoques, encore maladroits dans l'eau, se nourrissent de crustacés planctoniques ou de petits poissons en surface. Les femelles réduisent leur consommation alimentaire pendant la mise bas et l'allaitement.

On estime qu'un phoque consomme entre 800 kg et 1 tonne de nourriture par an, soit près de 2 % de son poids par jour, et jeûne environ 65 jours. Les petites proies sont aspirées et avalées, tandis que les gros poissons sont ramenés à la surface, découpés en morceaux et avalés.

Reproduction et cycle de vie

Après une migration de plusieurs milliers de kilomètres depuis le Nord, les femelles reviennent près des glaces flottantes où elles sont nées. Elles atteignent la maturité sexuelle vers l'âge de 5 ans et demi en moyenne. Elles s'installent sur des glaces flottantes d'au moins 25 cm d'épaisseur, à proximité de chenaux qui leur permettent d'accéder rapidement à la pleine mer en cas de danger. Si les icebergs ont tendance à fusionner, elles creusent des trous en donnant de grands coups de tête dans la glace nouvellement formée. Ces orifices, d'environ 80 à 90 cm de diamètre à la surface, s'élargissent en profondeur et servent aux phoques à se rendre à la mer ou à respirer lorsqu'ils sont dans l'eau. Plus de 40 animaux peuvent partager le même trou.

La saison des amours, très courte mais mouvementée, commence par le rassemblement des mâles autour des glaces flottantes où les femelles se sont installées. Ils font des bulles, sautent, virevoltent, se lancent dans des rondes et des courses frénétiques pour attirer l'attention des femelles. Celles-ci répondent en arquant le dos, en rejetant la tête en arrière et en dressant leurs nageoires postérieures en l'air.

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Dans le golfe du Saint-Laurent, le biologiste canadien Stewart a étudié la gestation chez les phoques du Groenland. Après une première mise bas le 2 mars, les femelles s'accouplent vers les 12-14 mars, une fois le sevrage terminé. La fécondation est immédiate, mais le développement de l'œuf s'interrompt pendant 90 jours, jusqu'au début de juin. Il reprend ensuite, mais l'œuf ne s'implante qu'au 143e jour. La gestation active dure 265 jours.

À la fin février, les femelles arrivent sur les glaces du sud de l'Arctique et cherchent un endroit pour donner naissance à leur petit. Elles se rassemblent en groupes de 5 000 à 6 000 mères sur 2 km2 de banquise. La mise bas, qui a lieu le plus souvent la nuit ou très tôt le matin, est très rapide, durant parfois seulement 15 à 40 secondes. Le cordon ombilical se rompt de lui-même pendant ou juste après l'accouchement.

Le nouveau-né, une boule de poils mouillés, a de grands yeux bleus qui prennent une teinte brune au bout de 3 ou 4 jours. À la naissance, il passe de l'utérus maternel (37 °C) à un milieu extérieur dont la température varie de - 15 °C à + 5 °C, avec des vents glacés. Dépourvu de la couche de lard qui protège les phoques plus âgés, il grelotte pendant 3 ou 4 heures, jusqu'à ce que son pelage soit sec et isolant. Ces tremblements génèrent une chaleur interne qui lui permet de se réchauffer.

Dès la naissance, la mère caresse son petit du bout du nez et le renifle, signe de reconnaissance. L'allaitement commence dans les deux heures qui suivent. Le lait de la mère est très riche en matières grasses (25 % au début de l'allaitement, 40 % à la fin, contre 5 % pour le lait de vache). Grâce à cette nourriture particulièrement riche, le poids du blanchon augmente de 2,5 kg par jour, passant de 11-12 kg à la naissance à 30-40 kg au moment du sevrage.

En cas de danger, le blanchon se fige sur la glace et ne bouge plus, une immobilité qui a facilité le travail des chasseurs. La mère accourt rarement à son secours si elle est elle-même menacée et se trouve dans l'eau. Quand elle est sur la glace, elle peut défendre sa progéniture, mais aussi s'enfuir ou s'immobiliser à son tour. L'allaitement est très court : en moyenne 9 jours.

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L'apprentissage de la survie

Le petit phoque du Groenland est l'un des mammifères biologiquement les plus précoces. Dès l'âge de 10-12 jours, il doit apprendre à survivre dans un milieu extérieur parfois hostile. Au moment du sevrage et du départ de sa mère, des taches grises apparaissent sous son pelage blanc, signalant le début de la mue. Pendant celle-ci, il perd ses poils par poignées et est condamné à rester à terre sans se nourrir, privé de sa fourrure protectrice. Ses 40 kg, dont 20 de graisse sous-cutanée, lui permettent de survivre. Cependant, au cours de ces semaines de jeûne forcé, le tissu graisseux diminue, et certains animaux ne pèsent plus que 22 à 27 kg lorsque la mue est terminée.

C'est alors que le jeune plonge pour s'alimenter. Son pelage est gris acier, tacheté de noir. Incapable de rester immergé pendant de longues minutes, il consomme des petits crustacés planctoniques situés à la surface de l'eau. Sa mère ne lui a pas appris à chasser ni à se nourrir, mais seulement à découvrir l'océan et à y évoluer. Jusqu'à l'âge de 8 à 10 semaines, il se laisse dériver passivement dans les courants qui l'entraînent vers le sud, sans jamais s'éloigner des glaces. Ce n'est qu'après avoir récupéré des forces qu'il se met résolument à nager vers le nord, sur la trace des adultes déjà partis pour leur longue migration printanière.

Caractéristiques physiques du phoque du Groenland

Le phoque du Groenland appartient à la famille des phocidés. Tout blanc à la naissance, son pelage comporte sur le dos, à l'âge adulte, une grande tache grise caractéristique en forme de lyre ou de fer à cheval. C'est un animal grégaire, capable de vivre sur terre comme dans l'eau, bien qu'il passe presque tout son temps dans la mer, où il trouve sa nourriture. Ses proies principales sont des poissons (capelans, harengs, morues notamment) et des crustacés. Il les avale par succion, mais les gros poissons sont au préalable découpés en bouchées.

La fourrure du phoque du Groenland se compose de deux sortes de poils : les poils de couverture, qui protègent l'épiderme contre l'abrasion, et les poils de bourre, moins longs, moins épais et de texture laineuse, qui contribuent à l'isolation thermique de l'animal. Pour se protéger du froid et maintenir stable sa température interne, le phoque possède aussi une épaisse couche de graisse sous-cutanée, qui peut atteindre 8 cm chez les adultes. S'il fait vraiment froid (la température ambiante peut tomber jusqu'à - 15 °C), il se réfugie dans l'eau, qui ne peut jamais descendre au-dessous de 0 °C.

La vue et l'ouïe sont les deux sens les plus développés chez le phoque du Groenland. Ses yeux s'adaptent aussi bien aux rayons du soleil sur la neige qu'à l'obscurité presque complète des fonds sous-marins. Hors de l'eau, il présente un léger astigmatisme et il est un peu myope. L'audition joue un rôle important lorsque le phoque cherche à localiser ses proies ou ses prédateurs ou encore lorsqu'il veut communiquer avec ses congénères. L'anatomie de son oreille présente de nombreux points communs à la fois avec celle des cétacés et avec celle des mammifères terrestres. Mais le phoque du Groenland entend beaucoup mieux sous l'eau que hors de l'eau. En fait, il communique peu : sur terre, seuls les petits poussent des cris.

Hors de l'eau, l'odorat joue un rôle important chez les phoques. Il leur permet de détecter l'arrivée d'un prédateur, alors que celui-ci est à plusieurs dizaines de mètres. C'est aussi grâce à leur odorat que les mâles détectent les femelles en chaleurs. Quant au toucher, il est apparemment peu développé chez le phoque du Groenland. Ses vibrisses jouent cependant un rôle sensoriel non négligeable.

Plus à son aise dans l'eau que sur terre, le phoque du Groenland a une bonne maîtrise du milieu sous-marin. Il reste normalement immergé pendant une durée comprise entre 2 et 10 minutes, mais il peut tenir jusqu'à 18 minutes. Il va jusqu'à 150 ou 200 m de profondeur. Mais il peut aussi se déplacer assez rapidement sur la glace : on estime qu'il serait capable d'atteindre la vitesse de 2 km/h.

Informations complémentaires sur le phoque du Groenland

  • Nom (genre, espèce) : Pagophilus groenlandicus
  • Famille : Phocidés
  • Sous-famille : Phocinés
  • Ordre : Carnivores
  • Sous-ordre : Caniformes (Auparavant, pinnipèdes)
  • Classe : Mammifères
  • Identification : Pelage blanc jaunâtre ou grisâtre ; tête noire ou brune ; tache en forme de lyre sur le dos ; 34 dents
  • Taille : 1,60 m
  • Poids : 150 kg
  • Habitat et répartition : Banquise et glaces flottantes de l'Arctique. 3 populations séparées : mer Blanche, mer du Groenland et Atlantique nord-ouest (côtes canadiennes)
  • Migration : vers le nord au printemps et vers le sud en fin d'hiver
  • Régime alimentaire : Poissons (capelans, morues, carrelets, harengs), calmars, petits crustacés
  • Période de jeûne : pendant la mue
  • Structure sociale : Groupes de plusieurs milliers d'animaux pendant les périodes de mue et de reproduction
  • Maturité sexuelle : Femelles : entre 3 et 7 ans. Mâles : entre 4 et 5 ans
  • Saison de reproduction : Fin février-mars. Espèce plutôt monogame. Accouplements dans l'eau ou sur la glace
  • Durée de gestation : 11,5 mois dont 11 semaines de repos embryonnaire (nidation différée)
  • Nombre de jeunes par portée : 1
  • Nouveau-né : Entièrement blanc : « blanchon » ; poids : de 8 à 12 kg ; taille : de 90 à 98 cm
  • Allaitement : Entre 9 et 14 jours

Les sens du phoque du Groenland en détail

  • Yeux : Leur taille peut atteindre 5 cm de diamètre. Le cristallin est sphérique comme chez les poissons, l'iris très large et la pupille capable de se dilater en fonction de la lumière. En plein jour, elle s'amincit à la verticale, comme celle d'un chat ; sous l'eau, comme dans l'obscurité, elle s'élargit jusqu'à occuper presque la totalité de l'œil. D'où une grande capacité d'adaptation à la vision nocturne ou par faible luminosité.
  • Oreilles : Chez tous les phoques, les oreilles sont dépourvues de pavillon externe. À la place, on trouve un simple orifice, l’entrée du conduit auditif, qui mesure au plus 10 mm de diamètre. Grâce à cette minuscule ouverture, l'animal réagit à des signaux sonores dont la fréquence peut atteindre 160 kHz dans l'eau, et 32 kHz dans l'air (à titre de comparaison, l'homme a un audiogramme compris entre 1 et 32 kHz).
  • Vibrisses : Les vibrisses existent, au moins à l'état embryonnaire, chez la plupart des mammifères. Celles des phoques du Groenland sont particulières. Courtes et bouclées chez les jeunes, les vibrisses labiales (« moustaches ») deviennent raides chez l'adulte. Chaque phoque en possède 48 en moyenne.
  • Narines : Les cavités nasales du phoque du Groenland sont particulièrement longues et se terminent par deux narines, dont chacune mesure environ 2 cm de large lorsqu'elles sont complètement dilatées. Grâce à un muscle puissant, elles se rétrécissent et se ferment au moment de la plongée.
  • Membres : Les os de la cuisse et de la jambe sont courts et épais. Seuls les pieds sont apparents.

Diversité des espèces de phoques

La famille des phocidés regroupe actuellement 18 espèces de phoques répartis en 13 genres : 5 vivent dans l'hémisphère Sud (dont l'éléphant de mer austral) et 13 dans l'hémisphère Nord (en incluant l'éléphant de mer boréal et les phoques-moines hawaiien et méditerranéen). On observe de grandes différences de taille et de forme entre tous ces phoques, depuis le petit phoque annelé dont le poids ne dépasse par 90 kg jusqu'au géant de la…

Les phoques et l'éducation

Les phoques suscitent l'intérêt et la curiosité, notamment chez les enfants. Des initiatives éducatives, comme la visite des Phoques de la baie de Somme dans une école de Saint-Valery-sur-Somme, permettent aux élèves de découvrir la vie de ces animaux marins et d'apprendre à les reconnaître. Ces activités favorisent également la sensibilisation à la protection de l'environnement marin et à la conservation des espèces.

Le phoque moine de Méditerranée : une espèce menacée

Le phoque moine de Méditerranée est une espèce particulièrement vulnérable, ayant été quasi exterminée au début du XXe siècle pour sa viande et sa graisse. Aujourd'hui, on estime qu'il ne reste que 600 à 700 phoques moines, ce qui en fait le phoque le plus rare au monde. Les colonies les plus importantes se situent principalement à l'est de la Méditerranée (en Grèce, en Turquie…) et sur quelques côtes atlantiques (Cap Blanc de Mauritanie, Madère…).

Les phoques moines sont menacés par la diminution des stocks de poissons, la pollution marine, le trafic maritime et surtout par le tourisme important sur les côtes méditerranéennes ou atlantiques. La raréfaction des plages tranquilles perturbe leur reproduction.

Des efforts de conservation sont en cours dans tous les pays où l'espèce subsiste, avec la création d'associations de protection, la mise en place d'un réseau de sites protégés et la sensibilisation des pêcheurs au respect des phoques. Ces efforts portent leurs fruits, notamment sur la côte du Cap Blanc en Mauritanie, où la colonie a légèrement prospéré grâce à la protection de son habitat.

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