Le Vendée Globe, épreuve mythique du tour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance, s'apprête à vivre une nouvelle édition le 10 novembre aux Sables-d'Olonne. Alors que le départ approche, Voiles et Voiliers vous emmène découvrir l'envers du décor en vous proposant chaque semaine la visite d'un Imoca par son skipper. Les bateaux qui ont pris le départ du Vendée Globe depuis les Sables d'Olonne, dimanche 10 novembre, sont plus impressionnants les uns que les autres. En quatre ans, depuis la dernière édition, l'évolution technologique a encore franchi un cap, rendant les Imocas à foils, volant sur l'eau, encore plus rapides, repoussant ainsi les limites jusqu'ici atteintes.
La révolution technologique des foils
C’est désormais un élément incontournable de la course au large : les foils. Encore en phase expérimentale mais déjà testé en 1996, les Foils aussi appelés appendices porteurs ont pour mission de soulager la coque et ainsi de permettre au bateau de gagner en vitesse. La majeure partie de la flotte du Vendée Globe 2024 en est équipée. Ces appendices en carbone permettent aux bateaux nouvelle génération de « voler » sur l’eau et d’aller beaucoup plus vite en mer. Ces voiliers de dernière génération devraient battre des records de vitesse durant cette course unique au monde.
Pour ce Vendée Globe 2024, la majeure partie de la flotte est équipée de « foils ». Ces nouveaux éléments sur les bateaux représentent un investissement coûteux mais valent le coup, le gain de vitesse et de performance étant réel. De ce fait, il faut compter, en moyenne aujourd’hui, environ 600 000 euros pour une paire de foils neuve. Une paire de foils peut coûter cher. Maxime Sorel sur son bateau neuf, avec des foils.
Genèse d'une innovation : le cas des Imocas à étrave scow
L'évolution du design des bateaux a été marquée par des concepts audacieux. Ce bateau a été lancé début 2020 pour le skipper Armel Tripon. Construit au chantier nantais Black Pepper, il s'agissait du premier Imoca dessiné par l’architecte Samuel Manuard, réputé pour ses réalisations dans d’autres classes, notamment des Mini 6.50 et des Class40. À sa mise à l’eau, ce monocoque a détonné avec son concept d’étrave très volumineuse de type scow, dans les limites de la jauge Imoca, mais aussi avec ses foils déportés à l’implantation très haute.
Lors du Vendée Globe 2020-2021, Armel Tripon a subi un problème de hook en début de course qui l’a beaucoup pénalisé en termes de classement (11e place à l’arrivée) mais il a démontré tout le potentiel de la machine en signant le meilleur chrono de la flotte dans les mers du Sud. À l’issue de ce tour du monde, le bateau a été racheté par Louis Burton et a pris le nom de Bureau Vallée. Les débuts avec cette machine n’ont pas été simples pour le skipper malouin qui a subi deux démâtages coup sur coup, sur la Transat Jacques Vabre 2021 puis la Route du Rhum 2022. Dans cette vidéo, il explique comment son équipe a travaillé pour éviter de revivre une telle mésaventure. En bouclant le Retour à la Base fin 2023, puis The Transat CIC et la New York-Vendée en 2024, Louis Burton s’est rassuré et a démontré qu’il faudrait compter sur lui pour le Vendée Globe.
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La fragilité des appendices : l'exemple de Paul Meilhat
La quête de performance se heurte parfois à la dure réalité de la casse matérielle. La casse d’un foil sur The Transat CIC, début mai, aurait pu compromettre l’engagement de Paul Meilhat sur le Vendée Globe 2024. Mais le skipper de Biotherm et son équipe ont su réagir très vite pour lancer la construction d’une paire d’appendices neufs. Paul Meilhat a dû abandonner le Vendée Globe 2016-2017. Il espère que sa deuxième participation sera la bonne. Il sera en tout cas au départ dans de bonnes conditions, ce qui est déjà une première victoire.
Interrogé sur les délais, Paul Meilhat explique : « D’abord pour une raison toute simple liée aux délais. Pour des nouveaux foils, il faut grosso modo compter six mois de construction. Si j’avais subi la même avarie sur la transat retour (la New York Vendée, NDR), mon projet de Vendée Globe aurait vraiment été en péril. » Il ajoute : « Tout est allé très vite dans le processus de décision. J’étais encore dans l’adrénaline de la course. Déjà, il a fallu déterminer si le foil cassé était réparable ou non. Un jour et demi après mon arrivée, il était démonté et poncé intégralement. Nous avons pu constater l’étendue des dégâts : impossible de réparer. Nous avons alors étudié toutes les solutions possibles et notamment appelé les autres équipes Imoca pour voir si on pouvait récupérer des foils d’occasion. Cela n’a pas été possible. Cinq jours après mon arrivée, nous avons donc lancé la construction de foils neufs. »
La sécurité face à la vitesse extrême
Mais cette recherche de vitesse empiète sur la sécurité des marins à bord, exposés à des chocs plus violents. « Dans certaines conditions de mer, il peut arriver que le bateau rattrape une vague et vienne s'y enfoncer, ce qui provoque une décélération. Depuis l'existence des foils, on observe de nouvelles pathologies que nous n'avées pas avant, comme les commotions cérébrales et les traumatismes au niveau du ventre ou de l'abdomen suite à des chocs avec la colonne centrale, constate Laure Jacolot, médecin de la course. »
Charlie Dalin est l'un des skippeurs à en avoir fait les frais. En mai 2023, sur l'Ocean Race, il est victime d'une violente chute à bord, entraînant une commotion cérébrale. En une fraction de seconde, le bateau est passé de 29 à deux nœuds, soit une décélération de 27 nœuds (l'équivalent de 50 km/h). « Cet accident m'a fait peur car j'étais au milieu de l'océan Atlantique, et c'était impossible de m'évacuer. C'est un nouveau risque parce que les bateaux vont de plus en plus vite. »
Mesures de prévention et adaptation des skippeurs
Le cas de Charlie Dalin n'est pas isolé. Quelques mois après lui, Sébastien Simon, est lui aussi victime d'une commotion cérébrale sur le Retour à la Base, et doit respecter une période de convalescence pour se remettre sur pied. On peut encore citer, le cas de Samantha Davies, qui, lors du Vendée Globe 2020, a percuté violemment un Ofni (un objet flottant non identifié) et a été projetée à l'intérieur de son Imoca. La skippeuse s'en est sortie avec des côtes cassées et un traumatisme proche « d'un accident de la route ».
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« Les modèles mathématiques évaluent le risque de collision à un tous les 4 000 milles nautiques. Depuis l'édition 2021, la classe Imoca a rendu obligatoire la présence d'un casque à bord. Je le mets à chaque fois que je vais à l'avant du bateau ou dans les tronçons rapides. Depuis le Vendée Globe 2020, j'ai vraiment pris cette question très au sérieux », glisse Charlie Dalin, celui qui navigue sur l'un des bateaux les plus rapides de la flotte. Le port du casque est néanmoins limité. « Sur un match de 90 minutes, on peut porter un casque sans discontinu. Quand on est marin, sur un tour du monde, ce n'est pas possible de porter un casque pendant 3-4 mois non-stop », admet la médecin.
La direction de course a également mis en place une zone de protection des mammifères, afin de limiter le risque de collision. Certaines sont interdites aux skippeurs, d'autres sont à traverser avec vigilance. Un hazard button (bouton de danger) a également été ajouté à bord. Il permet de signaler un événement dangereux, et dont l'alerte sera consignée dans une base de données commune. Des caméras infrarouges et thermiques, qui permettent de voir devant le bateau, alertent également le marin en cas de présence inhabituelle. Autre nouveauté en 2024 : l'introduction d'un « protocole de crise médicale » en cas de commotion cérébrale, cependant soumis à l'autorisation du skippeur. « [Les symptômes vont] de signes bénins comme des maux de tête ou des troubles de concentration, à un manque de capacité à évaluer la gravité de la situation, ce qui peut vous mettre en danger », explique le médecin de la course.
En complément, la médecin Laure Jacolot a recommandé aux skippeurs de s'adonner à une préparation physique ciblée, avec un gain de masse musculaire au niveau du cou, pour réduire l'impact des décélérations au niveau des cervicales. Une problématique prise au sérieux par les skippeurs qui ont, pour beaucoup, repensé l'ergonomie de leur embarcation. Louis Burton a complètement réaménagé son bateau, construit pour l'édition 2020 et racheté à Armel Tripon. Le skippeur de Bureau Vallée a fait installer un siège baquet à mémoire de forme avec un maintien pour sa tête. La bulle du cockpit a été déformée pour agrandir son champ de vision. L'aménagement est similaire chez Charlie Dalin. « Le cockpit est très compact pour que la chute soit moindre en cas de choc. J'ai une ceinture de sécurité sur le siège de ma table à cartes, qui me retient en cas de décélération importante. J'ai tout au même endroit : sans me déplacer, je peux me faire à manger, me reposer, suivre ma navigation. »
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