La piscine de la Potennerie à Roubaix, plus qu'un simple équipement sportif, incarne une part importante de l'histoire sociale et urbaine de la ville et de ses environs. Cet article explore l'évolution de cet espace aquatique, de ses origines à son rôle contemporain, en passant par les défis et transformations qu'il a traversés.
Genèse et Construction : Un Projet Intercommunal
Le 21 mars 1972, une décision marquante est prise par les municipalités de Roubaix, Hem et Lys-lez-Lannoy : la création d'un syndicat intercommunal dédié à l'équipement sportif du quartier des Trois Villes. Cette collaboration aboutit à la construction d'une piscine, située entre la maison médicale et l'école de Longchamp, le long de l'avenue du président Coty. Ce projet s'inscrit dans le cadre de l'opération nationale "Mille Piscines", lancée par le gouvernement pour doter le pays de nombreux bassins de natation.
La conception de cette piscine est particulière : il s'agit d'un modèle "plein ciel", une piscine couverte capable de s'ouvrir complètement grâce à un toit et une façade rétractables, à l'exception du mur nord servant de protection contre le vent. L'équipement comprend un bassin de 25 mètres sur 10, des vestiaires, des douches et une chaufferie. Initialement prévue pour 1974, l'ouverture est retardée en raison de travaux, mais en 1975, le bassin commence à prendre forme, suscitant l'intérêt des habitants du quartier. Une commission de l'Union des Associations des 3 Villes est même mise en place pour réfléchir à son utilisation optimale.
En juin 1975, les travaux sont en voie d'achèvement, avec l'aménagement des accès et la construction du logement du concierge. Cependant, le recrutement du personnel pose problème, seuls le gérant et le chef de bassin ayant été désignés. Soucieux de la sécurité et de la satisfaction des futurs usagers, le syndicat intercommunal opte pour une ouverture début août. La piscine est accessible au public de 9h à 12h et de 14h à 19h. Financée à parts égales par les trois communes, elle est destinée à servir équitablement les populations de Roubaix, Hem et Lys-lez-Lannoy. Chaque commune dispose de deux demi-journées par semaine pour ses établissements scolaires.
Succès et Défis : L'Évolution de la Piscine des Trois Villes
Très rapidement, la piscine rencontre un grand succès, particulièrement auprès des jeunes habitants du quartier. Cependant, au fil des décennies, elle fait face à des défis. Dans les années 1990, des travaux de réfection et de mise aux normes sont entrepris, notamment avec la pose d'un toit fixe et l'agrandissement des vestiaires.
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Les années 2000 sont marquées par des difficultés financières. Malgré sa popularité, la piscine s'avère coûteuse, avec un budget de 4 millions de francs absorbé à 70% par les salaires et les dépenses en eau. La recherche de partenaires pour les villes d'Hem et de Lys-lez-Lannoy s'avère infructueuse, les communes voisines préférant payer des tickets d'entrée plutôt que de s'engager dans une opération financièrement lourde. Un audit réalisé en 1999 met en évidence les problèmes de gestion et anticipe les conséquences d'un éventuel retrait de Roubaix du syndicat intercommunal, une option qui est alors refusée par la préfecture. Pour alléger les charges de personnel, deux employés sur onze sont mutés dans les mairies d'Hem et de Lys-lez-Lannoy.
Après l'an 2000, une année de transition difficile, la cérémonie des vœux de 2002 permet de dresser un bilan positif de l'année 2001, riche en visites : plus de 30 000 enfants scolarisés dans les trois villes ont fréquenté le bassin. De plus, le stage de plongée organisé en 2001 ayant remporté un vif succès auprès des adolescents, deux initiations à la plongée subaquatique sont à nouveau inscrites au programme de 2002, cette fois pour la tranche d'âge de 10 à 14 ans. C'est le club de plongée des 3 villes qui met le matériel et l'encadrement à disposition. Très motivés, les jeunes s'inscrivent au brevet, et la liste d'attente est longue, 60 candidats sur Hem comme sur Lys-lez-Lannoy. Les 25 postulants de 2002 ont tous réussi leur examen de passage et ont reçu leur diplôme, bronze ou argent en fonction de la distance parcourue en apnée. Au début des années 2010, le succès de cette discipline ne se dément pas, d'autant qu'en 2011, le vice-champion de France de plongée en apnée est un Hémois : Alexis Duvivier. Calme et maître de lui, il a parcouru 200,5 mètres sous l'eau, ce qui fait de lui le champion de France de la catégorie apnée dynamique. Puis la piscine ferme pour un an pour une importante rénovation, impliquant nouvelle façade et nouvelle toiture, et une nouvelle remise aux normes, avec travaux additionnels destinés à faire baisser le coût de fonctionnement.
En 2015, des cours sont proposés aux enfants le samedi après-midi par l'association Osez l'Eau, alors que la piscine est fermée au public. En outre, la même année, un des rares clubs d'apnée est créé : Apnée Plongée Hem.
La Piscine dans la Mémoire Collective
La piscine de la rue des Champs, bien qu'ayant fermé ses portes en novembre 1985, reste gravée dans la mémoire des Roubaisiens. Les témoignages d'anciens employés soulignent l'ambiance familiale et l'investissement de chacun dans son travail. La piscine était un lieu de rencontre et de convivialité, où les habitants avaient leurs habitudes et leurs vestiaires attitrés.
Aujourd'hui directeur de la piscine de la Potennerie en remplacement d'Alain Decantère (lui aussi un ancien de la rue des Champs), Yvon Depoortère nous livre lui aussi ses impressions :« L'important dans une piscine c'est l'équipe, et celle de la rue des Champs était sacrement bien soudée !
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L'alerte d'un maître nageur a poussé les directeurs de la piscine Thalassa de Roubaix à fermer les portes du centre nautique jusqu'à septembre 2025, "dans l'idéal".
La Piscine et son Impact Urbain
L'implantation de la piscine a également eu un impact sur le paysage urbain de Roubaix. La rue de l'Épeule, autrefois bordée de façades alignées, a subi des transformations avec la construction de la piscine et de la nouvelle entrée du Colisée. Des commerces ont disparu, des garages se sont développés, et des démolitions ont été nécessaires pour créer le parvis du centre chorégraphique national.
Avant de disparaître, ce bout de rue va vivre son propre développement. Au début des années soixante, le changement est enclenché. Mais les principaux changements concernent au n°27-29 la création du garage de Pierre Demulier bientôt dit Garage automobile du Colisée, et le regroupement de la maison Libbrecht aux n°37-39. Le centre d’apprentissage textile part s’installer boulevard de Metz et revend ses locaux à M. Demulier, alors garagiste rue de Denain. La vente est liée à l’autorisation de l’installation des pompes à essence pour la station service. Le projet est en route depuis 1957. Moyennant une une mise en retrait des pompes par rapport à l’alignement de la rue, le Garage du Colisée peut démarrer ses activités. Il devient concessionnaire Opel en 1963. Le 29 août 1966 le garage s’étend, Pierre Demulier obtient les occupations des arrières des n°21, 27, 29 et 31. La station service Antar a obtenu l’avis favorable en juin 1966.
Reconversion et Héritage : La Piscine Musée
La fermeture de la piscine de la rue des Champs a conduit à sa reconversion en musée d'art et d'industrie, un projet initié par Didier Schulmann. Ce musée, inauguré le 21 octobre 2001, est installé dans l'ancienne piscine Art Déco construite entre 1927 et 1932 par l'architecte Albert Baert.
La piscine est conçue comme un sanctuaire de l’hygiénisme en réponse aux difficiles conditions de vie des populations ouvrières. Elle occupe une parcelle en cœur d’îlot, un ancien jardin d’agrément, dessiné pour une famille du patronat textile. Albert Baert a multiplié dans le plan et le décor de l’équipement, des éléments symboliques qui contribuent au charme et à l’intérêt du site. Réinterprétant dans un esprit néobyzantin, le plan des abbayes cisterciennes, le bâtiment s’organise autour d’un jardin claustral. La grande nef basilicale du bassin, éclairée de vitraux qui symbolisent le soleil levant et le soleil couchant, tient lieu de chapelle abbatiale. Les ailes de baignoires se répartissent sur deux étages en petites cellules, qui rythment les façades sur jardin.
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Les travaux débutèrent en janvier 1998. Le programme du musée est à l’avant-garde d’un nouveau concept de musée tourné vers la vie sociale et économique. Le fonds d’arts appliqués prend place dans l’ancien bassin dont les cabines de douche et de déshabillage sont transformées en vitrines et cabinets de consultation. La collection Beaux-Arts suit un parcours chronologique et thématique dans les anciennes ailes de baignoires. L’ancienne buvette devient le restaurant du musée et la boutique s’installe dans le décor spectaculaire de la salle des filtres. La mosaïque à décor marin des bords du bassin délimite une nouvelle scénographie, évolutive, mêlant un jardin de sculpture décorative et monumentale et, alimentée par un Neptune en grès (Le Lion), une pièce d’eau de quarante mètres de long que peut recouvrir un plancher pour l’organisation de réceptions, d’expositions, de défilés de mode, etc.
Depuis son ouverture en octobre 2001, La Piscine connaît un remarquable succès médiatique et public. Le patrimoine muséal roubaisien s’est enrichi de dépôts, de dons et d’achats effectués par la Ville ou grâce aux Amis du Musée et au Cercle des Entreprises Mécènes de La Piscine. Pour conserver et présenter ces ensembles conséquents de plusieurs milliers de références, un agrandissement s’est rapidement imposé. Après 18 mois de travaux et 6 mois de fermeture, nécessaire à l’installation des nouvelles présentations, La Piscine a rouvert ses portes en octobre 2018.