Le Rôle Fondamental et la Technique Avancée du Mouvement de Jambes en Natation

Le crawl, avec le papillon, le dos crawlé et la brasse, est l’une des quatre nages principales. Il consiste à mettre le corps à l’horizontale et à battre les pieds en alternance avec les mouvements de bras tout en laissant la tête en totale immersion. Dans cette nage, l’équilibre y joue un rôle très important. Le mouvement de jambes en crawl importe largement à la nage. Il assure votre progression dans l’eau grâce à la propulsion vers l’avant qu’il engendre. Cette action permet également d’optimiser l’équilibre et l’horizontalité du corps, des éléments cruciaux pour une nage efficace et économe en énergie. Mais si l'aide des jambes est précieuse, elle est intrinsèquement liée aux mouvements de bras, à la respiration et à la position horizontale pour nager le crawl avec maestria.

Les Fondamentaux du Battement de Jambes en Crawl : Principes et Mise en Œuvre

Le mouvement des jambes en crawl a l’air simple à réaliser en apparence. Pourtant, il peut parfois être difficile à maîtriser et à exécuter correctement. Quelques entraînements basés sur une bonne technique sont nécessaires pour y parvenir efficacement et transformer un geste maladroit en une action puissante et fluide. Pour commencer, il est essentiel de tendre vos jambes à la surface de l’eau. Le mouvement doit provenir des hanches, ce qui est un point fondamental souvent mal compris. Il devient efficace grâce à la mobilité des pieds et des chevilles. Ces dernières doivent demeurer souples et détendues pendant l'action. Pour avancer, les membres inférieurs effectuent des impulsions souples, mais rapides de haut en bas, l’un après l’autre, créant un effet de fouet propulseur. Il faut garder constamment la position du corps allongée, minimisant ainsi la résistance à l'eau et favorisant une glisse optimale.

L'objectif ultime est de nager efficacement et d'éviter de gaspiller l'énergie. Pour cela, le perfectionnement du mouvement des jambes en crawl est inévitable. Un corps dans une position allongée, la plus horizontale possible, est primordial. Cette position permet de diminuer la résistance à l’eau et d’optimiser la glisse ainsi que la flottaison. Il est crucial de ne pas laisser le bassin et les jambes s’enfoncer profondément pour bien favoriser l’hydrodynamisme. Ce mouvement hydrodynamique et la respiration font partie des règles fondamentales pour l’apprentissage de la natation.

Le Débat Autour de l'Utilité des Jambes : Science Contre Intuition

Jusqu’à présent, l’utilisation des jambes en natation fait toujours débat, même entre les plus grands entraîneurs internationaux. Il est donc temps d’observer ce que nous dit la littérature scientifique à ce sujet, puis de comprendre quels sont les mécanismes mis en jeu dans cet environnement complexe.L’utilisation des jambes implique un fort coût énergétique, alors que son action propulsive reste limitée, comme l'a noté Toussaint en 1990a. Cependant, il a récemment été suggéré que l’action des jambes jouait un rôle important dans la coordination de la nage, la réduction des résistances de vagues avec un meilleur équilibre du tronc durant des épreuves de sprint. Watkins et Gordon ont affirmé que les jambes avaient une action indirecte sur la propulsion. En fait, elles permettent de stabiliser le tronc et donc d’améliorer la vitesse d’environ 9% en moyenne. L’équipe de Toussaint et Hollander a, dans ce sens, estimé que la puissance générée au cours d’une épreuve de natation était due aux alentours de 10 à 20% par l’action des jambes.

Toutefois, il est important de noter que chez des nageurs ou triathlètes amateurs, l’action des jambes ne créera souvent aucune propulsion efficace, souvent causée par un déséquilibre du corps via une mauvaise technique de battements de jambes. De plus, Ribeiro et al. ont d’ailleurs bien montré que lorsqu’un nageur n’utilisait pas ses jambes, le coût énergétique était bien moindre, soulignant la balance délicate entre propulsion, stabilisation et dépense énergétique.

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Rythme, Profondeur et Physiologie du Battement

La fréquence des battements est un élément clé de la technique. Elle correspond à l’intervalle de temps entre deux coups de bras (un cycle de nage). Les meilleurs nageurs mondiaux utilisent souvent une fréquence de 6 battements par cycle de nage, ce qui leur permet de soutenir un effort intense sur des distances relativement courtes. Pour autant, de nombreux nageurs d’endurance utilisent un rythme beaucoup plus lent, souvent avec deux battements par cycle, un choix qui leur permet d’économiser davantage d’énergie sur de longues distances. Pour les débutants, il est conseillé d’utiliser un rythme naturel, coordonné avec l’action des bras, afin de ne pas perturber l'apprentissage global. Il faut veiller à bien synchroniser ce battement avec les actions respiratoires, et notamment ne pas oublier que le battement doit se poursuivre durant la phase d’inspiration, afin de conserver l’équilibre du corps. On observe souvent des battements en ciseaux lorsque l’inspiration est trop longue, le battement partant sur le côté pour compenser le déséquilibre créé par la rotation de la tête.

La profondeur des battements est un autre aspect technique important. C’est la distance entre le point le plus haut (début du battement) et le point le plus bas (fin du battement) de la malléole pendant un battement. Le mouvement commence par un abaissement de la hanche, suivi d’une légère flexion du genou. Ensuite, une flexion plantaire doit se réaliser avec un pied qui part vers le bas et légèrement vers l’arrière. C’est ce qui va permettre la propulsion par le battement de jambes. Il est primordial de toujours rester avec les doigts de pied en pointe afin de ne pas pousser l’eau vers l’avant, ce qui ferait fortement chuter la vitesse. La souplesse des chevilles doit permettre de pousser l’eau vers l’arrière, même avec ses jambes ! En effet, si la cheville est souple, cela sera plus facile de mettre les pieds en pointe. Avec une cheville souple, on peut même arriver à tendre le pied de façon à ce que les orteils soient orientés vers l’arrière. Une attention particulière doit être portée par les cyclistes ou les runners, qui ont souvent une cheville rigide, ce qui peut nuire à l'efficacité de leur battement en natation.

D'un point de vue physiologique, la puissance générée par l’action des jambes n’est pas constante avec l’augmentation de la vitesse, comme l'a observé Gatta. On se rend compte que lorsque la vitesse augmente fortement, la puissance des jambes est proportionnellement moins forte. Cela signifie que plus la vitesse augmente, plus la contribution de l’action des jambes est faible par rapport à la propulsion des bras. C’est pour cela que les jambes garderont un rôle important sur des distances courtes où l’énergie totale doit être maximale (et donc le petit surplus de puissance produit par les jambes sera utile), mais leur rôle sera moins important à mesure que l’intensité diminue, en d’autres termes, que la distance augmente.

Il est bien connu que les muscles des jambes sont les plus lourds, et nous avons vu précédemment qu’ils étaient très coûteux en énergie. La longueur des fibres musculaires a été montrée comme un indicateur de performance chez de jeunes nageurs, révélant une adaptation spécifique à l'effort aquatique. Un autre aspect est la présence et la distribution de fibres rapides ou de fibres lentes. Sur des vitesses élevées, la forte présence de fibres rapides sera un avantage pour produire plus de force. D’un autre côté, il ne faut pas oublier que les quadriceps sont des muscles très gros, très lourds et ajoutent du poids au nageur. Ils seront très utiles pour des sprinteurs pour la production d’énergie afin de réaliser un effort maximal, notamment sur le départ, les virages et les coulées, qui constituent environ 30% de la distance totale des épreuves de sprints.

La Coordination Essentielle avec les Bras et le Corps

L'efficacité du travail de jambes est assurée s'il existe une coordination et un transfert optimal avec l’action des bras. Ce transfert sera assuré majoritairement par les muscles abdos-lombaires, soulignant l'importance d'un gainage solide pour une nage fluide et puissante. Certains nageurs oublient que la coordination entre les jambes et les bras est indispensable pour performer en natation. Selon Bartolomeu, la vitesse des jambes peut atteindre entre 59 et 82% de la vitesse en nage complète, ce qui confirme leur contribution significative. Un fort battement de jambes permettra de donner une propulsion supplémentaire à l’action des bras, tout en gardant un équilibre de corps plus stable, associé à une nage complète plus continue.

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Entraînement Spécifique et Exercices pour Perfectionner le Battement

Renforcer le mouvement des jambes en natation est à la fois une compétence importante en termes de sécurité et un élément technique souvent oublié qui aide énormément à développer la vitesse. En tant que tel, il est primordial pour les nageurs débutants comme pour les plus avancés.Les exercices proposés, avec et sans matériel, favorisent la prise de conscience des mouvements de jambes dans l’eau et permettent de corriger le mouvement, puis d’automatiser la bonne technique de battements.

Pour assouplir la cheville, on peut réaliser de petites séances de stretching simple en dehors de l'eau. Le kiné de l’équipe de France de lutte explique très bien que la qualité première d’un bon battement est la souplesse de la cheville et des orteils afin d’avoir le meilleur fouetté possible. Il suffit de s’étirer les chevilles et les orteils trois fois par semaine, environ dix minutes. Cela ne représente que deux heures d’exercice par mois, mais les résultats sont surprenants après seulement un mois de pratique, modifiant radicalement les sensations dans l’eau. Porter des palmes est également un excellent moyen d'augmenter votre force des jambes. Travailler les jambes de manière isolée permet d’avoir un mouvement plus efficace, en se concentrant uniquement sur cette partie du corps.

Voici quelques exemples d'exercices structurés pour l'entraînement :Un bloc d’exercices peut inclure :

  • Trente secondes de battements statiques (pouvant être prolongées à une minute avec des palmes pour plus d'intensité).
  • Six fois 50 mètres de battements progressifs, alternant les intensités de lent à rapide (par exemple : 1. Lent / 2. Moyen / 3. Rapide / 4. Lent / 5. Moyen…).
  • Cinquante mètres de battements souples (avec ou sans planche) pour se concentrer sur la fluidité et la technique.Ce bloc d’exercices est à réitérer trois fois au minimum. La première fois sans matériel, la deuxième fois muni de la planche, et la dernière, pour goûter à de la grande vitesse, avec la planche et les palmes. Il est crucial de ne pas oublier de s’hydrater durant les temps de repos, car les crampes arrivent vite, surtout lors d'un travail intense des jambes. Le total de cette séquence représente 1050 mètres d'entraînement ciblé sur les jambes.

Pour un travail plus avancé ou à faire à la maison, des exercices avec un élastique peuvent être très efficaces. Bien que certains exercices soient définis comme "avancés", ils conviennent en fait à tout enfant de quatre ans et plus qui peut bien manœuvrer un élastique, et peuvent être adaptés aux nageurs de tous niveaux.

  1. Battements de jambes dans la position du canoë : Dans cet exercice, les abdominaux sont engagés. Si c'est trop difficile, il peut être exécuté en reposant le dos sur un canapé ou un mur. Le nageur effectuera le mouvement de battement de jambes (en gardant les jambes droites et les genoux pointus), tout en tenant l'élastique dans ses mains. Le mouvement doit d'abord être large, puis plus petit, et à la fin le plus petit et le plus rapide. Cette série de 45 secondes (15 secondes pour chaque phase) peut être répétée trois fois pour un entraînement complet.
  2. Battements de jambes sur le ventre : Dans cet exercice, ce sont les muscles du dos et les fessiers qui sont engagés. Il doit toujours être effectué après le premier exercice, afin que les muscles abdominaux et dorsaux soient sollicités de manière égale. Le concept est le même : les mouvements des jambes sont d'abord larges, puis plus petits, et enfin les plus petits et les plus rapides, sauf que cette fois, il n'y a pas d'élastique. Une fois que l'enfant (ou le nageur) arrive au plus petit battement de pied, il se met en position de flèche : ses bras et ses mains sont joints et étendus vers l'avant, la tête est en extension de la colonne vertébrale, avec le regard vers le sol. Cet exercice peut également être effectué sur 45 secondes.
  3. Brasse sur le dos (en s'appuyant sur les paumes) : Bien qu'il s'agisse spécifiquement de la brasse, il développe une forte conscience du mouvement et de la symétrie. C'est un exercice important pour les nageurs avancés, souvent pratiqué même par des professionnels, car il permet de mieux contrôler et de vérifier si les jambes bougent de manière symétrique. Il ne faut pas aller trop loin, les jambes devant s'arrêter à un angle d'environ 45 degrés de chaque côté. Un conseil de vitesse consiste à mettre l'accent sur la fermeture des jambes, qui propulse le corps vers l'avant et constitue la partie la plus importante du mouvement de jambes de la brasse.

Parmi les exercices de battement spécifiques pour corriger la technique, il existe :

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  • Battements "orteils qui frottent" : Cet exercice, simple à comprendre, est parfait pour avoir de nouvelles sensations et de nouveaux repères avec les membres inférieurs. Allongé sur le ventre, avec ou sans planche de natation, il s'agit de se déplacer en battements en faisant toucher les deux gros orteils à chaque coup. Pour bien réussir cet exercice, il est conseillé de rentrer les pieds légèrement vers l’intérieur en gardant les orteils souples, faisant ainsi travailler la pointe des pieds. Cette contrainte, en obligeant à serrer les pieds, favorise la cambrure de la cheville et un effet de fouet optimal, assouplissant les chevilles en douceur et rendant le battement plus efficace.
  • Battements statiques : C'est un exercice très efficace pour gagner en musculature, en cardio et en propulsion. Il consiste à se mettre à la verticale, la tête à l'extérieur de l’eau et les bras croisés, les mains posées sur les épaules. L’idée est de ne pas se mettre dans le rouge dès la première série, mais d'adapter son effort pour travailler sur la durée. La répétition et la persévérance sont les deux facteurs qui donneront des résultats, mais attention aux douleurs musculaires au niveau des cuisses.
  • Battements profonds : Variante du précédent, cet exercice se réalise allongé sur le ventre avec une planche. Il vise à améliorer la propulsion en allant chercher les masses d’eau les plus profondes, qui ne sont pas juste en dessous de la surface de l’eau mais bien plus loin (après les quinze premiers centimètres). Cet exercice permet de travailler principalement la phase descendante du battement. Faire un battement sans aucune éclaboussure permet de tonifier les jambes, d'améliorer grandement l’efficacité de la propulsion et surtout de comprendre que faire plein de remous et de mousse dans l’eau ne sert strictement à rien, mis à part gaspiller de l’énergie.

Le Battement de Jambes en Eau Libre et Triathlon

La saison des triathlons étant un moment clé pour de nombreux athlètes, l'application des techniques de nage en piscine aux conditions de course est essentielle. Beaucoup passent l'hiver à se concentrer sur leur technique de nage, mais la capacité à transférer ces compétences dans l'eau libre est cruciale.

  1. Nager à l’horizontale et garder son équilibre : Lorsque l'on nage, on se heurte à une résistance incroyablement forte pour pouvoir avancer dans l’eau. Pour réduire cette résistance au maximum, il est conseillé d’être aussi horizontal que possible dans l’eau. Assurez-vous que votre tête n’est jamais trop haute, en particulier pendant la respiration. Ne faites pas trop tourner votre corps, sinon vos mouvements de bras seront moins efficaces.
  2. Ne pas battre trop violemment des jambes : Si la technique de natation est bonne, les battements de jambes seront d’une grande aide. Une bonne astuce technique consiste à utiliser un pullbuoy pour apprendre la position correcte du corps pendant l’entraînement, permettant de se concentrer sur le haut du corps tout en maintenant l'horizontalité.
  3. Respirer plus souvent : La respiration bilatérale est la meilleure méthode pour un triathlon. Cela signifie respirer tous les trois coups ou, en d’autres termes, être capable de respirer des deux côtés du corps. Cela garantit une course plus équilibrée et améliore la propulsion avant.
  4. Le "Tarzan" : Il s'agit d'un crawl avec la tête relevée. Il est également utile de nager sans propulsion au mur pour les virages, en faisant des longueurs (de 400 à 1000 m) sans effectuer de virages normaux pour s'habituer à une nage continue.
  5. S'entraîner régulièrement : Même si la natation est considérée comme la moins importante des trois disciplines dans un triathlon, il est impératif de pouvoir quitter l’eau en étant encore en forme. Si s'entraîner seul est ennuyeux, trouver un groupe avec qui pratiquer la natation peut être une excellente source de motivation. Si, d’autre part, il est impossible de s’entraîner avec un groupe, il faut avoir un planning de formation très précis en tête lorsque l'on aborde des sessions en solo.

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