L'Affaire Matthieu M. : De Nages-et-Solorgues au Chambon-sur-Lignon, Chronique d'une Faillite Collective

L'affaire Matthieu M. a marqué les esprits par sa brutalité et les questions troublantes qu'elle a soulevées concernant les défaillances des systèmes de protection de la jeunesse et de la justice. Elle met en lumière un parcours criminel débuté à Nages-et-Solorgues, un paisible village du Gard, et culminant par le meurtre d'Agnès Marin au Chambon-sur-Lignon, un drame qui a provoqué une onde de choc nationale et forcé une introspection collective sur les responsabilités institutionnelles.

Les Origines : Nages-et-Solorgues et un Premier Acte Criminel

Matthieu M. est né le 30 décembre 1993 à Nîmes. Il a grandi à cent kilomètres au sud, à Nages-et-Solorgues, un village de 1 500 âmes, situé à une demi-heure de Nîmes, à l'ombre des oliviers et des vieilles pierres de la garrigue. Matthieu est l'aîné d'une famille de trois enfants et le seul fils, avec deux sœurs cadettes de 7 et 12 ans. Ses parents, Dominique et Sophie Moulinas, sont des quadragénaires bien insérés professionnellement et socialement. Son père, Dominique, est professeur de sciences sociales, après une carrière dans l'enseignement, il a monté une boîte de formation continue. Sa mère, Sophie, est comptable dans une clinique de la région et conseillère municipale depuis 2008 dans le village où ils sont installés depuis une quinzaine d'années. La famille, pour ce que l'on en sait, est décrite comme aussi heureuse et banale que l'on peut l'être. Avant le coup de tonnerre du 2 août 2010, les soucis qu'il causait à ses parents étaient liés à sa dyslexie ou aux jeux vidéo, qu'il pratiquait "trop".

La stupeur tombe pour la première fois sur les épaules de ses parents lorsqu'ils apprennent le scénario du crime commis le dimanche 1er août 2010. Matthieu, alors âgé de 16 ans, a attiré Solène (dont le prénom a été changé), une copine du village et ex-camarade d'école primaire, dans les bois au prétexte de lui rendre 10 euros. Il l'avait ensuite attachée à un arbre, aux branches duquel il avait préalablement noué des lacets où lui attacher les poignets, l'avait aussi bâillonnée puis violée. Très traumatisée, elle a raconté comment d'un coup le regard de Matthieu avait changé, les objets utilisés pour la soumettre et qu'elle avait cru mourir. Sa victime, qui estime avoir « vu la mort » et l'avait supplié de l'épargner, lui avait dit : « C’est ma mère, elle va venir me chercher ». Après un appel téléphonique de la mère de la jeune fille, il l'avait relâchée. La victime, Julie, a dénoncé Matthieu le soir même, entraînant son incarcération, ses aveux et sa mise en examen. À Nages-et-Solorgues, où les faits supposés s'étaient déroulés, beaucoup sont choqués de cette nouvelle. « Je tombe des nues », dit un des anciens voisins de la famille du jeune homme. « On a pris un second coup de massue derrière la tête », ajoute un ancien copain de Matthieu. Les jeunes qui le connaissent ne s'imaginent pas ce garçon « calme et introverti, a priori sans problèmes », basculer dans de tels actes. « Ce qu'il a fait est absolument impardonnable », admettent deux anciens copains. La plupart des habitants, eux, sont « tristes » pour sa famille.

Le Jugement et la Remise en Liberté Sous Contrôle Judiciaire

Suite à ce premier crime, Matthieu est mis en examen pour viol sur mineure avec arme et incarcéré à la prison du Pontet près d'Avignon. Il y passera quatre mois en détention provisoire. Durant cette période, la juge qui instruit son affaire lance plusieurs expertises. Au total, quatre professionnels, un psychiatre, deux psychologues et une éducatrice se pencheront sur son cas séparément, rencontrant ses parents et allant le voir en prison. Les deux experts psys remettent leurs conclusions les premiers. Ils estiment que Matthieu n'est pas dangereux et ajoutent qu'il est "réinsérable", le sésame pour la deuxième chance. Selon le quotidien Le Monde, le rapport d'un pédopsychiatre qui avait examiné le suspect suite à ce premier viol, expert près de la cour d'appel de Montpellier, considérait que cette personne n'était "pas dangereuse" et qu'il n'avait pas de "troubles à dimension perverse". Il avait exclu toute "psychopathie", soulignant qu'"un suivi en ambulatoire était suffisant". Lorsque le psy et l'éducatrice de la Protection judiciaire de la Jeunesse (PJJ) rendent leur rapport, qui va dans le même sens, en janvier 2011, Matthieu est déjà sorti de prison. Il a été libéré le 26 novembre 2010, un an jour pour jour avant les obsèques d'Agnès.

À sa libération, il est soumis à un contrôle judiciaire. Celui-ci inclut l'interdiction de résider dans le Gard, l'obligation de suivre une thérapie et de vivre à l'internat du Collège-Lycée Cévenol. Ce collège-lycée était le seul à l'avoir accepté. Les parents de Matthieu, Dominique et Sophie Moulinas, qui se sont battus pour faire sortir leur enfant de prison, ont cherché activement un lieu pour lui. « Puisqu'il était bon élève, la question de le placer en centre éducatif fermé, réservé à d'autres profils, ne s'est même pas posée », assume Jean-Marie Angelini, alors chef du service de la PJJ chargé de son dossier.

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L'Internat du Chambon-sur-Lignon : Un Placement Controversé et des Signaux Manqués

Le Collège-Lycée Cévenol, immense campus sans barrière où les filles sont plus nombreuses que les garçons, était alors en grande difficulté financière, et il accueillait des élèves vulnérables car très éloignés de leurs familles, facturant 12 000 euros par an pour les internes. Lorsque, dès le mois de septembre 2010, ses parents cherchent un lieu pour lui, Matthieu est encore en détention. Ils ne le cachent pas au directeur qui les reçoit, mais n'en précisent pas les raisons. Au Cévenol, on ne pose pas de questions. La scolarité est obligatoire, il faut un établissement à ce jeune, et il y a ici une tradition d'accueil. On remplit le dossier. Ce même dossier sera rempli quelques mois plus tard par les parents d'une gamine un peu rebelle et aux ongles vernis venue de Paris, Agnès Marin.

Le placement de Matthieu au Cévenol sera ultérieurement l'objet de vives critiques. « On a protégé les filles du Gard, pas celles du Chambon », enrage une surveillante de l'établissement. « Si j'avais été au courant de la nature exacte des faits reprochés à Matthieu, je ne l'aurais pas admis dans mon établissement », prétend Philippe Bauwens, le directeur du collège-lycée Cévenol, lors du procès. Il dit avoir reçu l'adolescent violeur pour un long entretien, avant d'accepter son inscription. Les parents de la victime assurent qu'il savait le meurtrier déjà mis en examen pour viol prémédité avec arme. Le directeur dément, mais finit par reconnaître que le père de l'adolescent lui avait bien "parlé d’agression sexuelle". Il prétendra lors du procès n'avoir « pas compris que Matthieu était sous contrôle judiciaire », et ignorer « qu'il devait rendre compte de ses problèmes » à la Protection judiciaire de la jeunesse.

Pourtant, la PJJ, pour tenter de se justifier, s'abrite derrière une interprétation du secret professionnel. Comme la direction du lycée, elle évoque le secret de l'instruction et rejette la faute sur la juge des libertés et de la détention chargée de l'affaire du premier viol, qui a commis la première des erreurs : ne pas s'opposer au choix des parents du meurtrier concernant cet internat mixte. Et lorsque l'éducatrice de la PJJ responsable de Matthieu M. remet son rapport validant ce choix, il y est déjà scolarisé depuis deux mois. Par ailleurs, ses parents n'ayant déménagé qu'à une dizaine de kilomètres, il revient à chaque période de vacances dans le Gard où il n'a pourtant plus le droit de séjourner, ce qui révolte sa première victime puisqu'elle le croise.

La Vie de Matthieu au Cévenol : Un "Noyau Caché" et des Comportements Troublants

Au sein du Collège Cévenol, Matthieu, avec son yoyo et ses grands discours sur le Tibet, faisait figure d'ancien lorsque Agnès est arrivée en avril. Elle était au collège, il était au lycée. Dans cet internat où vivent une soixantaine d'élèves, y compris les week-ends, tout le monde connaît tout le monde. Depuis que le foyer socio-éducatif a fermé faute de budget, les jeunes passaient plus que jamais le temps au Play, un bar du bourg où l'on refaisait le monde en s'essayant aux premiers excès. Chacun se cherchait un style. Matthieu se vieillit et se vante d'être un hackeur, d'avoir essayé toutes les drogues et même braqué des pharmacies pour avoir de la méthadone.

La plupart du temps, il était "scotché" à sa copine, Maeva (dont le prénom a été changé), une Tahitienne qui avait fondu sur lui dès son arrivée. Elle avait un an de moins que lui, et les adultes parfois s'inquiétaient de l'emprise qu'il avait sur elle, comme lorsqu'il tentait de la convertir au look gothique. Les ados se souviennent d'un couple fusionnel et que Matthieu n'hésitait pas à la peloter devant les autres. Ils disaient aussi qu'ils allaient dans les bois "faire des trucs sexuels". Mais Maeva ne s'est jamais plainte de son amoureux. Au contraire, elle a trouvé chez ses parents une autre famille où elle passe week-ends et vacances. Lors du procès, l'avocat général relèvera que l'adolescent avait « des relations sexuelles quasi quotidiennes » dans l'internat avec une jeune fille, qui était éloignée de sa famille, celle-ci résidant à Tahiti, et qui allait fréquemment passer le week-end dans celle de Matthieu dans le Gard.

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À partir de février 2011, Matthieu entame une thérapie, comme son contrôle judiciaire l'exige. Deux fois par mois, il se rend chez un psychologue. Celui-ci ne décèle rien d'inquiétant. Comme si existait en lui "un noyau caché", où se tramaient les plus noirs desseins. En surface, tout va bien. Le 25 mars 2011, l'éducatrice qui suit Matthieu - elle le rencontre lors des week-ends qu'il passe chez son grand-père dans le Vaucluse - prend la longue route sinueuse jusqu'au Chambon. Elle a rendez-vous avec le directeur du lycée, le conseiller d'éducation et son professeur principal pour faire le point sur Matthieu. Elle ne verra finalement que le conseiller d'éducation. À aucun moment, elle ne dévoile les raisons de ses ennuis avec la justice, la loi sur la présomption d'innocence et le secret de l'instruction le lui interdisent. À aucun moment, le CPE ne fait référence à une quelconque difficulté avec Matthieu. Selon le responsable du lycée, elle ne l'informe pas du viol avec arme et préméditation pour lequel l'élève est mis en examen. « Nos échos étaient positifs. Il n'y avait rien à signaler dans son comportement, si ce n'est un point minime », expliquera-t-elle. Elle ne demande pas à être informée de ce « point minime » : l'introduction d'alcool fort au sein du lycée.

Pourtant, en juin 2011, au moment où ses parents, gênés de croiser ceux de Solène, réussissent enfin à vendre leur maison de Nages-et-Solorgues pour aller s'installer un peu plus loin, Matthieu vacille. Ses notes sont catastrophiques et il passe deux fois devant le conseil de vie scolaire du Collège Cévenol. À chaque fois le tarif est le même : exclusion d'une semaine. Deux fois exclu une semaine, ce dernier a même évité d'extrême justesse un refus d'inscription pour l'année suivante, lors d'un passage devant le conseil de la vie scolaire en juin 2011. Mais la justice n'est pas avertie. Ici, Matthieu est décrit comme un type bizarre qui tient sa copine en laisse, là comme un assoiffé de pornographie qui petit-déjeune en regardant des films X. Les enquêteurs découvriront que le dossier disciplinaire du futur meurtrier ne mentionnait pas non plus la consultation de sites internet à caractère pédopornographique au centre de documentation du lycée, ce qui lui a pourtant valu une semaine d'exclusion. Et il n'y était pas indiqué que des camarades l'avaient vu promener une autre élève en laisse ou passer les mains sous sa jupe au vu de tous. Malgré cela, la direction du lycée n'a jamais eu de contact avec le juge d'instruction chargé du premier viol et n'a effectué aucun signalement à la PJJ.

Depuis la rentrée de septembre, Matthieu avait abandonné le look gothique et avait de meilleures notes. Tout le monde trouvait qu'il était sur la bonne voie. Certes il ne témoignait toujours pas d'empathie pour sa première victime mais, comme disent les psys, "des choses se mettaient en place". Maeva avait quitté le lycée, mais ils continuaient à se voir le week-end. Elle était chez ses parents lorsqu'on les a appelés pour leur dire, encore une fois, que les gendarmes l'avaient emmené.

La Tragédie d'Agnès Marin au Chambon-sur-Lignon

Le 16 novembre 2011, dans le collège privé Cévenol du Chambon-sur-Lignon en Haute-Loire, Agnès Marin, la plus jeune de l’internat, disparaît. L’alerte est donnée vers 20 h 30 : Agnès Marin, 13 ans, élève du collège-lycée Cévenol, n’est pas revenue du quartier libre du mercredi après-midi. Immédiatement, des recherches sont effectuées. Sans succès. Agnès, 13 ans et demi, avait prévu de ramasser des champignons hallucinogènes avec Matthieu ce mercredi-là. Lorsqu'il est réapparu vers 17h30 pour l'étude, les élèves ont trouvé étrange et trop longue sa douche, et suspecte sa sueur. Après le repas, l'absence d'Agnès pouvait encore faire penser à une fugue ou à un mauvais trip aux champignons. Des adultes lui ont demandé où elle était, il a juré qu'il ne le savait pas. Un peu pâle, il a participé aux recherches, criant avec les autres "Agnès, reviens !" avant d'aller se coucher sur ses mensonges. Les élèves ayant quartier libre ce jour-là, la plupart des internes de l'établissement ont l'habitude de descendre au village. « L'audition de ses camarades a été compliquée et il a été très difficile de démêler son emploi du temps », affirme au sujet de la victime le procureur du Puy-en-Velay, René Pagis. Estelle, l'une des meilleures amies d'Agnès, va contribuer par sa déclaration aux gendarmes à compliquer, voire retarder, leur travail de recherche et de reconstitution de son emploi du temps de ce mercredi après-midi. Elle raconte qu'elle et Agnès se sont quittées à 16 h 30, car elle lui avait promis de servir cet argument « au cas où ».

Dans la soirée du 18 novembre, l’impressionnant dispositif est levé : à la lueur des lampes torches, dans les bois de « Peybroussou » jouxtant l’établissement scolaire, les gendarmes viennent de découvrir un corps calciné. Les forces de l’ordre ont suivi les indications de Matthieu, 17 ans, un élève du collège-lycée Cévenol, placé en garde à vue la veille. Les enquêteurs tenteront d'établir l'enchaînement des faits qui ont conduit au viol et au meurtre d'Agnès Marin, dont le corps a été retrouvé calciné deux jours après sa disparition dans une forêt située non loin du Collège-lycée cévenol du Chambon-sur-Lignon, où elle était interne.

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Le meurtrier présumé, Matthieu, un autre interne de cet établissement, 17 ans au moment des faits, a avoué avoir violé et tué Agnès au moment de sa garde à vue, mais des détails restaient flous. Il avait indiqué aux gendarmes, après trente heures de garde à vue, où il avait laissé le corps violé, atrocement meurtri et calciné d'Agnès, dans un bois jouxtant leur internat du Chambon-sur-Lignon. Au cours de la reconstitution, il devra reprendre pas à pas le chemin suivi jusqu'au drame. Matthieu a attiré sa victime dans un ravin de la forêt accessible directement du parc du collège, sous prétexte de chercher des champignons hallucinogènes dans le bois, à quelques dizaines de mètres du stade. Il l'a attachée à un arbre, puis lui a porté plusieurs coups avant de la violer et l'a de nouveau battue. Agnès a tenté sans succès de se défendre. Ce n'étaient pas les ronces, mais les ongles longs, durs et acérés qu'Agnès recouvrait chaque jour d'un vernis d'une couleur différente, qui lui ont causé des griffures. Elle a fini par succomber après vingt minutes de sévices sous la menace d'un couteau de cuisine. Outre les violences sexuelles, l'autopsie révélera dix-sept coups de couteau dans le thorax et à la tête d'Agnès. Ayant trouvé une recharge d'essence à briquet dans le sac de la jeune fille, il en a versé sur le corps et y a mis le feu, nourri avec du bois trouvé sur place, avant de quitter les lieux et de réintégrer l'internat. Il a fait semblant de participer aux recherches organisées par l'établissement, malgré sa figure striée de griffures infligées par la victime. Avant de partir avec eux, Matthieu voulait se faire soigner, montrant une petite plaie et demandant qu'on le désinfecte. "On aurait dit un gamin de 4 ans, dit un témoin de la scène. Il voulait qu'on s'occupe de lui."

Le mystère de Matthieu est là, tout entier, misérable, dans cette scène d'infirmerie : cruel, froid mais encore si jeune. Depuis qu'il a indiqué aux gendarmes où il avait laissé le corps d'Agnès, la question hante ceux qui l'ont côtoyé, aimé, jugé, aidé ou expertisé : "Comment un tel cauchemar est-il possible ?"

Les Procès et la Condamnation

Le procès de Matthieu a lieu en juin 2013 à la cour d’assises des mineurs de la Haute-Loire, au Puy-en-Velay. Agnès n'aura pas eu la chance de Solène. Sa dernière balade aura été avec un type envahi par une folie meurtrière qui avait échappé aux psychiatres. Matthieu avait tout préparé, il ne lui a laissé aucune échappatoire. Après des journées terriblement éprouvantes pour les parents de la jeune victime, Matthieu M. est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. C'est une peine rarissime pour un crime commis avant l'âge de dix-huit ans. En juin 2013, la cour d'assises des mineurs de Haute-Loire est allée au-delà des 30 ans de réclusion réclamés par le ministère public à l'encontre de Matthieu M. Le procès en appel devant la cour d'assises des mineurs de Riom, dans le Puy-de-Dôme, dure 10 jours, et devait se tenir à huis-clos partiel, la défense de Julie F. ayant accepté sous conditions que les débats ne concernant pas sa cliente soient publics. La famille d'Agnès ayant obtenu une levée partielle du huis clos, afin d'établir les différentes responsabilités éducatives et judiciaires, la presse a suivi les débats dans une salle annexe équipée d'un écran géant. Les experts psychiatres qui ont examiné l'inculpé ont mis en lumière le profil d'une personnalité psychotique de type schizoïde, avec une perversité étonnante et une dangerosité effrayante. Lors du réquisitoire, l'avocat général estimera que le choix de cet internat mixte, véritable « campus sans murs », aura été « le moins adapté au cas de Matthieu M, une insulte au bon sens ».

En octobre 2014, l’affaire est rejugée à la cour d’assises d’appel du Puy-de-Dôme. Matthieu est reconnu coupable des crimes de viol commis sous la menace d’une arme à Nages-et-Solorgues en août 2010 et du viol suivi de l’assassinat d’Agnès au Chambon-sur-Lignon, en novembre 2011. La première condamnation est confirmée. Le 13 octobre 2014, Matthieu M. se pourvoit en cassation, mais le 18 novembre 2014, une de ses avocates, Joëlle Diez, avertit le parquet et la partie civile que le meurtrier et ses parents renoncent au pourvoi en cassation. Bien que mineur au moment des faits, il encourt la même peine qu'un majeur, la réclusion à perpétuité.

Les Défaillances Institutionnelles et la Condamnation de l'État

L'affaire Agnès Marin est devenue une affaire d’état et s'est immiscée dans le débat politique quand on a appris que son assassin, Matthieu, avait déjà violé sous la menace d’un couteau une autre mineure en août 2010 dans le Gard. Un récidiviste qui avait passé quatre mois en détention pour ce premier crime. Dans l’attente de son procès, Matthieu avait été jugé réinsérable et non dangereux par les experts de la PJJ. En novembre 2010, il fait sa rentrée au Cévenol. La question centrale est alors : comment expliquer qu’un mineur sous contrôle judiciaire ait pu repasser à l’acte un an plus tard et aller cette fois-ci jusqu’au bout de son crime ?

En juin 2014, le procès de Matthieu Moulinas révèle tous les dysfonctionnements qui ont précipité Agnès Marin vers la tombe et Matthieu vers la perpétuité. Dans cette affaire, la question de la responsabilité a été posée : la juge d’instruction qui, en 2010, a jugé Matthieu libérable ? Matthieu lui-même alors qu’il était malade ? L’expert psychiatre qui n’a pas décelé de maladie mentale chez son patient ? Les parents de Matthieu, qui se sont battus pour faire sortir leur enfant de prison ?

Appelé au procès, Jean-Louis Daumas, le directeur central de la PJJ et ancien membre de cabinets ministériels, a refusé devant le tribunal de reconnaître des erreurs de son administration, concédant seulement une « faiblesse », mais pas de « fautes » dans le suivi de l'adolescent. L'éducatrice de la PJJ chargée du suivi de l'adolescent ne s'est rendue qu'une fois au collège Cévenol, en mars 2011, plus de trois mois et demi après son admission. Ne parvenant pas à rencontrer le directeur, celui-ci ayant annulé le rendez-vous pour cause de carnaval organisé dans le lycée, elle ne parle qu'au conseiller d'éducation, qu'elle ne reverra jamais. « Le seul dysfonctionnement dans cette histoire, c'est lui », dira tristement Jean-Marie Angelini, l'éducateur, face à l'ampleur du drame.

Après la plainte déposée en 2014 par les parents d’Agnès, le tribunal de grande instance de Paris a reconnu en 2017 la « faute lourde » de l’État. Dans un jugement rendu le 24 avril 2017, le tribunal de grande instance de Paris a condamné l'État pour « négligences fautives assimilables à une faute lourde » dans la mesure où le juge d'instruction a remis en liberté le meurtrier trop rapidement, sans attendre le rapport de l'expert, sans demander l'avis de la protection judiciaire de la jeunesse, et à cause de son choix de placement inapproprié dans un collège mixte. En appel, le 1er octobre 2019, l’État a été condamné pour sa responsabilité dans ce drame.

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