Unis dans la vie, Chloé Leger Witvoet et Mathieu Witvoet le sont également dans le goût de l’aventure et les convictions écologiques. Ce couple de sportifs et éco-aventuriers a entrepris un défi hors norme : traverser l'Atlantique à la nage. Bien plus qu'une prouesse physique, cette aventure vise à sensibiliser le grand public, et en particulier les plus jeunes, à l'importance cruciale de la protection des océans. Leur parcours, jalonné d'exploits précédents et d'une préparation minutieuse, a connu des rebondissements inattendus, mais leur engagement fondamental pour la cause environnementale demeure inébranlable.
Un Engagement Sportif et Écologique Ancré dans l'Expérience
L'ambition de traverser l'Atlantique à la nage n'est pas la première incursion de Chloé et Matthieu Witvoet dans les eaux tumultueuses de l'éco-aventure. Leur parcours est marqué par une série de défis aquatiques, chacun porteur d'un message fort pour la préservation des milieux marins. En 2019, ils ont nagé dans le détroit de Gibraltar, de l'Espagne au Maroc, une expérience fondatrice. « Quand on a traversé le détroit de Gibraltar à la nage, on s'est aperçu que c'était la première fois que nous nagions d'un pays à l'autre », explique Chloé Witvoet. Cette prise de conscience a été le point de départ d'une réflexion plus vaste. « À partir de ce moment, on s'est dit qu'on pourrait nager de n'importe où, d'un pays à l'autre. Et on a commencé à se dire que ce serait peut-être possible de traverser l'Atlantique à la nage », complète son mari Matthieu.
Leur engagement s'est poursuivi en 2021 lorsqu'ils ont écumé la Seine de Paris jusqu'à Deauville, sur une distance de 380 km. Cette initiative visait spécifiquement à « retracer le parcours symbolique d'un mégot de cigarette jeté dans la capitale », illustrant l'impact des déchets terrestres sur les cours d'eau et, in fine, sur les océans. En 2023, ils ont renouvelé l'expérience en traversant la Méditerranée de Marseille à Barcelone, soit 500 km, « à chaque fois pour alerter le grand public sur la pollution des mers ». Chacune de ces aventures a renforcé leur conviction que le sport pouvait être un vecteur puissant de sensibilisation. Chloé estime d'ailleurs que « le sport a un fort pouvoir d’influence, notamment auprès des plus jeunes », et que « l’athlète est un super messager, il inspire et donne envie de suivre son engagement ».
Ces expériences passées ont été le terreau fertile pour un projet de plus grande envergure, un défi XXL qu'ils mûrissent depuis six ans : la traversée de l'Atlantique à la nage.
Le Défi Transatlantique : 3 800 km pour les Océans
L'idée d'une traversée de l'Atlantique à la nage, du Cap-Vert à la Guadeloupe, a germé il y a plusieurs années et s'est concrétisée par une planification détaillée. Ce périple représente une aventure sportive de quelque 3 800 km. Le couple de sportifs s’est lancé ce défi principalement pour sensibiliser à la protection des océans, un sujet qu'ils estiment insuffisamment abordé, notamment à l'école. Ils rappellent une donnée fondamentale selon la plateforme Océan & Climat : les océans produisent plus de « 50% de l’oxygène de l’air que nous respirons », soulignant l'urgence de leur préservation.
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En ligne de mire de ce projet ambitieux, Chloé et Matthieu Witvoet visaient également deux records du monde : le plus long relais de nage et la plus longue traversée féminine avec dérive. Le choix de nager en couple pour ce relais était intuitif : « On voulait faire le relais à deux car, intuitivement, on avait envie de faire une aventure en couple », explique Chloé Léger Witvoet, originaire de Sarzeau, dans le Morbihan.
La préparation pour un tel exploit a été intensive. Cela fait près d’un an, et même deux ans selon d'autres sources, que le couple s’entraîne pour ce périple. Ils ont dû « retravailler leur technique, leurs bases en natation, pour limiter au maximum les petits défauts qui, répétés des milliers de fois, peuvent porter préjudice ». Leur entraînement a suivi une progression graduelle et exigeante : « On monte crescendo au niveau de nos séances, on a enchaîné 4, 5, puis 6 kilomètres d’affilée, et on sera sur des séances de 10 kilomètres en juin ». L'objectif affiché est de tenir le plus longtemps possible dans l'eau et de limiter les risques de blessure. L'enjeu est aussi de « ne pas non plus se lasser de la natation », comme le détaille Chloé. La préparation inclut également une musculation adaptée et une technique de nage revue.
Le rythme de la traversée était également défini avec précision. Le couple s’était fixé un système de trois relais de deux heures par personne tous les jours, ce qui représente un total de 12 heures de nage à eux deux quotidiennement. Cette organisation implique de ne nager que la journée, pas la nuit, principalement pour des questions de sécurité. C'est une « traversée avec dérive », ce qui signifie que le bateau d'assistance dériverait lorsque l'équipage serait à bord, et cette dérive serait limitée par l'utilisation d'ancres flottantes.
Le départ initialement envisagé pour novembre 2025, ou "fin novembre", a été précisé comme le 1er novembre, ou le 3 novembre selon les dernières informations, depuis le Cap-Vert. Cette période a été choisie stratégiquement. « C’est la meilleure période, le moment où les alizés sont les plus constants », explique Chloé Leger Witvoet. La proximité de l’équateur garantit des conditions aquatiques clémentes : « l’eau sera entre 23 et 25 degrés », ou « aux alentours de 23 degrés », avec des températures ambiantes « plutôt tropicales… autour des 30 degrés ».
Une Logistique Minutieuse : Du "Papagayo" à l'Équipe de Soutien
La réalisation d'un tel défi nécessite une logistique complexe et un soutien humain indispensable. Chloé et Matthieu Witvoet n'ont pas entrepris cette traversée seuls. Leur aventure a été rendue possible grâce à un financement participatif qui leur a permis de récolter les 30 000 € nécessaires pour leur aventure.
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Le couple a d'abord quitté Marseille le 21 septembre, ou "fin septembre", à bord de leur catamaran, le « Papagayo », pour rejoindre le Cap-Vert. C'est depuis cette île située au large du Sénégal qu'ils ont ensuite lancé leur traversée à la nage vers la Guadeloupe. Le voilier, le Papagayo, était bien plus qu'un simple moyen de transport ; il était leur quartier général flottant et leur support vital pendant toute la traversée. Quatre personnes formaient l'équipage de soutien à bord du catamaran : le skippeur Symilien Lavigne, la matelote Léa Payen, la vidéaste Chloé Le Calvez et l'infirmière Laurène Meunier. Ensemble, ils assuraient la sécurité, la navigation et le bien-être des nageurs.
Pendant la nuit, le couple ne nageait pas et dormait à bord du Papagayo. Chaque matin, ils replongeaient dans l’océan depuis l’endroit où se trouvait le catamaran. Cette méthode de « traversée avec dérive » était fondamentale à leur approche, et le couple insistait sur le fait que « ça n'aurait eu aucun sens de revenir en arrière et d'utiliser le moteur car on veut que notre aventure soit la plus vertueuse possible ».
L'ensemble de l'expédition était prévu pour durer « six mois », comme l'indique Matthieu Witvoet, incluant la traversée et le chemin inverse en bateau. Au-delà de l'aspect sportif, une préoccupation majeure du couple était de limiter l’impact de l’aventure sur l’environnement. Cet engagement se manifestait à plusieurs niveaux : « Ça va de la nourriture à notre matériel, sans oublier les produits du quotidien comme le savon ou la crème solaire », soulignent-ils. Ils ont opté pour une alimentation végétarienne à bord et prévoyaient même de partager leurs recettes, « notamment nos repas de Noël et du Nouvel An, que nous passerons en mer », précise le duo. Ils ont également abordé la question des combinaisons de natation avec transparence, reconnaissant « ne pas avoir trouvé les bonnes solutions » mais préférant « en porter plutôt que de mettre de la crème solaire et de la vaseline dix fois par jour ».
Au Cœur de la Mission : Éveiller les Consciences sur l'Océan
L'un des enjeux les plus essentiels, et peut-être le plus important, du projet de Chloé et Matthieu Witvoet est sa dimension pédagogique. Leur objectif premier est de « sensibiliser le public à la protection des océans », une mission qu'ils ont jugée insuffisante, en particulier dans le milieu scolaire. Ils mettent en avant le fait que les océans sont des poumons vitaux pour la planète, produisant « plus de “50% de l’oxygène de l’air que nous respirons” selon la plateforme Océan & Climat ».
Pour porter ce message, ils ont créé l'association Swim For Change il y a quelques années, se positionnant comme des « super messagers » qui inspirent et donnent envie de suivre leur engagement, en particulier auprès des plus jeunes. Le couple travaille en étroite collaboration avec l'association Water Family, qui les a aidés à concevoir un « vrai kit pédagogique sur l'océan à destination des enfants », pensé pour durer pendant toute leur aventure. Ces supports sont « destinés en particulier aux élèves du cycle 3 (CM1, CM2 et 6e) mais accessibles gratuitement pour tous les curieux ».
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Le contenu de ces kits est riche et varié, organisé autour de douze fiches, « et chacune d’entre elles s’intéressent à une thématique différente concernant la protection des océans », souligne Chloé. Les sujets abordés sont fondamentaux pour comprendre les enjeux environnementaux actuels, et « on parlera notamment de la pollution, de la pêche ou encore de la biodiversité ». Les kits étaient envoyés toutes les semaines, mais les professeurs avaient toute latitude pour les utiliser : « les professeurs organiseront leurs séances comme ils le souhaitent, les kits resteront à leur disposition ».
L'impact de cette initiative a dépassé leurs attentes. Initialement, ils visaient 50 000 enfants, et même si au début du projet ils comptaient « 5 000 enfants qui suivent notre projet », avec l'objectif de « doubler d’ici juillet », le succès fut bien plus grand. À ce jour, 45 000 kits avaient été commandés, proches de leur objectif initial. Plus remarquable encore, leur aventure a été suivie par plus de 100 000 enfants, témoignant de l'engouement suscité par leur démarche.
Pour maintenir le lien avec ces jeunes élèves et les immerger davantage dans l'aventure, le couple a prévu de créer un podcast pour retracer leur défi. Cela permettait aux élèves de « suivre en temps réel l’avancée de l’équipage, et interagir avec eux ». Au-delà de la traversée, Chloé et Matthieu se rendront ensuite dans plusieurs classes pour raconter ce périple. Ils avaient également prévu de se rendre « dans quelques écoles avant de partir ». Pour le couple, la réussite de leur mission est intrinsèquement liée à cet aspect éducatif : « Si on arrive à toucher les enfants avec notre aventure et à les embarquer, notre défi sera réussi ». Ils affirmaient même que « ce ne sera pas grave si on ne réussit pas la traversée », soulignant que « le cœur de leur mission reste intact » et que leur projet est de « mettre l'océan dans les écoles ».
Des Conditions Maritimes Impitoyables et un Arrêt Prématuré
Malgré une préparation minutieuse et un engagement sans faille, l'océan a rappelé aux éco-aventuriers Chloé et Matthieu Witvoet sa nature imprévisible et parfois impitoyable. Les conditions maritimes n'avaient déjà pas été tendres avec le duo avant même le début officiel de la nage. Le tandem d'éco-aventuriers, parti de Marseille en bateau jusqu'au Cap-Vert, a essuyé « des tempêtes », Matthieu a souffert d'un « bon mal de mer » et leur navire a connu une « voie d'eau », ses limites ayant été poussées au maximum à cause de la tonne de nourriture à bord.
Une fois la traversée à la nage commencée le 3 novembre depuis le Cap-Vert, les premiers jours ont offert des moments de pure émerveillement. « C'était un spectacle tous les jours, s'émerveille Chloé. On a été positivement surpris par la diversité d'espèces et leur beauté en nageant. On a vraiment eu une chance de dingue. » Cependant, cette féerie aquatique n'a pas tardé à révéler ses dangers.
Chloé a subi le premier revers sérieux de cette traversée. Elle a été piquée par une galère portugaise, un cnidaire dont les filaments peuvent s'étirer sur environ 15 mètres. La douleur fut intense et les conséquences importantes : « On a mis en place le protocole méduse, avec notamment des crèmes pour atténuer la douleur. J'ai fait un petit malaise et j'ai vomi le lendemain. Il m'a fallu 36 heures pour me remettre de cette piqûre ».
Quelques jours plus tard, Matthieu Witvoet a eu une rencontre des plus effrayantes avec un super-prédateur des profondeurs : un marlin, souvent confondu avec un espadon, un poisson à dents ultra-rapide doté d'un long bec. « C'est impressionnant comme animal. Son épée devant… J'étais subjugué. J'ai cru que c'était une dorsale de baleine. Son corps était tellement fuselé qu'il remontait à la verticale vers moi, invisible. Je me suis redressé tout de suite. Il s'est écarté », raconte le nageur. L'animal, coriace, est revenu. « Il m'allait droit dessus ». Face à cette menace persistante, le couple a pris la décision de ne plus retourner dans l'eau pendant plus d'un jour et de dérouter le voilier de 100 milles nautiques (180 km) dans l'espoir que l'animal se désintéresserait de leur voyage. Mais l'épisode s'est reproduit : « À peine trois minutes dans l'océan et je vois le marlin à côté de moi, la bouche pleine de sang, relate le nageur. Il est en chasse. Je n'ai rien à faire là. Je suis remonté à une vitesse record. Mon instinct a parlé ».
C'est finalement un problème technique majeur sur leur voilier d’assistance, le Papagayo, qui a mis fin abruptement à la partie nage de leur rêve, après seulement 13 jours d'effort. « Le câble de direction, qui relie les deux barres et gouvernails s'est rompu », a détaillé Mathieu. Cette avarie critique a rendu la poursuite de l'expédition trop dangereuse. « C'est un peu comme conduire une voiture sans volant tout en voulant suivre un piéton », ont-ils expliqué sur leurs réseaux sociaux. Sans cette capacité de manœuvre, le voilier ne pouvait plus assurer leur sécurité au milieu de l'Atlantique. Le binôme a bien cherché « illusoirement mille solutions », mais le bateau nécessitait un rafistolage amarré. Cette décision a été un « déchirement » pour Chloé. « Un deuil va devoir être fait. Je crois que je n'ai pas encore versé toutes mes larmes sur cet échec ». Leur ambition d'arriver en Guadeloupe dans trois mois a tourné court, les forçant à céder face à leur impuissance.