Les nageurs de combat représentent une véritable élite au sein de l'armée française. Ces hommes d'exception doivent réussir de nombreux tests et épreuves de sélection exigeants avant de pouvoir intégrer la formation et participer à des missions pour l'armée. Cet article explore l'histoire de ces unités d'élite, les exigences de leur entraînement et les compétences qui font d'eux des éléments indispensables des forces armées françaises.
Origines et évolution des nageurs de combat
L'histoire des nageurs de combat remonte à la Première Guerre mondiale. En 1918, des nageurs de combat italiens réalisent un acte de sabotage audacieux contre le navire austro-hongrois Viribus Unitis dans le port de Pola. Cependant, c'est pendant la Seconde Guerre mondiale que leurs missions se sont multipliées et qu'ils ont connu un essor important dans les années 1950 et 1960.
Devenir nageur de combat : un défi exigeant
Devenir nageur de combat n'est pas à la portée de tous. Outre les qualités physiques exceptionnelles, une force mentale, une maîtrise de soi, une volonté inébranlable et une grande persévérance sont essentielles.
Prérequis et sélection
Pour intégrer la formation en France, le candidat doit d'abord être officier de l'École Navale (ou admissions parallèles) ou officier-marinier de l'École de Maistrance. Il doit obligatoirement être de nationalité française et engagé dans la Marine Nationale. Les candidats qui répondent à ces critères sont soumis à une série de tests de 12 jours visant à évaluer leurs capacités physiques et psychologiques. Si la candidature est retenue, ils doivent ensuite passer des tests de présélection de deux semaines au sein de l'école de plongée de Saint-Mandrier.
En octobre 2013, 14 candidats issus de diverses unités de la Marine nationale et de l'armée de Terre se sont présentés aux épreuves de sélection. Seuls huit ont réussi à conserver leur place après une sélection extrêmement rigoureuse.
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L'École de plongée de Saint-Mandrier : le berceau des nageurs de combat
L'École de plongée de Saint-Mandrier est un lieu emblématique où se déroule une partie essentielle de la formation des nageurs de combat. La cérémonie de fin du 90e cours de nageurs de combat session 2013/2014 a été un événement exceptionnel, marqué par la présence des familles, des proches et des deux fondateurs de l'unité des nageurs de combat, Bob Maloubier et Claude Riffaud.
Le capitaine de frégate Frédéric Morio, commandant l'École de plongée, a félicité les nouveaux promus en ces termes : "Aujourd'hui, vous entrez dans la prestigieuse famille des nageurs de combat. Être nageur de combat c'est exceptionnel. Très peu d'hommes ont la capacité pour y parvenir, encore moins y parviennent. Vous êtes une élite, vous pouvez être très fiers".
Le vice-amiral d'escadre Marin Gillier, directeur de la Coopération de sécurité et de défense au sein du ministère des Affaires étrangères, et le contre-amiral Olivier Coupry, commandant la Force maritime des fusiliers-marins et commandos, étaient également présents à la cérémonie. Le contre-amiral Coupry a souligné que "l'on confie à "Hubert" les missions les plus compliquées, le Graal opérationnel". L'unité d'action sous-marine "Hubert" est aujourd'hui l'une des plus secrètes et des plus performantes des armées françaises.
Un entraînement rigoureux pour des missions secrètes
L'allure athlétique des nageurs de combat témoigne de la rigueur de leur entraînement. Jérôme, 26 ans, l'un des huit promus, a déclaré être "content d'avoir réussi. C'est très dur surtout au début. C'est très éprouvant physiquement et moralement". Guillaume, un autre certifié, exprime son émotion : "Il y a ce sentiment de servir son pays, sa patrie, on est fier d'être à la pointe et de faire des choses rares".
L'anonymat est de rigueur pour ces nageurs en raison des missions secrètes qu'ils sont amenés à réaliser. Pierre-Louis, 28 ans et sacré 1 000e nageur, souligne que "ce qui compte avant tout pour lui, c'est l'aboutissement de sept mois de cours et, forcément, on y a laissé quelques plumes parce que ça a été difficile…" Il ajoute fièrement : "On est des spécialistes dans un domaine qui est particulier, celui de la plongée".
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Pour obtenir leur insigne et leur certificat, les quatre nageurs de combat marins et les quatre de l'armée de terre ont dû effectuer plus de 200 heures de plongée, dont un nombre important en déplacement subaquatique. Au total, ils ont parcouru plus de 300 km à palmes. Le commandant de l'École de plongée, le capitaine de frégate Frédéric Morio, les a félicités pour avoir "été concrétisé grâce à vous, à votre pugnacité, aux exceptionnelles qualités morales et physiques dont vous avez su faire preuve tout au long de l'année".
Si les demandes sont nombreuses, peu obtiennent le sésame qui leur ouvre les portes de l'École de nageurs de Saint-Mandrier. Ce certificat est unique en France et la sélection des candidats est draconienne.
Le Graal : intégrer l'unité d'élite
Selon le contre-amiral Coupry, "tous les ans, environ 1 000 candidats se présentent à l'École des fusiliers marins. Sur les 1 000 Français qui rêvent de devenir commando marin, 400 deviennent fusiliers-marins. Sur ces 400, seuls 40 deviennent commandos marine et sur ces 40, seulement 4 à 6 finissent nageurs de combat". L'amiral Marin Gillier ajoute que "Mais, ils savent qu'une fois qu'ils ont intégré cette unité, ils auront le Graal".
Pour obtenir ce Graal, les élèves devront, pendant 7 mois et demi, apprendre à être capables d'aborder de manière discrète une côte ou un bateau, à réaliser le sabotage ou la destruction d'un navire à quai ou au mouillage, ou encore à mener des actions de renseignement sensibles et pointues depuis la mer. Ils apprendront surtout à naviguer sous l'eau sans repère. Selon un instructeur, "en fait, la pression la plus forte, ça n'est pas tant la technique, c'est la dimension psychologique". Il précise que "pour devenir un bon nageur de combat il faut… 5 ans". Au total, les nageurs de combat passeront 1/3 de leur temps sous l'eau et 2/3 au travail de commando à terre.
Un héritage précieux et un avenir incertain
Depuis 62 ans, l'école des nageurs de combat a formé 1 003 élèves. Bob Maloubier, son fondateur, rappelle avec gravité que "n'oubliez pas qu'il y en a un certain nombre qui y ont laissé leur vie dans des opérations en France ou hors de France. Et, de ceux-là, on ne parle jamais."
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Le cours nageurs de combat (CNC) assure depuis 1952 la formation des nageurs de la Marine et de l'armée de Terre. Leurs principales missions sont les actions directes, le renseignement et l'assistance militaire. Il n'y a pas de femmes dans cette unité, en raison des conditions physiques et morales extrêmes.
Pour motiver ces experts de la plongée, le contre-amiral Coupry explique que "on ne leur cache pas que c'est un des cours les plus durs de l'armée française. Il faut en avoir envie à fond et en permanence… On les motive en leur disant : "Vous allez faire ce qu'il y a de plus dur. Vous allez reculer vos limites au-delà de l'imaginable"". Il ajoute : "Ils se disent dans leur tête qu'ils vont devenir des dieux". Il rappelle également que "c'est aussi une formation humaine. Il faut apprendre l'humilité, savoir que nous avons des limites que l'on ne pourra jamais dépasser. Que nous dépendons des autres. Car quand on est sous l'eau, on est vraiment tout seul".
Évolution du profil des recrues
L'amiral Gillier explique que "il y a 30 ans, on recrutait 'des paysans trappeurs', aujourd'hui on recrute "des citadins rappeurs"". Il précise que "ce que je veux dire, c'est qu'il y a 20 ou 30 ans, c'étaient les fils de paysans, de pêcheurs, des jeunes qui avaient l'habitude de la vie dure qui s'engageaient. Aujourd'hui ce ne sont pas ces gens-là que l'on recrute, ce sont des personnes qui viennent des banlieues, qui, quelquefois, ont vu les films style 'Rambo'. Elles passent 3 jours ou 3 semaines chez nous puis repartent parce qu'elles n'avaient pas réalisé que parfois on se faisait mal. Elles ne sont pas prêtes à rester pendant des mois en ayant faim ou en ayant peur. Car, nous faisons des choses qui font peur à toute personne normale, en étant mouillé, en étant mis en situation de stress. Cela permet à la personne, le jour où elle est en situation difficile, que ce soit sur le plan stratégique ou politique, de s'en sortir". Bob Maloubier plaisante en disant : "N'oubliez pas, qu'avec les jeux vidéo, être dans un fauteuil ou sur son lit toute la journée à jouer à ça, ce n'est pas la préparation idéale pour devenir nageur. Surtout quand il y a la pizza et la canette de bière, à côté !"
Les missions des nageurs de combat
Spécialisés dans les missions offensives, de renseignement, d'infiltration ou d'exfiltration, les nageurs de combat du Centre parachutiste d'entraînement aux opérations maritimes opèrent dans l'ombre où la furtivité est de rigueur. Leurs actions ont pour objectif de protéger les intérêts supérieurs de la nation.
Au milieu de l'océan, un binôme s'équipe à bord d'un bateau. Dans quelques instants, les nageurs de combat disparaîtront sous l'eau. Leurs actions ont pour but d'empêcher les opérations menées contre les intérêts de la nation, sur terre et en mer, en zone normalisée ou de crise.
Le chemin pour rejoindre cette unité peut sembler complexe et pourtant, la formation est ouverte à tous les volontaires de l'armée de Terre, toutes armes et tous grades confondus.
Le CPEOM : un centre d'entraînement d'excellence
« Il n'est pas nécessaire d'être excellent en natation pour venir chez nous. La première des qualités indispensables pour intégrer cette unité du service action de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) est l'humilité. Tenu par le secret professionnel, le soldat ne peut diffuser aucune information sur ses missions. Ici, l'"à peu près" n'existe pas, il est synonyme de danger pour la sécurité du binôme et la réalisation de la mission.
Avant d'accéder au cours des nageurs de combat à l'École de plongée de Saint-Mandrier-sur-Mer, le candidat passe plusieurs stades de présélections. « Ils sont encadrés tout au long de la formation. Au terme des huit mois du cours nageur, débute la formation d'agent clandestin. Les nageurs suivent ensuite une instruction spécifique comprenant une phase de spécialisation à la plongée et à la navigation clandestines.
« Nous formons les nageurs de combat à être avant tout polyvalents. Ils savent piloter différents types de vecteurs maritimes. Ils sont autonomes sur les plans technique et tactique », souligne le chef de corps du CPEOM. À la fin de leur formation, les militaires sont affectés dans les sections opérationnelles d'actions sous-marines ou de surface qui constituent le vivier opérationnel du centre. « Nous disposons d'un ensemble de moyens et de capacités à notre main qui permettent à nos hommes de s'entraîner en permanence. À tout moment, une mission est susceptible d'être déclenchée, les nageurs doivent se tenir prêts à partir », explique le lieutenant-colonel Pierre.
L'importance de la communication
Olivier Coupry souligne l'importance de communiquer sur l'existence des nageurs de combat : "Pour dire à la population que ça existe. Les nageurs sont des gens normaux et, avec de la volonté on peut arriver très loin. On cherche à recruter, mais on ne court pas après des effectifs. Ce que nous voulons ce sont des gens d'un certain niveau. Le but n'est pas de remplir des cases. Il est important de montrer que les portes de ces métiers, de ces engagements sont ouvertes. C'est un métier qui permet de donner un sens à sa vie, à travers un engagement très fort. On fait don d'une bonne partie de soi, d'une bonne partie de sa vie familiale… Pour servir son pays, pour servir un idéal auquel on croit."
Il explique également ce qui pousse les jeunes à s'engager : "On s'engage, parce qu'on croit en quelque chose, que l'on croit en un monde meilleur et que l'on veut apporter, modestement sa petite pierre à cette construction globale. Lorsque l'on entend que la jeunesse ce n'est plus comme avant, etc. Et bien si, notre jeunesse, elle est extraordinaire ! Elle est capable de faire des choses . Elle est capable de faire ce métier. Il est ouvert à tout le monde."
Techniques d'infiltration et de navigation
Un élève du cours de nageur de combat grée l’équipement nécessaire à une mission d’infiltration de nuit. Ils rejoignent une embarcation de soutien. Là, ils se mettent à l’eau pour une plongée de plusieurs heures dans l’obscurité la plus totale.
Silhouettés par les reflets de la lune sur la surface, les élèves progressent discrètement lors d’une mission d’exfiltration en Méditerranée. Au petit matin, les masques réfléchissent la lumière de l’océan. Les élèves s’apprêtent à plonger pour une mission de d’infiltration/destruction.
Les élèves s’entraînent à l’infiltration sous voile après un saut en ouverture automatique. Ils réalisent ce jour-là quatre sauts en parachute à ouverture automatique à plus de 300 mètres d’altitude. Juste avant de toucher la surface, le parachutiste doit se libérer de son harnais et se laisser chuter. Les élèves progressent vers un nouvel objectif lors d’une nage de 15 kilomètres.
Infiltrés sur un îlot, dilués dans le monde civil et dissimulés par la végétation, les élèves élaborent le projet d’attaque de leur nouvelle mission. Sur un îlot en Méditerranée, les élèves préparent leur moyen d’infiltration privilégié : le kayak. Le raid en kayak est l’une des épreuves historiques du cours nageur de combat. Les élèves parcourent en deux jours les 100 kilomètres qui les séparent de leur objectif final. Si son usage en opération est moins courant aujourd’hui, le kayak possède encore des qualités tactiques inégalées. Basse sur l’eau, effilée et démontable, l’embarcation est d’une grande discrétion. Sur le fleuve, « à bras fermes », les élèves franchissent les obstacles. C’est aussi une école de la volonté. Plusieurs heures de navigation usent les corps et les nerfs des plus aguerris. Au cours du raid, il arrive parfois, malgré leurs efforts de discrétion, que les élèves surprennent les pêcheurs. À la confluence du fleuve et de la rivière. Les élèves doivent parfaitement maîtriser ce passage de l’élément liquide à la berge qu’ils appellent « le changement de milieu ». Mais les nageurs de combat apprécient modérément la terre ferme sur laquelle ils sont tactiquement plus vulnérables. Sobriété du geste, économie du verbe : les élèves disparaîtront de la surface aussi discrètement qu’ils sont arrivés.
Pour remplir sa mission, le nageur de combat doit s’orienter sans jamais refaire surface, et conserver une parfaite maîtrise du temps et de sa profondeur d’immersion. Mais une fois sous l’eau, pas question de GPS ou d’objets connectés. Le chef de mission possède une planchette de navigation équipée d’un compas et d’un profondimètre. Quant au coéquipier, il est le « gardien du temps ». La mémoire des hommes en noir fait le reste : ils naviguent sous la surface en retenant des dizaines de caps et de temps différents. L’attaque par nageur de combat démontre qu’un homme seul et audacieux peut réduire à l’impuissance la plus robuste coque de guerre là où elle est la plus vulnérable, sous la ligne de flottaison. En France, ce nouveau genre de combattant subaquatique doté d’une capacité de nuisance considérable au prix d’un entrainement intensif fait son apparition au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Sous les regards médusés des touristes prenant une collation, les élèves reconditionnent leur matériel de plongée et leur moyens d’infiltration sur une plage « amie ». La mission est enfin achevée.