L'histoire des nageurs de combat d'Aspretto : De la Seconde Guerre mondiale à nos jours

La base d'aéronautique navale (BAN) d'Aspretto, située près d'Ajaccio, en Corse, a une riche histoire qui remonte à la Première Guerre mondiale. Initialement conçue comme une base d'hydravions, elle a joué un rôle stratégique dans la défense maritime française, en particulier pendant la Seconde Guerre mondiale et la guerre d'Algérie. Cependant, elle est surtout connue pour avoir abrité le centre d'instruction des nageurs de combat, une unité d'élite des forces spéciales françaises. Cet article retrace l'histoire de la base d'Aspretto et de ses nageurs de combat, de leur création à leur dissolution, en passant par leurs missions les plus marquantes.

La base d'Aspretto : Des origines à la Seconde Guerre mondiale

La première installation d'un centre d'aéronautique de la marine française en Corse remonte à la Première Guerre mondiale. Cependant, c'est un rapport du Sénat de 1927 qui a permis la construction d'une base d'hydravions sur les terrains d'Aspretto, officiellement inaugurée le 5 février 1938. La position stratégique d'Ajaccio en a fait un lieu idéal pour une base de "Défense mobile des côtes".

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la base d'Aspretto a joué un rôle crucial dans la défense de la région d'Ajaccio et de Sagone. En août 1939, les moyens aériens de la BAN sont renforcés pour la lutte anti-sous-marine. Cependant, la base a subi des dommages importants pendant la guerre, avec 70 % de ses immeubles dévastés. Malgré cela, elle a continué à fonctionner, notamment grâce à l'arrivée de la 9FTR (flottille de transport) en novembre 1944, qui a permis de maintenir une liaison aérienne entre Paris et l'Afrique du Nord.

Après la guerre, la base d'Aspretto a été reconstruite et a continué à jouer un rôle important dans l'aéronautique navale française. Elle a notamment accueilli la 30S, une flottille d'hydravions Dornier Do 24, qui a effectué des missions de sauvetage en mer (SAMAR) et de transport.

La création du centre d'instruction des nageurs de combat

C'est pendant la guerre d'Indochine et, plus tard, la guerre d'Algérie que le besoin de forces spéciales capables d'effectuer des missions clandestines s'est fait sentir. Ainsi, en 1946, le 11e bataillon parachutiste de choc (11e BPC) est créé à Mont-Louis. Cette unité d'élite, composée de volontaires issus des parachutistes de la France libre, est spécialisée dans les actions de renseignement et de sabotage derrière les lignes ennemies.

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En 1957, pendant la guerre d'Algérie, une section spéciale et un détachement spécialisé sont créés au sein de la 11e demi-brigade parachutiste de choc (11e DBPC) : la Section A/CCI (service action) et le DS.11. Ces unités sont chargées d'effectuer des missions clandestines, telles que la création de maquis anti-FLN et la liquidation discrète de personnalités jugées dangereuses.

C'est dans ce contexte que le centre d'instruction des nageurs de combat est créé à Aspretto. Le 26 octobre 1960, le CI n°5 (Nageurs de Combat) est transféré à Aspretto, marquant le début de l'histoire de la base en tant que centre de formation des forces spéciales.

Les missions des nageurs de combat d'Aspretto

Les nageurs de combat d'Aspretto ont participé à de nombreuses missions, dont certaines sont restées secrètes. Ils étaient spécialisés dans les opérations clandestines en milieu maritime, telles que le sabotage de navires, la reconnaissance de plages et l'infiltration de territoires ennemis.

Parmi les missions les plus connues, on peut citer :

  • La guerre d'Indochine : Les nageurs de combat ont participé à la création de groupes de combattants sur les arrières du Vietminh.
  • La guerre d'Algérie : Ils ont mené des actions de contre-guérilla et de renseignement.
  • L'affaire du Rainbow Warrior : En 1985, des nageurs de combat de la DGSE ont coulé le Rainbow Warrior, un navire de Greenpeace, à Auckland, en Nouvelle-Zélande. Cette affaire a eu un retentissement international et a conduit à la dissolution du centre d'instruction des nageurs de combat d'Aspretto.

La dissolution et la réorganisation

L'affaire du Rainbow Warrior a été un tournant dans l'histoire des nageurs de combat d'Aspretto. En 1986, le ministre de la Défense, André Giraud, a ordonné une enquête sur les conditions dans lesquelles des nageurs de combat français ont coulé le Rainbow Warrior. Cette affaire a mis en lumière les pratiques opaques de la DGSE et a conduit à une remise en question de l'organisation des forces spéciales françaises.

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Dans la foulée de cette affaire, la base d'Aspretto a été dissoute et le centre d'instruction des nageurs de combat a été transféré à Quelern, en Bretagne. Cette décision a été perçue par certains comme une punition pour les nageurs de combat, qui ont eu le sentiment d'avoir été "lâchés" par leur hiérarchie.

Cependant, la dissolution de la base d'Aspretto était également motivée par des considérations stratégiques. La base était devenue une véritable forteresse, difficile à contrôler et peu adaptée aux nouvelles menaces. Le transfert du centre d'instruction des nageurs de combat à Quelern a permis de le moderniser et de l'intégrer davantage aux autres unités des forces spéciales françaises.

En 1985, le nouveau directeur général de la DGSE, le général René Imbot, annonce la re-création de l’unité sous l’appellation de 11e régiment parachutiste de choc (11e RPC). L’unité reçoit son drapeau alors qu’elle n’est encore qu’un bataillon. Le 11e RPC reçoit son drapeau le 7 février 1986, en présence des plus hautes autorités militaires.

Aspretto aujourd'hui

La BAN Aspretto sera officiellement dissoute le 22 septembre 1993. Aujourd'hui, le site d'Aspretto accueille une dizaine d'entités différentes, dont la Marine, le sous-Cross Corse, la Douane, la gendarmerie maritime et la gendarmerie nautique, ainsi que les Affaires maritimes, la société nationale de sauvetage en mer, la direction de la protection et de la sécurité de la Défense et le service de protection des hautes personnalités. En été se rajoutent, un échelon du peloton de gendarmerie de haute montagne et des unités de la Sécurité civile mobilisées dans le cadre de la campagne feux de forêts.

La BAN d’Aspretto assure aussi un devoir de mémoire, elle est la gardienne du masque mortuaire du capitaine de vaisseau L’Herminier, du monument des disparus de la 9F, de la plaque du bombardement (explosion d’un train de munitions a Ajaccio - 23 février 1945) et du monument de la disparition de la Marie Mad.

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Malgré sa dissolution, la base d'Aspretto reste un lieu emblématique de l'histoire de la Marine française et des forces spéciales. Son histoire est marquée par des actes de courage, des missions secrètes et des controverses, mais aussi par un engagement constant au service de la France.

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