Le Voile en Algérie : Histoire et Législation

Introduction

La question du voile en Algérie est un sujet complexe, profondément enraciné dans l'histoire du pays et façonné par des influences culturelles, religieuses et politiques. Cet article explore l'évolution du voile en Algérie, de ses origines à sa signification contemporaine, en passant par le cadre législatif qui l'entoure.

Origines et évolution historique du voile en Algérie

Une pratique antérieure à l'islam

Le port du voile n'est pas né avec l'islam. Il était pratiqué en Orient bien avant l'avènement de cette religion. En Occident, le peplum des Grecques et des Romaines, vêtement de cérémonie, laissait les cheveux libres. Si saint Paul recommandait le voile aux chrétiennes, c'était dans des situations particulières comme la prière. Tertullien, au IIe siècle à Carthage, exhortait également les chrétiennes à le porter, mais il était connu pour son intransigeance. Les femmes européennes avaient longtemps l'habitude de se couvrir la tête par pudeur et décence.

L'arrivée du voile en Algérie

Le voile s'est répandu en Algérie avec la conquête arabe. En 1830, lorsque les Français arrivèrent, ils y trouvèrent le voile déjà présent. Pierre Bayer décrit le costume des femmes algériennes au temps de la Régence : « Pour sortir, la musulmane se masque d'abord le bas du visage à la hauteur des yeux à l'aide d'une sorte de mouchoir carré, ovale ou triangulaire, qu'elle noue sur la nuque. Puis, elle pose sur ses épaules une pièce de drap que l'on agrafe sur le devant, destinée à renforcer l'opacité les vêtements, souvent fort légers. Elle s'enveloppe ensuite dans un immense voile de laine très fine, de soie ou de coton… (qui) recouvre la tête jusqu'au ras des yeux et descend à mi-cuisse. C'est tout un art que de s'en draper… Le grand haik blanc n'est pas acore d'usage ».

Variations régionales et signification du voile

À la période française, le mouchoir triangulaire était utilisé pour le visage, tandis que le haïk, descendant jusqu'aux pieds, remplaçait progressivement le voile précédent. Cependant, il existait de nombreuses variations individuelles et régionales. Le mouchoir pouvait être uni, brodé ou bordé de dentelles. Le haïk était blanc dans l'Algérois et l'Oranais, mais noir dans le Constantinois, en signe de deuil depuis l'assassinat du bey en 792. Dans certaines régions (Tlemcen, Laghouat…), il était orné de rayures de soie; en Kabylie, les haïks, faits avec un tissu plus lourd, possédaient souvent des décorations géométriques; dans les Aurès le haf, analogue au haïk; ètait en général de couleur noire ou indigo. Certaines femmes, surtout en Oranie, se masquaient à moitié le visage avec leur voile pour se protéger du mauvais sort, tandis que celles du Sud se couvraient la tête, mais pas le visage. En Kabylie, certaines femmes se couvraient la tête sans porter le haïk.

La signification religieuse du voile s'était en partie estompée en raison de toutes ces variations, et il était souvent perçu comme une coutume vestimentaire propre à des communautés régionales. Les Européens le considéraient surtout sous son aspect pittoresque, et la mauresque drapée dans son haïk blanc immaculé était un élément incontournable de la beauté du décor algérien dans les tableaux et les affiches publicitaires de voyage.

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Le voile et l'éducation : Une évolution complexe

L'accès à l'éducation pour les filles

Pendant longtemps, la culture musulmane n'encourageait pas l'envoi des filles à l'école. Même les ouvroirs où on leur enseignait la couture et la broderie eurent peu de succès au début. Cependant, un décret de 1944 étendit à l'Algérie l'obligation scolaire pour les enfants de 6 à 13 ans. Parallèlement, l'opinion musulmane changea et les filles commencèrent à affluer vers les écoles, qui devinrent de moins en moins différentes de celles des garçons. En 1954, 60 000 jeunes musulmanes étaient déjà scolarisées, et en 1959-1961, « le taux de scolarisation féminine atteint 39% en Kabylie, près des trois quarts à Alger et Oran ».

Évolution de la société et modernisation

Cette scolarisation et la cohabitation croissante des communautés entraînèrent une évolution de la société arabe. Dans les années 1880, certains notables critiquaient les « filles déchues » qui fréquentaient l'école française, tandis que d'autres, dès les années 1930, « donnaient en exemple l'œuvre de Kemal Ataturk, moderniste et laïciste et célébraient l'émancipation féminine en Orient ». Ataturk avait interdit le port du voile en Turquie dans les lieux publics.

Augustin Bernard écrivait en 1931 que « le grand mouvement qui s'est produit ces dernières années… en Turquie et en Égypte, dans le sens de la laïcisation du droit, de la modernisation de l'Islam, de l'affranchissement de la femme, commence à gagner l'Algérie… Si ce « grand mouvement » avait une chance de se réaliser en Algérie, les événements de mai 1958, qui virent le triomphe de l'idée d'intégration, auraient pu l'accélérer.

Les manifestations de 1958 et le dévoilement

Le 16 mai, sur le Forum d'Alger, une immense manifestation de fraternisation franco-musulmane eut lieu. Des femmes voilées arrachèrent leurs haïks, et un jeune couple musulman, habillé à l'européenne, apparut au balcon du Gouvernement général en s'écriant : « Nous sommes l'Algérie de demain ». À cette date, le voile était donc souvent devenu, au moins dans les villes, un signe d'arriération et d'asservissement de la femme.

Ces scènes de dévoilement et de fraternisation étaient dans la logique du rapprochement croissant des communautés, notamment grâce à la scolarisation des filles musulmanes, et eurent un prolongement. Une ordonnance du 4 février 1959 interdit le mariage des filles impubères, abolit la répudiation et institue le mariage civil et le libre consentement des époux. Le droit de vote fut accordé aux femmes algériennes en 1958, marquant une véritable révolution.

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Rebiha Kebtani, élue député-maire de Sétif en 1959, déclara : « Mon engagement politique date du 13 mai 1958… Je me suis occupée de convaincre d'autres jeunes femmes de ne pas suivre les ordres du F.L.N. qui avait organisé une grève scolaire et de laisser tomber le voile ». La secrétaire d'État Nefissa Sid Cara présida le « Mouvement de Solidarité Féminine » créé après le 13 mai par Mme Salan et Massu, qui se donna pour mission « le rapprochement entre les femmes des deux communautés et l'instruction des femmes musulmanes dans le cadre de « l'Algérie française ». Le 5e Bureau de l'armée informa les femmes des mesures prises en leur faveur, améliora leur scolarisation et diffusa un film intitulé « Le voile qui tombe… ».

Le voile après l'indépendance : Retour à l'identité islamique ?

L'influence du F.L.N. et le Code de la famille

Abandonnée par la France en 1962, l'Algérie revint progressivement à son identité islamique. Dès 1956, le F.L.N. avait ordonné la grève scolaire et dénoncé les scènes de dévoilement des femmes sur le Forum d'Alger. En 1984, le Code de la famille algérien, voté par le F.L.N, reprit la plupart des institutions de la charia, rétablit la répudiation et réduisit fortement les droits de la femme.

La montée de l'intégrisme et l'obligation du voile

Lorsque le F.I.S triompha aux élections municipales de 1990, il compléta ces mesures par des interdictions (alcool, cigarettes, musique, cravate…) et par l'obligation du voile réclamée par 100 000 femmes défilant à Alger. Le voile qu'elles revendiquaient était moins le haïk traditionnel qu'un vêtement nouveau, signe de la volonté des islamistes d'afficher leurs convictions spécifiques.

Le voile aujourd'hui : Modernisation ou obstacle ?

Selon les médias, l'influence islamiste en Algérie aurait reculé ces dernières années. Cependant, la question essentielle reste posée : l'islam peut-il se « moderniser » et faire évoluer sa conception de la condition féminine, y compris sur le port du voile ?

Certaines femmes, forcées ou convaincues, ont décidé de contourner la loi du groupe en s'inventant plusieurs postures, pas toujours orthodoxes. Des enseignes proposent un voile light, plus léger et aux couleurs chatoyantes. Certaines femmes ont choisi de revenir au vieux haik. Des marches des porteuses de haïk sont organisées chaque printemps depuis 2014.

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Malgré ces tentatives de modernisation, le voile devient un obstacle pour un nombre croissant de jeunes filles en quête de travail. En effet, plusieurs secteurs d'activité en Algérie refusent toujours l'accès aux femmes voilées, notamment dans les organismes publics (télévision, police, armée, douanes, Air Algérie…), mais aussi dans certaines entreprises privées, locales ou étrangères, œuvrant dans le tourisme et l'importation.

L'interdiction du voile intégral à l'école

Un arrêté du ministère de l'Éducation nationale algérien interdit le port du voile intégral et du niqab à l'école pour les élèves et les fonctionnaires. Le ministère justifie cette interdiction par la lutte contre la triche dans les examens scolaires. Cette décision crée une polémique sur fond de place du religieux dans l'école.

Le voile : Enjeu politique et identitaire

L'instrumentalisation du voile pendant la colonisation

Pendant la colonisation, l'administration française a utilisé l'émancipation des femmes musulmanes comme un instrument pour tenter de rester au pouvoir. Le dévoilement était une stratégie destinée à gagner à la France le cœur des Algériennes. L'administration coloniale voulait défendre solennellement la femme humiliée et cloîtrée, en dénonçant le comportement de l'Algérien comme moyenâgeux et barbare.

Le voile : Symbole de résistance et d'identité

Le voile est devenu un enjeu politique majeur, et le dévoilement des femmes fait partie des priorités les plus impérieuses. Le voile est un symbole de résistance et d'identité pour certaines femmes, tandis que pour d'autres, il est un symbole d'oppression.

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