Vincent Riou : L'Orfèvre des Mers, Champion Solidaire et Sentinelle des Océans

Vincent Riou est un navigateur d'exception et un fin tacticien de la course au large qui appartient au cercle très restreint des vainqueurs du Vendée Globe. Surnommé l'orfèvre pour son expertise technique hors norme, il a marqué l'histoire de la voile par sa rigueur et son sens de la solidarité en haute mer. Son parcours est celui d'un homme qui, loin des parcours conventionnels, a su forger son destin sur les flots, armé d'une détermination et d'une passion inébranlables.

Les Premiers Pas d'un Marin d'Exception

Né à Pont-l'Abbé, Vincent Riou baigne dès son enfance dans la culture maritime bretonne, débutant la navigation sur des dériveurs avant de s'orienter vers la préparation de voiliers de compétition. Ce marin discret, qui met tout son travail au service de l'efficacité, est issu du milieu des régatiers et entre dans le monde de la course au large par une porte dérobée. Ses parents, un père et une mère enseignante, auraient souhaité qu'il suive les traces de son frère sur le chemin des grandes écoles, telles que HEC, mais Vincent n'aime visiblement pas les études traditionnelles. Né le 9 janvier 1972 à Pont l'Abbé, le jeune Vincent concrétise son rêve dès l'âge de 17 ans en devenant moniteur à Concarneau. L'enfant qui n'aimait pas l'école se lance par la suite à fond dans les études techniques en rapport avec le bateau, démontrant une aptitude et un intérêt profond pour la mécanique et l'ingénierie navale.

Sa rencontre avec Michel Desjoyeaux s'avère déterminante : il devient le préparateur méticuleux du monocoque PRB pour le Vendée Globe 2000-2001. Cette expérience capitale lui permet d'acquérir une connaissance millimétrée des systèmes du bateau et une compréhension approfondie de la stratégie de course. C'est en 2002 qu'il se distingue comme le routeur de "Mich" pour la Route du Rhum, affinant ainsi ses compétences stratégiques et météorologiques.

Une Carrière Jalonnée de Succès et de Défi

La carrière de Vincent Riou est ponctuée de victoires prestigieuses et d'épreuves mémorables. En 2003, il remporte la course Rolex Fastnet Race dans la catégorie IMOCA, une première reconnaissance de son talent en tant que skipper. L'année 2004 marque un tournant majeur : il prend la barre du même navire, PRB, pour sa première participation au Vendée Globe en tant que skipper titulaire. Au terme d'un duel mémorable avec Jean Le Cam, il remporte l'épreuve après 87 jours de mer, en arrivant aux Sables-d'Olonne en février 2005. À 33 ans, le Bigouden, bizuth du grand Sud, boucle alors son tour du monde en 87 jours, 10 heures, 47 minutes sur PRB, améliorant le record de six jours. Un bateau d’ancienne génération qui a fait la nique aux derniers IMOCA, un exploit qui confirme son statut de skipper de premier plan, capable de marier une préparation technique irréprochable à une résistance mentale exceptionnelle dans les conditions les plus extrêmes du Grand Sud. En 2007, ses performances sportives sont reconnues et il est décoré de la Légion d'honneur.

Sa carrière se poursuit avec une fidélité rare à son partenaire historique, PRB, avec lequel il enchaîne les projets sur plusieurs générations de monocoques IMOCA. Bien que ses participations ultérieures au Vendée Globe soient marquées par des abandons techniques, il s'illustre sur de nombreuses autres épreuves majeures. En 2007, il est également vainqueur de la Rolex Fastnet Race en double avec Sébastien Josse, prouvant sa polyvalence. En 2011, il termine deuxième de la Barcelona World Race en double avec Jean Le Cam, consolidant leur partenariat. Sa résilience le conduit à de nouvelles victoires, notamment la Transat Jacques Vabre, qu'il remporte à deux reprises : en 2013 avec Jean Le Cam, puis une seconde fois en 2015 avec Sébastien Col. Outre le Vendée Globe, Vincent Riou compte à son actif six Transat Jacques Vabre, trois Solitaires du Figaro ou encore une Route du Rhum. Lors de la Route du Rhum 2018, il se classe quatrième dans la catégorie reine des IMOCA, démontrant sa compétitivité constante.

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Cependant, le plus fameux des tours du monde en solitaire a aussi fait bien des misères au skipper de PRB. Lors de l’édition 2012, la coque de son PRB est déchirée par une tonne de port. Re-belote pendant l’édition 2016 : il abandonne après avoir percuté un objet flottant non identifié, une illustration des défis permanents que la mer réserve aux navigateurs. Sur la Route du Rhum 2014, c’est encore la scoumoune, les dommages subis par la structure de PRB le contraignent à abandonner sa transat au bout de trois jours.

La Solidarité en Haute Mer : L'Esprit Marin de Vincent Riou

La carrière de Vincent Riou est également emblématique de la solidarité qui unit les marins en haute mer. L'un des épisodes les plus marquants de sa carrière et de l'histoire de la course au large est sans conteste son sauvetage de Jean Le Cam. En 2009, alors que Vincent Riou est en quatrième position du Vendée Globe, il se déroute vers le Cap Horn pour porter secours à Jean Le Cam, qui a chaviré au large du Cap Horn en janvier. Au cours de cette opération, des dégâts importants sont infligés à son bateau, ce qui occasionne un démâtage et son abandon de la course. Son geste lui vaudra d’être classé troisième, une reconnaissance honorifique de son acte héroïque. Son sauvetage de Jean Le Cam en 2009 lui a d'ailleurs valu d'être nommé par ses pairs pour le titre de marin de l'année, ayant endommagé son propre bateau pour sauver son concurrent, ce qui entraînera son abandon forcé. Cet événement illustre parfaitement les valeurs de solidarité maritime qui lui sont chères et a cimenté une amitié solide avec plusieurs figures de la voile, notamment Jean Le Cam, avec qui il partage un lien indéfectible.

Le Marin, la Technologie et les Éléments

Vincent Riou est réputé pour être l'un des skippers les plus maniaques du circuit, capable de démonter et remonter intégralement son bateau pour s'assurer qu'aucune pièce ne présente le moindre signe de faiblesse structurelle. Cette rigueur technique est une marque de fabrique de l'écurie Mer agitée, fondée par Michel Desjoyeaux, pour laquelle il a été préparateur. Il est reconnu pour sa capacité à optimiser les performances des navires et participe activement à l'évolution des foils dans la classe IMOCA, apportant son expertise d'ingénieur autodidacte aux bureaux d'études. Son intelligence développée pour faire en sorte que les bateaux aillent plus vite ou puissent se déplacer plus longtemps à la voile est une constante de son approche. En 2022, il intègre une équipe technique pour le développement de nouveaux navires à foils, témoignant de son engagement continu dans l'innovation. En 2025, il est Conseiller stratégique pour des écuries de course au large internationales.

La voile a cette spécificité d’évoluer dans un milieu naturel hostile à l’homme. C'est une interaction constante avec les éléments, qui dictent la vitesse et les possibilités de navigation. Dès qu’on fait des déplacements qui sont plutôt longs, les prévisions peuvent être dépassées. Ainsi, quand les skippers partent en mer pour traverser l’Atlantique, ils ne savent jamais à quel moment ils vont arriver, tandis qu’aujourd’hui, les gens ont des horaires partout. Un des secrets pour être heureux en mer s’avère d’être capable de se déconnecter avec le temps. Cette compréhension profonde de la mer et de ses contraintes est au cœur de son expertise.

Les Océans comme Priorité : L'Engagement Écologique du Skipper

Au-delà de la compétition, Vincent Riou est un observateur attentif de l'environnement marin. Nous, les skippers, sommes bien conscients qu’il se passe des choses sur la planète car on observe pas mal de phénomènes en mer. Pour donner un petit exemple, en 30 ans, Vincent a vu le trafic maritime augmenter considérablement. Du coup, les navigateurs ont cette sensibilité et l’envie de la partager à leur communauté. On est un peu des sentinelles parce qu’on va dans des endroits où peu de personnes vont. Cet engagement pour la préservation des océans est profond.

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Au niveau de la pollution des océans, ça dépend des régions du monde. Vincent Riou croit que la pollution est vraiment le marqueur de l’homme. Aujourd’hui, il a l’impression qu’en Atlantique Nord et plus proche des côtes européennes, on s’est nettement améliorés. La pollution visible dans les océans y est moins importante que par le passé. Lorsqu’on navigue, que ce soit sur un navire de commerce ou à la voile, c’est compliqué de surveiller en permanence la surface de la mer. Le bateau peut se retrouver à rentrer en collision avec ce qu’on appelle des OFNIS, des objets flottants non identifiés. Dans ces OFNIS, il y a plusieurs catégories. Il y a une catégorie d’OFNIS qui sont à leur place dans les océans et ce sont les animaux marins. Quand on se retrouve à entrer en collision avec un mammifère, cela embête beaucoup les marins. Après, il y a pas mal de déchets qui sont rejetés dans la nature. Les grands fleuves rejettent assez régulièrement des morceaux de bois. Puis, il y a tout ce qui est pollution liée à l’homme, c’est-à-dire tout ce qui provient du littoral, tout ce qui est jeté dans la mer et tout ce qui est perdu par le transport maritime.

Il y a une grosse prise de conscience de tout le milieu. Maintenant, les marins comme Vincent Riou essayent d’appréhender au mieux cette problématique. Ils ont développé des systèmes de surveillance avec des caméras infrarouges pour limiter les collisions, notamment avec la faune marine. On compte aujourd’hui 90 espèces de cétacés sur l’ensemble de la planète. Aujourd’hui, des mesures sont prises directement dès l’organisation du parcours de la course. Toutes les zones avec des forts regroupements en mammifères sont ainsi interdites à la navigation dans les courses. Après, il y a des fois où, pour rejoindre les continents, les participants se retrouvent quand même obligés de passer sur des endroits où il y a beaucoup de mammifères, mais il existe des solutions pour réguler. The Transat, la transat anglaise en solitaire, qui arrive sur les côtes américaines, a sa ligne d’arrivée avant le plateau occidental. Les bateaux sont obligés de rejoindre les Etats-Unis à vitesse réduite pour justement éviter les collisions, prouvant que la course à la voile, bien qu'étant un jeu, ne doit pas être la compétition à tout prix. Les marins sont formatés tout petits à s’intéresser à autre chose qu’à la compétition. Aujourd’hui, l’approche protection de l’environnement entre dans les habitudes. Vincent Riou croit que les marins font vraiment attention à l’endroit sur lequel ils naviguent.

Vers une Navigation Durable : L'Innovation au Service de l'Environnement

L'engagement de Vincent Riou dépasse la simple observation ; il s'incarne dans des actions concrètes pour une navigation plus propre et durable. Avoir une navigation éco-responsable implique de se débrouiller pour tout faire à la voile. Depuis 15 ans, il se force, après toutes les transats, à reprendre son bateau et à rentrer avec. Le plus impactant dans ce sport, c’est lorsqu’après une course, il faut ramener les bateaux via transport maritime et la gestion des courses qui finissent loin de chez nous. Il pense qu’on a la chance de vivre de notre passion, de côtoyer des espaces naturels extraordinaires. Du coup, vis-à-vis de l’ensemble de la société, il faut essayer d’être exemplaire. Cela ne veut pas dire ne rien faire.

L’aspect technologique de la course peut, on l'espère, être transposé à d’autres problématiques maritimes. Si aujourd’hui, on recommence à parler de transport à la voile, ce n’est pas un hasard. Toute l’intelligence développée pour faire en sorte que les bateaux aillent plus vite ou puissent se déplacer plus longtemps à la voile se décline dans le monde du transport maritime. C’est encore embryonnaire. Pourtant, il suffit de constater l’impact carbone du transport maritime sur la planète, pour se dire qu’il s’agit d’une problématique essentielle. Les skippers se réjouissent tous de participer à de tels projets. Vincent Riou, par exemple, a travaillé pour SolidSail, qui fabrique des voiles pour des cargos avec des chantiers navals de Saint-Nazaire. Quand on voit les milliers et les millions de litres de fioul lourd qui sont dépensés aujourd’hui pour transporter de la marchandise de Chine en Europe ou aux Etats-Unis, il y a une vraie aberration là-dedans. Il y a des marchandises qui n’ont pas besoin de voyager à 30 km/h, qui peuvent très bien voyager à 10 km/h. La voile implique d’une certaine manière d’aller plus lentement que le permettent les énergies fossiles tout en étant confronté aux éléments.

Un Ambassadeur de la Cause Océanique et un Mentor

Aujourd’hui, Vincent Riou a envie d’aider les ONG, comme la Fondation GoodPlanet, et d’essayer de trouver des solutions qui fonctionnent. C’est pour cette raison que depuis juin 2024, il navigue avec une voile GoodPlanet, soutenant ainsi la Fondation. Ça fait longtemps qu'il mène des actions avec des ONG, étant sensible à toutes ces problématiques depuis de nombreuses années. Cette année, avec son équipe, il va faire la TRANSAT CAFE L’OR au mois de novembre, reliant Le Havre et la Martinique. C’est une saison bien chargée qui le ramènera en décembre en Europe puisque l’allée est en course et le retour en convoyage.

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Engagé pour la préservation des océans, il collabore avec diverses fondations scientifiques pour collecter des données environnementales lors de ses navigations. Il met son expertise technique au service de la recherche sur les énergies renouvelables appliquées au nautisme, plaidant pour une navigation plus propre et durable. Vincent Riou s'implique également dans la formation de la nouvelle génération à travers le pôle de course au large de Port-la-Forêt, partageant ses secrets de préparation avec les jeunes skippers. Sensible à l'insertion sociale par le sport, il parraine ponctuellement des initiatives permettant à des jeunes en difficulté de découvrir la voile, convaincu des vertus éducatives de l'exigence qu'impose la mer. En 2024 et 2025, il continue de s'investir dans la transmission en accompagnant de jeunes skippers et en collaborant sur des projets technologiques innovants liés à la décarbonation du transport maritime. En 2026, Vincent Riou demeure une référence absolue dans le milieu de la course au large, sollicité tant pour ses qualités de marin que pour sa vision stratégique du nautisme de demain.

Vincent Riou s'efforce surtout de montrer l’exemple et de sensibiliser les citoyens, les entreprises et plus globalement l’ensemble de la société. C’est un tout petit rôle, dit-il, il faut être humble. Il est très convaincu de la gouvernance des océans, estimant que tant qu’il n’y aura pas de gouvernance sur les océans, on ne pourra pas progresser. Il reste cependant toujours un peu sceptique. C’est d’ailleurs un peu le problème des personnes comme lui qui font ça depuis longtemps ; il y a des moments où l’on finit par manquer d’enthousiasme. Ça ne veut pas dire qu’on lâche l’affaire.

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