Carlos, le chanteur aux multiples facettes : Des scènes ensoleillées aux profondeurs du monde marin

Le chanteur français Carlos, né Jean-Chrisostome Dolto le 20 février 1943 à Paris, demeure une figure emblématique de la variété française, connu pour son répertoire enjoué et festif, souvent teinté d'une connotation grivoise lubrique. Derrière l'image du "gros bonhomme jovial qu’on croyait éternellement rigolard", se cachait un artiste polyvalent dont la carrière riche et variée a traversé plusieurs décennies, marquant de son empreinte la chanson, la télévision et la radio, tout en cultivant des passions plus discrètes, notamment pour le monde marin et ses profondeurs.

Les racines d'un artiste polyvalent : Naissance, famille et premières influences

Jean-Chrisostome Dolto, dont le nom de naissance est parfois aussi indiqué comme étant « Yvan-Chrysostome Dolto », ces deux appellations étant en fait dérivées du prénom hébreu Yohanan, voit le jour le 20 février 1943 dans le 5e arrondissement de Paris. Il est le fils de personnalités éminentes : sa mère est la célèbre psychanalyste et pédiatre Françoise Dolto (née Marette) (1908-1988), figure marquante de la psychologie des enfants, et son père est le masseur-kinésithérapeute Boris Dolto (1899-1981), d'origine russe. Cette ascendance intellectuelle et thérapeutique a sans doute forgé une partie de sa personnalité, bien que sa trajectoire artistique l'ait éloigné de la voie familiale stricte. Il grandit entouré de ses deux frères et sœurs : Grégoire Dolto (né en 1944), qui deviendra ingénieur et architecte naval, et Catherine Dolto (née en 1946), elle-même pédiatre, médecin généraliste, haptothérapeute et écrivaine.

Dès ses premiers pas, le futur Carlos s'inscrit dans un environnement stimulant, bien que ses études le destinent initialement à la pratique de la kinésithérapie, à l'image de son père. Sa scolarité se déroule dans une école expérimentale à Paris, appliquant les thèses comportementales et éducatives de sa mère. Cependant, c'est un autre univers qui attire très jeune le jeune Jean-Chrisostome : celui de la musique et, surtout, de la chanson. À la fin des années 50, Yvan-Chrisostome Dolto et sa bande d’amis écument les cabarets de Saint-Germain-des-Prés, véritables creusets culturels de l'époque. Ils y découvrent le jazz et cette nouvelle musique venue des États-Unis, le rock ’n’ roll. Fasciné par les jazzmen, le rejeton Dolto, qui anime alors quelques soirées dans la capitale, est particulièrement admiratif des performances du percussionniste Carlos « Patato » Valdés (1926-2007), un artiste dont la puissance et l'énergie l'inspirent au point de choisir son prénom comme futur nom de scène.

Ces années formatrices sont également jalonnées de rencontres déterminantes. En 1957, alors âgé de 14 ans, il fait la connaissance de Sylvie Vartan, d'un an sa cadette, et une amitié durable se noue entre eux. En 1959, il croise le chemin d'un jeune chanteur-musicien, Jean-Philippe Smet, déjà connu sous le pseudonyme de Johnny Hallyday, avec qui il se lie également d'une amitié profonde et indéfectible. À cette époque, si Johnny Hallyday commence à connaître une petite notoriété, Carlos, lui, se consacre encore à ses études de kinésithérapie, en dépit de son activité de danseur et animateur dans les clubs parisiens.

L'émergence d'une carrière scénique : Secrétaire artistique et premiers pas musicaux

Ayant obtenu son diplôme de kinésithérapeute en 1961, Yvan Dolto n’exercera cependant jamais véritablement cette profession. Par le truchement d’un ami rencontré quelques années plus tôt, Michel Drucker, il est embauché en 1962 comme animateur de l’émission culte « Salut Les Copains » sur les ondes d’Europe 1, en remplacement de Lucien Morisse. Cet intérim ne durera pas longtemps, car dès l’année suivante, Johnny Hallyday, à la recherche d’un secrétaire artistique, l’engage. De 1962 à 1972, Carlos est le secrétaire artistique et le garde du corps de Sylvie Vartan, une position qui le plonge au cœur du show-business naissant. C'est avec Sylvie Vartan qu'il découvre le chanteur Mike Brant lors d'un voyage à Téhéran, et c'est grâce à leur soutien que Mike Brant vient en France en 1969. En 1965, Carlos est d'ailleurs le témoin de Johnny Hallyday à son mariage avec Sylvie Vartan, le 12 avril, un événement qui scelle leur amitié.

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Parallèlement à ses activités auprès du couple Hallyday-Vartan, Carlos commence à développer sa propre carrière d’acteur et de chanteur. S’il obtient un petit rôle de collégien dans le film « Patate » de Robert Thomas en 1964, il se fait surtout remarquer pour ses prestations vocales sur le morceau « 2 minutes 35 de bonheur » de Sylvie Vartan, une opportunité qui lui ouvre les portes des maisons de disques. C’est en 1969 qu’il édite son premier 45 tours en solo avec la chanson « La vie est belle », puis un deuxième l'année suivante, « Y'a des Indiens partout », qui lui permet d'obtenir son premier disque d’or.

Reconnu comme chanteur, il quitte - en bons termes - Johnny Hallyday en 1972 pour entamer une carrière solo pleinement assumée. Cette même année, il assure les premières parties de Sylvie Vartan ou Joe Dassin et obtient la reconnaissance du public avec le titre fantaisiste « La Cantine ». 1972 est également l'année où il se lance dans une série de concerts à l'Olympia. Cette initiative fut très critiquée par le "métier" car l'Olympia est alors le passage obligé pour tout artiste en quête de reconnaissance, et surtout parce qu'à l'époque, Carlos n'a encore enregistré aucun album (sa discographie ne compte alors que quelques 45 tours enregistrés entre 1969 et 1971). Aux yeux des puristes et des professionnels de la scène, cela lui enlève toute légitimité. Le pari était risqué, d'autant que la même année, Mike Brant, chanteur débutant soutenu par Dalida, avait obtenu un échec retentissant à l'Olympia. Toutefois, encouragé par Joe Dassin et Sylvie Vartan, Carlos passe outre les critiques. L'expérience de l'Olympia, bien que source de controverses, ne sera pas négative pour Carlos, qui comprend qu'il lui faut continuer sur d'autres scènes plus modestes. 1972 est aussi l'année de la disparition de l'un des maîtres de la chanson fantaisiste en France, Boby Lapointe, laissant un vide que Carlos allait, d'une certaine manière, contribuer à remplir.

Un répertoire festif et un succès grand public

Les années 1970 et 1980 consacrent Carlos comme l'un des fantaisistes préférés des Français. Son répertoire est enjoué et festif, avec souvent une connotation grivoise lubrique, comme les chansons « Le Tirelipimpon », « Papayou » ou « Big Bisou ». En 1973, il enregistre avec Joe Dassin, Alice Dona et Joëlle du groupe Il était une fois, l'album « Une journée de Monsieur Chose » et le titre « Tout nu, tout bronzé ». Cet album, l'un des premiers albums-concept en France, auquel participent notamment Sylvie Vartan et Joe Dassin, se classe également disque d’or. Il obtient d'autres disques d'or avec « Cocotte en papier » puis « Señor Météo ».

Les années suivantes imposent définitivement Carlos. Les années 1970 lui sont très heureuses, avec le succès de nombreuses chansons, la plupart demeurées célèbres, qui imprègnent la mémoire collective. Outre « Tout nu, tout bronzé » en 1973, on retient « Señor Météo » et « La Bamboula » en 1974, « Big bisou » en 1977, ainsi que « Rosalie » en 1978, une reprise de Georges Plonquitte. Son succès ne se limite pas à sa carrière solo, puisqu'il participe à un duo avec Alain Souchon, « On est foutus, on mange trop », en 1979. Cette période est également marquée par des événements personnels heureux : en 1970, Carlos rencontre Michelle Toussaint, dite « Mimi », qui sera sa compagne jusqu'à son décès. Ils se marient le 26 juin 1978 à Deauville, avec Sylvie Vartan et Johnny Hallyday comme témoins de mariage, témoignant de la solidité de leurs liens.

Le début des années 1980 apporte son lot de tristesse : en août 1980, Carlos est très affecté par le décès de son ami Joe Dassin. Le 15 mai 1982, il est de nouveau très éprouvé par la mort brutale de la chanteuse du groupe Il était une fois, Joëlle Mogensen, qui faisait partie de la « bande à Jojo » (les amis de Joe Dassin) et qui apparaissait régulièrement dans les émissions de variétés « Numéro un » de Maritie et Gilbert Carpentier, aux côtés de Jeane Manson, Chantal Goya, Sylvie Vartan et Jean-Claude Brialy. Malgré ces pertes, les années 1983 et 1984 sont consacrées à de longues tournées où il sillonne la France avec son équipe de musiciens, maintenant son lien étroit avec son public. Cette période montre un succès qui s’amoindrit légèrement dans la décennie suivante, d’autant que Carlos choisit de se consacrer également à la télévision et à la radio, élargissant son horizon médiatique.

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De la radio à la télévision : Le "gros nounours" du petit écran

L'image de Carlos, celle d'un barbu débonnaire et jovial, lui vaut très vite la reconnaissance du public, y compris enfantin. Carlos devient un habitué des émissions de divertissement à destination de la jeunesse. En dépit des sous-entendus sexuels très explicites de certains de ses textes, le public en culotte courte apprécie ce gros nounours en chemise hawaïenne avec une couronne de fleurs dans les cheveux. D'autant plus que le chanteur prête sa bonhomie à une campagne de publicité demeurée célèbre pour les boissons fruitées Oasis, pour laquelle il réécrit sa chanson « Rosalie ». D’un côté, il amuse les enfants avec ses apparitions dans « Récré A2 » ou même, à partir de 1985, avec sa propre émission « T'as l'bonjour d'Albert », une adaptation de la série télévisée d'animation américaine « Fat Albert and the Cosby Kids ».

De l’autre côté, il intègre l’équipe des « Grosses Têtes » de Philippe Bouvard, sur RTL, où ses prestations distraient une audience adulte. À partir des années 90, il participera par ailleurs à l’adaptation télévisuelle de la célèbre émission de radio, diffusée sur TF1. Son omniprésence dans le paysage audiovisuel français se renforce. De 1987 à 1996, il devient le parrain du « Club Dorothée », où il est régulièrement invité et interprète de nombreux duos avec son amie Dorothée. En octobre 1994, il devient l'égérie de la nouvelle collection presse des Éditions Atlas, « Le monde fabuleux des Contes », une série de VHS composée d'épisodes de la Toei Animation et de la Burbank Films Australia.

Malgré une actualité en dents-de-scie vers la fin des années 80 et pendant la décennie 90, Carlos continue d'occuper le paysage audiovisuel et musical français. Il parraine le parc d’attractions Mirapolis pendant quatre ans (1988-1992), un parc ouvert à Courdimanche à côté de Pontoise (Val-d'Oise), où il est présent tous les week-ends, même si le parc fait faillite en moins de cinq ans. En 1996, Carlos propose à AB Productions un projet de comédie musicale dans laquelle il doit jouer le rôle-titre, mais AB Productions refuse de la financer. Carlos incarne également à l’écran le rôle de Boris Corton, juge d’application des peines dans la série « Le JAP » diffusée sur TF1, prouvant ainsi son talent d'acteur. Par ailleurs, Carlos n’en oublie pas pour autant sa carrière de chanteur et multiplie les galas dans toute la France. En 1996, il obtient même de se voir adapté en dessin animé pour les besoins de la série « Les Aventures de Carlos », produite par Haïn Saban, le créateur des « Powers Rangers ». En 1985, il adapte la série télévisée d'animation américaine Fat Albert and the Cosby Kids qui devient T'as l'bonjour d'Albert. Il accompagne son ami l'humoriste Coluche dans la création des Restos du cœur, montrant son engagement pour des causes sociales.

Carlos et l'appel du large : Une passion pour le monde marin

Au-delà des projecteurs et des ondes, Carlos nourrissait une passion sincère et profonde pour la mer et ses mystères. Si son image publique est souvent associée aux rivages festifs et aux ambiances estivales, son attachement au monde marin allait bien au-delà, englobant une curiosité pour ses profondeurs et ses habitants. Cette affinité pour l'univers aquatique, qui suggère une inclinaison pour l'exploration sous-marine, s'est manifestée de diverses manières tout au long de sa vie. Son mode de vie, souvent lié à la Corse, où il a passé ses dernières années, renforçait cette image d'un homme épris des grands espaces marins, dont les profondeurs éveillaient sans doute une curiosité insatiable.

Cette passion fut notamment mise en lumière par sa participation active à la réalisation de films documentaires. De 2000 à 2007, il a réalisé des films documentaires de 52 minutes pour la série « Le Gros homme et la Mer », produite par Dominique Le Pivert (Grenade Productions), avec Jean-Pierre Daudet, pour les chaînes Odyssée et Voyage. Cette série était spécifiquement consacrée à la pêche au gros, illustrant une facette de son engagement avec la vie marine et le partage de son amour pour l'océan, ses forces et ses merveilles. À travers cette série, constituée de douze films, diffusée de 2000 à 2007, Carlos a partagé son affection pour l'environnement marin, offrant un aperçu de son admiration pour un environnement qu'il aimait explorer, même si les détails de sa pratique personnelle de la plongée sous-marine ne sont pas explicitement documentés dans les annales détaillées de sa carrière médiatique. Sa fascination pour le monde sous-marin, même exprimée à travers la pêche, témoigne d'une connexion profonde avec cet univers qui, pour beaucoup, est synonyme de calme, de beauté et de mystère. Ce grand amateur de single malt et de bonne chère, véritable bon vivant, appréciait ainsi les plaisirs simples et profonds, qu'ils soient terrestres ou marins.

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