L'Écho des Vagues : Plongée dans l'Univers du Chanteur Surf Folk et l'Héritage de la Surf Music

Le soleil chauffe votre peau, les glaçons du cock­tail rafraîchissent votre glotte, c’est l’été, vous êtes bien, légère brise sur les épaules, pieds dans le sable face aux vagues. Et cette musique entraî­nante en fond. Vous validez tout cela, mais êtes totale­ment étranger au surf rock ? Ou peut-être, avez-vous été captivé par les mélodies douces et introspectives d'un chanteur surf folk, sans connaître les vagues musicales qui l'ont précédé. C'est dans ce cadre idyllique que s'épanouit une scène musicale particulière, celle du chanteur surf folk, incarnant une « zen attitude » et une connexion profonde avec la nature.

L'Appel du Large et l'Âme du Surf Folk Contemporain : Jack Johnson et Ses Pairs

Au cœur de cette mouvance se trouve le phénomène du chanteur surf folk, souvent caractérisé par des mélodies apaisantes, des textes introspectifs et une ambiance qui mêle les sonorités country-rock à la zénitude hawaïenne et californienne. Jack Johnson en est l'un des plus illustres représentants. Son auteur est venu à la musique, par accident. Pourtant, son album "From Here to now to you", sorti en 2013, vaut vraiment le détour, offrant de belles mélodies et des textes introspectifs. Son dernier album, "All The Light Above It Too", sorti en 2017, est également à écouter, avec des titres folks mâtinés de guitares hawaïennes, rappelant ses origines. Ce disque a été enregistré grâce à l'énergie solaire, une initiative qui ne manquera pas de ravir ceux qui sont très attachés à la défense de la nature. Originaire d'Hawaï, Jack Johnson aurait pu connaître une carrière professionnelle de surfeur sans une grave blessure. Découvert et lancé par Ben Harper et son manager, ce beau gosse s'est révélé un fin compositeur de mélodies folk.

La fin des années 1990 et les années 2000 ont vu l'arrivée de cette génération aux envies de musiques cool. Ben Harper, figure emblématique du folk-blues, a des disciples sensibles aux valeurs "authentiques". Pour le chanteur californien, il existe une connexion évidente entre la musique et l'océan, entre jouer et essayer de flotter en communion avec cette énorme masse d'eau. Les jeux de glissements - slide - sur le manche de sa guitare Weissenborn peuvent évoquer une planche filant au creux des vagues. Apparu dans la première moitié des années 1990, en plein avènement du rap et des distorsions tourmentées du grunge, Ben Harper, d'origine afro-amérindienne, s'est fait connaître pour son attachement aux racines folk et blues, misant aussi sur la profondeur spirituelle du reggae et de la soul. À sa suite est apparue une génération de musiciens sensibles comme lui à des valeurs "authentiques" - chaleur acoustique ou électricité conviviale -, militants d'une "zen attitude" proclamant le respect d'autrui et de la nature.

Parmi les disciples de Ben Harper, plus ou moins conscients, on retrouve, outre Jack Johnson, Xavier Rudd, John Butler, Donavon Frankenreiter ou Jason Mraz. Ces artistes partagent souvent de belles petites gueules, une décontraction balnéaire et un goût prononcé pour le surf. Xavier Rudd, par exemple, est un autre excellent surfeur, l'Australien transporte sa guitare acoustique vers des sons plus novateurs, fortement influencés par la culture aborigène dont il s'est fait un ardent défenseur. Assez logiquement, on constate chez cette communauté aux allures néo-hippies, qui arborent le plus souvent des cheveux courts, une forte conscience écologique. Jason Mraz, dont l'album, assez jazz-pop, We Sing, We Dance, We Steal Things, connaît un succès surprise en France avec le tube I'm Yours, estime que surfer implique un respect envers Mère Nature, la conscience que l'homme ne lui est pas supérieur. À l'image de Ben Harper ou Jack Johnson militant pour des associations comme Oceania, nombre de ces chanteurs-surfeurs ont un engagement environnemental. Ces attitudes sont dans l'air du temps, et leurs musiques réconfortantes en période de crise. Jason Mraz affirme qu'en temps de crise, les gens comprennent mieux la superficialité du matérialisme et se tournent vers le spirituel ; le surf aspire à cela, et leur musique aussi. L'écrivain et réalisateur Alain Gardinier, spécialiste de la "surf culture", analyse que la guitare acoustique convient parfaitement à ce milieu : « Quand tu es sur la plage le soir autour d'un feu de camp, tu as tendance à préférer chanter une ballade que du hardcore. » Même en vivant loin des plages, comme le Canadien de Toronto Justin Nozuka, séducteur de 20 ans à la guitare en bandoulière, dont l'album folk-soul Holly et le single After Tonight connaissent un grand succès, on peut être sensible à l'aura et au mode de vie du guitariste californien. Justin Nozuka explique avoir commencé influencé par Michael Jackson et le R'n'B, mais que la découverte de Ben Harper a tout changé. Son feeling, son authenticité lui ont montré une autre voie. C'est via le surfeur-chanteur Jack Johnson qu'il a été initié à son univers.

João : Une Voix des Antilles à l'Île d'Oléron

Le mouvement du chanteur surf folk n'est pas confiné aux côtes californiennes ou hawaïennes ; il trouve également un écho singulier en France, notamment avec des artistes comme João. Né en Guadeloupe, élevé dans différentes îles des Antilles et résidant désormais sur l'Île d'Oléron, João partage sa vie entre ses deux passions : la musique et le surf. Ses compositions, empreintes de naturel et d'authenticité, tracent les contours d'un univers folk épuré bercé par une suave intensité qui doit beaucoup à sa voix pure aux teintes plurielles. Son premier single, 'Song Of Hope', est extrait de l'EP The Beginning Of The End sur le label Soulbeats Records, offrant une illustration contemporaine et localisée de ce genre musical qui continue d'évoluer et de s'enrichir de diverses influences géographiques et culturelles.

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Aux Racines de l'Hédonisme Californien : La Naissance du Surf Rock Instrumental

Les rapports entre rock et surf remontent au début des années 1960. La surf music est apparue en Californie à la fin des années 50. Pour en savoir plus sur ce courant musical, nous avons rencontré Max Maire, le batteur du groupe de Surf Music français Demon Vendetta. Avant tout, la surf music est une musique instrumentale, initiée par les Beach Boys, elle émerge via la culture teenage fin 50 début 60 en Californie. Le surf rock naît véritablement dans le sud de la Californie. C’est peu l’histoire d’un alignement des planètes au-dessus de la Californie. Une terre où la jeunesse américaine se prend à rêver d’un autre mode de vie que l’« American Way of Life » très conformiste. C’est la rencontre aussi du tout jeune rock’n’roll avec des influences instrumentales diverses. À l'époque, la surf music naît quand des surfeurs californiens montrent les films de leurs exploits dans des salles de la Côte Ouest, en demandant à des amis musiciens - Dick Dale, The Ventures - d'illustrer en direct leurs documentaires de rock instrumentaux. S’il y a bien un con­sen­sus, c’est qu’être debout sur sa planche du som­met d’une vague à son rouleau, c’est quand-même la classe. Dick Dale fait par­tie de cette cooli­tude au tout début des années soix­ante. Lui qu’on surnomme The King Of Surf Gui­tar va large­ment con­tribuer à mouler le genre. Il a été mis à l'honneur dans Pulp Fiction de Tarantino. La reprise d’une chan­son folk­lorique grecque par Dick Dale en 1962, « Misirlou », sera utilisée comme bombe explo­sive par Quentin Tarantino, le plus grand DJ du 7e art, dans son film Pulp Fiction. À l’instar des origines libano-polon­aises du gui­tariste, le surf rock lui aus­si vient d’ailleurs. La planche vient d’Hawaï, les sonorités d’Amérique du Sud et du Moyen-Orient.

Des pionniers malgré eux comme Link Wray, Santo & Johnny, ou encore Johnny Smith ont également marqué cette période. Link Wray figure dans le top 50 des 100 plus grands guitaristes sélectionnés par le magazine Rolling Stone. C’est d’ailleurs avec une reprise de Johnny Smith que The Ventures sera sur le devant de la nouvelle scène surf rock. Ils s’en sont défendus mais les Ventures ont clairement marqué l’histoire du rock instrumental et ouvert la voie à Dick Dale et au surf rock. Dick Dale, The Vultures, ou encore The Surfaris, avec le tube "Wipe Out", ont façonné l'âge d'or du surf rock, qui n’est pas fait que d’instrumental dans la première moitié des années 1960.

Un autre acteur majeur de cette période est Duane Eddy. Né en 1938, Duane Eddy se fait remarquer en tant que guitariste pour son jeu et sa customisation de Gibson Les Paul à laquelle il ajoute un vibrato - modèle qui n’en possède pas en temps normal. Il associe ainsi un son vibrant à sa guitare au son plutôt classique d’une guitare utilisée surtout dans le jazz. À la fin des années 50, Duane Eddy vient s’installer en Californie à la demande de son ami Lee Hazelwood, guitariste et producteur qui souhaite l’enregistrer. Johnny and the Hurricanes est un groupe américain de rock instrumental créé en 1957 autour de Johnny Paris, ajoutant une autre pierre à l'édifice de cette scène instrumentale vibrante.

La Pop des Vagues : Quand la Voix S'Ajoute aux Réverbérations

Dans la continuité du mouvement instrumental, certains sont venus donner de la voix pour accom­pa­gner des gui­tares et leurs réverbérations. Cela marque une évolution du genre vers des chansons plus pop, des chroniques de l'hédonisme californien. C’est le cas notam­ment du duo Jan & Dean. Un ADN do-woop mis au ser­vice du surf. Ils sortent "Surf City" en 1963.

Mais le groupe iconique de la surf music vocale reste indéniablement The Beach Boys. Les frangins Wil­son, le cousin et le pote ne sont absol­u­ment pas surfers, à l’exception de Den­nis. Cela ne les empêche pas de devenir les stars ultimes de la surf pop vocale, con­sacrant le mariage avec le do-woop. La bande des Wilson va enchaîner les hits, dépas­sant large­ment les fron­tières de la Cal­i­fornie. Ils seront même un temps rivaux directs des Bea­tles au nom de l’Oncle Sam. Les Beach Boys seront qua­si les seuls à résis­ter à la British Inva­sion dès 1964. Avant de devenir le groupe de rock ambitieux aux atours psychédéliques qu’on lui connaît, les Beach Boys ont participé à l’essor de la surf music, notamment avec l’album Surfin’ USA qui mettait l’accent sur des instrumentaux surf, une reprise de Dick Dale et une version impeccable de "Misirlou".

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La connexion avec Lee Hazelwood, déjà mentionné aux côtés de Duane Eddy, se retrouve aussi dans la carrière d'une "icône du cool" : Nancy Sinatra. Au cours des années 1970, Nancy Sinatra s’associe avec Lee Hazelwood qui est déjà le compositeur de plusieurs de ses tubes. En 1967, "You Only Live Twice", la chanson du générique d’entrée du film de James Bond, on ne vit que deux fois, témoigne d'une certaine intégration de ces sonorités et ambiances dans la culture populaire, bien que ce ne soit pas purement du surf rock.

L'Océan Global du Surf Rock : Diffusion et Influences Internationales

Le surf rock, malgré ses racines californiennes, ne s'est pas contenté de rester sur les plages du Pacifique américain. N’empêche que les graines sont récupérées par les vagues et nav­iguent dans les océans. La des­ti­nation ? À peu près chaque endroit où le surf existe. La surf music doit beau­coup à l’Amérique du Sud. Une terre où for­cé­ment, cette musique trou­ve un écho par­ti­c­uli­er. Une rib­am­belle de for­ma­tions va creuser son pro­pre sillon. On retrouve de la réverbération électrique dans à peu près chaque pays bordé par un océan.

En Australie, par exemple, le son surf a fait des émules, ce qui parle forcément au Pays d’Oz. Deux musiciens nés avec une guitare dans les mains, The Atlantics, ont eu un tube énorme en 1963 avec "Bombora", et ont eu un impact considérable sur la surf music australienne. Au Pérou, des groupes comme Los Saicos, formés en 1963, feront les belles heures du surf rock quelques années durant. Outre des balades remplies de mélancolies au bord de l’océan, ils sont aussi auteurs de morceaux plus funky. Même la Thaïlande a été touchée par cette vague musicale ; il suffit de jeter une oreille à la compilation “Shadow Music of Thaïlande” pour s'en convaincre. Cette diffusion planétaire témoigne de l'universalité de l'attrait pour le son des vagues et la liberté qu'il évoque.

Des Ressacs aux Revivals : La Résilience du Son Surf

Le surf rock n’aurait donc pas survécu à la deuxième par­tie des années soix­ante ? Une chute brusque de la hype est incon­testable­ment survenue, brisé sèchement par la déferlante rock britannique, le surf rock s’éteint à la fin des 60’s. Pour autant, plusieurs courants du rock puis­eront allé­grement cer­taines de ses saveurs. Après une période de creux, la musique surf revient dans les années 1980, électrisée par le punk et l'influence urbaine des skaters.

Une deuxième vague pour ainsi dire dès la fin des années 1970 a marqué un renouveau. The Cramps, avec leur rock­a­billy bien énervé, et B-52’s, avec une new wave aux accents surf sur cer­tains morceaux, en sont de bons exemples. Jon and The Nightriders, un groupe de Surf Music américain, est né pendant cette seconde vague de la surf music en 1979. Toujours dans cette idée de revival hybride, les Straitjackets sont réputés pour leurs concerts particulièrement barrés.

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Une vingtaine d’années plus tard, le troisième revival s'est produit. Au moment où Tarantino sort sa Palme d’Or, Pulp Fiction, de nou­veaux ten­ants reprennent le flam­beau à leur compte. Cette résurgence est notamment due au coup de pouce de Pulp Fiction qui remet le style au goût du jour. Après trois décen­nies d’intégration du surf rock à la cul­ture pop - de la gui­tare de James Bond aux mar­ques de fringues en pas­sant par la pro­fes­sion­nal­i­sa­tion du surf - le ciné­ma met les pro­jecteurs sur le milieu. Parmi les groupes de cette période, on trouve la science-fiction de Man or Astro-man ?, ou encore Susan and the Surftones, le groupe de Susan L. Le groupe Man or Astro-man ? est cité comme une influence majeure de ce renouveau. Une fois le XXIe siècle débuté, la sous-cul­ture du surf est large­ment devenue main­stream. La surf music elle, a con­nu plusieurs renais­sances, jusqu’à devenir une influ­ence sur nom­bre de groupes éti­quetés psyché ou garage. Sans en faire leur genre fétiche, on sent l’influence sur des for­ma­tions comme celle de La Luz, Mystic Braves ou encore Tijuana Panthers. L’un des plus con­nus serait cer­taine­ment The Growlers. Si le nouvel album de Ben Harper, accompagné d'un nouveau groupe, les Relentless7, révèle une tension plus électrique, la plupart de ces disques offrent de doux refuges aux âmes stressées, poursuivant l'héritage d'une musique réconfortante et authentique.

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