La voile, dont le terme provient du latin velum désignant un tissu protecteur, a transformé l’histoire maritime. Bien que les premiers navigateurs aient longtemps privilégié la rame ou le halage, l’exploitation du vent a ouvert les routes commerciales dès le cinquième millénaire avant notre ère. Parmi les héritages les plus fascinants de cette évolution, la voile au tiers occupe une place de choix, puisant ses racines dans l’antique voile carrée pour devenir l’emblème des pêcheurs du littoral atlantique.
Origines et implantation géographique
La voile au tiers provient à l’origine de la voile carrée. Pour comprendre son développement, il faut observer le golfe de Biscaye et son pourtour, où de nombreux historiens situent l’origine de ce gréement sur la côte basque. Ce système fut rapidement implanté sur les bateaux de navigation au large, notamment sur les modèles de traînières. La distribution géographique des différents types de voiles montre une nette spécialisation : si la Manche a vu une diversité de gréements, c’est bien la voile au tiers qui a marqué le golfe de Biscaye.
Les pêcheurs basques d’antan, naviguant avec leurs batel handia ou leurs bonites à pont étanche, utilisaient cette voile non seulement le long de leurs côtes, mais aussi jusqu’à la côte ouest de Terre-Neuve. Cette pratique a perduré avec vigueur jusqu’au second tiers du XXe siècle. Sa conception, caractérisée par un centre de voilure relativement bas et déplacé sur l’arrière, offrait une stabilité appréciable, bien que la manœuvre demande une expertise particulière, surtout lors des navigations près du vent.
Mécanique et fonctionnement de la voile au tiers
Le fonctionnement de la voile au tiers repose sur une adaptation technique astucieuse de la voile carrée. En décalant le point de suspension de la vergue du milieu vers le tiers avant de celle-ci, la chute avant est davantage tendue, ce qui facilite la marche au près.
Il existe deux grandes catégories de voiles au tiers :
Lire aussi: Maraîchage Sans Pesticides
- La voile au tiers amurée en abord ou sur l’étrave : Une bonne partie de sa surface est située sur l’avant du mât. Il est nécessaire de « gambeyer », c’est-à-dire faire passer la voile et sa vergue d’un côté du mât à l’autre à chaque virement de bord. C'est une manœuvre technique où la vergue est forcément « scandalisée » quand on lâche l’amure.
- La voile au tiers amurée à proximité du pied de mât : Ici, seule une faible surface se trouve en avant du mât, ce qui permet à la voile de rester en permanence du même côté. En anglais, des termes spécifiques désignent ces deux formes : « dipping lug » pour la première, et « standing lug » pour la deuxième.
La voile peut être à bordure libre ou équipée d’une bôme. Dans ce dernier cas, on parle de voile au tiers compensée, ou « balanced lug ». Si la bôme améliore l’efficacité, elle présente un risque pour les têtes de l’équipage et s'avère moins pratique pour les pêcheurs, contrairement à la bordure libre qui offre plus de liberté de mouvement.
La voile au tiers et le concept « voile-aviron »
Les bateaux de type « voile-aviron » sont destinés à naviguer de façon durable, tant à la voile qu’à la rame. Ce cahier des charges impose des fonctionnalités spécifiques : des gréements démontables, des voiles peu développées en hauteur et souvent divisées sur un ou plusieurs mâts. La voile au tiers répond parfaitement à ces besoins.
Sur ces petites unités, les mâts et espars sont de faible longueur, facilitant le transport routier ainsi que le rangement à bord lors de la marche à l’aviron. Contrairement aux gréements modernes à haut mât haubané, qui augmentent le fardage et rendent la progression face au vent très pénible, le gréement traditionnel permet une meilleure maniabilité. Des calculs de dynamique des fluides montrent que conserver un mât dressé lors de la nage est un frein sensible ; la simplicité de la voile au tiers, qui se pose sur les bancs une fois affalée, est un avantage majeur.
#
Lire aussi: Supports proposés pour les stages de voile
Lire aussi: Entreprise Radiée : La Voile Bleue