Julie Otsuka, lauréate du prix Femina étranger il y a dix ans pour Certaines n’avaient jamais vu la mer, revient avec La Ligne de nage, un roman bouleversant qui explore le grand âge et les ravages de la démence. À travers une écriture métaphorique et sensible, Otsuka nous plonge dans l'univers clos d'une piscine et dans l'intimité lacunaire d'Alice, une femme atteinte de démence.
Un microcosme aquatique : la piscine comme refuge
La première partie du roman se déroule dans une piscine en sous-sol, un lieu que les habitués appellent "là en bas". Cet espace clos et protégé, aux règles immuables et à la température constante, est un véritable sanctuaire pour une communauté hétéroclite de nageurs. Ils y viennent pour se libérer des fardeaux de "là-haut", trouvant réconfort et apaisement dans l'eau chlorée.
Alice, une vieille dame, fait partie de cette communauté de nageurs. Elle trouve un grand réconfort à venir "là en bas" faire ses longueurs. Comme le souligne un critique, "Nageurs et nageuses de cette piscine […] ne se connaissent qu’à travers leurs routines et petites manies, et les longueurs, encore, encore. Ils y viennent à heure fixe pour se libérer des fardeaux de « là-haut ». Alice, tout spécialement, trouve un grand réconfort dans sa ligne de nage".
L'auteure décrit avec une minutie d'anthropologue les petites manies des nageurs, les lignes de nage et le plaisir d'être dans l'eau. Ce chapitre initial marque un contraste saisissant entre la vie terrestre, avec ses contraintes et ses tracas, et la vie aquatique, libérée de tous soucis.
La fissure : métaphore de la dégénérescence
Un jour, une minuscule fissure apparaît au fond du bassin. Cette brisure, d'abord insignifiante, devient une source d'inquiétude et de spéculation pour les nageurs. D'où vient cette fissure ? Va-t-elle empirer, disparaître ou se multiplier ? Chacun réagit différemment, cherchant des explications parfois absurdes et innocentes.
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Cette fissure est une métaphore puissante de la déficience mentale qui affecte Alice. Comme l'explique un critique, "Puis se déclarent les mystérieuses fissures qui annoncent la fermeture de la piscine aussi certainement et définitivement que les fissures du cerveau d'Alice annoncent sa mort". La fermeture de la piscine, conséquence de la multiplication des fissures, symbolise la fin d'une époque pour Alice et le début de sa lente désagrégation.
Plongée dans l'intimité d'Alice : la démence dévoilée
La seconde partie du roman nous plonge dans l'intimité lacunaire d'Alice, atteinte de démence. Le récit passe alors à la deuxième personne, adoptant le point de vue de la fille d'Alice, une écrivaine d'une quarantaine d'années.
La fille essaie de trouver des solutions, cherchant une institution pour accueillir sa mère. Elle finit par trouver le Bellavista, un Ehpad de luxe à l'américaine. Le texte, empreint de mélancolie, explore cet espace hors du temps qu'est la fin de vie quand la mémoire s'échappe, et les difficiles relations entre une mère et sa fille.
Le roman explore la relation complexe entre Alice et sa fille, marquée par la culpabilité et le regret. L'auteure aborde avec pudeur et justesse la question de la vieillesse, de la perte de mémoire et de la difficile prise en charge des personnes âgées dépendantes.
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