La joute nautique, à la fois spectacle folklorique et compétition sportive, est un sport amateur dont les origines remontent à l'Antiquité. Les premières traces de joute nautique se trouvent dans l'Ancien Empire égyptien, davantage sous la forme de véritables rixes.
Origines et Histoire
Les jouteurs étaient munis de vraies armes et ne portaient pas de protection. En France, on retrouve les premiers témoignages de joute nautique en 1270 à Aigues-Mortes (Languedoc-Roussillon). Les témoignages se multiplient à partir du XVe siècle, et plus particulièrement sur le littoral méditerranéen. Les joutes nautiques connaissent un véritable essor au XVIe siècle. À cette époque, elles ont lieu lors de spectacles en l’honneur de dignitaires (roi, reine, membre de la cour) ou lors de grandes manifestations, et sont organisées sous formes de tournois. Ainsi, les archives évoquent des tournois de joutes nautiques le 13 avril 1507 à Lyon, en l’honneur de la reine Anne de Bretagne, en 1536 en l’honneur de François Ier et en 1548, pour Henri II et Catherine de Médicis. Le 13 septembre 1782, à Lyon, un tournoi de joutes a battu un record d’affluence (environ 100 000 personnes présentes pour y assister).
Les joutes nautiques sont pratiquées par des membres de travailleurs du fleuve. Au XIXe siècle, la corporation des mariniers s’institue en tant que groupe, afin de porter secours aux riverains lors de crues. En 1807, à Lyon, ils officialisent leur existence sous le nom de Société des Trente-Trois. À leur suite, de nombreuses sociétés de joutes sont créées en Rhône-Alpes : Saint Laurent sur Saône (1880), Givors (1886), Vernaison et Roanne (1887), La Mulatière (1891), Sablon-Serrière et le Pouzin (1896), Grigny (1898), Valence (1899), St Fons (1903). Toutes ces sociétés se rassemblent le 27 mars 1899 sous une Union fédérale des sociétés françaises de natation et de sauvetage. Cette dernière organise un premier championnat de France de Joutes Nautiques le 30 juin 1901, sur le lac de la Tête d’Or à Lyon.
En 1905, L’Union devient Fédération nationale des sociétés de natation et de sauvetage, et le 21 novembre 1908, dans la région lyonnaise est créée la Fédération des sociétés de sauvetage natation joute et sport nautique du Sud-est. Pourtant, la joute nautique n’est reconnue officiellement en tant que sport qu’en mars 1960. Quatre ans plus tard, le 22 novembre, un profond désaccord quant au développement de la joute comme sport scinde la Fédération, donnant naissance à la Fédération Française de Joute et Sauvetage Nautique (FFJSN), celle reconnue aujourd’hui depuis son agrément en avril 1971 par le secrétariat de la Jeunesse et des Sports.
Les Méthodes de Joutes
Chaque région a développé ses méthodes de joutes en fonction de son histoire et le long des fleuves. La fédération française de joutes et de sauvetage nautique reconnaît six méthodes : languedocienne, provençale, alsacienne, parisienne, lyonnaise et givordine.
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La Méthode Languedocienne
Dans la méthode languedocienne - la plus historique -, deux barques lourdes (une rouge et une bleue) sont propulsées par huit à dix rameurs et guidées par deux barreurs, appelés les "timoniers patrons". Les deux jouteurs sont placés sur une plate-forme (tintaine) à 3 m de l'eau. Au moment de l'assaut, les deux barques se frôlent par le côté droit pour permettre aux jouteurs de réaliser la passe. Armé d'une lance et d'un pavois (bouclier), le jouteur doit faire tomber son adversaire. Le principe de toute méthode de joute est de faire tomber son adversaire à l'eau dans le respect du règlement sportif.
Joutes Accoloises, Clamecycoises et Parisiennes
Les joutes Accoloises et Clamecycoises sont des méthodes traditionnelles aux règles identiques ; la joute parisienne est la méthode officielle de la ligue Nord Loire Picardie lors de championnats. Toutes trois, Joutes Accoloises, Clamecycoises et Parisiennes restent donc fortement similaires au niveau technique.
Dans les joutes Accoloises et Clamecycoises, les deux bateaux en bois portent des inscriptions : sur le bleu est écrit « Tu iras » et sur le rouge, « Toi aussi ». Parallèlement, les jouteurs rajoutent à leur tenue blanche une ceinture rouge qui pend sur la jambe gauche ou une bleue qui pend sur la jambe droite. En joutes Accoloises, les bateaux sont propulsés par deux percheurs ; en joutes Clamecycoises, ils sont propulsés par des rameurs. En joutes Parisiennes, il s’agit de bateaux à moteur. Enfin, en joutes Parisiennes, les jouteurs sont protégés par un plastron, ce qui n’est pas le cas en joutes Accoloises et Clamecycoises. Les joutes parisiennes sont une des seules à reconnaître la joute féminine au même titre que la masculine. Il existe ainsi des tournois, trophées et championnats féminins.
La Méthode Lyonnaise
Pratiquée sur des bateaux rouges et bleus à fond plats, ventrus, d'une dimension de 7m de long par 2 m de large sur la partie la plus arrondie des flancs, les jouteurs se maintiennent en fente avant, jambe droite en arrière, sur une plateforme de 2m20 de long sur 0m80 de large, appelée tabagnon. Ils sont munis sur le coté gauche d'un plastron , sorte de bouclier, en bois, carré, de 0m31, maintenu sur l'épaule par une lanière, avec en son centre un carré blanc dans lequel le jouteur adverse doit obligatoirement piquer sa lance. La grande puissance développée par le choc des lances au moment de l'affrontement a obligé, pour la sécurité des jouteurs, de placer des bourrons de protection le long des flancs des bateaux, et à substituer les rameurs, initiaux, par un moteur, afin que ces rameurs puissent participer à la protection des jouteurs en les rejetant à l'eau s'il s'averrait qu'ils tombent dans ou contre le bateau, mais la pratique à la rame a toujours lieu lors de manifestations festives. Dès la fin du printemps, de petits bateaux rouges et bleus peuplent le paysage du Rhône. C’est le début de la saison des joutes nautiques. Fortement implantée dans la région Rhône-Alpes, cette pratique, inscrite à l’Inventaire du patrimoine culturel immatériel de l’humanité en France depuis 2012, est un incontournable du culture locale.
Règles et Déroulement d'un Tournoi
Le tournoi consiste en l’affrontement de deux jouteurs sur l’eau, par catégorie (niveau, sexe et âge). Les deux bateaux sont des barques à fond plats, une rouge et une bleue. Aujourd’hui, elles sont à moteur. Sur ces deux bateaux prennent place quatre hommes dit « la repousse», dont la tâche est d’assurer la sécurité en évitant que le jouteur ne tombe dans le bateau lors de sa chute, un barreur dit « patron», et des jouteurs.
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Le premier jouteur à concourir s’installe sur le trinquet, petite plateforme à l’arrière du bateau, pied calé au taquet dans le coin gauche, la jambe gauche en arrière bien tendue et la jambe droite légèrement fléchie, pied droit dans l’angle droit du trinquet. Il est doté d’une lance et d’un plastron. Chaque jouteur doit pousser son adversaire à l’eau lorsque les bateaux se croisent à droite. Chaque confrontation se joue en trois passes, sauf en finale où elles se jouent en cinq passes. Certains cas sont soumis à des règles très strictes ; si les lances cassent, la passe est jugée nulle ; si les tampons des deux lances se rencontrent, la passe est annulée, elle doit être refaite ; si les bateaux sont calés par l’effort des jouteurs, c’est à dire que la force des jouteurs bloque les bateaux et empêche ainsi les jouteurs de tomber, la passe est jugée nulle également.
Les jouteurs s’éliminent ainsi au fur et à mesure de l’avancée du tournoi, le vainqueur étant celui resté debout. Le perdant est déclaré « mouillé ». C’est également le cas, s’il ne respecte pas un certain nombre de règles liées à sa tenue corporelle et son attitude. Le jouteur doit se tenir bien droit au moment de la passe, le bras droit tenant la lance vers l’adversaire, le bras gauche levé perpendiculairement au trinquet.
Équipement
- Bateau: Ce sont des barques à fond plat, bleues et rouges, à moteur, comportant un trinquet.
- Trinquet: C’est une petite plateforme, située à l’arrière du bateau, surélevée de 50 à 70 cm et dépassant le bateau d’environ 1 mètre.
- Plastron: Il s’agit d’un gilet fait en grosse toile et empli de crin, destiné à protéger le jouteur en amortissant le choc de la lance. Il s’attache sur la poitrine du jouteur, à l’aide de deux sangles passant dans son dos.
- Lance: Elle est en bois et mesure de 3,40 à 4 mètres suivant les catégories de jouteurs. Elle est « emboulée », c’est-à-dire qu’elle est dotée d’un tampon en cuir à son extrémité. Les poignées en son peintes sur 5 cm.
Catégories de Jouteurs
Ainsi, parmi les jouteurs se trouvent des hommes, des femmes et des enfants, avec des catégorisations spécifiques dépendantes de l’âge et du poids des pratiquants. Les jouteurs se distinguent selon dix catégories :
- Les minimes sont les enfants de 12 à 14 ans révolus.
- Les cadets, ceux ayant 16 ans dans l’année, se divisent en cadets légers, pesant jusqu’à 65 kg et cadets lourds, de plus de 65 kg.
- Les juniors auront 20 ans dans l’année et sont soit légers, jusqu’à 68 kg, soit lourds, plus de 68 kg.
- Les seniors ont tous plus de 20 ans : les légers pèsent jusqu’à 70 kg, les moyens jusqu’à 78 kg inclus, les mi- lourds jusqu’à 88 kg inclus, les lourds légers jusqu’à 100 kg inclus et les lourds plus de 100 kg.
Chez les femmes, il y a :
- Les juniors légères: elles ont 20 ans dans l’année et pèsent jusqu’à 65 kg.
- Juniors toutes catégories : elles ont 20 ans dans l’année et pèsent plus de 65 kg.
- Les seniors légères ont plus de 20 ans et pèsent moins de 68 kg.
- Les toutes catégories pèsent 68 kg et plus.
Tailles et poignées des lances selon les catégories :
- Pour les minimes, la lance mesure 3,40 mètres, d’un diamètre de 30 mm et à poignée blanche.
- Les cadets, les juniors féminines et seniors légères prennent une lance de 3,40 mètres, de diamètre 35 mm, à poignée verte.
- Les juniors masculins, les seniors légers, moyens et mi-lourds ont des lances de 4 mètres, d’un diamètre de 40 mm, à poignée jaune.
- Les seniors lourds-légers et lourds prennent une lance de 3,40 mètres, de diamètre 40 mm, à poignée noire.
Les Joutes à Paris
La pratique des joutes à Paris est, à l’instar des autres méthodes de joutes, très ancienne. L’une des rares sources mentionnant cette pratique fait état d’un grand spectacle donné en 1790 lors de la fête de la Fédération. Une autre rencontre de joutes aurait eu lieu à Paris dans la seconde moitié du XIXe siècle, à l’initiative d’un des frères Noël, célèbres jouteurs de Poissy, mais apparemment à sec sur la scène du Lido.
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Les joutes parisiennes se déroulent de juin à septembre, avec différents tournois et compétitions : trophées, coupe, challenge de l’amitié ou du souvenir.
Les Joutes en Bourgogne
En Bourgogne, à Accolay, des joutes sont organisées dès 1830. Dans cette région, la pratique de la joute vient des bateliers et mariniers du fleuve, qui s’affrontaient sur leurs bateaux de transport de bois. En effet, face à l’épuisement des forêts, les parisiens durent résoudre un problème d’approvisionnement en bois, nécessaire pour chauffer la capitale. Les forêts du Morvan, relativement proches, offraient des ressources intéressantes à exploiter ; le bois de ces forêts fut donc acheminé vers Paris par les fleuves et rivières jusqu’en 1923. Des trains de bois, immenses radeaux dirigés par des hommes appelés des « flotteurs», descendaient donc l’Yonne puis la seine jusqu’à la capitale.
À Clamecy, le règlement des joutes date de 1848 ; il est toujours en vigueur et appliqué aujourd’hui lors des championnats de Nièvre et de l’Yonne. Tous les 14 juillets, des joutes clamecycoises sont organisées, avec défilé et manifestations de toutes sortes ; à cette date, tous les ans, la société de joutes de Clamecy dépose une gerbe au pied du monument dédié aux flotteurs, pour honorer leur mémoire.
La FFJSN
La FFJSN regrouperait aujourd’hui plus de 81 sociétés de joutes, donc environ 40 situées le long du Rhône. Ces sociétés se distinguent en quatre ligues : Ligue Languedoc, Ligue Nord de Loire Picardie, Ligue Rhône Alpes, Ligue Provence Alpes Côte d’Azur.