L'histoire du chantier nautique Lucas est un récit passionnant qui entrelace l'aventure personnelle, la construction navale traditionnelle et le sauvetage en mer. Des projets individuels ambitieux aux navires construits pour la Société Nationale de Sauvetage en Mer (SNSM), le nom de Lucas est associé à la mer et à la construction navale depuis des décennies.
L'Aventure Personnelle de Lucas : La Construction de "La Vivacia"
Lucas, un jeune homme de 28 ans originaire de l'Est de la France, s'est lancé dans un projet audacieux : la construction d'un canot Voile-aviron en bois, qu'il a baptisé "La Vivacia". Sans compétences particulières en matière de navigation, mais fort d'une expérience de couvreur qui l'a conduit à découvrir la Bretagne et les bateaux, Lucas a décidé de se lancer dans cette aventure. Installé avec un atelier conséquent, il a entrepris la construction de son propre bateau, documentant les premières étapes de ce projet en vidéo. Ce projet témoigne de la passion et de la détermination d'un individu à réaliser son rêve de construction navale.
Le Canot de Sauvetage "Patron Aristide Lucas" : Un Héritage de Sauvetage en Mer
L'histoire du chantier nautique Lucas est également marquée par la construction du canot de sauvetage "Patron Aristide Lucas". Construit par les Chantiers Navals de Normandie, Lemaistre Frères à Fécamp, ce canot a été mis en service au Conquet en 1964, remplaçant le "Rigault de Genouilly".
Genèse et Construction du "Patron Aristide Lucas"
Le lancement du "Patron Aristide Lucas" a fait la une du journal "Le Progrès du Havre" en septembre 1963. Le canot, dont la silhouette rappelait le "Onésime-Frébourg" de Fécamp, était destiné à la station du Conquet. Avant sa livraison, une série d'essais a été effectuée sous le contrôle des ingénieurs du service de Surveillance de la Marine. Le bateau a été nommé en mémoire d'Aristide Lucas, patron du canot de sauvetage Nalie-Léon-Drouin, décédé en 1940.
Arrivée au Conquet et Caractéristiques Techniques
Le "Patron Aristide Lucas" est arrivé au Conquet en mai 1964, accueilli par une flottille de bateaux de pêche pavoisés. Ce canot de sauvetage en bois, insubmersible et auto-redresseur, mesurait 14,20 mètres de long et 4,12 mètres de large, avec un déplacement de 20 tonnes. Il était propulsé par deux moteurs Baudouin de 75 chevaux, lui permettant d'atteindre une vitesse de 9,5 nœuds. Il était également équipé d'un poste de radiotéléphonie PNQ11 de 32w.
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Modifications et Modernisation
Au fil des années, le "Patron Aristide Lucas" a subi plusieurs améliorations. En 1974, un radar a été installé, suivi de l'ajout d'un rouf sur le poste de pilotage. En 1983, une refonte complète a été effectuée à Saint-Malo, avec le remplacement du rouf par une timonerie en aluminium et verre, ainsi que l'installation de deux moteurs neufs Baudouin D6 106 de 140 cv chacun.
Anecdotes et Défis
L'histoire du "Patron Aristide Lucas" est également ponctuée d'anecdotes et de défis. En 1990, une panne de l'enrouleur de la porte de l'abri a immobilisé le canot pendant plusieurs semaines. En 1991, un safran s'est détaché lors d'une sortie, nécessitant l'intervention d'un plongeur pour le retrouver. En 1993, le chariot de lancement a déraillé, nécessitant l'intervention d'une grue pour le remettre en place.
Fin de Service et Transfert
En raison de l'état de dégradation de l'abri et du chariot de lancement, le comité local de la SNSM du Conquet a décidé en 1997 d'installer le "Patron Aristide Lucas" sur un corps-mort à l'abri de la digue Sainte-Barbe. Sa dernière intervention de sauvetage a eu lieu le 9 octobre 1998, pour une évacuation sanitaire à l'île Molène. Désarmé, il a été transféré au Cross-Corsen en avril 1999.
Héritage et Préservation
Aujourd'hui, le "Patron Aristide Lucas" est entretenu par d'anciens canotiers du Conquet, avec l'aide de la municipalité de Plouarzel. Ce navire emblématique témoigne de l'histoire du sauvetage en mer et de l'engagement des hommes et des femmes qui ont servi à son bord.
Autres Réalisations du Chantier Naval Croisicais
Le Chantier Naval Croisicais, mentionné dans l'histoire du "Patron Aristide Lucas", a également été impliqué dans d'autres projets notables :
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- L'Albert-Lucas : Un navire de recherche construit pour l'Institut Universitaire Européen de la Mer (IUEM) et le Parc Naturel Marin d'Iroise. Ce navire polyvalent de 11,50 mètres est équipé de matériel scientifique et peut embarquer jusqu'à huit passagers.
- Le Zachary : Un chalutier langoustinier de 13,80 mètres construit pour l'armateur Frédéric Lucas. Ce navire, conçu par Coprexma, est réalisé en polyester pour faciliter l'entretien et améliorer le confort des marins.
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