Introduction
Lorient, surnommée la "Ville aux cinq ports", est intimement liée à son histoire maritime. Fondée au XVIIe siècle grâce à l'essor de la Compagnie des Indes, elle a évolué au fil des siècles, passant d'un simple chantier naval à un centre névralgique de la construction maritime, de la pêche et de la course au large. Son histoire est jalonnée de constructions navales audacieuses, de périodes de prospérité et d'épreuves liées aux conflits mondiaux. Cet article explore l'histoire riche et complexe du chantier nautique de Lorient, des premiers navires de la Compagnie des Indes à la base de sous-marins de Keroman et à sa reconversion contemporaine.
Naissance de Lorient et le Soleil d'Orient
La ville de Lorient a une histoire relativement récente, intimement liée à la mer et à la construction navale. Le 31 août 1666 est communément considéré comme la date de naissance de Lorient, correspondant à l'acquisition par la Compagnie des Indes orientales des landes surplombant l'anse de Roshellec, située à la confluence du ruisseau du Faouëdic et de la rivière du Scorff.
En 1664, Louis XIV, sur les conseils de Colbert, crée la Compagnie des Indes Orientales pour développer le commerce avec l'Asie. Port-Louis est choisi pour accueillir la direction et les entrepôts de la compagnie. Cependant, le chantier naval nécessaire à la construction des navires est installé au bord du Scorff, au lieu-dit le Faouëdic.
Le premier navire à sortir de ce chantier est baptisé Soleil d'Orient. Les travailleurs de l'époque avaient l'habitude de dire : « On se rend à L'Orient », ce qui a fini par donner son nom à la ville. Le Soleil d'Orient était un vaisseau de 60 canons, mais il coula au large de Madagascar en novembre 1681.
Développement du Chantier Naval au XVIIe et XVIIIe Siècles
Denis Langlois, l’un des directeurs généraux de la Compagnie, est désigné pour la construction du chantier naval. Il choisit une petite anse qui échancre la presqu’île du Faouëdic, la baie de Roshellec. L’installation du chantier ne se fait pas sans difficultés car les terres visées par Denis Langlois appartiennent à une multitude de propriétaires. Les premières infrastructures de la Compagnie sont très sommaires : une cale, une cabane pour le maître charpentier et un hangar pour abriter les ateliers. En 1669, le chantier s’agrandit pour recevoir des locaux pour le directeur et les ouvriers, des magasins en 1670, des forges et une chapelle en 1671. En 1675, le chantier s’installe vraiment et l’on bâtit des installations en dur. En 1681, on rebâtit les locaux pour les ouvriers et le chantier dispose alors de deux cales et d’une fosse à mât au bord de la Prée aux vases. Un peu partout dans l’enclos, il y a des cabanes pour les familles. Il n’y a pas vraiment de séparation entre les infrastructures du chantier et les lieux de vie. L’expulsion des ouvriers et de leur famille de la zone du chantier, pour aller s’installer sur la lande aux alentours, provoque la naissance de la ville de Lorient.
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De 1730 à 1750, de grands travaux sont réalisés car le chantier n’est plus seulement un lieu de construction et d’armement de navires mais devient pour la Compagnie un établissement à vocation commercial. Des magasins et un hôtel des ventes sont construits. Un nouveau quai solide sur le Scorff et trois cales de lancement voient le jour. Après 1750, l’enclos est entièrement dédié à la construction et au commerce, la ville de Lorient est devenue une ville à part entière.
Jean Grasset était maître charpentier sous les ordres du directeur des charpentiers de la Compagnie Jean-Louis Hubac. En 1699, la Compagnie de l’Isle et Costes de Saint-Domingue veut comme la Compagnie des Indes Orientales établir un chantier de construction navale sur la rive droite du Scorff.
Les Chantiers Privés sur le Scorff
Plusieurs chantiers privés se développent également le long du Scorff, contribuant à l'essor de la construction navale dans la région.
- Louis Danet : Originaire de Séné, Louis Danet établit son chantier à Caudan en 1746. Il construit d'abord des gabares, puis la corvette Naïade. Son chantier produit un nombre important de navires de tonnage modeste, notamment les frégates Astrée, Cerf, Volant, Galatée et Saint-Charles. De 1746 à 1759, le chantier de Louis Danet livre 45 bâtiments.
- Les Jubin, Joseph Le Menu et Ollivier Collin : Ces constructeurs ont des cales à Caudan. Joseph Le Menu et consorts construisent des chaloupes et canots pour la Compagnie de 1745 à 1751. Ollivier Collin et consorts prennent le relais jusqu'en 1756. Pendant la guerre de Sept Ans, la société Collin construit deux chaloupes canonnières pour la défense du port.
- Les Frères Arnous : René et Nicolas Arnous, originaires de Nantes, achètent un terrain en amont de celui de la Compagnie en 1757. En 1761, ils obtiennent un marché pour la construction de chaloupes canonnières. Après des difficultés initiales, ils obtiennent l'autorisation de construire des navires de plus fort tonnage. Le chantier emploie alors 500 ouvriers. En 1794, Nicolas Arnous meurt et son chantier est réquisitionné.
- Nicolas Quinard : Un registre de l'Amirauté de Lorient de 1785 mentionne le chantier de Nicolas Quinard, constructeur de navires particuliers, situé près de la porte Royale de Lorient. Il y construit notamment le brick Le Crocodile.
La Base de Sous-Marins de Keroman : Un Tournant Sombre dans l'Histoire de Lorient
Au cours de la Seconde Guerre mondiale, Lorient est choisie par l'amiral Dönitz pour abriter une base de sous-marins de la Kriegsmarine en raison de sa position stratégique. La construction de la base de Keroman débute en 1941 et se poursuit rapidement grâce à une mobilisation massive de main-d'œuvre, y compris des travailleurs étrangers.
- Construction et Organisation : La base de Keroman se compose de plusieurs blocs (K1, K2, K3, K4) et peut abriter une trentaine de sous-marins. Elle est la seule base sur la façade Atlantique capable d'accueillir les sous-marins ultra-modernes de type XXI. Pour assurer la disponibilité de la main-d'œuvre, l'Organisation Todt réquisitionne des travailleurs et met en place des camps d'hébergement.
- Lorient sous les Bombardements : La construction de la base fait de Lorient une cible prioritaire pour les Alliés. La ville subit des bombardements massifs en 1943, qui la détruisent presque entièrement. Les habitants sont évacués, mais la base de sous-marins reste intacte et continue de fonctionner.
- Résistance et Libération : Malgré l'occupation allemande, des résistants, comme Jacques Stosskopf, fournissent des informations précieuses aux Alliés. Après la Libération, la base de Lorient reste une poche de résistance allemande jusqu'en mai 1945.
L'Après-Guerre et la Reconversion de la Base de Keroman
Après la reddition de la poche de Lorient, la Marine nationale française investit la base de Keroman, qui est utilisée pour les sous-marins français pendant 52 ans. En 1997, la Marine française quitte définitivement le site, ouvrant la voie à sa reconversion.
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La base de sous-marins de Keroman est rebaptisée "Lorient La Base" et devient un pôle économique, historique, touristique et nautique majeur. Les bunkers sont réaménagés pour accueillir des entreprises du secteur nautique.
Lorient La Base : Un Pôle de Course au Large et d'Innovation Maritime
Aujourd'hui, Lorient La Base est reconnue internationalement comme l'un des plus grands pôles de course au large. Elle accueille régulièrement des événements de voile et regroupe des infrastructures de pointe, des entreprises spécialisées et des équipes professionnelles et amatrices.
- La Cité de la Voile Éric Tabarly : Ce musée interactif est un point central de Lorient La Base, offrant une découverte ludique de la voile.
- Un Écosystème Nautique Dynamique : Lorient La Base concentre une part importante des activités liées au nautisme en France, avec de nombreuses entreprises et emplois dans le secteur.
Héritage et Perspectives
L'histoire du chantier nautique de Lorient est une illustration de la capacité d'une ville à se réinventer et à tirer parti de son héritage maritime. Des premiers navires de la Compagnie des Indes à la base de sous-marins et à sa reconversion contemporaine, Lorient a toujours été un lieu d'innovation et d'expertise dans le domaine maritime. Lorient La Base est aujourd'hui un symbole de cette transformation réussie, un lieu où l'histoire rencontre l'avenir de la voile et des technologies maritimes.
Conclusion
Le chantier nautique de Lorient a joué un rôle déterminant dans l'histoire de la ville, façonnant son identité et contribuant à son développement économique. Des premiers navires de commerce aux sous-marins de la Seconde Guerre mondiale et aux voiliers de course modernes, Lorient a toujours été à la pointe de l'innovation maritime. La reconversion réussie de la base de Keroman en un pôle de course au large de renommée internationale témoigne de la capacité de Lorient à s'adapter aux défis du temps et à rester un acteur majeur du monde maritime.
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