La question de savoir si les joueuses de football devraient être autorisées à porter le hijab sur le terrain est un sujet de débat passionné en France et dans le monde entier. En France, le Conseil d'État a été saisi de cette question après un recours du collectif "Les Hijabeuses" contre la Fédération Française de Football (FFF), qui interdit le port de signes religieux ostensibles, y compris le hijab, lors des compétitions officielles. Cette interdiction est inscrite à l'article 1 du règlement de la FFF, qui proscrit « tout port de signe ou tenue manifestant ostensiblement une appartenance politique, philosophique, religieuse ou syndicale ».
Les arguments en faveur du port du voile
Le collectif "Les Hijabeuses" soutient que l'interdiction du port du hijab est discriminatoire et viole la liberté religieuse. Elles affirment que leur combat n'est pas politique ou religieux, mais qu'il concerne uniquement le sport. Founé Diawara, présidente du collectif, a déclaré : « Tout ce qu'on veut, c'est jouer au football. Il y a des femmes qui chaque week-end sont exclues des terrains parce qu'elles portent un voile ».
Le rapporteur public du Conseil d'État, Clément Malverti, a également exprimé un avis favorable au collectif, recommandant l'annulation de l'article 1 du règlement de la FFF. Il a estimé que si la question pouvait se poser pour les joueuses sélectionnées en équipe de France, elle était « autrement plus discutable » pour les autres joueuses licenciées de la FFF. Il a souligné que la FFF dispose d'un « monopole » sur l'organisation des compétitions et que l'interdiction du port du voile exclut de facto les joueuses qui souhaitent le porter.
Au niveau international, la FIFA a levé son interdiction du port du voile en 2014, autorisant ainsi les joueuses à porter le hijab lors des compétitions internationales. De nombreuses fédérations sportives, telles que celles de basket-ball, de rugby, de handball et de judo, autorisent également le port du voile, sous certaines conditions.
Les arguments contre le port du voile
La FFF justifie son interdiction du port du voile par la nécessité de garantir la neutralité du sport et de prévenir toute forme de prosélytisme religieux. L'avocat de la FFF, Me Loïc Poupot, a déclaré que « ce qui est recherché, c'est l'importation dans le football de revendications communautaires », ce qui constitue une atteinte « au vivre ensemble ».
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Certains hommes politiques, notamment au Rassemblement National, dénoncent également le port du voile comme une forme d'entrisme de l'islam radical. Laurent Jacobelli a déclaré : « Je crois que rien n'est neutre, ni l'école, ni le sport, ni la vie en communauté. Il faut arrêter d'être naïf. Très souvent, c'est une façon de revendiquer quelque chose, lorsque l'on porte ce type de tenue. C'est pareil avec l'abaya à l'école ».
Le Conseil d'État, dans sa décision du 29 juin 2023, a confirmé l'interdiction du port du voile par la FFF, en distinguant toutefois les agents de la FFF et les personnes sur lesquelles elle exerce une autorité hiérarchique, qui sont soumis au principe de neutralité du service public, des autres licenciés, pour lesquels la FFF peut limiter la liberté d'expression afin d'assurer le bon déroulement des matchs et la sécurité des joueurs.
Le port du voile dans d'autres sports
La question du port du voile se pose également dans d'autres sports. La Fédération Française de Basket-Ball (FFBB) interdit le port de tout couvre-chef pendant les rencontres, ce qui empêche de facto les joueuses de porter le hijab. En revanche, les joueuses de rugby sont autorisées à porter le hijab, à condition qu'il ne constitue pas un danger pour elles-mêmes ou pour les autres joueuses. Aucune restriction n'est imposée pour le handball, à condition que le voile ne soit pas porté autour du cou pour des raisons de sécurité. La Fédération Française de Tennis demande simplement le port de « vêtements compatibles avec la pratique » de ce sport. Le judo tolère également le port du voile.
Les réactions politiques
L'avis du rapporteur public du Conseil d'État a suscité de nombreuses réactions politiques. Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, s'est dit « très opposé » au port du hijab en compétition, estimant qu'« on n'a pas à porter des vêtements religieux quand on fait du sport ». La Première ministre, Élisabeth Borne, a déclaré que le gouvernement était « totalement mobilisé » pour le respect des principes républicains dans le sport, en particulier la laïcité et la neutralité du service public. La ministre des Sports, Amélie Oudéa-Castéra, a indiqué qu'elle n'excluait pas une « évolution du droit » sur cette question.
Le Sénat a voté en février 2023 en faveur d'un texte interdisant le port de signes religieux dans les compétitions sportives, mais ce texte a suscité des réserves de la part de la ministre des Sports et a été critiqué par certains spécialistes de la laïcité, qui y voient un dévoiement de la loi de 1905.
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Nouhaila Benzina, une pionnière
Dans ce contexte de débat passionné, la joueuse marocaine Nouhaila Benzina est entrée dans l'histoire en devenant la première joueuse voilée à disputer un match de Coupe du Monde féminine, lors du match opposant le Maroc à la Corée du Sud le 30 juillet 2023. Cette participation a été rendue possible grâce à la levée de l'interdiction du port du voile par la FIFA en 2014.
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