Port du voile dans le football féminin : un règlement controversé

La question du port du voile islamique, ou hijab, dans le football féminin est un sujet brûlant en France, opposant des principes de laïcité à la liberté religieuse et à l'inclusion. Le règlement actuel de la Fédération Française de Football (FFF) interdit le port de signes religieux ostentatoires, ce qui, de facto, empêche les joueuses de porter le hijab lors des compétitions officielles. Cette interdiction est au cœur d'une bataille juridique menée par les Hijabeuses, un collectif de jeunes footballeuses qui revendiquent le droit de jouer voilées.

Genèse d'une polémique : l'article 1 de la FFF

Le litige trouve son origine dans l'article 1 des statuts de la FFF, qui proscrit « tout port de signe ou tenue manifestant ostensiblement une appartenance politique, philosophique, religieuse ou syndicale ». Cette disposition, en vigueur depuis 2016, est interprétée comme interdisant le port du hijab lors des compétitions officielles organisées par la FFF.

Cette interdiction a suscité une vive controverse, alimentée par des arguments passionnés de part et d'autre. Les partisans de l'interdiction mettent en avant le principe de neutralité et de laïcité, considérant que le port du voile est une manifestation ostentatoire d'appartenance religieuse incompatible avec l'esprit du sport. Ils craignent également que le port du voile ne soit utilisé comme un outil de prosélytisme ou de communautarisme.

À l'inverse, les défenseurs du droit de porter le voile soulignent que l'interdiction est discriminatoire et porte atteinte à la liberté religieuse des joueuses. Ils estiment que le port du voile est un choix personnel qui ne devrait pas être une barrière à la pratique du sport. Ils font également valoir que de nombreuses fédérations internationales, dont la FIFA, autorisent le port du voile en compétition, ce qui place la France dans une position d'exception.

Bataille juridique : des tribunaux français à la CEDH

Face à l'impasse, les Hijabeuses ont engagé une action en justice pour contester l'interdiction du port du voile. Après un revers devant le Conseil d'État, la plus haute juridiction administrative française, le collectif a saisi la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH).

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Le Conseil d'État maintient l'interdiction

Le 29 juin 2023, le Conseil d'État a confirmé la validité de l'interdiction du port du voile dans les compétitions officielles de football. La haute juridiction a estimé que cette interdiction était « adaptée et proportionnée » au regard du « principe de neutralité et de laïcité » et qu'elle était nécessaire pour assurer le bon déroulement des matchs et prévenir tout affrontement ou confrontation sans lien avec le sport.

Recours devant la CEDH : une affaire en cours

Déterminées à faire valoir leurs droits, les Hijabeuses ont déposé une requête devant la CEDH en octobre 2023. Elles se plaignent d'une violation des articles 8 et 9 de la Convention européenne des droits de l'homme, relatifs à la liberté de pensée, de conscience et de religion, ainsi que de l'article 14, qui interdit toute discrimination. La CEDH a accepté d'examiner le recours, une étape importante dans cette affaire.

L'avocate des Hijabeuses, Maître Marion Ogier, souligne que « ce qui se joue, c'est de savoir si le port d'un hijab conçu pour la pratique du sport est susceptible de troubler le déroulement des compétitions sportives ». Elle met en avant le fait qu'une telle interdiction n'existe qu'en France, ce qui constitue une exception en contradiction avec les règlements de nombreuses fédérations internationales.

Plusieurs organisations, dont Amnesty International, se sont jointes à la procédure devant la CEDH en tant que tierces parties pour soutenir la requête des Hijabeuses. Amnesty International a notamment souligné que l'interdiction du port du voile dans le sport est discriminatoire et doit être annulée.

De son côté, le Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ), une association conservatrice, a également été autorisé à intervenir dans le dossier. L'ECLJ dénonce une « stratégie (des Hijabeuses) de ''pyromane social'' troublant l'ordre public » et met en cause le financement de l'association Alliance citoyenne, qui soutient les Hijabeuses, par le réseau de fondations du milliardaire américain George Soros.

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Le Défenseur des droits a également été saisi de cette affaire et a formulé des observations devant la CEDH.

La position du gouvernement français

Le gouvernement français, dans ses observations à la CEDH, défend la validité de l'interdiction du port du voile. Il estime que « l'interdiction par la FFF du port de signe manifestant ostensiblement une religion, lors des compétitions qu'elle organise, répond aux buts légitimes de la protection de l'ordre public ainsi que de la protection des droits et libertés d'autrui qu'impliquent la sauvegarde des valeurs laïques et démocratiques ». Le gouvernement demande à la CEDH de déclarer les requêtes des Hijabeuses irrecevables.

L'avocate des Hijabeuses critique l'argumentaire du gouvernement, soulignant « la grande hypocrisie du gouvernement qui affirme devant la CEDH que l'interdiction est proportionnée, parce qu'elle ne s'applique qu'au football, et qui va prochainement soutenir une proposition de loi qui entend étendre cette interdiction à tous les sports ».

Vers une loi interdisant le port du voile dans tous les sports ?

La polémique autour du port du voile dans le football féminin a relancé le débat sur la laïcité dans le sport en général. Une proposition de loi « visant à assurer le respect du principe de laïcité dans le sport » est actuellement en discussion au Parlement.

Une proposition de loi controversée

Cette proposition de loi, portée par le sénateur Michel Savin (LR), vise à interdire le port de signes religieux ostentatoires lors des compétitions sportives organisées par les fédérations sportives, leurs ligues professionnelles et leurs associations affiliées. Le texte interdit également tout détournement de l'usage d'un équipement sportif mis à disposition par une collectivité territoriale en vue de la pratique sportive et impose le respect des principes de neutralité et de laïcité dans les piscines.

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La proposition de loi a été adoptée par le Sénat et est en cours d'examen à l'Assemblée nationale. Elle suscite de vives réactions, tant chez les sportifs que chez les politiques.

Des réactions partagées

Certains sportifs, comme le judoka Teddy Riner, estiment qu'il ne faut pas « s'acharner sur une seule et même religion » et qu'il faut « penser plus à l'égalité ». D'autres, comme l'ancien champion du monde de boxe Mahyar Monshipour, se disent favorables à l'interdiction du port du voile, considérant qu'il est un signe d'oppression des femmes.

Au sein du gouvernement, les avis sont également partagés. La ministre des Sports, Marie Barsacq, a exprimé des réserves quant à la proposition de loi, tandis que le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, s'est dit « très opposé » au port du hijab en compétition.

Face à ces divisions, la Première ministre, Élisabeth Borne, a affirmé que le gouvernement est « totalement mobilisé » pour le respect des principes républicains dans le sport, en particulier la laïcité et la neutralité du service public.

Quelle est la règle actuelle ?

En l'absence d'une loi spécifique, ce sont les fédérations sportives qui décident de leur règlement pour les différentes compétitions qu'elles organisent. Il n'y a donc pas d'uniformisation entre toutes les fédérations sportives en France.

Par exemple, le football interdit le port du voile en compétition, tandis que le handball ou l'athlétisme l'autorisent. De nombreuses fédérations internationales, comme la FIFA, autorisent également le port du voile.

Le ministère des Sports a poussé les fédérations nationales à modifier les règles, mais toutes n'ont pas adopté ce mouvement.

Les arguments pour et contre l'interdiction du port du voile

Les arguments pour et contre l'interdiction du port du voile dans le sport sont complexes et touchent à des questions fondamentales de société.

Arguments en faveur de l'interdiction

  • La neutralité du service public : Le sport, en particulier lorsqu'il est organisé par des fédérations délégataires d'un service public, doit être un espace neutre où toutes les personnes sont traitées de la même manière, sans distinction de religion, d'origine ou d'opinion.
  • La laïcité : Le port de signes religieux ostentatoires est contraire au principe de laïcité, qui garantit la liberté de conscience et l'égalité de tous devant la loi.
  • La sécurité : Le port du voile peut être un obstacle à la pratique du sport et peut présenter un risque pour la sécurité des joueuses.
  • La lutte contre le communautarisme : L'interdiction du port du voile est un moyen de lutter contre le communautarisme et les revendications identitaires qui peuvent diviser la société.

Arguments contre l'interdiction

  • La liberté religieuse : Le port du voile est une expression de la liberté religieuse, un droit fondamental garanti par la Constitution et les conventions internationales.
  • La non-discrimination : L'interdiction du port du voile est discriminatoire à l'égard des femmes musulmanes qui souhaitent pratiquer le sport.
  • L'inclusion : Le sport doit être un espace inclusif où toutes les personnes, quelles que soient leurs convictions religieuses, peuvent s'épanouir.
  • L'autonomie des fédérations : Les fédérations sportives doivent être autonomes dans la gestion de leurs affaires et ne doivent pas être soumises à des pressions politiques.

Le port du voile dans d'autres sports

La question du port du voile ne se pose pas uniquement dans le football. Dans d'autres sports, les règles sont différentes.

  • Basket-ball : La Fédération française de basket (FFBB) interdit le port de tout couvre-chef pendant les rencontres, ce qui empêche de facto le port du voile.
  • Rugby : Les joueuses de rugby ont le droit de porter le hijab au cours des rencontres « à condition qu’il ne constitue pas un danger pour celle qui le porte ou les autres joueuses ».
  • Handball : Aucune restriction pour le handball, à condition que le voile ne soit pas porté autour du cou pour des raisons de sécurité.
  • Tennis : La fédération française de tennis demande simplement le port de « vêtements compatibles avec la pratique » de ce sport.
  • Judo : Le judo tolère le port du voile.

Au niveau international, la plupart des fédérations autorisent le port du voile, notamment la FIFA et la fédération internationale de basket. Les athlètes alignés aux Jeux olympiques peuvent également concourir avec un hijab.

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