L'image est instantanée : le soleil chauffe la peau, les glaçons d'un cocktail rafraîchissent la gorge, c'est l'été, la brise légère sur les épaules, les pieds dans le sable face aux vagues. Et en fond, cette musique entraînante. Cette ambiance idyllique est indissociable du surf rock, un genre musical dont les racines plongent dans la Californie des années 1950 et qui, malgré plusieurs cycles de popularité, continue d'influencer la scène musicale contemporaine, trouvant de nouvelles résonances bien au-delà de ses origines. Ce style de musique, caractérisé par des mélodies accrocheuses, des guitares vibrantes et un son réverbéré, évoque l'atmosphère décontractée de la plage et l'esprit d'aventure lié à la glisse. Bien que né en tant que bande-son de la culture surf, le surf rock a su traverser les décennies, se métamorphoser et inspirer une multitude d'artistes à travers le monde, y compris en France, jusqu'aux jeunes années du XXIe siècle et au-delà.
Les Origines Californiennes : Naissance d'un Son Mythique
Le surf rock est né véritablement dans le sud de la Californie à la fin des années 50, sous l'impulsion de pionniers. Il constitue une musique instrumentale, initiée par la culture adolescente de l'époque. C'est l'histoire d'un alignement des planètes au-dessus de la Californie, une terre où la jeunesse américaine se prend à rêver d'un autre mode de vie que l'« American Way of Life » très conformiste. C'est également la rencontre du tout jeune rock'n'roll avec des influences instrumentales diverses. Parmi les figures emblématiques de cette genèse, Dick Dale, surnommé « The King Of Surf Guitar », a largement contribué à mouler le genre. Sa musique, influencée par ses origines libano-polonaises, intègre des sonorités d'Amérique du Sud et du Moyen-Orient, forgeant ainsi un son distinctif. Un de ses tubes est d'ailleurs considéré comme le premier morceau surf, la base : une reprise d'une chanson folklorique grecque de 1962, que Quentin Tarantino, le « plus grand DJ du 7e art », n'hésitera pas à utiliser comme bombe explosive dans son film « Pulp Fiction ». Dick Dale et son groupe, les Del-Tones, sont considérés comme les pionniers du surf rock, célèbres pour leur son de guitare unique et leur musique énergique.
D'autres pionniers, parfois malgré eux, ont également marqué les prémices du genre. On pense à Link Wray et son morceau "Rumble", Santo & Johnny, ou encore Johnny Smith. C'est d'ailleurs avec une reprise de ce dernier que The Ventures se retrouveront sur le devant de la nouvelle scène surf rock. Ce groupe instrumental, formé dans les années 1960 à Washington, a clairement marqué l'histoire du rock instrumental et ouvert la voie à Dick Dale et au surf rock. Connus pour leurs morceaux entraînants et leur son caractéristique, ils ont marqué l'histoire de la musique avec des hits comme « Walk Don’t Run » et « Perfidia ». Ces musiciens de Los Angeles, arrivés en 1962, ont pris la vague lancée par Dick Dale et l'ont surfée avec une aisance déconcertante.
L'Âge d'Or : Entre Réverbérations Instrumentales et Harmonies Vocales
L'âge d'or du surf rock, dans la première moitié des années 1960, n'était pas uniquement instrumental. Si des groupes comme The Surfaris et leur tube emblématique « Wipe Out », The Chantays avec « Pipeline », Les Trashmen et leur « Surfin’ Bird » déjanté, Les Bel-Airs, Les Lively Ones ou Les Pyramids avec « Penetration », ainsi que Les Revels, ont défini le son réverbéré et les mélodies accrocheuses du surf instrumental, d'autres formations ont choisi d'y ajouter des voix, consacrant ainsi le mariage avec le do-woop.
Les Beach Boys incarnent le groupe iconique de la surf music vocale. Composé des frères Wilson, du cousin et d'un ami, ce groupe californien est l'un des plus emblématiques du genre. Bien que, à l'exception de Dennis, ils ne soient absolument pas surfeurs, cela ne les a pas empêchés de devenir les stars ultimes de la surf pop vocale. Avant de devenir le groupe de rock ambitieux aux atours psychédéliques qu'on lui connaît, les Beach Boys ont participé à l’essor de la surf music, notamment avec l’album « Surfin’ USA » qui mettait l’accent sur des instrumentaux surf, une reprise de Dick Dale et une version impeccable de « Misirlou ». La bande des Wilson va enchaîner les hits, dépassant largement les frontières de la Californie, et sera même un temps rivale directe des Beatles au nom de l'Oncle Sam. Ils seront quasi les seuls à résister à la British Invasion dès 1964.
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Le duo Jan & Dean est un autre exemple de cette fusion du do-woop et du surf. Riches, blonds, bronzés, Jan & Dean chantent le monoï, les filles et la plage. Ils sortent « Surf City » en 1963, apportant une dimension lyrique et narrative aux thèmes chers à la culture surf. Ces groupes ont façonné le paysage sonore des années 60, créant une bande-son ensoleillée et insouciante pour toute une génération.
La Diffusion Mondiale : L'Exemple Singulier des "Surfs" de Madagascar
Le surf rock, bien que né en Californie, ne s'est pas limité à ses plages d'origine. Les graines de ce genre musical ont été récupérées par les vagues et ont navigué dans les océans, atteignant à peu près chaque endroit où le surf existe. Le Pays d'Oz, l'Australie, a vu des musiciens comme les Atlantics, avec leur tube énorme « Bombora » en 1963, avoir un impact considérable sur la surf music australienne. L'Amérique du Sud, une terre où cette musique trouve un écho particulier, a également vu une ribambelle de formations creuser son propre sillon, avec de la réverbération électrique dans à peu près chaque pays bordé par un océan. Au Pérou, par exemple, des groupes formés en 1963 ont fait les belles heures du surf rock, proposant des balades mélancoliques au bord de l'océan, mais aussi des morceaux plus funky.
Cependant, l'un des exemples les plus fascinants de la diffusion mondiale du surf rock nous vient de Madagascar : Les Surfs. Ce groupe malgache originaire d'Antananarivo fut l'un des très rares groupes d'adolescents à accéder à la postérité dans le milieu de la musique francophone des années 60, mais aussi bien au-delà. Composé de six enfants issus d'une famille de douze, les Rabaraona, Les Surfs voient le jour en tant que groupe en 1959, d'abord sous le nom de Rabaraona Frères et Sœurs, puis celui des Béryls. Monique, Coco, Pat, Dave, Rocky et Nicole Rabaraona commencent leur carrière très jeunes, en s'inspirant du style des Platters, version CM1. Formation tenant à la fois du chœur de gospel et des chanteurs de jazz, les Béryls voient leur carrière débuter véritablement avec l'indépendance de l'île de Madagascar en 1960. À l'occasion des célébrations fêtant l'autonomie de l'île, ils entament une grande tournée au côté d'autres vedettes locales comme Henry Ratsimbazafy. Mignons, bien éduqués et souriants, ces six enfants touchent le cœur du public malgache car ils représentent la nouvelle génération, porteuse des espoirs d'un pays désormais décolonisé.
En 1963, avec deux reprises des grands tubes des Platters, « Only You » et « The Great Pretender », ils remportent un concours de chanson organisé par une radio locale, ce qui leur permet de représenter leur pays à Paris en septembre de la même année, lors du concert d'inauguration de la deuxième chaîne de l'ORTF, future Antenne 2. Applaudis par le public français devant des milliers de spectateurs, ils sont contactés par Roger Marouani, du label Festival, qui décide de les produire. Mais le nom de Béryls n'étant pas assez vendeur, il décide de rebaptiser le sextet, qui devient ainsi Les Surfs. Ils sortent leur premier disque en décembre de la même année. Le tube « Reviens vite et oublie », une adaptation française de « Be My Baby » des Ronettes, se classe en tête des hit-parades français, espagnol et mexicain, pendant plus de trois mois.
Coachés par Marouani, Les Surfs entament une tournée en première partie de Sheila, puis sur le reste du Vieux Continent où les prestations de ces six ados propres sur eux attirent le public et les bravos. En 1964, Les Surfs se produisent à l'Olympia de Paris et sont proclamés Révélation française de l'année. Ils sont alors présents dans tous les grands festivals de l'époque, à l'instar du Festival International de Sanremo et du Festival de Montreux. Leur popularité est telle qu'ils ont joué devant Mobutu et Rainier III de Monaco, caracolant en tête des hit-parades en France, au Canada et, bien sûr, dans leur pays natal, Madagascar, au cours des quelques années de leur brève carrière. En raison de leur popularité internationale, le groupe revisite la plupart de ses tubes en anglais, en allemand, en italien et en espagnol.
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Si l'Europe Occidentale accueille Les Surfs à bras ouverts, c'est aussi très vite le cas de sa sœur ennemie derrière le rideau de fer, qui craque pour ces jeunes Malgaches, ainsi que du continent sans lequel il est impossible de bâtir une carrière internationale : l'Amérique du Nord. Une tournée dans les grandes villes américaines leur vaut un triomphe et leur permet d'aligner quelques « duos » intéressants avec les artistes en vogue de la scène US comme Stevie Wonder, Tom Jones ou les Rolling Stones. Côté français, on se souviendra surtout de leurs prestations aux côtés d'Enrico Macias ou de Jacques Brel. Leur popularité est d'ailleurs si grande en France que dès 1963, année même de leur arrivée, on les voit jouer dans « Cherchez l’idole » de Michel Boisrond, avec Dany Saval et Franck Fernandel, ou dans « Le Dernier Tiercé » de Richard Pottier, en 1964, avec Raymond Souplex et Dario Moreno, toujours dans leurs propres rôles et généralement juste le temps de pousser la chansonnette.
Le souci d'un groupe composé d'adolescents stars est qu'il constitue une denrée ô combien périssable et à la durée de vie limitée. Marouani en est parfaitement conscient et c'est pourquoi il pousse Les Surfs à se contenter de reprendre les grands standards du moment, conscient que des compositions originales ont un coût, lequel a peu de chances d'être rentabilisé à long terme. Ainsi, les chansons des Surfs sont essentiellement des reprises des grands succès de l'époque, comme « Si j’avais un marteau » de Claude François ou « À présent, tu peux t’en aller » de Richard Anthony (deux tubes qui sont, d'ailleurs, eux-mêmes des adaptations de morceaux anglo-saxons), ou des adaptations des grands standards du gospel (« O When The Saints »). Très cyniquement, Festival, leur maison de disques, multiplie les tournées et les enregistrements d'EP à un rythme d'enfer, afin d'engranger le plus d'argent avant que l'âge ne rattrape trop vite les membres du groupe, et s'arrange pour que les photos promotionnelles et les affiches mettent en avant les plus jeunes parmi la fratrie Rabaraona. Mais, le mythe de Peter Pan ayant beau avoir la vie dure, les six chanteurs commencent à se lasser de rester éternellement le groupe de gamins des débuts dans l'esprit du public ainsi que de leur répertoire. Le temps passant, l'hypothèse de la fin des Surfs, ou d'un changement d'orientation clair et net de leur formation est envisagé vers la fin des années soixante, d'autant que malgré les bonnes bouilles des chanteurs du sextet, ils sont désormais adultes et que certains d'entre eux ont même des enfants. En 1970, après une longue série de tournées au Canada, en Guadeloupe et en Martinique, le groupe se sépare. Plusieurs d'entre les six membres du groupe s'essaieront à une carrière solo.
Le Premier Reflux et les Premières Renaissances : Des Années 70 aux Années 90
La déferlante rock britannique, menée par des groupes du British Blues Boom, provoque une nouvelle révolution musicale dès 1964 et brise sèchement l'élan du surf rock. Ce dernier s'éteint en grande partie à la fin des années 60, mais cette chute brusque de la hype n'est pas une fin en soi. Plusieurs courants du rock puiseront allègrement certaines de ses saveurs.
Une deuxième vague, pour ainsi dire, émerge dès la fin des années 1970. Des groupes comme The Cramps, avec leur rockabilly bien énervé, intègrent des éléments de surf rock. Les B-52’s, quant à eux, offrent une new wave aux accents surf sur certains morceaux, prouvant la capacité du genre à se fondre dans de nouvelles esthétiques musicales. Jon and The Nightriders, un groupe de Surf Music américain né pendant cette seconde vague en 1979, témoignent de cette persistance et de cette réactivation.
Environ vingt ans plus tard, le troisième revival du surf rock se manifeste. Après trois décennies d'intégration du surf rock à la culture pop (de la guitare de James Bond, comme la chanson "You Only Live Twice" de Nancy Sinatra, icône du cool en 1967, aux marques de fringues en passant par la professionnalisation du surf), le cinéma met les projecteurs sur le milieu. La sortie du film « Pulp Fiction » en 1993, dont la bande originale est composée de titres emblématiques du genre, marque un tournant décisif. Quentin Tarantino remet le style au goût du jour, et la reprise d'une chanson folklorique grecque par Dick Dale en 1962, utilisée comme "bombe explosive" dans le film, propulse le genre à nouveau sur le devant de la scène. Dick Dale, figure emblématique, retrouve alors le devant de la scène après une période plus discrète dans les années 80. Son album de 1993 est considéré comme l'un de ses meilleurs, avec un son puissant et des compositions originales, notamment le titre "Nitro". La reprise du morceau "Rumble" de Link Wray témoigne également de l'influence de ce dernier sur le travail de Dale.
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Au moment où Tarantino sort sa Palme d'Or, de nouveaux tenants reprennent le flambeau. Parmi eux, la science-fiction de Man or Astro-man ?, ou encore Susan and the Surftones, le groupe de Susan L., intègrent les sonorités surf dans des contextes plus modernes. Toujours dans cette idée de revival hybride, les Straitjackets sont réputés pour leurs concerts particulièrement barrés, et sont considérés comme des représentants du surf rock contemporain. Les racines du genre continuent d'irriguer de nouvelles pousses, prouvant sa résilience et son attrait intemporel.
Il est important de noter que des figures comme Link Wray, qui figure dans le top 50 des 100 plus grands guitaristes sélectionnés par le magazine Rolling Stone, et Duane Eddy, né en 1938, ont également contribué à l'évolution du son de la guitare. Duane Eddy s'est fait remarquer en tant que guitariste pour son jeu et sa customisation d'une Gibson Les Paul à laquelle il ajoute un vibrato - modèle qui n’en possède pas en temps normal. Il associe ainsi un son vibrant à sa guitare au son plutôt classique d’une guitare utilisée surtout dans le jazz. À la fin des années 50, Duane Eddy vient s'installer en Californie à la demande de son ami Lee Hazelwood, guitariste et producteur, qui souhaite l'enregistrer. Durant les années 1970, Nancy Sinatra s'associe avec Lee Hazelwood, déjà compositeur de plusieurs de ses tubes. Johnny and the Hurricanes, un groupe américain de rock instrumental créé en 1957 autour de Johnny Paris, a également participé à façonner cette période fondatrice.
Le XXIe Siècle : Le Surf Rock, une Influence Mainstream et Éclectique
Une fois le XXIe siècle débuté, la sous-culture du surf est largement devenue mainstream. La surf music, elle, a connu plusieurs renaissances, jusqu'à devenir une influence sur nombre de groupes étiquetés psyché ou garage. Sans en faire leur genre fétiche, on sent l'influence sur des formations comme celle de La Luz, Mystic Braves ou encore Tijuana Panthers. L'un des plus connus serait certainement The Growlers. L'été arrive, et comme Paris est déjà irrespirable, il faut fuir vers la mer. La tendance est au surf, et avec elle, la bande originale qui l'accompagne.
La musique et le surf entretiennent une relation étroite, et la création d'une playlist adaptée à cette passion est un défi. Une sélection éclectique de chansons, allant du surf rock à la new wave, en passant par le rock, l'électro/house et le reggae, peut accompagner une session de surf. Parmi ces titres, on retrouve des classiques tels que « Surfin' USA » des Beach Boys, des morceaux reggae comme « Johnny B. » de Peter Tosh, ainsi que des découvertes plus contemporaines. Cette playlist témoigne de la diversité des influences musicales qui peuvent accompagner une session de surf, intégrant des éléments de la riche histoire du surf rock.