L'aviron, discipline d'exigence et de persévérance, a forgé des athlètes d'exception dont le parcours résonne bien au-delà des bassins. Parmi eux, Germain Chardin incarne une figure emblématique du sport français, ayant marqué de son empreinte les compétitions nationales et internationales. Son cheminement, jalonné de succès olympiques et mondiaux, mais aussi d'une certaine désillusion face à la reconnaissance médiatique et financière, offre un témoignage poignant sur les réalités du sport de haut niveau. Cet article propose une immersion dans la vie et la carrière de cet athlète hors norme, depuis ses débuts verdunois jusqu'à sa nouvelle vie au Pays basque, en passant par ses exploits mémorables sur l'eau et ses réflexions sur l'essence même de l'engagement sportif.
Les Racines d'un Champion : Une Jeunesse Verdunois Façonnée par le Sport
Né le 15 mai 1983, c’est à Regret, un quartier de Verdun dont le nom détonne avec la trajectoire accomplie de l'athlète, que Germain Chardin a découvert la vie. Issu d'un environnement familial modeste, avec une grande sœur douée pour la gym, une maman aide-soignante et un papa chauffeur routier, son existence prend rapidement une tournure « sportive ». Cette atmosphère propice à l'activité physique allait naturellement orienter ses premiers pas.
Le quotidien de ce jeune Verdunois était alors un « terrain de jeu » sans frontière. Avant de se dédier pleinement à l'aviron, Germain Chardin a exploré diverses facettes du mouvement et de l'effort physique. Des acrobaties audacieuses de l'école de cirque aux paniers de basket qu’il continuera à remplir copieusement, son énergie était débordante et son appétit pour le dépassement de soi déjà manifeste. Il a même laissé son nom sur une paire de feuilles de matches au BC Verdunois puis à Charny, lors de son passage en sport-étude du côté de Thierville, démontrant une polyvalence et une adaptabilité rares chez un jeune athlète.
L'orientation vers l'aviron, discipline qui allait le révéler au monde, fut empreinte d'une certaine transmission familiale. « J’avais souvent entendu mon père dire qu’il aurait aimé faire de l’aviron. Il aurait d’ailleurs sans doute été bon. En tout cas, ça a dû rester dans un coin de ma tête », se souvient Germain Chardin avec un sourire teinté de tendresse et de reconnaissance. Cette idée, semée par son père, a germé au moment opportun, lors d'une initiation décisive.
C'est au contact stimulant de son cousin, un certain Benjamin Rondeau, que l'aventure de l'aviron prend une dimension collective et prédestinée. Ensemble, ils allaient tutoyer les sommets bien des années plus tard. Le destin de ces deux jeunes hommes fut scellé lors d'une gentillette initiation menée au titre des activités extra-scolaires. Leurs qualités physiques et leur synergie ont tapé un jour dans l’œil expert de Philippe Cabut, alors directeur sportif du Club Nautique Verdunois (CNV). « Il nous a demandé si l’on voulait faire un essai. Un vrai. Et c’est comme ça que tout a commencé. En minimes 2 », raconte Germain Chardin, rendant un hommage appuyé à celui qu'il considère comme un mentor. « Philippe est quelqu’un de grand ! ».
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L'Émergence d'un Duo et les Premiers Succès Internationaux
La rencontre avec Philippe Cabut fut un catalyseur. Rapidement, les « cousins » ne tardent pas à faire parler la poudre. Leur talent brut et leur détermination les propulsent rapidement sur le devant de la scène nationale. Deux ans seulement après leurs premiers coups de pelles, un laps de temps remarquablement court pour atteindre un tel niveau de maîtrise technique et physique, ils sont sacrés champions de France dans la catégorie cadets. Ce premier titre national marque le début d'une ascension fulgurante.
Leur performance leur ouvre les portes de l'équipe de France junior, et ils décrochent leur première cape internationale en 1999. Ce moment fondateur a lieu lors d’un match emblématique entre la Grande-Bretagne et la France, sur le mythique bassin de Henley. Cet événement n'est pas seulement l'occasion de représenter leur pays, mais aussi de croiser pour la première fois la route d’un autre « géant » de l’aviron français : Jean-Baptiste Macquet. Cette confrontation et ces rencontres avec d'autres talents préfigurent les collaborations futures et les rivalités saines qui forgeront leur carrière.
Avec ces premières expériences au plus haut niveau, leur carrière est lancée ! Le duo Chardin-Rondeau, parfois renforcé par d'autres talents, enchaîne les performances. Germain Chardin étoffe son palmarès avec trois titres mondiaux chez les jeunes, dont deux chez les juniors et un en U23. Ces succès internationaux attestent de sa précocité et de sa capacité à performer sous pression, se positionnant comme un futur pilier de l'aviron tricolore.
La Conquête Olympique : Pékin 2008 et Londres 2012
L'entrée dans la catégorie senior représente un défi de taille. Mais en 2008, c’est le bronze olympique de Pékin qui attend les Meusiens du quatre sans barreur. Cette équipe, composée de Germain Chardin, Benjamin Rondeau, Julien Desprès et Dorian Mortelette, parvient à hisser le drapeau français sur la troisième marche du podium. Cette médaille de bronze est une consécration, le fruit d'années d'efforts intenses et d'une cohésion d'équipe exemplaire.
Deux ans plus tard, l’excellence de Germain Chardin est de nouveau récompensée. C’est le sacre mondial en 2010 (*) à Karapiro, en Nouvelle-Zélande. Ce fut le dernier gros coup à quatre pour Germain Chardin. Cette victoire aux Championnats du monde consolide sa position parmi l'élite mondiale de l'aviron. Mais l'ambition olympique reste une flamme ardente.
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Germain Chardin rebondit ensuite avec l’indissociable partenaire de sa deuxième partie de carrière : Dorian Mortelette. Leur association en deux sans barreur, une catégorie exigeante nécessitant une synchronisation parfaite et une confiance mutuelle absolue, se révèle particulièrement fructueuse. Ce duo, souvent décrit comme un « métronome », la « précision à l’état pur », va s'illustrer de manière spectaculaire.
Les Jeux de Londres en 2012 sont le théâtre de leur plus grand exploit commun. Les deux rameurs, déjà couverts de bronze en 2008, pensaient cette fois attirer les sponsors. À Londres, ils décrochent la médaille d’argent du concours olympique. Le 3 août, avec son comparse Dorian Mortelette, le deux sans barreur tricolore réalise une performance exceptionnelle sur le bassin d'Eton. Ils se classent deuxièmes derrière les légendes « kiwi » Eric Murray et Hamish Bond, une paire néo-zélandaise qui a dominé la discipline pendant des années. « Ce jour-là, on a sauvé la face de l’aviron français », résument avec fierté les deux seuls médaillés de la délégation française d’aviron à Londres.
Pourtant, malgré cette éclatante médaille d'argent, la reconnaissance espérée n'est pas au rendez-vous. Et même s’ils savaient à quoi s’attendre après le bronze décroché à Pékin en 2008, tout s’enchaîne encore très vite une fois la ligne d’arrivée franchie. Le podium, les sollicitations, les soirées, la descente des Champs-Elysées… "On avait l'impression d'être des stars, mais dans ce sport on sait qu'on va vite redescendre sur terre", préfère sourire Dorian Mortelette, lucide face à la réalité de leur discipline. Cette fois pourtant, il y a eu l'espoir. Celui porté par cette deuxième médaille. "A Pékin, les sponsors ne nous faisaient pas confiance. Mais là, on s'est dit qu'avec ce titre de vice-champion olympique, ils allaient comprendre que nous étions sérieux, d'autant que l'on se réengage pour Rio en 2016", explique, dépité, Germain Chardin, du haut de son 1,95 m. Rien n’y fait. Les semaines s’écoulent. Les premières compétitions arrivent, et pas de nouvelles des sponsors. Le constat est amer : l'aviron n'est pas un sport qui intéresse le grand public ni les annonceurs, malgré des médailles olympiques et des titres mondiaux. "Tous les quatre ans, on y croit, et puis rien ne se passe. L'aviron n'est pas un sport qui intéresse," Germain Chardin se fait laconique pour masquer son spleen post-olympique.
La Quête Ultime à Rio 2016 et le Goût du « Sans Regrets »
Après les succès de Pékin et Londres, l'objectif est clair pour le duo Chardin-Mortelette : faire tomber la stratosphérique paire néo-zélandaise, Eric Murray et Hamish Bond, et enfin décrocher l'or olympique. Les Jeux de Rio en 2016 représentent l'ultime tentative pour cette génération d'athlètes. Cependant, la préparation pour cette dernière olympiade est loin d'être simple.
« Ce ne fut pas une dernière olympiade facile. Avant Rio, je m’étais fait une belle déchirure musculaire et j’ai dû passer quatre semaines sans ramer ; ça commençait vraiment à puer pour nous ! Heureusement qu’on avait Bellos (Ndlr. Sébastien Bel, leur entraîneur) derrière nous », se souvient Germain Chardin. Cette blessure majeure juste avant l'échéance olympique met à rude épreuve la détermination et la résilience de l'athlète. Le soutien de leur entraîneur, Sébastien Bel, surnommé "Bellos", se révèle crucial, non seulement pour la récupération physique mais aussi pour le maintien du moral et de la confiance de l'équipage. La capacité à surmonter les obstacles et à puiser dans les ressources mentales les plus profondes est une caractéristique essentielle des grands champions, et cette période pré-olympique en est une illustration parfaite.
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Lors de la finale olympique à Rio, les conditions météorologiques sont particulièrement difficiles, ajoutant une couche d'incertitude et de complexité à la course. La performance de l'équipage est plombée d’entrée par un « vent de trois quart bâbord ». Malgré une bataille acharnée sur l'eau, la dernière mission du grand blond s’achèvera sur une cinquième place. Cependant, cette position n'est pas vécue comme un échec. Germain Chardin achève cette intense compétition « sans regrets », une attitude qui témoigne de son approche philosophique du sport de haut niveau. Il a tout donné, s'est battu jusqu'au bout, et la performance, même si elle n'est pas couronnée d'une médaille, est le reflet d'un engagement total.
Réflexions Profondes et Émotions Intenses : L'Âme d'un Rameur
Le parcours de Germain Chardin est émaillé de moments d'une rare intensité émotionnelle, forgeant une vision singulière du sport. Un de ces moments forts remonte aux Jeux de Pékin en 2008, juste avant une demi-finale cruciale et mal engagée. « Aux Jeux de Pékin, en 2008, Dan (Ndlr. Daniel Fauché, ex-entraîneur et chef de secteur des équipes de France) avait secrètement réalisé des vidéos avec nos compagnes, nos parents, des gens qui avaient du sens pour nous. Alors qu’on allait se présenter dans une demi-finale pour tout dire… mal engagée, il nous a tous convoqués un par un avant l’échauffement et nous a passé ces petits films. » Ce geste inattendu de l'entraîneur Daniel Fauché a eu un impact profond sur les athlètes. « Je ne vous raconte pas la charge émotionnelle. Quand j’en parle, j’en ai encore des frissons. Je me souviens qu’on n’arrivait même plus à se parler. De vraies machines. On était transcendés. Il ne pouvait plus rien nous arriver. Et on a passé cette demie sans problème (Ndlr. Avant de prendre le bronze olympique). De la part de Dan, c’était un vrai coup de génie ! On peut dire qu’on lui doit beaucoup », assure Germain Chardin, soulignant l'importance du facteur humain et psychologique dans la performance de haut niveau. Cette anecdote illustre comment une connexion profonde avec les proches peut transcender la fatigue physique et mentale, libérant une force intérieure inattendue.
Cette quête de dépassement n'était pas solitaire. « En fait, je n’ai jamais ramé pour moi. Si cela avait été le cas, je me serais senti vide, estime ce dernier. Ce qu’on voulait : c’était vivre des histoires de bonhommes ! » Cette déclaration de Germain Chardin révèle une motivation bien plus profonde que la simple recherche de gloire personnelle. Elle met en lumière la dimension collective et humaine de l'aviron, où la camaraderie, le partage de l'effort et la construction de liens forts au sein de l'équipe sont des moteurs essentiels. Les médailles et les titres sont alors le reflet de ces "histoires de bonhommes", de ces aventures partagées, de ces défis relevés ensemble. Le sport devient un vecteur de valeurs humaines, un laboratoire où se forgent des amitiés indéfectibles et des souvenirs impérissables.