L’aménagement des pôles nautiques constitue aujourd’hui un enjeu majeur pour les collectivités littorales et les acteurs du monde maritime. Entre besoins de technicité accrus, exigences environnementales fortes et volonté de créer des lieux de vie conviviaux, ces infrastructures se réinventent pour devenir des centres de ressources polyvalents. À travers les exemples récents de La Rochelle et de Saint-Malo, ainsi que les dispositifs de soutien nationaux, il apparaît que la conception de ces espaces repose sur une triple exigence : fonctionnalité, performance énergétique et insertion paysagère.
La mutation des pôles nautiques : le modèle rochelais
Le littoral rochelais illustre parfaitement cette dynamique de requalification. Une nouvelle plateforme nautique et sportive a ouvert ses portes près de la capitainerie du port de plaisance des Minimes en été 2024. Ce Pôle Nautique Rochelais, nommé « La Rochelle nautique », accueille désormais plusieurs associations dont les activités sont liées à la mer. Avec l’arrivée de Tribord, le centre de Recherche et Développement qui a vu le jour du côté de la capitainerie et de la base nautique des Minimes en 2021, la Ville de La Rochelle a décidé d’engager un projet de requalification complète de la plateforme existante, prioritairement au profit des 1 400 licenciés et des 4 000 scolaires fréquentant habituellement l’endroit.
À terme, ce sont huit associations qui seront résidentes de ce Pôle Nautique Rochelais : l’ARPSM, l’Association La Rochelle Nautique, le Cercle Handi Rochelais, le Club d’Aviron de Mer de La Rochelle, le Comité Départemental de Voile, la Ligue de Voile Nouvelle-Aquitaine, le Pôle France Voile et le Cercle Nautique de La Rochelle. Le site du futur pôle nautique aux Minimes place son avenir sous de bons auspices. La ministre de la Mer Annick Girardin est venue en personne lancer officiellement le chantier le 8 février, par une levée de drapeau et non par la pose d’une première pierre, les anciens locaux de la plateforme nautique devant être détruits. Une occasion pour le maire Jean-François Fountaine, de rappeler qu’il s’agit de « créer un nouveau pôle exemplaire, lieu d’excellence dans le monde du nautisme », qui rassemblera toutes les écoles de voile rochelaises sur un même site, ainsi que les compétiteurs.
Après la destruction d’un premier bâtiment pour l'accueil de Tribord et la délocalisation des logements étudiants situés dans l’ancienne Maison de la Francophonie, la structure abritant l’ex-club de l’EVR aura été démolie avant le printemps 2022. Après une phase de désamiantage commencé l’an dernier, le bâtiment EVR a été démoli entre mi-février et mi-mars. La construction d’un ensemble neuf construit sur 3 niveaux a été achevée à l’été 2023. Le chantier est passé alors à la phase de construction d’un ensemble neuf construit sur trois niveaux desservis par ascenseur qui permettra également l’accessibilité des bâtiments réhabilités aux personnes handicapées.
Le rez-de-chaussée propose des espaces sportifs (vestiaires, espaces de séchage et atelier), le niveau 1 est un lieu « public » et festif de rassemblement avec petite restauration possible. À cet étage, une terrasse de 460 m2 permet l’organisation d’évènements. Le niveau 2, lui, a sa raison d’être pour les associations et les VIP. Cette partie neuve de 1680 m2 viendra compléter les 1640 m2 de surface réhabilités. « Le bâtiment Pôle France est conservé à l’identique dans son organisation spatiale, mais Il est entièrement remis aux normes thermiques et d’accessibilité », précise encore le service aménagement de la Ville. Les voies d’accès seront bien sûr refondues, et les abords du site végétalisés, en vue de sa place un coeur de village, avec « un véritable îlot de fraîcheur » offrant un accès à la grande terrasse.
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Stratégies techniques et performance énergétique
Au-delà de la mixité des usages, la restructuration des bases nautiques répond à des impératifs techniques stricts. La démarche vise à rendre cette dernière plus fonctionnelle et respectueuse des contraintes réglementaires (accès PMR, réglementation thermique, PLUi, etc…), et de répondre aux besoins spécifiques des activités nautiques. Le projet est soumis à la RT Élément par Élément, cependant l’enveloppe thermique a été traitée comme un projet. Type RT2012. Une étude de faisabilité a été réalisée en phase APS afin de conforter la maîtrise d’ouvrage sur le choix de l’énergie utilisé pour cette opération. La production de chaleur est assurée par une chaufferie gaz assurant le chauffage des espaces et la production d’eau chaude sanitaire de l’ensemble du bâtiment. Le renouvellement d’air est assuré par une ventilation mécanique simple flux.
L’architecture et la distribution des espaces se veulent « sobres » et efficaces, « avec un caractère nautique » et des caractéristiques de « performance énergétique à haute performance environnementale », selon un document des services aménagements de la Ville. C’est la raison qui a poussé les concepteurs à sortir du strict cadre du cahier des charges, en proposant de dessiner un niveau intermédiaire aménagé entre le bâtiment et la promenade de la digue. La dalle du pôle nautique se prolonge en belvédère à l’extérieur, et un subtil jeu de rampes et de terrasses vient flouter les limites du projet avec son environnement public.
Cette dichotomie fonctionnelle et spatiale est clairement revendiquée par leur enveloppe respective : l’aile réception se pare d’un bardage bois qui semble veiller chaleureusement sur le bassin d’eau de mer de la piscine en contrebas, tandis que le béton banché couleur sable ceinture l’aile technique. Ce béton est engravé de stries obliques qui semblent démultiplier les ombres portées instables des mâts des voiliers. Cette impression est accentuée par les cadres trapézoïdaux des garde-corps en résille toute hauteur délimitant le pourtour du pôle.
Spécialisation logistique : l'exemple de Saint-Malo
Si La Rochelle mise sur le regroupement associatif, Saint-Malo investit dans la haute performance technique pour la course au large. À Saint-Malo, les travaux de transformation du pôle nautique Duguay-Trouin sont en cours. La réhabilitation du quai de Terre-Neuve intègre un élévateur de 25 tonnes pour voiliers jusqu'à 60 pieds. Le cœur du projet repose sur la création d'une aire de levage dimensionnée pour des navires jusqu'à 40 tonnes. Un élévateur électrique de 25 tonnes, alimenté par panneaux solaires, sera installé avec potence de démâtage et aire de lavage intégrée.
En lieu et place de l'ancien entrepôt frigorifique Sofrino, deux halls de plus de 400 m² chacun verront le jour. Les hauteurs sous plafond - 10 mètres en crête - permettront d'y accueillir les unités de course au sec. Avec ce chantier estimé à 10 millions d'euros, cofinancé par la Région et Edeis, Saint-Malo ambitionne de se positionner comme base technique pérenne pour les projets de course au large. L'achèvement des travaux est calé sur le calendrier de la prochaine Route du Rhum, prévue à l'automne 2026. Saint-Malo ambitionne d'apparaître non seulement comme un port de départ prestigieux, mais également comme une base logistique et technique en amont des grands départs.
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Soutien public et programmation nationale
Le développement de ces pôles bénéficie de politiques publiques incitatives. Anne Fontaine souligne : « Le Plan Tourisme fixait différents enjeux : transition écologique, modernisation des équipements, amélioration de la qualité d’accueil et de service, adaptation au changement climatique. Les règlements des dispositifs d’aides imaginés en 2022 ont effectivement permis de sélectionner des projets variés, du plus ambitieux répondant à l’ensemble de ces enjeux au plus modeste engagé dans une démarche ponctuelle d’amélioration environnementale. »
Ce programme a été co-construit avec les acteurs de terrain, une spécificité importante de ce programme a été sa co-construction dès l’origine avec les acteurs concernés : l’objectif était de répondre au mieux aux besoins du terrain et de s’articuler avec des dispositifs pré-existants. Cette co-construction s’est traduite par la mise en place d’un comité consultatif réunissant plus d’une trentaine d’organismes représentant l’État, les établissements publics, les collectivités et bien sûr les acteurs du nautisme, notamment les différentes fédérations sportives.
Par ailleurs, toutes les façades maritimes - outre-mer compris - ainsi que les eaux intérieures ont bien bénéficié de ce programme. Enfin, une bonne représentativité a été notée dans la liste des lauréats des différents types de gestionnaires (collectivités, entreprises, associations, SPL) ainsi que des différents sports nautiques (voile, canoë-kayak, rafting, aviron, ski nautique, char à voile, plongée, surf, kitesurf). Cécile Laval précise que le programme « Base nautique d’Avenir » se poursuit actuellement par une démarche d’évaluation des actions financées et de retours d’expérience sur les projets les plus innovants. La fiche REX sur le projet de Guidel en est un premier exemple. Une seconde fiche est en préparation pour le pôle sportif et de loisirs de Décines-Charpieu. Afin de permettre au plus grand nombre de bénéficier des enseignements du programme, une plateforme web dédiée aux bases nautiques est également en cours de création.
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