Le football, bien plus qu'un simple sport, est une scène où se jouent des destins, se forgent des légendes et se tissent des liens indéfectibles avec les racines culturelles. L'histoire de Marama Vahirua, alias « Tahitigoal », en est une illustration éloquente. Ce footballeur polynésien, figure emblématique du ballon rond, a marqué les esprits non seulement par son talent sur les pelouses européennes, mais aussi par une célébration devenue sa marque de fabrique : le fameux « coup de pagaie ». Aujourd'hui, alors qu'il s'apprête à tourner une page majeure de sa vie de joueur, son engagement pour le développement du football tahitien ouvre un nouveau chapitre, riche en promesses et en défis. Son parcours, jalonné d'exploits sportifs et d'un attachement profond à son Fenua, résonne comme un appel à la persévérance et à l'authenticité.
Le « Coup de Pagaie » : Symbole d'une Identité Tahitienne sur les Terrains Européens
Marama Vahirua, né sur l’île de Tahiti, a très tôt montré des aptitudes exceptionnelles avec le ballon rond, se démarquant de la tradition locale axée sur le surf. Ses débuts professionnels se font en 1999 en D1 contre Le Havre, marquant le début d'une carrière prometteuse en métropole. Un an plus tard, contre la même équipe, il inscrit son premier but, prélude à de nombreux autres qui scanderont son parcours. Mais c'est en 2001 que se produit le véritable déclic qui ancrera son nom dans la mémoire collective. Lors d'un quart de finale de Coupe de France, face à l’AJ Auxerre, le Tahitien va "planter deux pions". C'est à ce moment-là que naît la célébration qui le rendra iconique. Après avoir marqué, Marama Vahirua "va célébrer son but en mimant le geste de la pagaie sur la pirogue".
Cette célébration, à la fois unique et profondément personnelle, est rapidement devenue sa marque de fabrique. Interrogé sur l'origine de ce geste, Marama explique en 2015 sur la télé polynésienne que l'idée lui est venue naturellement, influencée par des discussions familiales et une envie d'exprimer son identité. "Ma mère, comme cette saison-là je marquais beaucoup, me disait qu’il fallait que je dise : « C’est pour ma maman ! » Et je lui ai dit : « Non, c’est un peu la honte, quand même… Une fois, oui", se remémore-t-il. Il hésitait entre différentes représentations de son île natale. "J’ai hésité deux secondes entre faire le surfeur ou la pirogue", confie-t-il, avant d'ajouter : "Faire le surfeur, c’est un peu ridicule, donc je me suis dit : « Bon allez, on va faire la pirogue ! »". Ce choix s'est avéré déterminant. "À la fin du match, toute ma famille, tout Tahiti m’a appelé pour me dire qu’ils étaient trop fiers", un témoignage de l'impact émotionnel et identitaire de ce geste pour toute une population. La célébration du « coup de pagaie » a été rapidement adoptée, même par ses coéquipiers. "Ce qui est marrant, c’est que toute l’équipe est venue me voir un ou deux jours plus tard à l’entraînement pour me dire que c’était ce signe-là qui allait nous porter vers le titre."
Ce geste simple mais évocateur a non seulement amusé ses coéquipiers, mais il est surtout devenu un pont entre sa vie de footballeur professionnel et ses origines tahitiennes. "À chaque but, je donnais des coups de pagaie", une image forte qui résonnait avec la culture de son Fenua. Même après un but mémorable contre l’équipe d’Arsenal de Thierry Henry et d’Arsène Wenger en Champion’s League en 1999, son geste de la pagaie est resté gravé dans les esprits. Pour Marama, cette mimique était une manière de compenser le manque de pratique du va’a, la pirogue traditionnelle, durant sa carrière intense. Il n’avait en effet "jamais eu le temps de trop faire du va’a", mais ce rituel lui permettait de maintenir cette connexion essentielle.
Le point culminant de cette saison mythique est sans doute la victoire 4-1 en quart de finale de Coupe de France 2001 face à Auxerre. La finalité de cette histoire est encore plus marquante : le FC Nantes a fini champion de France pour la huitième fois en 2001. Ce titre s’est notamment joué sur un match clé : FC Nantes - AS Saint-Etienne, comptant pour la 33ème journée de D1. Le FCN s’impose grâce à un but à la 9ème minute de Marama Vahirua. "Les supporters nantais connaissent les images par cœur", car "ce but est l’icône d’une génération dorée qui fait rêver nos parents et grands-parents". Le but de Vahirua, agrémenté de la célébration pagaie, a véritablement "envoyé Nantes au sommet du championnat de France", scellant à jamais son statut de joueur emblématique et de porteur de culture.
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Le Maître du « Jeu à la Nantaise » : Une Formation au Service du Collectif
Marama Vahirua a été un joueur clé du « jeu à la nantaise » au début des années 2000. Ce style de jeu, mis en place au FC Nantes par des figures telles que José Arribas et Jean-Claude Suaudeau, est bien plus qu'une simple tactique ; il désigne "la capacité d’une équipe à développer un jeu fluide, porté sur l’offensive, à l’aide de phases collectives basées sur des passes en une ou deux touches de balles". C'est dans cette philosophie de jeu que Marama a véritablement éclos et s'est imprégné d'une vision collective du football. L’école nantaise, avec son insistance sur l’esprit d’équipe et le sacrifice, a "marqué au fer rouge le joueur tahitien". Il a eu l’occasion de voir ce qu’était le « foot business » avec la prégnance de l’argent, mais c’est l’approche nantaise qui a façonné ses valeurs.
À Nantes, le collectif était la pierre angulaire de toute performance. "À Nantes, on jouait tous pour le collectif", se souvient Marama. Le succès ne reposait pas uniquement sur les individualités, aussi brillantes soient-elles. "On avait des joueurs de très bonnes qualités individuelles comme Eric Carrière ou Stéphane Da Rocha mais qui se sublimaient dans le collectif." Cette expérience a profondément influencé sa perception du football et de son rôle en tant que joueur. Désormais, il met à profit ce qu'il a appris en faisant "parler son sens du collectif et sa vision du jeu à l’AS Dragon de Titioro", le club avec lequel il s'apprête à disputer son dernier match professionnel. Cette philosophie, acquise au plus haut niveau, il tente de l’insuffler à ses élèves, considérant le football comme une école de vie où la discipline et l’abnégation sont des qualités essentielles.
L'Heure de la Retraite et l'Engagement pour l'Avenir du Football Tahitien
Après une carrière riche et couronnée de succès, Marama Vahirua, surnommé affectueusement « Tahitigoal » par les supporters du FC Nantes, est "sur le point de prendre sa retraite et s’apprête à jouer son dernier match avec l’AS Dragon". Cette saison, au cours de laquelle l’AS Dragon a terminé 3ème, sera donc "la dernière pour Marama Vahirua qui raccroche définitivement les crampons professionnels". L'arrêt de sa carrière de joueur est une décision mûrement réfléchie, malgré les encouragements de son entourage. "Mes potes me disent. Pourquoi tu arrêtes ? T’as encore le niveau Marama", raconte-t-il. Cependant, les réalités physiques du sport de haut niveau finissent par rattraper les athlètes les plus aguerris. "Mais ils ne savent pas que je galère 3-4 jours à récupérer après chaque match. Il faut savoir dire stop." Cette lucidité face à l'exigence du corps marque le passage d'une étape à une autre, celle de la transmission et du dévouement.
Désormais, "il va se consacrer pleinement à son activité de formateur et d’éducateur auprès des jeunes footballeurs tahitiens". Cette nouvelle mission lui tient "particulièrement à cœur", car il est convaincu du potentiel latent sur son île. "À Tahiti et en Polynésie, il existe de vrais talents en termes de football selon Marama." Son objectif est clair et ambitieux : "Faire émerger au Fenua les nouveaux talents de demain". Pour cela, il souhaite "trouver les Messi et Ronaldo Polynésiens de demain", une quête passionnante qui l'anime profondément. "Hommes de Polynésie a rencontré la star tahitienne du ballon rond, bientôt retraité mais plus actif que jamais."
Marama apporte à cette nouvelle tâche une expérience inestimable et une pédagogie inspirée. "Les jeunes tahitiens ont plein de qualités techniques et physiques", observe-t-il. Son rôle consiste à leur transmettre non seulement les techniques du jeu, mais aussi la mentalité du sport de haut niveau. "J’essaie de leur inculquer ce que j’ai appris lors de stages de formation pour jeunes." Il embrasse son nouveau rôle avec une pointe d'humour et beaucoup de sérieux, se voyant comme un mentor local. "Je suis un peu devenu le Jean-Michel Larquet ou le Guy Roux tahitien", dit-il, faisant référence à des figures emblématiques du football français, reconnues pour leur vision et leur capacité à former des générations de joueurs.
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L’ambition de Marama ne se limite pas à la simple formation individuelle. Son "objectif ambitieux est de créer une génération de jeunes joueurs tahitiens de talent, techniquement et mentalement forts, afin de gagner la Nation’s Cup dans les prochaines années". Au-delà des succès collectifs pour Tahiti, il espère que ce travail permettra à certains jeunes de se faire repérer et d'avoir la chance de "tenter leur chance en Europe". Cependant, il est conscient des défis immenses que représente une telle expatriation et insiste sur la nécessité d'une préparation adéquate. Les jeunes footballeurs "doivent être suffisamment préparés pour le choc de l’expatriation du fenua". Cette compréhension des réalités du football international le pousse à s'engager pleinement dans la préparation de ces futurs talents. Son rôle prend une dimension encore plus institutionnelle avec sa nomination en tant que président du club tahitien de l'AS Dragon. "L'ancien attaquant du FC Nantes Marama Vahirua vient d'être nommé président du club tahitien de l'AS Dragon." En tant qu'ancien joueur de Nantes, Nice, Lorient, Nancy et Monaco, "Marama Vahirua vient d'être nommé président du club de Tahiti l'AS Dragon", un club qui a terminé 3e du dernier championnat et s'est hissé jusqu'en quarts de finale de la Ligue des champions d'Océanie. L'AS Dragon "jouera la Coupe de France après avoir remporté la Coupe de Tahiti Nui en mai dernier face à l'AS Vénus", témoignant de la vitalité du football local. Marama ne compte pas s'arrêter là : "Ma priorité est de nouer un partenariat avec un club pro", confie-t-il, envisageant l'OGC Nice, son ancien club, comme un partenaire potentiel. Plus encore, "en juillet 2019, le Polynésien se présentera pour être président de la fédération tahitienne de football", démontrant sa volonté de transformer le football tahitien à un niveau structurel.
Les Défis de l'Expatriation : Entre Mal du Pays et Intégration Culturelle
Le parcours de Marama Vahirua, comme celui de nombreux athlètes insulaires, est marqué par les difficultés liées à l'expatriation. Il insiste sur le fait que "le plus difficile pour les joueurs polynésiens, c’est de s’exporter en métropole et en Europe". Les challenges sont multiples et ne se limitent pas à l'aspect sportif. "Outre le changement de climat, c’est surtout la mentalité européenne qui est difficile à assimiler." Le déracinement peut être une épreuve redoutable, et "le mal de la maison guette chaque polynésien". Marama en a lui-même fait l'expérience de manière intense. "Je pensais au fenua tous les jours", confie-t-il, décrivant un sentiment de homesickness profond. "J’ai même demandé à ma famille d’arrêter de m’envoyer des colis pendant un moment. J’avais trop le mal du pays." Heureusement, "il rentrait au bled tous les ans", ce qui lui permettait de recharger ses batteries et de maintenir le lien avec ses proches et sa culture.
La réussite de son intégration en Europe, malgré les difficultés, a été fortement soutenue par son environnement personnel. Marama dit que "sa femme, et son cocon familial, ont beaucoup joué dans la réussite de son intégration en Europe". Cet ancrage affectif s'est avéré crucial pour surmonter les moments de doute et de nostalgie. Son expérience met en lumière l'importance du soutien familial et de la capacité à s'adapter à un nouvel environnement, tout en conservant son identité.
Cette réalité de l'expatriation et de l'adaptation culturelle se retrouve chez d'autres athlètes. Prenez l'exemple de Yann Le Pennec, canoéiste lannionnais de renommée mondiale. Après sa retraite internationale, "le canoéiste lannionnais, Yann Le Pennec […] entraîne l'équipe australienne de canoë-kayak". En janvier 2009, "Yann Le Pennec s'exile en Australie, loin de son Léguer natal", acceptant d'entraîner l'équipe australienne de canoë-kayak en vue des Jeux Olympiques de 2012. Un an et demi après son arrivée, "il ne regrette pas", considérant que "c'est vraiment un bon choix". Cependant, son acclimatation n'a pas été sans embûches. "Tout était nouveau", explique-t-il, détaillant les défis pratiques : "C'était difficile de trouver dans les magasins ce que nous avions l'habitude de consommer en France. Il a fallu régler les problèmes de visa, de contrat de travail, de compte en banque, de permis de conduire. Cela a vraiment pris un an à se mettre en place."
La fédération australienne espérait de lui des résultats similaires à ceux de Pékin, où ils avaient obtenu deux médailles. Mais pour Yann, le défi est de taille : "Cela va être difficile", annonce le Lannionnais qui entraîne une nouvelle génération d'athlètes. "Pour l'instant, il n'y a pas de pagayeurs aussi talentueux que la précédente génération. Si on fait une médaille, c'est déjà bien." En tant que champion du monde de canoë biplace en 2002, Yann Le Pennec est un perfectionniste qui s'efforce d'améliorer le canoë-kayak australien, qu'il décrit comme une "petite nation du canoë". Il apporte "une touche française mais surtout une autre vision du haut niveau". L'une des différences majeures qu'il a observées est le manque de densité d'athlètes en Australie par rapport à la France ou l'Europe. "Il n'y a pas beaucoup de pagayeurs ici. Ils n'ont pas l'habitude d'essayer de gagner quelques centièmes car il n'y a pas cette densité d'athlètes". Il s'attache à leur transmettre "cette culture du détail : du choix du matériel au coup de pagaie", les incitant à "réfléchir là-dessus". Malgré cette expérience enrichissante, le mal du pays reste présent. Yann Le Pennec n'envisage "pas de poursuivre l'aventure en Australie après les JO de 2012". "C'est une bonne expérience mais je pense rentrer. Ma famille et mes amis sont toujours en France. Même si on peut rentrer à tout moment, cet éloignement est le plus difficile à vivre." Son aspiration est de "aussi intégrer l'encadrement Français", une fois rentré. Ces témoignages croisés de Marama et Yann soulignent la dimension humaine et culturelle de l'aventure sportive internationale, où le talent et l'abnégation doivent souvent s'accompagner d'une résilience face à l'éloignement et au choc des cultures.
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Le Football comme École de Vie et Alternative Sociale à Tahiti
Au-delà des performances sur le terrain et des défis de l'expatriation, Marama Vahirua perçoit le football comme un puissant outil de développement personnel et social, particulièrement pertinent dans le contexte tahitien. Il estime que "le foot est une bonne école de la vie, et permet aux jeunes de générations de donner un cadre, une discipline tout en canalisant les énergies". Cette vision est d'autant plus importante qu'elle adresse des problématiques sociales prégnantes. "Ici, on a pas mal de problèmes de jeunes qui sont tentés par la drogue ou l’alcool", constate-t-il avec gravité.
Face à ces enjeux, le sport, et le football en particulier, offre des perspectives vitales. "Le foot, mais aussi les autres sports, permettent de proposer des alternatives", affirme Marama. C'est une conviction profonde qui le pousse à s'investir avec ferveur dans sa nouvelle mission de formateur. Pour que ces alternatives soient efficaces, des efforts conséquents sont nécessaires. "Il faut qu’on y consacre de l’énergie et des ressources financières pour aider ces jeunes à sortir par le haut." Cet appel à l'action traduit son désir ardent de contribuer positivement à la société tahitienne, en utilisant le sport comme levier de réussite et d'épanouissement.
Jeune retraité du football professionnel, "Marama nourrit une envie de faire et d’agir". Son engagement va au-delà du simple encadrement sportif. Outre "son travail d’encadrement des jeunes", "il envisage de s’engager en politique afin de défendre sa vision du football et ses valeurs à ce niveau-là". Cette démarche témoigne de sa volonté d'influencer les politiques publiques pour que le sport soit pleinement reconnu et soutenu comme un facteur de cohésion sociale et de développement. En attendant, il continue de suivre avec passion l'actualité du ballon rond, comme la Coupe du Monde. Il "voit bien l’équipe de Didier Deschamps, formé lui aussi à l’école nantaise, réaliser un gros coup", un clin d'œil à son propre héritage nantais et à la culture du succès. Son message final aux jeunes Tahitiens est un condensé d'espoir et d'encouragement : "À tous les jeunes tahitiens : continuez à rêver et ne lâchez rien !"
Cette approche globale du football, embrassant à la fois l'excellence sportive, le développement personnel et l'engagement social, définit la nouvelle étape de la vie de Marama Vahirua. Le « coup de pagaie », autrefois une célébration de buts, devient désormais le symbole d'une impulsion, d'une force motrice pour propulser une nouvelle génération de talents tahitiens vers l'avenir, tant sur les terrains qu'en dehors. Marama, qui "surfait pas mal avant", se remet également à des activités plus personnelles, se reconnectant à la glisse. Il "vient d’acheter un paddle avec lequel il va donner quelques coups de rame à Punauiaa quand il trouve le temps", symbolisant peut-être un retour aux sources et un équilibre retrouvé après des années de haute compétition. Il "espère que ses fils arriveront à percer aussi dans le monde du foot", perpétuant ainsi l'héritage familial dans le sport.