George Raft : L'ombre et la lumière d'un gangster hollywoodien

Les origines et les premières années à New York

George Raft, né à New York, a grandi dans les rues de Hell’s Kitchen. Aîné d'une famille nombreuse, il apprend très tôt à se débrouiller et à vivre dans la rue. Il fait partie d'un gang des rues et gardera toute sa vie des relations avec la pègre. Acteur américain, George Raft a exercé plusieurs métiers dont boxeur, danseur mondain et même membre de la pègre, selon ses propres dires. Il fréquente les dancings et en 1919, il devient danseur professionnel et part en tournées dans le pays. Il enlève le “n” de son nom et devient danseur dans des clubs à New York, au El Fey Club de Texas Guinan : George Gershwin et Fred Astaire viennent le voir danser. Concernant sa vie privée, on sait qu'il s'est marié une première fois mais on a pas plus de renseignements si ce n'est qu'il a un enfant. Par la suite, en 1923, il se marie avec Grayce Mulrooney, union qui durera jusqu'à la mort de cette dernière en 1970.

La transition vers Hollywood et les débuts cinématographiques

En 1929, il accompagne Texas Guinan à Hollywood. Sa carrière prend donc son essor au moment du passage au parlant. George danse le charleston dans son premier film. C'est comme danseur qu'il débuta dans une demi-douzaine de films avant le succès qui allait changer sa vie, dont Hush Money de Sidney Lansfield en 1931. James Cagney l'avait vu danser à New York et le fait engager pour Taxi (1932) avec Loretta Young. En 1932, Mae West le demande pour jouer avec elle dans Nuit Après Nuit puis, alors que leurs carrières respectives seront au point mort, ils retravaillent ensemble sur Sextette (1978).

L'ascension fulgurante : le mythe Scarface

En 1932, Scarface, produit par Howard Hughes et réalisé par Howard Hawks, immortalise son image de gangster vu par Hollywood : le voilà révélé au grand public en dehors du contexte musical. Le nom de George Raft reste attaché à ce film, où un geste tout simple le fait entrer dans la légende : lancer une pièce de monnaie en l'air et la rattraper avec nonchalance. Ce geste devint la « signature » de l'acteur. Fidèle lieutenant du héros dans le film, dans la réalité il joue également un rôle : en raison de ses relations avec la pègre, dès le début du tournage, il est « convoqué » par Al Capone. Le célèbre gangster veut avoir un résumé de l'action et s'assurer que le portrait fait de lui, sous le nom de Scarface, n'abîmerait pas son image.

Entre l'élégance du danseur et la violence du dur à cuire

Si son physique plutôt avenant le prédisposait a priori à jouer les séducteurs, George Raft s’est finalement spécialisé dans les emplois de dur à cuire après son rôle majeur dans Scarface. Il alterne les rôles de gangster et de danseur : Si J'Avais Un Million (1932) avec Gary Cooper où il est faussaire et danse avec Carole Lombard dans Boléro (1934). Cette prestation lui ouvre le champ à d’autres œuvres comme Nuit après nuit (Mayo, 1932), Les faubourgs de New York (Walsh, 1933), et La clé de verre (Tuttle, 1935), première adaptation à l'écran du roman de Dashiell Hammett.

Non dénué de talent dramatique, mais doté d'une solide paresse (qui coïncide d'ailleurs avec le goût croissant, à l'époque, du cinéma américain pour les acteurs pratiquant l'understatement), George Raft s'impose surtout par son charme un peu félin. Après une composition remarquée dans La Clé De Verre (1935) de Frank Tuttle, il manque de peu une nomination à l'Oscar pour Ames A La Mer (1937) avec Gary Cooper et Frances Dee. Il exploite encore son élégance d'aventurier à la fois cynique et chevaleresque, personnage mis au point dans le remarquable Souls at Sea de Henry Hathaway (1937), et il est excellent dans À chaque aube je meurs (Each Dawn I Die, de William Keighley, 1939).

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L'apogée et le tournant de 1941

Humphrey Bogart devient son « faire-valoir » entre 1939 et 1940. Aux côtés de Marlène Dietrich et d'Edward G. Robinson dans L'Entraîneuse fatale (1941), il est à l'apogée de sa carrière. Dans They Drive by Night (R. Walsh, 1940), il jouait le frère aîné d'Humphrey Bogart. Emploi prémonitoire : l'année suivante, Raft, superstitieux, refuse le rôle principal de High Sierra que prépare Walsh, parce que le héros doit mourir à la fin. En 1941, il refuse également le rôle de Sam Spade dans Le Faucon Maltais et celui de Rick dans Casablanca, de très mauvais choix. Le rôle de High Sierra échoit à la vedette numéro 2 au box-office de la Warner, à savoir Bogart, dont l'ascension marque le déclin de George Raft.

Le déclin, les difficultés financières et la parodie

Devenu indépendant, il refuse d'autres rôles. À la fin des années 40, sa carrière est en déclin et il a des difficultés financières. Il est policier ou gangster dans des films mineurs afin d'éponger quelques dettes, tournant de nombreux films sans intérêt avec le réalisateur Edwin L. (comme Mr. Ace en 1946). Dans les années 50, son style apparaît démodé et il commence à avoir des ennuis d’argent, notamment avec le fisc. Les intrigues qu'on lui offre ne sont au mieux que des redites ou des fins de séries (Background to Danger, Walsh, 1942 ; Johnny Allegro, Ted Tetzlaff, 1949 ; A Bullet for Joe, Lewis Allen, 1955).

Fort riche au demeurant, n'ayant jamais perdu le contact avec les équivoques fréquentations de ses débuts, l'acteur semble se désintéresser de son métier au profit du turf et des salles de jeux (la rumeur affirme que la prise du pouvoir par Fidel Castro en 1959 ne sera pas sans compromettre les investissements de Raft dans les casinos de La Havane). Il devient même animateur au Flamingo Hotel de Las Vegas, où il subit des tracasseries policières à cause de ses relations avec la pègre.

L'héritage d'une figure légendaire

Petit à petit, il vient à se parodier lui-même, échouant à sortir des emplois qui ont fait sa gloire. Toutefois, à partir de 1956 (Le Tour du monde en 80 jours), il revient à l'écran. Mais, figure légendaire, il se contente (non sans intelligence) de se parodier discrètement lui-même comme « invité d'honneur », en refaisant éternellement le geste qui l'a rendu célèbre, et d'abord dans cette parodie de Scarface qu'est Certains l'aiment chaud (Some Like It Hot, de Billy Wilder, 1959) puis dans deux films de Jerry Lewis : The Ladies Man (1961) et The Patsy (1964). Familier (et « actionnaire ») de Las Vegas, il est aussi naturellement intégré au « gang » de Frank Sinatra qui y dévalise un palace (Oceans Eleven, de Lewis Milestone, 1960). Il tourne également dans For Those Who Think Young de Leslie H. en 1964. Il devient seulement acteur de second rôle jusqu'à la fin de sa vie, mais l'acteur, déjà âgé de 85 ans, tombe gravement malade.

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