Du rififi à Paname : L’Apogée du Polar International de Jean Gabin

L’ancrage dans l’univers d’Auguste Le Breton

Pour leur quatrième collaboration, Jean Gabin et le réalisateur Denys de La Patellière arrêtent le choix sur un roman d’Auguste Le Breton, matériau idéal pour un polar « de prestige ». Gabin, roi du polar à la française, pouvait-il échapper au phénomène « rififi » ? Compte tenu du succès rencontré par les adaptations successives de la célèbre série romanesque d’Auguste Le Breton, l’acteur se devait sans doute de s’y intéresser - question d’honneur, en un sens. Et, du point de vue des producteurs, de logique : si l’on regarde le générique de la série des Rififi, on s’aperçoit que les choix de casting menaient lentement mais sûrement au nom de Gabin.

Grand rival d’Albert Simonin pour la mainmise sur la littérature policière des années 1950, Auguste Le Breton a révolutionné le film de gangsters en y faisant « jacter » des voyous plus vrais que nature. Comme son titre le laisse deviner, Du rififi à Paname est adapté d’un roman d’Auguste Le Breton. Mais le romancier, qui a participé à l’écriture de plusieurs films, laisse cette fois au réalisateur le soin de tirer un scénario de son œuvre.

Puis, le réalisateur Alex Joffé met en scène en 1959 Du rififi chez les femmes, il en confie le rôle principal à Robert Hossein, jeune premier de l’époque. Après quoi, Jacques Deray monte encore la barre d’un cran en faisant de l’illustre Charles Vanel le héros de Du rififi à Tokyo. On voit que, pour gagner encore en prestige, il ne restait plus guère que Gabin : personne ne s’est donc étonné de voir en 1965 le monstre sacré jeter son dévolu sur le roman Du rififi à Paname. D’autant que l’acteur n’avait pas eu à se plaindre de ses précédentes incursions dans l’univers haut en couleur d’Auguste Le Breton, Razzia sur la chnouf et Le Rouge est mis comptant parmi les succès les plus considérables de sa « seconde » carrière.

La dynamique de production et le casting international

Alors qu’ils viennent tout juste d’achever le tournage du Tonnerre de Dieu, Jean Gabin et Denys de La Patellière se lancent en 1965 dans un nouveau projet. Il s’agit cette fois d’un polar, genre dont l’acteur s’est fait le spécialiste depuis une dizaine d’années. Mais Du rififi à Paname s’inscrit davantage dans la lignée de Mélodie en sous-sol que de Touchez pas au grisbi. Le film d’Henri Verneuil, tourné deux ans plus tôt par Gabin et Delon, a en effet institué un changement de ton par rapport aux films de gangsters classiques, et depuis son succès, la tendance est désormais aux productions « à grand spectacle ».

Ce parti pris se fait sentir d’emblée dans le choix des interprètes, dont beaucoup s’avèrent des grands noms du cinéma mondial. A commencer par George Raft, acteur américain qui, s’il n’est pas au plus fort de sa carrière, symbolise cependant tout un pan du polar hollywoodien, et non le moindre. Dans le film, les scènes mettant en présence Gabin et George Raft auront d’ailleurs des airs de « rencontre au sommet » de deux mythes du cinéma !

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La production est d’ailleurs luxueuse, avec des fonds qui viennent également d’Italie (d’où la présence au générique de l’acteur Mino Doro) et surtout d’Allemagne de l’Ouest. Ainsi, l’on retrouve dans un rôle central le très bon Gert Fröbe, par le jeu de la coproduction. De son côté, l’acteur allemand Gert Froebe a acquis une notoriété internationale grâce à Cent mille dollars au soleil d’Henri Verneuil et surtout à Goldfinger, troisième volet des aventures de James Bond, dans lequel il jouait l’ignoble « méchant ». Par ailleurs, Claudio Brook vient à l’époque d’être révélé par L’Ange exterminateur de Buñuel et Viva Maria ! de Louis Malle (mais c’est dans le rôle du pilote anglais de La Grande vadrouille qu’il deviendra immensément populaire l’année suivante).

Une esthétique entre tradition et modernité eurospy

Cette volonté de donner au film une touche exotique se traduit également par les nombreuses séquences tournées à l’étranger: malgré son titre typiquement « parigot », Du rififi à Paname nous entraîne successivement à Tokyo, Londres et Münich. A l’époque, le cinéma français n’a pas encore l’habitude de tourner en dehors de l’hexagone, et l’on sent clairement ici le désir de dépayser le spectateur, notamment dans la longue séquence de filature dans les rues de Tokyo… L’utilisation du format Cinémascope accentue d’ailleurs encore la somptuosité des paysages filmés, qu’il s’agisse du Tower Bridge de Londres ou des paysages enneigés de Bavière.

D’ailleurs, de manière assez étonnante, le polar débute plutôt comme un film d’espionnage typique de la vague d’eurospy qui déferle à la suite du succès de James Bond. La musique de Georges Garvarentz (complice musical de Charles Aznavour) prend des accents pop et yéyés qui dynamisent les plans plutôt académiques de Denys de La Patellière. Cela octroie au film un peps qui fait malheureusement défaut aux mouvements d’appareils, tous très convenus.

L’art de la réécriture et la plume d’Alphonse Boudard

Une tâche dont Denys de La Patellière s’acquitte seul jusqu’à l’étape du dialogue, pour laquelle il décide de faire appel au romancier Alphonse Boudard : ancien perceur de coffres, le romancier de La Métamorphose des cloportes allie en effet une excellente connaissance du « milieu » à un sens aiguisé de la formule. C’est donc à lui que l’on doit certaines des répliques les plus savoureuses du film.

Dans l’histoire du cinéma, les passerelles sont nombreuses, non seulement entre générations, mais aussi entre pays. Avec son casting international réunissant aussi bien Gabin que le jeune Claudio Brook, Du rififi à Paname en est un bel exemple. Mais c’est surtout la présence de George Raft que le cinéphile remarque ici. En 1965, cela fait déjà plus de trente ans que l’acteur a fait ses débuts à Hollywood, mais l’image du terrible truand de Scarface est encore dans toutes les têtes. C’est pourquoi Denys de La Patellière ne résiste pas à l’envie de rendre un double hommage au cinéaste Howard Hawks et à George Raft, en demandant à l’acteur de répéter ici le « gimmick » de son personnage de 1932 : à savoir la manie de faire sauter dans sa main une pièce de monnaie. Dans Du rififi à Paname, Jean Gabin donne la réplique en anglais à son collègue George Raft. Mais ce qui s’avère plus original encore dans Du rififi à Paname, c’est le fait que les protagonistes étrangers s’expriment dans leur propre langue, et sans sous-titres.

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Le portrait des figures emblématiques du film

Jean Gabin, s’il est un acteur dont le nom est à jamais associé au cinéma de l’entre-deux-guerres, aux chefs-d’œuvre du réalisme poétique, c’est bien Jean Gabin. S’il n’est pas le réalisateur avec qui Gabin aura le plus tourné, Denys de La Patellière peut se targuer d’avoir dirigé l’acteur dans pas moins de six films, dont la plupart ont connu un grand succès public. Tournée en 1965, cette comédie amère marque les retrouvailles de Jean Gabin et du réalisateur Denys de La Patellière.

Mireille Darc, malgré sa blondeur légendaire, l’héroïne de La Grande sauterelle est une enfant du sud : c’est à Toulon qu’elle naît en mai 1938. S’inscrivant au Conservatoire d’art dramatique de la ville, elle y trouve confirmation que c’est bien là que reside sa vocation. Un prix d’excellence en poche, elle gagne Paris à l’âge de vingt ans, où son physique lui vaut de travailler quelque temps comme mannequin. Mais elle ne tarde pas à décrocher ses premiers rôles à la télévision, puis au cinéma. L’année suivante, elle tourne pour la première fois sous la direction de Georges Lautner, qui lui offrira la notoriété avec le film-scandale Galia.

Analyse narrative et réception critique

Sous ses dehors de propriétaire de boîtes de nuit, Paul Berger dirige en fait un trafic d’or à l’échelle internationale. Avec Walter, un antiquaire devenu son bras droit, ils recrutent des hommes sans casier judiciaire pour transporter les lingots au nez et à la barbe des services de douane.

Le film d’espionnage et de gangsters est assorti d’un très bon casting, si on enlève le défaut des doublages quand on entend les différences de voix en langue allemande et française sur un personnage. De même, on peut être surpris par l’importance du personnage interprété avec entrain par Claudio Brook. L’acteur mexicain, pourtant peu mis en avant au générique, est bien un personnage central du film puisqu’il incarne un agent américain infiltré au sein de la bande à Gabin afin de la confondre. Passablement embrouillée, l’intrigue peine à prendre lors de la première demi-heure, d’autant que Jean Gabin est assez peu présent à l’écran. Une fois que son personnage de caïd intervient davantage, le film retrouve des couleurs, preuve qu’un grand acteur peut faire avaler bien des réalisations médiocres.

Heureusement, Jean Gabin est ici secondé par des comédiens qui assurent, parmi lesquels Claude Brasseur, Mireille Darc, Daniel Ceccaldi et surtout Nadja Tiller qui compose un beau personnage de femme toujours amoureuse de son ex-mari. Ce film policier de Denys de La Patellière est réussi. La mise en scène du réalisateur reste simple, mais ça fonctionne. Le scénario est travaillé, l’intrigue est efficace et le film est divertissant tout le long. On reste scotché du début à la fin.

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Lors de sa sortie en mars 1966, Du rififi à Paname arrive en tête du box-office parisien de la semaine avec 95 630 truands dans les salles. Le polar conserve sa pole position la semaine suivante avec 68 588 clients supplémentaires. Malgré une chute des entrées (49 354 tickets), le film reste premier en troisième semaine. La chute est sévère en quatrième semaine (34 106 spectateurs), mais le thriller remonte en cinquième septaine avec 38 118 tickets de plus. Pour la France entière, le film a attendu sa troisième semaine pour atteindre la première place du box-office. Le métrage se fait doubler après plusieurs semaines en pole position par la sortie événement d’Opération tonnerre (Young, 1965), le nouveau James Bond. Mi-mai, le Gabin atteint la barre symbolique du million d’entrées. Increvable, le polar remonte à la deuxième place du box-office à la mi-juin.

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