Réalisateur, scénariste, monteur, producteur et acteur italien, Tinto Brass, de son vrai nom Giovanni Brass, est né en 1933 à Milan, en Italie. Sa filmographie, éclectique et souvent provocatrice, oscille entre films d'auteur, œuvres expérimentales et productions érotiques qui ont marqué le cinéma italien.
Biographie et début de carrière
Le petit garçon déménage très vite à Venise où il a grandi dans une famille aisée. A l’adolescence, Tinto Brass devient un pensionnaire régulier des salles de cinémas, mais aussi des bordels. La rupture avec sa famille intervient à sa majorité car il décide de quitter l’Italie pour rejoindre Paris. Là, il fréquente la Cinémathèque française et parfait sa culture cinématographique. Apprécié par ce milieu, il devient même un temps archiviste au sein de cette institution. Dès 1959, Tinto Brass devient assistant-réalisateur d’Alberto Cavalcanti pour Les noces vénitiennes (1959), puis pour le documentaire Inde, terre mère (Roberto Rossellini, 1959) et Le Général de la Rovere (Roberto Rossellini, 1959). Cette expérience avec le maestro le marque durablement et l’amène à la réalisation.
Giovanni Brass fait des études de droit avant de travailler comme archiviste de la Cinémathèque française à la fin des années 1950. A cette époque, il est aussi assistant réalisateur pour Alberto Cavalcanti (Les Noces vénitiennes), Roberto Rossellini (Inde, terre mère et Le Général de la Rovere) et les frères Taviani (L'Italia non è un paese povero).
Les premières réalisations (1963-1975): entre engagement et expérimentation
Il débute en tant que cinéaste à part entière avec le drame Chi lavora è perduto (In capo al mondo) (1963) qui est en quelque sorte autobiographique. Toutefois, les impératifs économiques vont rappeler l’anarchiste à l’ordre et Tinto Brass est contraint désormais d’œuvrer dans le cadre du cinéma commercial. Ainsi, il réalise un sketch de la comédie collective La mia signora (1964), puis le loufoque Il disco volante (1964). Désormais inclus dans le circuit, Tinto Brass tourne le western Yankee (1966), avant d’aborder le thriller à machination avec En cinquième vitesse (1967). Peu satisfait de sa situation, Brass va ensuite tourner des œuvres plus personnelles et avant-gardistes qui ne tiennent pas longtemps l’affiche. Parmi elles, on peut citer Dropout (1970) et La vacanza (1971).
En 1963, il tourne son premier long métrage, le drame contestataire Qui travaille est perdu. Dès l'année suivante, il enchaîne trois films : un segment de la comédie à sketches La mia signora (avec Luigi Comencini et Mauro Bolognini), le documentaire sur la guerre et la révolution Ça ira, il fiume della rivolta et la comédie de science-fiction Il disco volante, avec Alberto Sordi et Monica Vitti. Il continue ensuite dans le cinéma de genre avec le western psychédélique Yankee avec le Français Philippe Leroy.
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Voici une liste de ses films durant cette période :
- Qui travaille est perdu (Chi lavora e perduto) (1963) : Drame.
- Ça ira (Il fiume della rivolta) (1964) : Documentaire sur la guerre.
- Il disco volante (1964) : Comédie de science-fiction avec Alberto Sordi et Monica Vitti.
- La mia signora (1964) : Segment d'une comédie à sketches (avec Luigi Comencini et Mauro Bolognini).
- Yankee (1966) : Western psychédélique.
- Le Cœur aux lèvres (Col cuore in gola) (1967) : Policier.
- Attraction (Nerosubianco) (1969) : Comédie.
- Le Hurlement (L'urlo) (1970) : Comédie.
- Dropout (1970) : Drame, Romance.
- I Miss Sonia Henie (1971) : Court-métrage expérimental (avec Karpo Godina, Mladomir 'Purisa' Djordjevic, Miloš Forman, Buck Henry, Dušan Makavejev, Paul Morrissey et Frederick Wiseman).
- Les Vacances (La Vacanza) (1971) : Drame.
La période controversée (1976-1979): Salon Kitty et Caligula
Alors que sa carrière prend l’eau, l’anarchiste est repêché par le producteur Ermanno Donati qui lui propose de réaliser Salon Kitty (1976), d’après un roman historique choc évoquant les bordels du Troisième Reich. Le résultat, porté par Helmut Berger et Ingrid Thulin, est provoquant, troublant et va même initier la mode de la nazisploitation. Tinto Brass enchaîne immédiatement avec un autre film choc sur le pouvoir, mais cette fois-ci sous la Rome impériale. Ainsi, il réalise Caligula (1979) avec Malcolm McDowell et Peter O’Toole. Toutefois, le film, déjà assez gratiné, est caviardé de scènes X tournées dans le dos du cinéaste par le producteur Bob Guccione, également patron de Playboy.
Ces films marquent un tournant dans sa carrière, le réalisateur explorant des thèmes plus sombres et controversés :
- Salon Kitty (1976) : Drame érotique se déroulant dans un bordel nazi.
- Caligula (1979) : Drame historique et biographique sur l'empereur romain Caligula. Le film a été marqué par des conflits entre Brass et le producteur Bob Guccione, notamment en raison de l'ajout de scènes pornographiques non désirées par le réalisateur.
Le cinéma érotique (1980-2006): Un style unique
Afin de retrouver foi en son métier, le cinéaste tourne rapidement le drame Action (1980) qui n’obtient aucun écho. Trois ans plus tard, Brass inaugure le cycle qui va le remettre en selle, à savoir des films érotiques chics et soft, généralement situés dans les années 30-40. Ainsi, il triomphe en Italie avec La clef (1983) porté par Stefania Sandrelli. Grâce à ce beau succès, Tinto Brass enchaîne avec Miranda (1985) où il met en exergue la beauté de Serena Grandi. Nouveau succès. Dès lors, le cinéaste renchérit avec Vices et caprices (1987) qui est encore plébiscité par la public italien. S.R.L. La suite de sa carrière se conforme à ce style unique, le nom du cinéaste devenant une valeur marchande dans le domaine de l’érotisme. Il en tourne encore de nombreux, dont Monella (1998) ou encore Senso 45 (2002). A noter qu’aucun des films du cinéaste n’est sorti en France à partir de 1987.
À partir des années 1980, Tinto Brass se spécialise dans le cinéma érotique, développant un style reconnaissable : esthétisation de l'image, utilisation de la musique classique, exploration des fantasmes et des tabous. Ses films connaissent un succès commercial en Italie et à l'étranger, mais sont également critiqués pour leur caractère répétitif et leur complaisance dans l'exploitation du corps féminin.
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- Action (1980) : Drame.
- La Clé (La chiave) (1983) : Drame érotique.
- Miranda (1985) : Comédie érotique.
- Vices et caprices (Capriccio) (1987) : Drame érotique.
- Snack bar Budapest (1988)
- Paprika (1991) : Drame érotique.
- All Ladies Do It (Cosi'fan tutte) (1992) : Comédie érotique.
- Le Voyeur (L'uomo che guarda) (1994) : Drame érotique.
- Monella (1998) : Comédie érotique et romance.
- Tra(sgre)dire (2000) : Romance.
- Senso '45 (2002) : Drame, Romance, Thriller.
- Fallo! (2003) : Drame, Romance.
- Monamour (2006) : Drame érotique et romance.
Dernières œuvres (2008-2009)
- Kick the Cock (2008) : Court-métrage comique.
- Hotel Courbet (2009) : Court-métrage.
Retraite
Depuis, le cinéaste vieillissant est en retraite, d’autant qu’il a été victime d’une hémorragie cérébrale en 2010.
Style et thèmes
L'œuvre de Tinto Brass est marquée par une exploration de la sexualité, du pouvoir et de la transgression. Ses films mettent souvent en scène des personnages féminins forts et indépendants, qui affirment leur désir et leur liberté. Il s'est également intéressé à l'histoire italienne, en particulier à la période fasciste et à la Seconde Guerre mondiale. Son style visuel est reconnaissable par son utilisation de mouvements de caméra fluides, de gros plans suggestifs et d'une esthétique baroque.
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