L'univers Fantasmagorique de Tinto Brass: Une Analyse Critique

Giovanni "Tinto" Brass, né à Milan dans une famille d'origine gorizienne, a marqué le cinéma italien par son approche particulière de l'érotisme et sa critique de la censure. Cet article explore les différentes facettes de son œuvre, de ses débuts influencés par la Nouvelle Vague à ses films érotiques les plus controversés, en passant par ses incursions théâtrales.

Les Débuts et l'Influence de la Nouvelle Vague

Après avoir obtenu son diplôme à Venise en 1957, Tinto Brass s'immerge dans le monde du cinéma. Il travaille comme archiviste à la Cinémathèque française à la fin des années 1950, une période marquée par l'émergence de la Nouvelle Vague. De retour en Italie, il devient assistant-réalisateur auprès d'Alberto Cavalcanti et de Joris Ivens pour le film "L'Italie n'est pas un pays pauvre". Fort de ces expériences, où il a travaillé aux côtés de maîtres tels que Federico Fellini, Roberto Rossellini et Joris Ivens, il réalise son premier long-métrage, "Chi lavora è perduto (In capo al mondo)" (1963), une œuvre clairement influencée par la Nouvelle Vague.

Dans les années suivantes, il réalise "La mia Signora" et "Il disco volante" (1964), deux films avec Silvana Mangano et Alberto Sordi. En 1967, il signe "Col cuore in gola" (« En cinquième vitesse »), un « polar pop » avec Jean-Louis Trintignant, prélude à une série de films londoniens : "L’urlo" (1968), "Nero su bianco" (1969) (censuré en Italie jusqu'en 1974), et "Drop Out" avec Vanessa Redgrave et Franco Nero.

La Transition vers l'Érotisme et la Controverse

Un tournant s'opère en 1976 lorsqu'on lui propose de réaliser "Salon Kitty", un projet érotique. Tinto Brass réécrit le scénario pour en faire une satire sociale. Le succès de ce film attire l'attention de Bob Guccione, propriétaire de Penthouse, qui lui propose une adaptation à gros budget de "Caligula" de Gore Vidal. Cependant, Brass est écarté du projet pour avoir refusé d'inclure les séquences exigées par Guccione.

Cette expérience marque le début d'une période où Tinto Brass explore de plus en plus l'érotisme dans ses films. En 1983, "La chiave" relance la carrière de Stefania Sandrelli. Il lance ensuite Serena Grandi avec "Miranda" et, en 1987, Francesca Dellera avec "Capriccio".

Lire aussi: Où faire la fête dans une boîte de nuit avec piscine en France ?

L'Érotisme comme Critique Sociale

Pour Tinto Brass, l'érotisme est un moyen de dénoncer l'hypocrisie de la censure, comme il l'exprime dans "Senso '45" ou la comédie "Fallo !". Il continue d'explorer ce thème dans des films comme "Monamour" (2005).

Ses films, parfois qualifiés d'érotomanes, souvent complaisants voire mensongers, surtout les derniers, méritent d'être vus, notamment "Qui travaille est perdu", d'autant plus que la plupart n'auraient jamais été produits autrement.

Incursion au Théâtre

Parallèlement à sa carrière cinématographique, Tinto Brass s'est également investi dans le théâtre. Il a mis en scène "Pranzo di famiglia" de Roberto Lerici en 1973, un spectacle repris cinq fois jusqu'en 1986. Il a également dirigé "L’uomo di sabbia" de Rehim en 1976 et "Lulu" de Wedekind en 1990.

Analyse Critique de "Così fan tutte"

"Così fan tutte", réalisé en 1992 avec Claudia Koll, est une adaptation de l'opéra de Mozart qui a suscité des réactions mitigées. Si l'adaptation de Mozart par Tinto Brass pouvait susciter des inquiétudes, le résultat est malheureusement à la hauteur des craintes : décevant. Bien que l'on puisse ne pas être trop regardant sur la fidélité au matériau d'origine, le problème est que "Così fan tutte" est un mauvais film.

Le film commence pourtant très bien dans les trente premières minutes, mais devient rapidement un supplice. L'interprétation est menée par Claudia Koll, qui livre une prestation convaincante malgré un personnage unidimensionnel. Le reste de la distribution est transparent, jouant des personnages sans relief.

Lire aussi: Rangement des leurres

Le scénario aurait pu être plus ambitieux. Même en s'affranchissant de l'œuvre originale, Brass aurait pu réaliser un film érotique humoristique ou engagé. Au lieu de cela, "Così fan tutte" se contente d'enchaîner les scènes érotiques sans réelle intrigue. Ces scènes sont décousues, passant d'un style burlesque à un style plus scabreux, créant une ambiance difficile à cerner. La première demi-heure est séduisante, mais le film s'enlise et se répète.

Sur le plan formel, le film accuse son âge. La photographie est moyenne et les décors semblent dater des années 70. La mise en scène de Brass est inégale, avec de bonnes idées dans la première partie mais une exécution plus bâclée par la suite. Les scènes érotiques manquent de sensualité et de sentiment. La bande son, bien que datée, est le seul aspect que l'on peut sauver.

En résumé, "Così fan tutte" est un film faible, sauvé de la médiocrité par sa première partie. Le problème principal est qu'il repose presque uniquement sur ses scènes érotiques, privilégiant la quantité à la qualité. Ces scènes sont introduites de manière aléatoire et manquent de cohérence.

Style et Thèmes Récurrents

Les films de Tinto Brass se caractérisent par un style visuel particulier, souvent marqué par des gros plans et des mouvements de caméra audacieux. Il explore les thèmes de la sexualité, du désir et de la transgression, tout en critiquant les conventions sociales et la censure.

Lire aussi: Notre avis détaillé sur les Voiles Meyzieu

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *