Dans le monde de la navigation, le langage technique est aussi vaste que les océans eux-mêmes. Parmi les actions fondamentales qui régissent la vie à bord d’un voilier ou la précision d’une maquette historique, le verbe « ferler » occupe une place centrale. Souvent confondu avec d’autres gestes marins, il désigne une manœuvre spécifique de rangement qui garantit la sécurité du navire face aux éléments. Comprendre cette pratique, c'est plonger dans l'histoire de la marine à voile tout en saisissant les impératifs de la sécurité contemporaine et de la précision artisanale.
Définition et racines historiques de la manœuvre
Le terme « ferler » est un verbe transitif qui, dans le jargon maritime, signifie relever une voile - généralement carrée - pli par pli pour la fixer solidement sur la vergue au moyen de rabans. Comme en témoigne le dictionnaire universel de Furetière de 1690, le terme est ancien : il consiste à plier les voiles sous l’antenne et à les mettre en « fagot ». Cette précision est capitale, car elle distingue l'action de ferler de celle de carguer, qui consiste simplement à trousser la voile.
L'étymologie du mot demeure quelque peu obscure, bien qu'elle se rattache peut-être au latin classique ferula (férule, baguette), suggérant l'idée d'une voile se pliant le long de la vergue. L'usage en français est attesté dès 1553, tandis que le terme anglais to furl semble avoir été emprunté au français au milieu du XVIe siècle. Le matelot jerseyois, nourri, logé, chauffé, à ne rien faire, et à boire du fayal, trouvait cela beaucoup plus doux que d'aller ferler la misaine sur le bout de la vergue, illustrant par cette citation de Chateaubriand la pénibilité physique et la technicité requises par cette tâche autrefois dévolue aux gabiers.
La technique opératoire à bord des navires traditionnels
Pour ferler une voile, le processus traditionnel suit une séquence rigoureuse. On commence par la carguer : à l'aide de poulies installées sur les vergues et la ralingue (le cordage qui entoure la voile), on hisse le bas de la voile contre la vergue. Une fois cette opération terminée, les gabiers grimpent dans la mâture afin de hisser la toile contre la vergue et de la ranger à l'intérieur d'un pli, dans ce qu’on appelle le sac. Puis, on entoure le tout avec des cordages baptisés rabans.
Cette manœuvre n'est pas seulement une question d'ordre, c'est une nécessité de conservation du gréement. Dans le langage courant, on retient que l'on affale une voile, puis on brasse la toile et enfin on la ferle. L'action inverse, consistant à déployer la toile, se nomme « déferler ».
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Sécurité et enjeux contemporains en marina
Si la manœuvre est ancestrale, son importance n'a pas faibli, même sur les voiliers de plaisance modernes. La négligence dans le rangement des voiles peut avoir des conséquences désastreuses. De nombreux plaisanciers ferlent approximativement leur grand-voile au port et la plupart oublient carrément de nouer une garcette de sécurité autour de la voile d’avant sur son enrouleur, qui ne demande qu’à se dérouler au premier gros coup de vent.
Imaginons un instant la violence d’une tornade, telle que celle qui s'est abattue le 27 avril sur la ville américaine d’Andover. Si un tel phénomène frappait une marina, les dégâts seraient immenses. Sur l’eau, de nombreux tauds de grand-voile s’ouvriraient par le dessous en cas de capelage aléatoire, laissant les laizes se faire happer ou laminer. Les voiles d’avant, juste assurées au taquet par la bosse d’enrouleur, n’auraient alors aucune chance de survie, faisant peser un grand danger sur le mât lui-même. La rigueur dans le ferlage devient donc une ligne de défense contre l'imprévisibilité climatique.
L’art de ferler en modélisme naval
La technique du ferlage trouve un écho fascinant dans l’art du modélisme. Réaliser des voiles réalistes est une étape fondamentale pour donner de l’authenticité à un modèle naval, tel que la célèbre goélette ou le gréement complexe d'un Cutty Sark. Le réglage des voiles est essentiel pour rendre cohérente et crédible la scène que l’on souhaite représenter.
Pour réussir cette opération à petite échelle, plusieurs règles d’or doivent être respectées :
- L’échelle et le matériau : L’une des erreurs les plus fréquentes consiste à utiliser des tissus trop épais. À l’échelle 1:70 ou 1:100, même le coton le plus fin peut être excessif. Le lin fin, le coton léger ou le papier japonais sont préférables.
- La préparation : Le tissu choisi doit être assoupli avec de l’eau, sans colle, avant d’être façonné. Certains modélistes utilisent du coton très fin imbibé de colle blanche et mis en plis sur un tuteur après avoir simulé la gravité.
- L’envergure : La voile doit être fixée à la vergue au moyen de ligatures régulières, placées à intervalles d’environ 1 à 1,5 cm. Les fils cirés, longs d’au moins 15 à 20 cm, se passent derrière la voile, au-dessus de la vergue, puis se nouent à l’avant.
- Le modelage : Comme le tissu à l’échelle ne possède pas le poids d’une véritable voile, il faut simuler l’effet de la gravité. Les plis se modèlent à la main, à l’aide d’un cure-dent, créant un volume plus dense au centre et plus souple sur les côtés. La voile doit se trouver entièrement sous la ligne de la vergue, bien que laisser un pan libre puisse ajouter du dynamisme.
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