Dériveurs Intégraux et Dériveurs Lestés : Naviguer Entre Compromis et Liberté Absolue

Il existe deux types de dériveurs, le dériveur intégral (DI) et le dériveur lesté (DL). Si ces deux voiliers permettent d’accéder à tous les plans d’eau et d’échouer à marée basse, ils ont chacun leurs avantages et inconvénients. Les différents types de lest de nos voiliers ont une incidence sur nos navigations, et le choix entre ces architectures dépend intrinsèquement du programme envisagé. Que ce soit pour le plaisir de venir s’échouer sur une plage de sable blanc ou pour profiter de petits ports bretons, la capacité d'accéder à des zones de faible profondeur constitue un atout majeur.

Les Fondamentaux du Voilier Monocoque : Rôle du Lest et de la Dérive

Pour les adeptes du monocoque, il est essentiel de rappeler la fonction de ces appendices qui garantissent la stabilité et la performance du bateau. Le lest vient alourdir le voilier de manière à lui donner une stabilité suffisante pour l’empêcher de se retourner sous la force du vent et des vagues. Son efficacité dépend de la hauteur à laquelle il se trouve ; en effet, plus le centre de gravité du voilier est abaissé, plus ce dernier est stable. La force qu’exerce le poids du lest alliée à la poussée d’Archimède contrebalance celle du vent sur le gréement, générant ce que l’on appelle le couple de redressement du voilier. Si malgré tout votre monocoque était retourné par une vague, son centre de gravité se retrouverait alors très haut. Or, plus ce centre de gravité est haut et plus le voilier est instable, il y aurait donc de fortes chances que la vague suivante redresse votre bateau. Cependant, un dériveur retourné se redressera moins facilement qu’un quillard, le lest étant généralement moins profond.

Le lest ne fait pas tout. La dérive est relativement légère et modifie assez peu le centre de gravité du voilier. Par contre, c’est bien ce plan anti-dérive qui permet au voilier de ne pas déraper quand le vent le pousse par le travers, et encore plus au près. Pour que ce plan anti-dérive, constitué des surfaces de la dérive - ou de la quille - et du gouvernail, soit efficace, il faut que le voilier atteigne une vitesse critique, à partir de laquelle les filets d’eau « accrochent » le long de la dérive. Dans un port au moteur, avec de la brise, en l’absence de plan anti-dérive, votre bateau glissera également comme une savonnette sur l’eau. Il est souvent dit que les dériveurs marchent moins bien que les quillards au près, ce qui est dû à l’emplacement du lest, placé dans les fonds du voilier, qui offre un couple de redressement inférieur à celui des quillards. Pour compenser ce problème, les architectes augmentent la stabilité des dériveurs en élargissant les carènes et en les dotant de dérives les plus profondes possible. Il est à noter que, bien que le centre de gravité des dériveurs soit plus proche de la surface, ces bateaux ont des mouvements plus doux et ils roulent moins que les autres voiliers, offrant un confort appréciable.

Le Dériveur Lesté (DL) : Une Évolution Ancienneté et Modernité

Le dériveur lesté est un voilier à lest mobile dont la conception remonte à de nombreuses années. On retrouve des plans Cornu et Herbulot, souvent en bois, conçus avec une dérive lestée. Des architectes comme Philippe Harlé ont proposé de très nombreux voiliers avec une version dite DL. Le chantier Jeanneau, par exemple, a très vite opté pour cette solution et a gardé cette habitude, encore aujourd’hui.

Les premiers dériveurs lestés étaient équipés d’un lest, appelé saumon. De ce saumon, sortait une dérive, ou plutôt, une plaque de tôle, servant de dérive. Aujourd’hui, les dériveurs lestés ont pas mal évolué pour proposer des saumons profilés avec des ailerons sur les côtés. L'un des avantages fondamentaux du dériveur lesté est que lorsque vous échouez, la coque n’est pas en contact avec le fond. Cela réduit le risque d'endommagement de la coque. En navigation, si vous talonnez et que vous perdez votre dérive, vous pouvez continuer de faire route, bien que l'efficacité au près puisse être compromise. Cependant, il arrive souvent que la dérive se coince dans le saumon, nécessitant parfois une intervention. Les nouveaux dériveurs lestés sont plutôt bien pensés ; on peut notamment citer le Sun Odyssey 32i, qui, grâce à ses deux ailerons et ses safrans, permet de se poser à plat sans aucune contrainte tout en bénéficiant d’un lest supplémentaire.

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Un plaisancier qui a navigué par le passé sur un dériveur lesté, un Kelt 7.60, en a gardé un excellent souvenir, soulignant que ce dériveur lesté permettait de profiter pleinement du Golfe du Morbihan à l'époque. Il avait toutefois aussi ses inconvénients, comme toute conception.

Le Dériveur Intégral (DI) : L'Ingéniosité au Service de l'Accès Total

Il semble que le dériveur intégral soit apparu après le dériveur lesté, les architectes ayant fait évoluer le concept de dérive mobile. Des chantiers comme Gib Sea et Kirié, par exemple, ont commencé par proposer des dériveurs lestés avant de développer toute une gamme de voiliers en version dériveur intégral. Le dériveur intégral est un voilier dont le lest est dans la coque. Dans ce concept, on supprime la quille fixe. Une dérive mobile prend place au centre du bateau, et le lest est réparti sur le fond de coque. Le poids est augmenté pour garder une bonne stabilité. Cette formule offre des tirants d’eau très réduits même dérive haute. À l’échouage, le bateau se pose sur son fond de coque renforcé à cet effet, ce qui permet au dériveur intégral de venir beacher directement sur la plage en toute simplicité. Le meilleur exemple est le Feeling 32 DI des chantiers Kirié, offrant un tirant d’eau de 0.85/1.85 m. En mettant la quille en position basse, cela confère au voilier une grande raideur à la toile. Ajouté à cela une stabilité de forme radicale, on obtient un parfait cocktail de performance pour un voilier qui peut aussi s'échouer à plat.

Cependant, le dériveur intégral sera plus gitard et demandera donc à réduire la toile plus rapidement. Les puits de quille et de dérive sont également des points d'attention, car ils détestent se remplir de sable, de vase et de coquillages. À force, cela abîme les mécanismes de relevage, au risque de bloquer le tout. Les rouages, vis sans fin et autres patins de guidage doivent être graissés, vérifiés régulièrement et remplacés si nécessaire. Ceci est vrai pour les dériveurs intégraux et les voiliers à quille sabre relevable. Un autre inconvénient potentiel est l'impact sur l'aménagement intérieur, car le carré est alors coupé par le puits qui traverse parfois le bateau depuis le fond jusqu’au pont. Pour neutraliser cet inconvénient, les architectes peuvent placer le carré à l’arrière sous le cockpit, ou au contraire l’avancer. Les voiliers à quille ou à dérive pivotante sont avantagés de ce point de vue.

Les Atouts Partagés : Une Liberté de Navigation Incomparable

La principale caractéristique partagée par les dériveurs intégraux et lestés, et leur avantage le plus marquant, est la capacité d'accéder à des mouillages peu profonds. Partout dans le monde, et plus encore dans les zones à marées, les meilleurs abris, les moins fréquentés, les moins exposés au vent et à la houle, se trouvent souvent dans des zones de très faible profondeur. Avec un faible tirant d’eau, et surtout si votre voilier peut facilement s’échouer, il devient mille fois plus aisé de dénicher une place de port. Bien sûr, si vous stationnez à l’échouage, vous serez aussi tributaire de la marée pour naviguer, on ne peut pas tout avoir.

En dehors de votre port d’attache, l’été, quand les ports du sud de la Bretagne sont pris d’assaut, avec un faible tirant d’eau, vous trouverez toujours un mouillage de libre. Cette capacité ouvre des horizons insoupçonnés, permettant d’explorer des Ria et des lagunes, notamment le long des côtes de la Manche et de l’Atlantique, dont bon nombre ne sont pas accessibles aux quillards, ou pas totalement. Par exemple, si vous entrez à marée haute dans l’archipel des Glénans, il ne vous reste plus qu’à choisir l’îlot devant lequel poser votre voilier, loin de la foule.

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Un autre avantage pratique réside dans la facilité et le coût réduit de l’entretien courant des œuvres vives. Avec un peu de marnage, il est plus facile et moins coûteux d’effectuer ces travaux en vous échouant sur une cale ou même une plage. D'un point de vue sécuritaire, un dériveur, grâce à son faible tirant d'eau, peut trouver un abri au plus près de la côte, dans une crique peu profonde, en cas de très mauvaises conditions. Un quillard sera incapable de faire de même.

Compromis et Critères de Sélection : Choisir son Baroudeur des Mers

Le choix entre un dériveur lesté et un dériveur intégral est une question de compromis, comme souvent dans le monde de la plaisance. Le plaisir de naviguer sur un dériveur intégral, comme celui d'un ami, a été l'occasion de nombreux débats sur l'intérêt respectif du dériveur lesté ou de la dérive intégrale. Un plaisancier peut se poser la question : « dériveur ou quillard ? ». Si la présence d’une excroissance, qu’elle soit fixe ou mobile, sous la coque de votre bateau, vous dérange, vous opterez tout simplement pour un multicoque, ou bien passerez au motonautisme, bien qu'il restera la question du gouvernail qui dépasse toujours un peu. Pour les adeptes du monocoque, la question demeure.

Sur le plan strict de la performance, nous avons vu qu’au près les dériveurs sont souvent à la traîne par rapport aux quillards. Il faut donc vraiment se poser la question de l’usage que vous aurez de ses avantages avant d’acquérir un dériveur. Aurez-vous besoin de vous échouer régulièrement ? À l’inverse, appréciez-vous la possibilité de remonter efficacement au près ? L’assurance de rejoindre rapidement un port contre le coup de vent qui se lève avant que celui-ci ne vire au gros temps ? Suivant les « dessous » de votre fidèle monture, biquille, dériveur lesté ou intégral, vous n’aurez pas les mêmes facilités, ni les mêmes exigences pour échouer. Cependant, vous devrez absolument savoir ce qui se trouve sous votre bateau avant de le poser. Après, et bien c’est trop tard. Les fonds plats de sable ou de vase, sans rochers auront votre préférence. Mais s’il s’agit de vase, à marée basse, mieux vaut qu’il reste suffisamment d’eau au mouillage pour que vous puissiez vous déplacer en annexe. Parfois des rochers particulièrement glissants se cachent sous une fine couche de sable. Quand la marée remonte, si le vent a changé de direction et pousse par exemple vers le rivage, vous devrez porter rapidement votre ancre vers le large pour éviter de vous retrouver définitivement échoué sur le rivage.

Concrètement, si l'on devait acheter un petit voilier, dans la mesure du possible, un dériveur intégral serait un choix à considérer. Sur un bateau plus grand, le choix entre les deux est plus discutable. Si le dériveur intégral a l’avantage de se poser à plat en toute simplicité, les nouveaux dériveurs lestés sont aussi très bien conçus.

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