L’épopée des Delassus : une dynastie du canoë-kayak

La famille Delassus, originaire de Bourg-Saint-Maurice, a de quoi être fière. On compte en effet trois membres de la fratrie (Natacha ne fait plus de kayak), licenciés à Pau, sélectionnés en équipe de France pour cette saison 2026 : Anatole Delassus en kayak, Doriane en canoë et Marjorie dans les trois catégories (canoë, kayak et kayak cross). Marjorie Delassus est l’aînée d’une fratrie de quatre qui font tous du canoë-kayak ! Ses frères et sœurs, Natacha, Anatole et Doriane, pratiquent tous la discipline à différents niveaux. Il est des familles dont tous les membres partagent la même passion sportive. À Pau (Pyrénées-Atlantiques), dans le sillage des Estanguet, champions de canoë-kayak, les Delassus, qui sont en stage cette semaine à Bourg-Saint-Maurice, font parler d’eux.

Des débuts en Tarentaise à l’ancrage béarnais

Ces Palois sont nés en Tarentaise. La famille Delassus a vécu en Savoie, à La Plagne, jusqu’en 2014, où les enfants ont débuté le canoë-kayak. Un jour Rachel, leur maman, institutrice à Granier, les a emmenés dans la vallée pour une journée découverte au club La Plagne Eaux vives. Depuis, les membres de la fratrie Delassus n’ont plus quitté les rivières. Ils se sont aguerris à Pau, où ils demeurent désormais. Depuis, la famille est petit à petit venue s’installer en Béarn au fur et à mesure que les quatre enfants ont intégré le pôle espoir palois. Ils habitent Bizanos avec leur mère, Rachel Delassus, institutrice.

La résilience et la force du collectif

Qu’il est dur pour un athlète de haut niveau en confinement de trouver la motivation, lorsque ses objectifs sont compromis et que sa discipline favorite a laissé place à de lassants exercices de cardio et muscu… Alors quand en plus de cela vous vous retrouvez seul face au planning de prépa physique envoyé par votre coach, il y a de quoi se décourager et élaguer allègrement les séances de gainages et abdos… Si l’incertitude pèse forcément dans les têtes des trois sœurs et du frère Delassus (lesquels espéraient tous une sélection en équipes de France de canoë-kayak jusqu’à ce que les piges se retrouvent annulées), la solitude en revanche ne risque pas de les atteindre. La famille de « surdoués » de la pagaie se retrouve confinée dans sa maison, à Bizanos. Et si chacun a son propre programme sportif à suivre, envoyé par les pôles France ou pôle espoir respectifs, tous se motivent entre eux.

« C’est un atout énorme d’être ensemble. On se motive, et Marjorie peut corriger nos postures… » décrivent son frère et ses sœurs. Après avoir transformé le garage et la terrasse en espaces de muscu, les quatre jeunes athlètes ont partagé entre eux leurs séances d’entraînement. « Les consignes des staffs de la fédération ont été très claires, le sanitaire primait sur la compétition », confie leur mère Rachel Delassus. « C’est tentant pour un athlète de transgresser les règles pour suivre ses propres objectifs, mais les enfants ont compris et aidé au confinement. » Fini les sorties au stade d’eaux vives voisin - dont l’accès est d’ailleurs fermé par arrêté préfectoral -, fini les séances quotidiennes ou biquotidiennes sur l’eau. Après une semaine, j’ai senti des tensions, c’était électrique à la maison. Ce sont des gamins, ils ont besoin d’être sur l’eau, il y avait un manque certain. Mais ils avaient aussi besoin de prendre un rythme. Un soir, on s’est tous posés, ensemble, on a essayé de se projeter dans le temps, on s’est dit qu’on allait faire des efforts, et petit à petit on a instauré un rythme. Les objectifs de chacun, qui l’emportaient sur tout le reste jusqu’alors, ont laissé un peu plus de place pour la famille. On se retrouve à table, autour de jeux de société… Et on a instauré des tours de rôle pour le choix et la préparation des repas comme pour les tâches ménagères.

Marjorie Delassus : l'expérience au sommet

Marjorie Delassus, 25 ans, a déjà beaucoup d’expérience. En 2019 : championne d’Europe de canoë en moins de 23 ans (en individuel et par équipe), championne du monde de kayak par équipe (U23) et 1re participation aux championnats du monde senior. Spécialité : Canoë. En 2021, elle a participé aux Jeux olympiques de Tokyo, déjà en C1. Cette année-là, l’épreuve faisait son apparition olympique. Marjorie Delassus va vivre sa deuxième olympiade à Paris. Marjorie Delassus est la numéro 1 française en C1 et sera la représentante tricolore lors des Jeux olympiques de Paris cet été. Elle a une particularité : elle est la seule kayakiste qualifiée en individuelle à ne pas être bretonne !

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L’hiver 2023, Marjorie Delassus va skier. Elle chute. Le couperet tombe : rupture totale du ligament croisé antérieur. « Je m’en suis beaucoup voulu au début parce que je savais que j’étais très fatiguée et j’ai quand même fait le choix d’aller skier. » Elle a choisi de ne pas se faire opérer et a fait le nécessaire pour revenir à temps. Après une saison blanche et une opération du ligament croisé d’un genou, cette dernière signe donc son retour au premier plan : « J’ai traversé beaucoup de phases difficiles où je me suis accrochée, et aujourd’hui, c’est un énorme… » Sous les couleurs du Pau CK, Benjamin Renia a pris sa place en K1 et KX1, et la fratrie Delassus a subi une rude séparation. Marjorie, l’aînée, 27 ans, 4e aux Jeux de Tokyo en C1 et demi-finaliste à Paris, grande favorite, a manqué la sélection au contraire de sa sœur Doriane. « La non-sélection de Marjorie a été une surprise pour elle et pour moi. Je pensais que, même dans un jour sans, elle passerait. Le dernier jour, j’ai eu du mal à savourer mon résultat. » « Les sélections sont toujours dures mais pour moi, c’était une préparation au grand objectif, les Mondiaux de septembre en Australie. La vitesse du bateau était là, mais je suis sortie sur de grosses pénalités, des figures un peu précises comme des portes en descente, des décalés un peu serrés où je me fais un peu surprendre. Le résultat a été dur à digérer, ce sera une saison blanche. » « Je me suis dit ‘’je repars au boulot’’. Avec mon entraîneur, on a travaillé ces points techniques, la continuité de mon bateau, les intentions globales de navigation. On est sur la bonne voie je pense. La compétition d’Ivrea, ensuite, (1re en C1, 3e en K1) a montré que j’étais prête, capable de gagner. Il n’a pas manqué grand-chose à Vaires… Au moins, je serai ouvreuse au championnat d’Europe et à la Coupe du monde de Pau. »

L’ascension de Doriane Delassus

À 22 ans, la cadette est vue depuis longtemps comme un espoir français avec, notamment, une troisième place au championnat d’Europe U23 2023 en C1. Elle a survolé les sélections en C1, 1re avec trois 2es places en trois courses et confirmé par une 2e place en compétition internationale à Ivrea. « J’ai réussi aussi à me qualifier en K1 et KX1 dans l’équipe U23, pour ma dernière année dans cette catégorie. » Si elle a impressionné sa sœur Marjorie « en posant sa navigation sur chaque manche, avec calme, simplicité, sans se mettre de pression », elle modère : « je n’ai pas gagné une des trois courses, c’était un objectif. Mais oui, j’ai fait de bonnes courses. J’avais un bon stress, j’ai réussi à me détacher de l’enjeu, ne pas me dire ‘’si je rate ceci, il va m’arriver cela’’. C’est la première fois que je suis comme ça, je vais essayer de le mettre en place à l’avenir. Pour mon premier championnat d’Europe, je n’ai pas d’objectifs précis en termes de résultats, plutôt celui de mettre en place mes points clés d’entraînement. »

Anatole Delassus : la confirmation

À 24 ans, Anatole Delassus a longtemps brillé en kayak cross (champion du monde 2021). Après 2024, il va vivre en kayak slalom sa deuxième saison en équipe de France. « Le K1 était mon objectif prioritaire, et c’était compliqué car Titouan Castryck était sélectionné d’office. Il n’y avait que deux places et beaucoup de concurrence. On prenait en compte les deux meilleurs résultats des trois courses. Je gagne la première, je grille mon joker dans la deuxième, je n’ai pas le droit à l’erreur dans la troisième et, malgré la pression, l’enjeu, je fais deuxième. » « En cross, cela ne s’est pas passé comme prévu, mais cela reste un projet. La formule m’a gêné : ma performance en cross pouvait priver mon camarade de club Benjamin Renia de sélection en slalom ; je n’étais pas à l’aise avec le fait de mêler deux disciplines, cela m’a impacté. » « J’étais déçu pour Marjorie. Elle courait le matin, moi l’après-midi, j’essaye de ne pas y penser. Mais le dernier soir, ce n’était vraiment pas facile, pour elle d’abord mais aussi pour nous. » « Mon objectif, c’est de gagner. Je connais bien le bassin, je suis bon là-bas. Mais Titouan sera difficile à aller chercher, pour moi et pour les autres. »

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