Éric Baray : Une Figure Martiniquaise de la Voile, Entre Passion Caribéenne et Ambitions Océaniques

L'univers de la voile française est riche de personnalités diverses, alliant talent, ingéniosité et une passion inébranlable pour la mer. Parmi elles, Éric Baray, un skipper français d'une cinquantaine d'années profondément enraciné en Martinique, incarne cet esprit. Réputé sur son île et moins connu en métropole, il est un ambassadeur infatigable des plaisirs nautiques des Caraïbes tout en poursuivant des objectifs ambitieux dans la course au large. Son parcours reflète une vie dédiée à la navigation, de la découverte des mers antillaises à la compétition internationale, témoignant d'une détermination et d'un amour pour la Martinique qui dure depuis près d'un demi-siècle.

Parcours et Formation d'un Marin Passionné

Éric Baray a commencé son aventure nautique de manière classique dès l'adolescence. Ses premiers bords se sont faits sur des dériveurs légers, explorant les sensations de la glisse sur un 420, puis un Moth, un 470 et un FD. Cette immersion précoce dans le monde de la voile l'a naturellement mené vers d'autres disciplines, comme le windsurf et le catamaran, avant qu'il ne passe à la navigation en habitable. À 18 ans, sa maîtrise était telle qu'il naviguait déjà partout dans les Caraïbes, s'imprégnant des spécificités et des beautés de cet archipel. Deux ans plus tard, à l'âge de 20 ans, il franchissait un nouveau cap en commençant à courir en Europe, incluant bien sûr la métropole.

Son engagement dans la voile ne s'est pas limité à la compétition. Après avoir passé son monitorat voile, Éric Baray a partagé son savoir et sa passion en enseignant au Yacht-Club de Schoelcher, contribuant ainsi à former les nouvelles générations de marins martiniquais. Ces années de transmission ont été jalonnées de rencontres déterminantes, notamment avec des figures emblématiques de la course au large telles que Laurent Bourgnon ou Philippe Poupon. Ces échanges lui ont permis de découvrir plus en profondeur l'univers exigeant des transats et de la compétition océanique, nourrissant ses propres aspirations.

Le palmarès d'Éric Baray dans les courses antillaises est significatif. Il a participé à nombre de ces épreuves, contribuant à animer la scène nautique locale. Parmi ces compétitions figurent la Triskell Cup, la Semaine d’Antigua, le Tour de Martinique et des Guadeloupe, ainsi que la Heineken Regatta et la Transat des Passionnés. Son expérience s'étend également au-delà des Caraïbes, ayant pris part au Championnat de France de Course au Large ou au TFV, démontrant sa polyvalence et sa capacité à performer sur des plans d'eau variés. Son dévouement à la voile, qu'elle soit éducative ou compétitive, est une constante dans sa carrière.

La Martinique, un Ancrage et une Vocation

Éric Baray est bien plus qu'un skipper ; il est un ardent défenseur et un ambassadeur de sa Martinique natale. Son attachement à l'île est profond, comme il le déclare lui-même, il aime «sa» Martinique, et cet amour dure depuis près d’un demi-siècle. Cette connexion intime avec son territoire se manifeste par une connaissance approfondie de ses atouts nautiques, qu'il partage généreusement. Selon lui, bien au-delà du soleil éclatant, de l'eau à 28°C, des paysages sauvages et de l'accueil chaleureux, la Martinique offre des avantages nautiques incomparables.

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L'île se situe en plein milieu de l’arc antillais, une position stratégique qui en fait, sans hasard, la plus grande base de plaisance des Caraïbes. Son accès est facile pour les navigateurs, et la baie sécurisante, avec un mouillage bien organisé, offre une tranquillité appréciable. Tous les métiers liés au nautisme y sont représentés, garantissant aux plaisanciers un soutien technique complet. Un point non négligeable est la performance des transporteurs locaux : quand une pièce est commandée, elle est livrée en deux jours, un délai qui peut monter à 8-10 jours dans d'autres îles de la région. Cette efficacité est un atout majeur pour la maintenance des navires.

La Martinique se distingue également par sa capacité à offrir des abris sûrs en période cyclonique. Il est possible de laisser son bateau dans cet abri naturel en toute tranquillité, un avantage reconnu par les assurances. Les pontons surveillés par des gardiens offrent une sécurité supplémentaire. Pour un hivernage optimal, les plaisanciers peuvent se tourner vers Carénantilles ou les «trous à cyclone». Ces derniers sont des anses situées sur tribord en entrant dans la baie, encore plus protégées que le port lui-même. La méthode est simple et efficace : il suffit de mettre l’étrave dans la mangrove, de passer les aussières en double et d'affourcher deux ancres à l’arrière pour que le tour soit joué, assurant une protection maximale du navire.

Naviguer aux Antilles : Conditions et Microclimats

L'arc antillais, s'étirant sur un axe Nord-Sud, bénéficie d'un régime de vent particulièrement favorable : les fameux alizés, qui soufflent de manière régulière depuis l'Est. Cette constance permet une navigation sans louvoyage, rendant les trajets plus directs et agréables. Les conditions météorologiques varient selon les saisons. De fin novembre à mi-juin, c'est la période dite de «carême», caractérisée par un temps beau, un air tiède et sec, et des alizés réguliers et modérés. C'est la saison la plus prisée pour la navigation.

De juin à décembre, c'est la période de «l’hivernage». Durant ces mois, les alizés soufflent plus faiblement, et l’air devient chaud et humide. Cependant, chaque île de l'archipel possède un système météorologique particulier, influencé par son relief et sa végétation. La Martinique, avec ses 100 kilomètres de long, présente un microclimat notable. Le Nord de l'île est montagneux, le centre possède un relief modéré, tandis que le Sud est plat. En conséquence, le Nord connaît un temps frais et souvent pluvieux, le centre est tempéré, et le Sud est sec. Cette diversité offre une multitude d'expériences de navigation et de paysages.

Éric Baray conseille vivement d'explorer la côte-au-vent, la côte Atlantique de l'île, lorsque les conditions le permettent. La navigation y est délicate en raison des nombreux récifs, mais elle révèle des plages d'une beauté exceptionnelle, avec des sables volcaniques noirs ou au contraire très blancs. On y trouve des mouillages tranquilles, même en haute saison. La baie du Trésor, aujourd’hui Réserve naturelle marine, est un lieu qu'il apprécie particulièrement pour son cadre fantastique et son calme. Le superbe mouillage de Cap Chevalier, près de la baie des Anglais, est quant à lui réservé aux petits tirants d’eau, bien qu'il soit plus fréquenté le week-end.

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Côté mer des Caraïbes, sur la côte sous-le-vent, d'autres joyaux attendent les navigateurs. Il ne faut pas manquer la baie du Lamentin, la rade de Fort-de-France, dont le centre-ville est accessible en annexe, et Sainte-Anne, qui, bien qu'un peu encombrée, reste très belle. Grande-Anse est prisée pour sa quiétude et la propreté de son eau, où l'on peut passer des heures à nager au milieu des poissons. Les anses d’Arlet, désormais équipées de bouées, sont également recommandées par Éric, où les bateaux au mouillage sont moins nombreux qu'à Grande Anse, offrant une ambiance plus intime.

Services Nautiques, Gastronomie et Activités Martiniquaises

Pour les plaisanciers et les marins de passage, Éric Baray partage des adresses incontournables en Martinique. Pour le gréement et l'accastillage, Caraïbes Gréement, situé au boulevard Allègre, port du Marin, est une référence. L'équipe est décrite comme hyper compétente et sympathique, offrant une garantie après travaux. Sud Voilerie-North Sails, au Bassin Tortue, Port du Marin, propose la vente, la réparation et la sellerie avec un service après-vente sans faute. Pour toute panne moteur ou même de frigo, Alex, un excellent motoriste-mécanicien, propose un service itinérant et est disponible au 06.96.91.58.31.

Les plaisirs antillais ne seraient pas complets sans une immersion dans la gastronomie locale. Éric livre ses bonnes adresses pour savourer la cuisine créole. À Grande-Anse, «Le P’ti Bateau», tenu par Marianne Louis, une amoureuse de la mer, se plie en quatre pour ses hôtes. Attablés sur la plage, on y déguste une excellente cuisine créole à base de produits frais, notamment son poisson-volant grillé et ses marinades, mais aussi des crêpes et des pizzas. L'établissement propose également le wifi, accueille souvent des orchestres locaux, et il est même possible d'y faire sa clearance. Pour une ambiance différente, «Le Zanzibar» au 11 boulevard Allègre, Le Marin, dans une grande maison jaune à la décoration sympa, offre une atmosphère lounge et voileuse avec de la bonne musique. Pour les provisions, la boulangerie Baker, 20 rue Emile Zola, près des pontons, est un arrêt essentiel.

L'avitaillement étant un moment-clé d'une location réussie, certaines sociétés en Martinique se proposent de s'en occuper. Si le temps manque pour faire les courses avant d’appareiller, Appro Zagaya, au 05.96.74.39.75 ou 06.96.07.16.29, est la solution. Cathy et son équipe conditionnent et livrent rapidement des petits-déjeuners complets, de l'épicerie, des conserves, des produits frais, des surgelés et des boissons.

Au-delà de la navigation pure et dure, la Martinique offre une multitude d'activités maritimes. Il est recommandé de partir découvrir la mangrove en kayak, une expérience immersive dans un écosystème unique. Pour les amateurs de pêche au gros, Yves Pelisson, installé à l’entrée du ponton principal du port du Marin, est la référence absolue sur l’île. Une expérience typiquement martiniquaise est la maîtrise de la yole ronde. Bien que ce ne soit pas facile, c'est un plaisir grisant et accessible. Le Tour de Martinique des yoles rondes, qui se déroule chaque année fin juillet, est un événement majeur à ne pas manquer. À Fort-de-France, Patrick Petito, président de l’association Gommier et Tradition, organise des sorties en gommier et des stages de navigation, permettant de découvrir une tradition maritime ancestrale.

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Ambitions Océaniques et Défis de la Course au Large

Malgré son rôle d'ambassadeur de la Martinique et son implication dans le développement nautique local, Éric Baray n'a jamais délaissé ses ambitions de coureur au large. Il est activement impliqué dans la préparation de la Route du Rhum et d'un pôle de formation en collaboration avec le coureur breton Arnaud Godard. L'idée de ce pôle est de repérer les adolescents martiniquais ayant un potentiel pour devenir skippers, de les préparer à la course sur des Figaro et de les former pendant deux ans aux métiers du nautisme à Camaret, en Bretagne. Cette initiative souligne son engagement à la fois pour la performance et la transmission.

Son désir de compétition reste vif, comme en témoignent ses projets récents et futurs. Après avoir participé à l'édition précédente de la Transat Jacques Vabre en 2021 avec son binôme Jean-Édouard Criquioche, où ils avaient franchi la ligne d'arrivée à la 34e position de la catégorie Class40 lors de la 15e édition, Éric Baray n'a pas pu prendre le départ de l'édition 2023. Il a dû déclarer forfait pour des raisons essentiellement financières. Interrogé en marge de la remise des prix le 15 novembre 2023, il a clairement exprimé sa frustration : « J'avais les boules au moment du départ, pendant la course encore plus et à l'arrivée c'est carrément total. Un marin, ce n'est pas fait pour rester à terre, par définition. »

Cette épreuve n'a fait que renforcer sa détermination. Avec la maturité, les hésitations s'effacent : « on se dit : je vais repartir. Nous allons nous donner tous les moyens avec l'équipe de retrouver les moyens financiers et y être tout simplement. » Éric Baray se prépare donc activement pour la prochaine édition de la Transat Jacques Vabre, prévue en 2025. Le choix de la catégorie, Class40 ou Ocean Fifty, dépendra des coûts et de l'option retenue, qu'il s'agisse de la location ou de l'achat d'un bateau.

Dresser un budget précis est difficile, mais il indique que le coût en Class40 se situe entre 2,5 et 3 millions d'euros. Les partenaires seront essentiellement issus du privé, et des pistes existent déjà, avec des partenaires prêts à le suivre. Son optimisme est contagieux : « J'ai envie de dire on verra bien. Si Dieu veut, on n'y sera… et je crois qu'il voudra. » Concernant son binôme, il a déjà un « accord de principe » avec quatre skippers, ce qui témoigne de son approche stratégique. Son ambition ne s'arrête pas là, puisqu'il envisage également d'être au départ de l'édition 2026 de la « Route du Rhum » en Guadeloupe, confirmant sa place dans le circuit de la course au large.

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