Chaque jour apporte son lot d'histoires olympiques, des récits d'anecdotes marquantes, de records battus, d'événements insolites, de liens entre la politique et le sport, et de portraits de champions exceptionnels. Parmi ces récits, celui d'Éric Moussambani, un nageur de Guinée équatoriale, se distingue par son caractère hors du commun et sa persévérance.
Un débutant à Sydney
Éric Moussambani est devenu un héros aux Jeux Olympiques de Sydney 2000. Sa participation aux épreuves de natation est d'autant plus remarquable qu'il n'avait appris à nager que huit mois auparavant. Qualifié grâce à une dérogation, il s'est retrouvé aux qualifications le 19 septembre 2000 face à deux autres concurrents, eux aussi bénéficiaires d'une dérogation. Cependant, un faux départ de ces derniers les a éliminés sur le champ, laissant Éric Moussambani seul dans le bassin.
Une course solitaire et historique
Éric Moussambani a plongé seul dans ce bassin et a avancé tant bien que mal. Au début, le public et les commentateurs se moquaient du nageur, mais au fil du temps, ils ont réalisé la portée historique de l'événement qui se déroulait sous leurs yeux. L'Équato-Guinéen n'a évidemment pas gagné de médaille et n'a pas réalisé un chrono exceptionnel, mais il a prouvé au monde entier sa persévérance et sa rage de vaincre.
L'histoire d'Éric Moussambani est celle d'un homme qui a surmonté des obstacles considérables pour réaliser son rêve olympique. Il a commencé à nager seulement huit mois avant les Jeux, et il s'est entraîné dans des conditions difficiles. Malgré cela, il a persévéré et a participé aux Jeux Olympiques, où il a donné le meilleur de lui-même.
"Monsieur Natation"
À Malabo, la capitale de la Guinée équatoriale, il est devenu «M. Natation». Depuis 2008, Éric Moussambani s'occupe d'une trentaine de nageurs dans la piscine olympique de la ville. Il continue aussi d'y honorer ses nombreux rendez-vous médiatiques. La chaîne brésilienne Globo Esporte lui a consacré un reportage fin juillet, à quelques jours des Jeux de Rio, où il s'est rendu en tant qu'entraîneur national. Son histoire n'a pas fini de faire le tour du monde, ni des bêtisiers.
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Révélations et humanité
D'Éric Moussambani, seule l'image d'un nageur en détresse dans l'Aquatic Centre de Sydney, en séries du 100 m (terminé en 1'52''72), est restée, abreuvant sarcasmes et railleries. Seize ans après, son récit des événements livre un éclairage autrement plus humain sur sa performance.
«Comment vous êtes-vous retrouvé au départ des séries olympiques du 100 m ? En mai, j'ai entendu à la radio que la Fédération nationale de natation, qui venait d'être créée, cherchait des nageurs. Je ne savais pas très bien nager mais, comme je voulais apprendre, je me suis présenté un matin à la piscine d'un hôtel de Malabo. J'étais le seul à m'être déplacé. Le président du Comité national olympique m'annonce que j'ai quatre mois pour me préparer aux Jeux Olympiques. J'ai accepté parce que j'étais content à l'idée de voyager.»
Sa préparation s'est déroulée dans des conditions rudimentaires : «Je m'entraînais seul. On m'autorisait à utiliser la piscine de l'hôtel de treize mètres de longueur entre 5 et 6 heures du matin, deux fois par semaine. Le reste du temps, j'allais nager dans la mer, ce qui inquiétait ma mère. Tous les samedis, j'accompagnais un pêcheur, il me montrait comment bouger mes bras, mes jambes. Un oncle qui vivait en Espagne m'a aussi envoyé plusieurs livres. C'était difficile : je n'avais jamais vu comment il fallait faire ! Mes premières images de natation, des vidéos de Popov, je les ai regardées dans la bibliothèque du village olympique, une fois arrivé à Sydney.»
Il a même appris la distance de sa course (100 m) seulement la veille : «Oui, les responsables de ma délégation ne me l'ont dit que la veille au soir. Moi, je pensais que cent mètres, c'était la longueur de la piscine. Quand j'ai su que c'était un aller et un retour, je leur ai dit que je n'en étais pas capable. Jamais, dans ma vie, je n'avais nagé cent mètres. À l'entraînement, je faisais à peine dix mètres, et je devais m'arrêter pour reprendre mon souffle.»
Malgré ses doutes, il a décidé de se rendre sur le plot de départ : «Les responsables m'ont dit que je devais absolument nager, que tout le pays allait me regarder. Je leur ai répondu que la piscine était trop grande pour moi, je leur ai montré des vidéos. Ils m'ont dit : "Mais c'est simple ça, c'est simple !"»
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Les minutes précédant la course ont été intenses : «Je me suis réveillé à 6 heures du matin, trois heures avant ma série. J'ai encore regardé quelques vidéos, et puis je suis allé en bus à la piscine. Là-bas, j'enfile mon bermuda et je me dirige vers la chambre d'appel. C'est là que je croise l'entraîneur sud-africain qui me prévient que je risque la disqualification. Les lunettes, c'était une grande première !»
Seul face à l'épreuve
Ses deux concurrents en séries (un Tadjik et un Nigérian) commettent un faux départ, le voilà seul en piste. «Sur le moment, je n'ai rien compris. On m'a parlé en anglais, en espagnol, en français pour m'expliquer que j'allais devoir nager seul dans la piscine. Avec mon doigt, j'ai fait non, non, non. J'étais tellement nerveux, je ne voulais pas nager… J'ai eu droit à vingt secondes pour me calmer.»
La première longueur se passe plutôt bien, puisqu'il l'efface en 40''97… «Avec l'adrénaline, je suis parti à fond, comme dans un sprint. Je pensais que je pouvais nager aussi vite le deuxième cinquante mètres. J'étais poussé par les gens qui m'encourageaient au bord du bassin. Mais juste après le virage, d'un coup, je me suis senti très fatigué.»
Au milieu de la piscine, il a eu peur de ne pas voir le bout de ce 100 m : «Au milieu de la piscine, oui, j'ai eu peur de me noyer. Je ne sentais plus mes jambes ni mes bras. Je bougeais mes bras, mais c'est comme si je restais immobile. J'ai pensé à ma mère, mes frères, mes amis en Guinée équatoriale, et je me suis dit : "Non, je ne peux pas rester planté là, je dois finir la course."»
Fierté et reconnaissance
Quel sentiment dominait à sa sortie du bassin ? «J'étais fier, fier d'avoir réussi quelque chose dont je ne me pensais pas capable. J'avais gagné un combat contre moi-même, j'avais fait ça pour mon pays et pour tous ceux qui m'avaient supporté pendant la course. En Guinée, on avait entendu mon histoire et beaucoup se moquaient de moi.»
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Il prend conscience du raz-de-marée médiatique qu'il vient de déclencher après avoir nagé : «Comme j'étais épuisé, je suis rentré au village olympique. J'ai pris mon petit déjeuner, car je n'avais pas mangé avant, et je suis allé dormir dans ma chambre, sans avoir encore donné la moindre interview. Tout le monde me cherchait et moi, je dormais ! Je me suis réveillé vers 17 heures, je suis retourné au restaurant du village et c'est là que j'ai vu ma photo sur un grand écran. Je ne comprenais pas ! Les athlètes m'ont reconnu et ils sont tous venus vers moi en me disant "Félicitation Éric, tu es célèbre maintenant !'' J'ai fait une photo avec Michael Phelps, il m'a même demandé un autographe ! Le président de ma délégation m'a ensuite emmené dans une salle remplie de journalistes chinois, anglais, brésiliens, américains…»
Son retour au pays a été mitigé : «À l'aéroport de Malabo, il n'y avait que ma mère, mes sœurs et deux, trois amis. Ce qui m'a étonné, c'est que tout le monde en Guinée avait entendu mon histoire, et beaucoup se moquaient de moi (les médias du monde entier l'avaient surnommé Eric the Heel, l'anguille). Ils disaient que j'avais ridiculisé le pays. Ça m'a rendu triste, je ne comprenais pas. Mais quand ils ont vu que le président me recevait et que le monde entier voulait me voir, ils ont compris que même si je n'avais pas gagné quelque chose, je méritais le respect.»
Il a ensuite amélioré son temps sur 100 m : «Une fois à Johannesburg, j'ai nagé le 100 m en 57''40. Après Sydney, je suis allé m'entraîner huit mois à Barcelone, avec les nageurs espagnols. Avec un coach, on a tout repris à la base, comment bouger les jambes, les bras, comment respirer…»
Ses deux garçons ont vu sa course de Sydney : «Oui, plusieurs fois, j'ai le DVD à la maison. Ils savent ce que j'ai fait, ils sont très fiers de moi.»
L'alien de la planète Sports
Après un long parcours du combattant et un grand moment de solitude au 100m nage libre, Eric Moussambani, le nageur équato-guinéen, est devenu l’alien de la planète Sports lors des JO de Sydney. Dans le bassin de l’Aquatic Center, Eric Moussambani se retrouve seul, ses deux adversaires sont disqualifiés à cause d’un faux départ, il se met alors à nager aussi vite qu’il le peut mais avance très peu ! Au final il mettra 1 minute et 52 secondes pour terminer sa course, dix secondes de plus que le record du monde, à l’époque, du 200m nage libre !
Sa qualification a suscité des interrogations : comment ce nageur, qui n’a appris à nager que huit mois avant les Jeux olympiques de Sydney dans une piscine d’hôtel de 20 mètres de long, a pu se retrouver qualifié ?
Un symbole de persévérance
Éric Moussambani est un symbole de persévérance et de courage. Son histoire montre que même les personnes les plus défavorisées peuvent réaliser leurs rêves si elles sont déterminées à le faire. Il a inspiré des millions de personnes à travers le monde, et son nom restera à jamais gravé dans l'histoire des Jeux Olympiques.
La participation olympique s’est faite grâce à une wild card spéciale accordée aux pays en développement, où il n’y a pas d’installations sportives qui peuvent aider les jeunes à s’épanouir dans une discipline. La décision d'accorder à Eric une wild card n'était pas donc liée à ses capacités quant à une volonté d'inclusion et représentation globale.
Malgré les difficultés, Eric Moussambani, huit mois avant les Olympiades a décidé d’affronter cette aventure participant à la course de 100 mètres nage libre. Mais il y avait un autre défi à surmonter : en Guinée équatoriale il n'y avait pas de piscine qui mesurent 50 mètres pour l’entraînement. La seule piscine, longue que vingt mètres, était celle d’un hôtel qu'il pouvait utiliser que avant son ouverture.
Le nageur le plus lent de l'histoire
Quand le fatidique jour de la course est arrivé, après avoir même été le porte-drapeau de son pays lors de la cérémonie d’ouverture, Eric Moussambani s’est retrouvé seul dans sa série olympique à cause de la disqualification de deux adversaires pour faux départ. Après un plongeon un peu maladroit, Eric a entamé sa course en solitaire avec un style assez insolite. Le public s’est immédiatement rendu compte qu’il fallait encourager cet athlète dans cette étrange performance. Eric Moussambani a peiné à franchir la ligne d’arrivée sous l’ovation des spectateurs présents dans les tribunes. Le temps de 1:52:72 reste la pire performance de tous les temps sur le 100 mètres nage libre, à plus d’une minute du record du monde que, le 19 septembre, Pieter van den Hoogenband a réalisé en 47 secondes et 84 centièmes.
De Sydney à entraîneur national
Quatre ans plus tard, il est de nouveau candidat pour les JO d'Athènes. Il s'est entraîné dur pendant cette olympiade et réalise désormais des chronos honorables sur 100 m. Eric Moussambani, devenu star des Jeux olympiques de Sydney, pose devant l'Opéra, le 21 septembre 2000. "Eric l'anguille" n'en a pas tenu rigueur à ses responsables, puisqu'il est aujourd'hui sélectionneur national de la Guinée équatoriale.
"Je travaille pour que notre pays ait de bons nageurs, en leur apprenant les fondamentaux dès le plus jeune âge. Eux, au moins, ont la possibilité de voir et de s’entraîner dans des piscines olympiques", ajoute-t-il malicieusement dans Le Monde. Ses nageurs ne rapporteront certainement pas de médailles d'or aux Jeux olympiques de Paris. Mais, vingt-quatre ans après, ils auront pris le sillage d'Eric Moussambani.
Un héritage durable
Son épopée olympique, il ne l'a pas oubliée. En particulier les circonstances qui l'ont conduit à Sydney.
-"Un jour, un communiqué de la radio nationale dit qu'on avait besoin de nageurs pour la Fédération de natation du pays, le rendez-vous était à l'hôtel Ureca un samedi. J'étais le seul garçon, il y avait une fille aussi, finalement on n'était que deux", raconte-t-il.
"Le président du comité olympique de l'époque, monsieur Fernando Minko, a voulu voir comment on nageait, alors j'ai plongé dans la piscine et j'ai commencé à bouger les pieds. Il nous a dit qu'on irait aux Jeux Olympiques en Australie. C'était à deux ou trois mois de l'ouverture ! Il n'y avait même pas d'entraîneur. J'ai demandé à un monsieur de l'hôtel de pouvoir venir m'entraîner, il a dit d'accord mais de 5 h à 6 h du matin, parce que la piscine était pour les clients", se souvient ce père de quatre enfants. "Je ne savais pas encore ce que c'était les JO, moi je me réjouissais seulement à l'idée de voyager, je n'avais que ça dans la tête, je ne savais même pas où se trouvait l'Australie", avoue-t-il.
Alors que les stars de la natation préparent le rendez-vous des JO dans le moindre détail pendant quatre ans, Moussambani a improvisé jusqu'au bout.
"Sincèrement, je ne savais pas nager. J'avais bien quelques notions mais rien de plus et aucune expérience pour une telle compétition. Je ne savais pas comment bouger les bras, les pieds, coordonner ma respiration avec les mouvements", avoue-t-il.
"Quand on m'a montré la piscine olympique, je n'en n'avais jamais vu d'aussi grande, je me suis dit: +sérieusement, je ne peux pas+. Durant mes entraînements à Sydney, je n'ai jamais nagé jusqu'au bout…", rappelle celui qui a débuté la natation à "19-20 ans", après s'être cassé un bras en jouant au basket.
Avant son 100 m d'anthologie, couru seul, un bienfaiteur l'a sauvé.
"Je n'avais pas de tenue de natation, pas de lunettes, la fédération ne m'avait rien donné, j'avais juste un bermuda que je m'étais acheté à la friperie (…) Le jour de la compétition, un entraîneur de l'Afrique du Sud m'a vu avec le bermuda et une serviette: +tu vas être disqualifié, ta tenue n'est pas réglementaire, on dirait que tu vas à la plage+.