L'Odyssée de l'Endeavour : Histoire, Prestige et Renaissance des Voiliers de la Classe J

L'émergence du mythe : La naissance de l'Endeavour

En 1933, en pleine crise économique, Thomas Sopwith annonça la construction d’un nouveau class J qui allait porter le nom d’Endeavour. Ce pilote et constructeur d’avions de chasse mit ses ateliers à la disposition de l’architecte Nicholson pour la construction de l’accastillage et des équipements d’Endeavour. Le navire a été conçu pour la coupe América 1934 par Charles E Nicholson et construit chez Camper & Nicholson’s à Gosport pour Sir Thomas Sopwith. Peu de britanniques purent se flatter d’avoir été propriétaires d’autant de bateaux victorieux. Il a remporté à quatre reprises les championnats des 12 mètres JI et sa dernière acquisition n’est autre que Shamrock V qu’il racheta à Lipton, peu avant sa mort.

La conquête de l’Amérique et la controverse de 1934

Dès le départ sur le plan d’eau de Newport, Endeavour montre de meilleures performances que Rainbow, et remporte les deux premières régates. Endeavour est alors barré par son propriétaire Sopwith, dont il ne s’agit pas de nier les qualités. Néanmoins, bien que très brillant au départ des courses, on peut s’interroger sur ses capacités d’organisateur. Endeavour est l’un des deux seuls voiliers de la classe J restants à avoir réellement couru pour la coupe de l’América. En effet, elle est passée plus près de remporter la Coupe que tout autre challenger. Contre le Rainbow d’Harold S. Vanderbilt, Endeavour a gagné les deux premières courses et était considéré comme le bateau le plus rapide. Avec de meilleures tactiques, Rainbow a ensuite remporté les troisième et quatrième manches. Sopwith a protesté contre une manœuvre controversée mais a perdu, et Rainbow a fini par gagner 4-2. Chez lui, un gros titre disait : « Britannia rules the waves and America waives the rules ».

La survie et le sauvetage d'un géant des mers

Après la Coupe, elle a couru avec succès en Angleterre mais a été partiellement détruite en 1937 après avoir rompu une remorque. Depuis, elle a eu de nombreux propriétaires, des rénovations et des réparations. Échappant de peu à la destruction, le navire est retrouvé désaffecté dans le sud de l’Angleterre. Commence alors une reconstruction qui va durer 5 ans. Un abri est construit au-dessus du bateau, la coque et son armature en acier sont réparées. Les pièces trop abîmées ont été remplacées par de nouvelles. Un nouveau gouvernail a également été reconstruit. Endeavour a été entièrement restaurée par Elizabeth E. Meyer pendant cinq ans chez Royal Huisman, et cette initiative, ainsi que sa restauration de Shamrock, ont stimulé un regain d’intérêt pour la restauration et la construction de répliques de voiliers de la Classe J. Endeavour a été relancée pour la première fois le 22 juin 1989, 52 ans après, naviguant à nouveau. Meyer a organisé la première régate de la Classe J ce mois de septembre-là, où Endeavour a couru contre Shamrock V à Newport. Elle a battu Shamrock de nouveau, 65 ans après.

Modernisation et performances contemporaines

Le second projet de rénovation d’Endeavour s’intitule « Ready for battle - Endeavour » et entre dans le cadre du programme VPP (Velocity Prediction Program) destiné à accroître encore les performances des Class J. Elle a subi une rénovation majeure en 2010/2011 avec des modifications par Dykstra Naval Architects, incluant un nouveau plan de voilure et une disposition de pont, le travail ayant été effectué par Yachting Developments à Auckland, en Nouvelle-Zélande. Cette rénovation comprenait une nouvelle structure de pont, un nouveau gréement et de nouvelles voiles, une nouvelle disposition de pont, une mise à niveau de la salle des machines et un nouvel intérieur pour l’équipage. Fraîchement sortie de rénovation, Endeavour a prouvé son potentiel de performance en remportant la Saint Barths Bucket 2012 contre Shamrock V et Velsheda. Parmi ses distinctions, on compte la Antigua Classic Regatta en 1999, la J Class Regatta dans le Solent en 2001, la St Barths Bucket Regatta en 2012, et sa participation à la Loro Piano Superyacht Regatta en 2013 aux îles Vierges britanniques. Avec une surface de voile de 947 m², ce voilier demeure une légende vivante.

L’héritage et la préservation de la Classe J

D’autres voiliers de la classe des 23M ont été acceptés dans la Class J après modifications. Sont toujours parmi nous aujourd’hui : Endeavour, Shamrock V, Velsheda, Cambria, Astra et Candida. Plus une réplique de Ranger (1937), construite en 2003. À noter qu’aucun Class J américain n’a survécu, les survivants sont tous des voiliers anglais. Depuis, cela bouge pas mal dans le petit monde des Class J ou super J, puisque pas moins de 6 nouveaux bateaux sont en chantier ou terminés, dont Endeavour 2, Lionheart, Svea, Rainbow, Atlantis et une réplique du yacht royal de 1893 Britannia, construite en 2009 en Russie et acheminée non sans problèmes juridiques et administratifs en Norvège, à Tromsø. En 2012, ce bateau était à Cowes pour finir sa construction. Shamrock V a rejoint Endeavour et Velsheda pour la première régate de Class J en Europe depuis plus de 65 ans. Deux n’ont pas été construits à l’époque, mais leurs plans d’origine servent de base à leur construction : il s’agit de Svea et Atlantis, qui ont été acceptés dans la Jauge des Class J. Lulworth, qui a couru avec les Class J dans les années 30, n’a jamais été converti en Class J ; il est resté dans sa classe d’origine.

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Art et collection : La maquette de l’Endeavour

Pour les passionnés souhaitant posséder un fragment de cette histoire, il existe des maquettes de collection, comme celle de la série limitée (exemplaire n°11), exécutée en juillet 1990. Ces reproductions exigent une attention particulière, notamment le modèle réduit réalisé au 1/35 sur une base Amati modifiée, ou d’autres modèles au 1/35 et 1/10. La fabrication de ces maquettes privilégie des matériaux nobles et respectueux de l’environnement. La plupart des coques sont en bois, conçues comme celles des bateaux anciens par pose de lattes sur couples. Seules exceptions, certains « runabout » dont la forme spécifique impose une réalisation en fibre de verre recouverte de lames d’acajou. Les artisans utilisent un bois blanc imputrescible, espèce très abondante au Vietnam et non menacée, ainsi que, pour certaines pièces, du pin, du peuplier, du sapelli et de l’acajou importés. Les voiles sont en toile cousue main, les cordages en ficelles teintées, et les peintures et vernis haut de gamme préservent les couleurs et les surfaces au fil des années. Les pièces de décoration et d’accastillage peuvent être en résine, en bois, en métal blanc injecté ou en laiton estampé ou coulé, avec un plaquage chromé.

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