Le jibe (ou empannage) est sans doute la manœuvre la plus emblématique et la plus gratifiante en planche à voile. Qu'il s'agisse de poser ses premiers virages ou de perfectionner un racing jibe pleine balle, la transition d'une amure à l'autre sans perdre le planning demande de la méthode, de la coordination et une excellente gestion des appuis. En combinant la théorie des forces en présence, les exercices sur simulateur et les retours d'expérience des pratiquants sur différents plans d'eau (comme La Franqui, Le Cap, Coudalère ou La Ganguise), cet article détaille les étapes clés pour réussir cette manœuvre incontournable.
La préparation et l'engagement de la courbe
Avant de lancer la manœuvre, une phase de préparation rigoureuse s'impose pour conserver un maximum de vitesse. En navigant travers, on enlève le pied arrière du strap et on le pose sous le vent entre le strap avant et arrière, puis on abat en accélérant au maximum jusqu’à sentir le début de la zone de dévent. Il est important de bien connaître le moment où on rentre dans cette zone, car à partir de là on ne pourra plus compter sur l'appui du vent dans le gréement pour s'équilibrer.
Pour conserver le planning, il faut viser de sortir au largue. Beaucoup de rideurs commettent l'erreur de tirer un mini bord au largue après s'être décrochés du harnais. En faisant ça, on perd pas mal de vitesse. Si l'on se force à abattre en restant accroché au harnais plus longtemps et à lancer le jibe immédiatement après s'être décroché, on conserve sa vitesse et la suite est facilitée. Le regard joue également un rôle déterminant : si pendant la phase de préparation on pense à visualiser la direction que doit prendre la planche en sortie et à regarder vers celle-ci avant de changer les pieds et empanner, on arrive plus facilement à sortir au largue. Le regard aide sans doute à améliorer le timing.
La gestion de la zone de dévent et le positionnement du corps
À l'entrée de la zone de dévent, il faut commencer le jibe et ne plus s’arrêter avant qu'il soit fini. Pour ça, il faut mettre le poids de son corps sur l'avant (inutile de rester sur l'arrière puisque la pression du vent dans le gréement va être nulle) et à l’intérieur du virage (pour appuyer sur le carre intérieur et continuer à tourner). C'est le pied arrière qui déclenche la rotation, il faut le poser assez près du strap avant et du bord de la planche sans qu'il touche l'eau ! Les pieds ne bougent plus ! Le conseil de fléchir les jambes est très bon, surtout dans le clapot. Jambe sur-fléchis ! Cela permet d'absorber les mouvements du plan d'eau et de stabiliser l'assiette du flotteur.
À la sortie de cette zone de dévent, le vent nous "rattrape". Les erreurs classiques dans cette phase consistent à :
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- Une fois dans la zone de dévent, arrêter la rotation en restant sur l’arrière de la planche, ce qui la fait ralentir jusqu'à ce que l'on retrouve l'appui du vent dans le gréement.
- Trop accélérer, du coup dans la zone de dévent on se retrouve avec un vent de face de 4-5 kts (en vent arrière) ce qui est perturbant.
- Tourner trop serré.
- À l’inverse, tourner trop lentement.
- Mettre son pied à l'intérieur du virage trop en arrière.
Le travail des pieds et le maintien de la planche à plat
Pour les débutants jibeurs, le timing du changement d'appuis est souvent source de déséquilibre. La première étape pour apprendre à jiber est de tout axer sur la rotation de la planche sans s'occuper de la voile, en gardant de la vitesse, donc planche à plat et pas cabrée en arrière.
Au milieu du jibe, juste avant de passer la voile, il faut sortir le pied avant du strap et venir le placer juste entre les straps avant (on se retrouve avec les pieds en position d'entrechat, les deux talons au centre de la planche). Cela a pour conséquence de mettre à plat la planche (qui ne tourne presque plus) mais qui donne ainsi assez de stabilité et de temps pour tourner la voile, la récupérer tranquille, changer les pieds (l'arrière devient l'avant) et ainsi finir de tourner la planche (en tournant la voile). Avec cette méthode, on perd beaucoup de vitesse mais ça permet de décomposer le mouvement et surtout d'éviter la phase où on tourne la voile alors que la planche est encore en prise de carre (d'où un déséquilibre qui gêne). Souvent les débutants tournent la voile trop tard, et ils la récupèrent très bas derrière et finissent par tomber.
À l'inverse, pour les pratiquants plus avancés, le changement de pied en même temps que la voile, bizarrement, cela complique la manœuvre puisqu'il faut garder la même assiette du départ pour garder la vitesse. Certains préfèrent déclencher le jibe en gardant les pieds fixes : les pieds ne bougent plus jusqu'à ce que la voile soit reprise sous l'autre amure ! La voile passée, le changement du pied avant s'effectue en le mettant devant le strap arrière. L'important est de placer le pied arrière assez proche du strap avant, sans toutefois trop le rapprocher pour conserver de l'espace pour la permutation. Par vent léger, on avance un peu ce pied ; par vent fort, on le recule légèrement. Surtout, dans la transition, il convient de placer le pied avant à l'avant du pied arrière après avoir "twisté" le pied avant hors du strap, afin de maintenir la planche bien à plat.
Le maniement du gréement et le passage de la voile
Dans la phase en fausse panne (naviguer temporairement avec la voile à contre), la position du gréement est capitale. Il faut imaginer venir toucher le front avec le dos de la nouvelle main avant (sans toucher réellement) afin de placer le mât à l'extérieur de la courbe. Quand on empanne la voile, il faut que le mât soit bien en arrière de soi, tout en veillant à regarder loin devant et non pas la voile.
Selon les conditions de vent et le type de matériel, différentes techniques s'appliquent :
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La technique par vent fort (surtoilé)
Quand on est surtoilé, la vitesse est élevée et la voile peut devenir difficile à contrôler lors du passage vent arrière. L'abattée franche est indispensable. Pour ne pas se faire embarquer, il faut border au taquet pour garder l'appui sur la planche. Juste avant le vent arrière, au grand large, il convient de surborder pour faire décrocher la voile (comme dans un bottom turn pour couper les gaz), ce qui permet de neutraliser sa puissance et de terminer la courbe sereinement. Si le vent est extrême et empêche le décrochage, une alternative consiste à lâcher la main arrière pour laisser la voile faseiller dans l'axe du vent tout en profitant de l'inertie et d'une forte prise de carre pour boucler le virage.
Le Racing Jibe
Pour le Racing Jibe, qui n'est plus trop à la mode, mais qui reste une jolie figure de style, il faut reculer la main arrière, voire la main avant, pour bien plaquer la voile et réussir à la surborder. La rotation du gréement ne doit se faire qu'à la fin du jibe. En slalom, il faut replacer les pieds avant de faire pivoter le gréement afin d'obtenir de bons appuis pour relancer au moment où le gréement pivote.
Le Duck Jibe et le Switch Stance
Si l'on ne possède pas une voile de slalom, le duck jibe représente une excellente alternative. Le terme "switch stance" désigne simplement le fait d'avoir les pieds du mauvais côté (position inversée par rapport à l'amure classique). Il est tout à fait possible de tenter des variantes comme ducker la voile en switch stance par vent modéré pour fluidifier la transition.
Apprentissage sur simulateur et progression globale
L'utilisation d'un simulateur de jibe, qu'il soit terrestre (plateforme rotative sur bitume avec roues) ou virtuel, permet de répéter les postures clés sans subir les contraintes de l'eau. Sur un simulateur mécanique au sol, l'accent doit être mis sur la flexion des genoux et la bascule du bassin. Essayer de croiser les pieds en fléchissant permet de tester sa stabilité, même si le sol bouge à peine et que les sensations diffèrent de la glisse réelle. Le simulateur aide à ancrer les automatismes : le recul de la main arrière, le déplacement du pied arrière hors du strap, le regard orienté vers la sortie de courbe et le transfert du gréement vers l'extérieur.
Pour progresser globalement et acquérir l'équipement technique de base de tout windsurfeur tous temps, il est recommandé d'ajouter des exercices de base à sa routine de navigation :
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- Maîtrise du planing continu
- Beach start et waterstart (normal et surtoilé)
- Remonter au vent (caper) sur petite et grande planche
- Virement de bord rapide sur flotteur à faible volume
- Navigation en fausse panne volontaire
- Départ dans les vagues, passage de barre, surf et sauts de base
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