La ville de Brest, historiquement reconnue comme le port des grands records et la capitale des océans, s'est imposée comme le théâtre privilégié d'une aventure humaine et technologique sans précédent. Au cœur de cette dynamique, l’Arkea Ultim Challenge - Brest s'est affirmé comme un tour du monde en solitaire à bord de maxi-trimarans de la Class Ultim, marquant le début d'une nouvelle ère dans la course au large. Ce projet, qui a nécessité près de deux décennies de tractations, trouve sa genèse dans la vision de Roland Tresca, président du groupe Télégramme Développement. Dès le mois de juin 2004, il avait écrit une courte note circonstanciée qui allait dans ce sens afin de bien planter le décor : la première course autour du monde en multicoque sans escale, autrement dit « la course du siècle ».
La genèse d'un exploit planétaire
L'idée de cette course a germé en 2004, après l’arrivée de Francis Joyon à Brest, alors que ce dernier venait d’exploser le record du tour du monde en solitaire en multicoque établi par Olivier de Kersauson en 1989. À cette époque, Roland Tresca était chargé par le Groupe Télégramme de la diversification du groupe. Deux ans auparavant, ils avaient manqué le rachat du Vendée Globe et il s'était dit qu’il fallait se fixer un cap ambitieux et imaginer la course de demain. Entre-temps, le groupe avait repris le contrôle de la société Pen Duick spécialisée dans l’organisation des courses à la voile dont la Transat en double Jacques Vabre et racheté la Route du Rhum puis la Transat AG2R et le Trophée BPE. Ils étaient alors parfaitement armés pour proposer l’organisation d’un tel évènement planétaire.
Ce projet a pu devenir réalité grâce à la persévérance, l’intelligence collective, le travail, l’enthousiasme et la mobilisation de nombreux acteurs parmi lesquels Pierre Bojic puis Hervé Favre à la direction d’OC Sport Pen Duick, Régis Rassouli, Pdg de Rivacom, des marins et personnalités du monde de la course au large mais aussi la Class Ultim et ses armateurs dont la contribution a été déterminante. En dix ans, les multicoques sont devenus des Ultim, appelés « géants des mers », par leur taille, leur rapidité et leur capacité de voler au-dessus de l’océan. Ces navires de 32 mètres de long et 23 mètres de large représentent un défi tant technologique que physique pour les marins.
La logistique d'un défi hors normes
La course a été présentée officiellement le 29 novembre 2023, en présence des organisateurs et des skippers, à l’Atelier des Lumières à Paris. Bien qu'aucun bateau n'ait été exposé en raison de leur taille imposante, de la logistique nécessaire et des risques associés, des images XXL ont permis de donner à voir ces géants affrontant les éléments. Le budget de l'événement est estimé entre 5 et 7 millions d’euros, se répartissant en trois volets distincts. Le premier concerne la course elle-même : organisation, sécurité, accueil des bateaux et suivi des glaces et des cétacés. Dans une démarche responsable, un volet environnemental a été intégré, l’enjeu étant de préserver les mammifères marins ; de fait, les marins pourront être amenés à dévier leur trajectoire afin de les éviter.
Le deuxième volet est dédié à l’événementiel, incluant les installations du village, les animations et un PC course installé aux Capucins. Enfin, le volet marketing constitue un gros poste, car la course n'existait pas encore en tant que telle. L’identité visuelle, réalisée par l’agence Leroy-Tremblot, se retrouve dans toute la communication et la campagne média. Une équipe digitale de 10 personnes est également mobilisée pour relayer la course sur les plateformes numériques. Les ressources de l’événement proviennent des coûts d’engagement des skippers, du merchandising, de la location des stands, des prestations d’hospitalité et des partenaires privés et publics.
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La préparation des skippers et la réalité de la navigation
Six skippers ont été sélectionnés pour ce tour de force, accompagnés de leurs armateurs et partenaires : Éric Péron (Adagio), Tom Laperche (SVR-Lazartigue), Charles Caudrelier (Maxi Edmond de Rothschild), Anthony Marchand (Actual), Armel Le Cléac’h (Maxi Banque Populaire XI) et Thomas Coville (Sodebo). Pendant 40 à 50 jours, les marins seront soumis à des variations extrêmes de conditions météorologiques. « On s’apprête à gravir une montagne un peu plus haute que les autres en matière d’engagement. Ça marque le début d’une nouvelle ère », souligne Armel Le Cléac’h. « On part sur un marathon, on change de braquet après des transatlantiques qui sont plutôt des sprints ! »
Pour Thomas Coville, skipper du Sodebo Ultim 3, cette aventure est l'aboutissement d'un rêve nourri depuis des années. Ayant bouclé huit tours du monde, il apporte une expérience cruciale, sachant gérer les routines et les manœuvres complexes d'un multicoque dans les mers du sud. « Je sais que je retourne dans un endroit que j’aime, j’ai une idée précise des routines, de la façon de gérer un multicoque dans les mers du sud, comment il faut mettre du charbon pour rester le plus longtemps possible devant une dépression, puis éventuellement appuyer sur la pédale de frein quand la mer devient très mauvaise après le passage du front. Maintenant, que l’on soit novice ou expérimenté, la barre est tellement haute sur un tour du monde que cela t’oblige à rester modeste et humble. »
L'ancrage territorial et la culture maritime brestoise
Brest, en tant que cité maritime, joue un rôle central dans l'accueil de ces événements. Le village de l’Arkea Ultim Challenge, d'une surface de 11 000 m2, a été conçu pour faciliter les rencontres entre les marins et leur public. « Nous avons créé un village pensé pour pouvoir raconter au plus grand nombre à quel point ces marins et ces bateaux sont formidables, à quel point ce défi est historique », expliquent les organisateurs. Une structure immersive de 1000 m2 invite à la découverte des « géants des mers » et de l’histoire des grands tours du monde.
La culture maritime à Brest ne se limite pas aux courses Ultime. La rade accueille régulièrement d'autres événements, comme le « Distro en Rade », placé sous le signe du partage, de la convivialité et de l’inclusion, ou encore la « Hoalen Brest Douarnenez Classic », qui met à l’honneur les voiliers classiques. Cette diversité témoigne de la richesse du patrimoine maritime brestois. La voile se démocratise, permettant à un public plus large de découvrir le bonheur de naviguer, même si la manœuvre de ces navires exige un apprentissage rigoureux.
L'évolution des pratiques et des formats de course
Il est parfois complexe pour les non-initiés de distinguer les différents types de navires engagés dans les compétitions. Si le grand public visualise souvent les navires de plaisance, les maxi-trimarans de la Class Ultim représentent une catégorie à part, conçue spécifiquement pour la performance extrême et la vitesse pure. La course « Brest Atlantiques », lancée en mer d’Iroise, a par exemple mis en scène quatre maxi-trimarans, avec deux marins et un équipier média à leur bord, illustrant l'évolution vers des formats médiatisés où la technologie embarquée joue un rôle majeur.
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De même, la Transat Jacques Vabre, surnommée la « Route du Café », démontre l'intérêt croissant pour les courses en duo, où les nouveaux venus doivent faire leurs preuves face à des équipages plus expérimentés. Chaque compétition, qu'elle soit un tour du monde en solitaire comme l'Arkea Ultim Challenge ou une transatlantique, contribue à forger l'histoire de la voile moderne. L'engagement des collectivités territoriales, comme Brest Métropole, la Région Bretagne et le département du Finistère, souligne l'importance stratégique de ces événements pour le rayonnement du territoire.
L'innovation au service de la navigation responsable
La navigation moderne intègre désormais des enjeux écologiques majeurs. Le groupe Perchoir, par exemple, explore l'importation par voilier, prouvant que le sourcing peut être maîtrisé pour offrir une consommation plus responsable. Cette conscience environnementale se retrouve également dans les courses au large, où la protection des écosystèmes marins devient une priorité. Les skippers, bien que focalisés sur la performance, doivent intégrer des protocoles stricts pour éviter les cétacés, une contrainte qui modifie la stratégie de course et souligne l'humilité nécessaire face à l'immensité océanique.
La technologie, bien qu'essentielle, n'est qu'un outil au service de l'humain. Le tour du monde en solitaire reste avant tout une épreuve de caractère. La préparation des bateaux de nouvelle génération, comme celui construit par Sodebo en 2016, témoigne de cette quête constante de perfectionnement. Le tour du monde a constitué un véritable fil conducteur dans l’histoire du parcours de Thomas Coville et de son partenaire Sodebo, illustrant comment une relation durable entre un skipper et son sponsor peut mener à des avancées sportives et technologiques significatives.
La transmission et l'esprit de pionnier
L'aspect pionnier de ces aventures est ce qui anime les marins. Comme le souligne Thomas Coville : « Avec mes cinq concurrents, nous allons construire une nouvelle histoire, marquer notre sport et le sport, c’est ce que nous voulions depuis 2006 ». Cette volonté de marquer l'histoire est partagée par l'ensemble des acteurs, des organisateurs aux partenaires. La transmission du savoir, la médiatisation des exploits et l'accueil du public sur les quais de Brest participent à ancrer la course au large dans la culture populaire.
La cité bretonne, forte de son histoire et de son héritage, continue d'innover. Les marinas de Brest, en accueillant ces événements, confirment leur rôle de hub central pour la navigation de demain. Que ce soit par la technicité des équipages lors des régates classiques ou par l'engagement physique des skippers sur les Ultim, chaque événement renforce l'identité maritime de la France. La persévérance, mot d'ordre des organisateurs, a permis de transformer une idée audacieuse en une réalité qui passionne des milliers de personnes, faisant de Brest le point de départ incontournable de toutes les grandes odyssées océaniques.
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Les défis techniques et la gestion de la performance
La complexité des maxi-trimarans réside dans leur capacité à « voler » au-dessus de l’eau, une prouesse technologique qui a révolutionné la navigation. Cette vitesse, bien que fascinante, augmente considérablement les risques. La gestion d'un tel engin en solitaire demande une vigilance constante, une maîtrise totale des systèmes et une capacité d'analyse météorologique fine. Le choix des trajectoires, la gestion des foils et la maintenance en mer sont autant de paramètres que les skippers doivent jongler, souvent dans des conditions de fatigue extrême.
La préparation mentale est tout aussi cruciale que la préparation technique. Les marins doivent être capables de rester lucides après plusieurs semaines en mer, loin de toute assistance. La solitude, le bruit des structures sollicitées par la vitesse et les changements brutaux de météo sont autant de facteurs psychologiques qui pèsent sur les compétiteurs. L'expérience acquise lors des précédentes navigations devient alors une ressource inestimable, permettant de transformer ces défis en opportunités de dépassement de soi.
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