Le surf de gros a pris une autre ampleur à Nazaré, au Portugal, désormais spot incontesté des plus grandes vagues du monde. Cette petite ville portugaise et port de pêche pluriséculaire de 15 000 habitants a vu son visage radicalement changer depuis 2011. À cette date, l’Hawaïen Garrett McNamara dévalait magistralement un mur d’eau de 23,77 mètres de haut et signait le record de la plus grande vague jamais surfée de l’histoire. Cet exploit a définitivement placé le village sur la carte pour devenir aujourd’hui, « the place to be » pour les surfeurs de gros. Depuis lors, d’autres lui ont ravi le trophée, dont le dernier en date Sebastian Steudtner qui, en 2020, se mesurait avec succès à une vague géante de 26,21 mètres. Avec ces exploits, Nazaré est entrée dans la liste très exclusive des spots de surf de gros les plus mythiques de la planète.
La Genèse des Vagues Géantes de Nazaré et son Impact sur le Surf de Gros
Le succès et la renommée de Nazaré reposent sur un phénomène géologique unique. Le canyon sous-marin au large des côtes est la cause des monstres de Nazaré. Longue de 170 kilomètres et pouvant atteindre à certains endroits jusqu’à 5 kilomètres de profondeur, cette gigantesque faille est due à un phénomène géologique de modification de la croûte terrestre. Des anomalies se sont formées sous la mer, comme celles que l’on peut trouver sur la terre avec les montagnes et les vallées. À chaque grosse houle, les falaises de Praia do Norte se transforment en tribunes. C’est ce canyon qui joue un rôle majeur dans la création des vagues. Les vagues sont des ondes qui se propagent dans la mer, et il y a la même continuité d’énergie partout, mais quand les ondes passent dans ce point très fort qu’est le canyon, cette énergie est décuplée et crée des vagues beaucoup plus grosses à la sortie. C’est ce qui explique aussi qu’autour, les vagues sont petites.
Contrairement à des sites comme Jaws (côte nord de l’île de Maui à Hawaï, aux États-Unis), Mavericks (nord de la Californie aux États-Unis), Shipstern Bluff (côte sud-est de la Tasmanie, en Australie) et Mullaghmore (comté de Sligo en Irlande), qui sont constitués de roche dure ou de récifs coralliens sur lesquels les vagues se brisent de manière régulière, les fonds de Nazaré sont faits de sable. Et c’est à 250 kilomètres au large des côtes que la vague se forme, guidée par un canyon profond de 5 kilomètres. Des tonnes d’eau sont ainsi dirigées dans ce canal et gagnent en puissance et vitesse jusqu’à se briser sur toute la longueur des bancs de sable parallèles à la plage de Praia do Norte. Si les pêcheurs ont toujours relaté avoir été témoins de vagues gigantesques en hiver, les surfeurs en ont réellement pris la mesure il y a une dizaine d’années.
L'Évolution du Surf à Nazaré : Adaptations et Innovations Technologiques
Au fur et à mesure des performances et des vagues toujours plus hautes, les surfeurs comme les compétitions ont dû s’adapter. Les débuts du Nazaré Big Wave Challenge (à l’hiver 2016-2017) étaient dédiés au surf à rame (paddling). Cependant, la hauteur des vagues devenant toujours plus spectaculaires, la WSL (World Surf League) a lancé en 2019 le Nazaré Tow Challenge, une épreuve de tow-in (le surf tracté par jet-ski) par équipes de deux. Le tow surfing est une forme de surf où le surfeur est tracté par un véhicule motorisé, généralement un Jet Ski, pour attraper des vagues plus grandes que celles accessibles en pagayant.
Des évolutions que les progrès technologiques ont accompagnées. Nic von Rupp, un des surfeurs emblématiques de Nazaré, raconte : « En 2004, nous n’avions pas les équipements d’aujourd’hui. Beaucoup de surfeurs disparaissaient. Aujourd’hui, la puissance des jet-skis permet de venir nous récupérer même dans des conditions très périlleuses. Nous avons également développé un airbag que l’on met sous la combinaison. Cela a plusieurs fois sauvé ma vie dans les turbulences. L’estomac est tellement compressé par la pression de l’eau, qu’il nous aide à remonter à la surface. Les planches de surf ont aussi évolué. Elles doivent être très souples à l’avant et très rigides et lourdes à l’arrière. Elles pèsent entre 3 et 11 kilos, selon la grosseur des vagues. » Les surfeurs professionnels qui s’élancent sur ce spot effectuent un entraînement spécifique physique et mental, notamment composé d’apnée.
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L'Écosystème Économique de Nazaré en Pleine Mutation
Nazaré aussi a dû s’adapter au profil toujours plus vertigineux de ses déferlantes. Pendant l’hiver et la période des grandes vagues, la ville compte jusqu’à dix fois plus de personnes, tandis que le nombre de nuitées hôtelières a, elle, augmenté de 295% entre 2010 (premiers phénomènes viraux liés à Garrett McNamara) et 2019. Nic von Rupp poursuit : « L’évolution de Nazaré a été spectaculaire. Avant, les gens avaient l’habitude de travailler deux mois dans l’année. Aujourd’hui, avec l’activité touristique et le surf, la fréquentation est abondante en été comme en hiver. Nazaré était très dépendante de la pêche. Aujourd’hui, le surf a changé le visage et l’économie du lieu. Les infrastructures hôtelières étaient déjà présentes, mais elles se développent énormément, tout comme l’immobilier, dont le prix au mètre carré a été multiplié par cinq. Bien sûr, le prix des locations a aussi largement augmenté, et beaucoup plus que le pouvoir d’achat, ce qui amène son lot d’inquiétude. Mais globalement, ce développement est très apprécié par les habitants. »
Walter Chicharro, ancien maire de Nazaré, ne dit pas autre chose. Il déclarait : « Nous avons vu d’énormes changements depuis ces dix dernières années. Nazaré, Praia do Norte, Nazaré Canyon sont connus dans le monde entier. Le tourisme reste notre source principale de revenu, mais cette économie est passée de trois mois en été à pratiquement onze mois dans l’année. Cela amène bien sûr du développement économique, même si nous avons également dû faire face à une explosion de la fréquentation, un défi pour nous. Cela dit, le peuple de Nazaré reste toujours connecté à la mer ; la pêche demeure une activité importante. »
Le Projet "Mountains of the Sea" et l'Avenir du Surf
Sous l’impulsion de Nic Von Rupp, vainqueur 2025 du Tudor Nazaré Big Wave Challenge en équipe avec Clément Roseyro, le projet Mountains of the Sea vise à redéfinir l’avenir du sport. Nic Von Rupp incarne l’esprit "Born to Dare" de la marque horlogère suisse Tudor. Il explique : « Ce qui m’a conduit à venir à Nazaré a été de surfer la plus grande vague du monde. C’était une ambition personnelle. Je voulais marquer ce sport de mon empreinte. Mais aujourd’hui, j’arrive à un âge où cette satisfaction plafonne, et l’accomplissement est davantage tourné vers le fait de permettre à d’autres d’atteindre ces objectifs, d’inspirer et de transmettre. Je suis à Nazaré depuis dix ans, et mon but aujourd’hui est de laisser un héritage, d’amener plus de monde à expérimenter ce sport. Nous sommes actuellement très actifs dans ce domaine, grâce à la structure que nous avons mise en place : Mountains of the Sea. »
Composée de deux piliers, la société gère un team sportif à même d’offrir les conditions idéales à Nic von Rupp et aux autres champions de l’équipe pour surfer la plus grande vague. Mais elle investit également dans l’amélioration des infrastructures de Nazaré. « Cela reste complexe pour un jeune de réussir à percer à Nazaré, il faut donner à la nouvelle génération un encadrement, un centre sportif adéquat, car rien n’existait jusqu’à aujourd’hui. C’est tout un écosystème qui est désormais en place. Notre ambition est de faire de Nazaré le futur du surf », poursuit Nic von Rupp. La construction d’une nouvelle infrastructure est en cours, où ils pourront recevoir leurs partenaires, dont la marque Tudor, leur grand partenaire qui soutient Mountains of The Sea. Autre aspect géré par la société, c’est la protection des aires marines, principalement avec Hope Zones, une organisation spécialisée qui construit des fermes marines, à l’extérieur de Nazaré, entre autres pour la compensation carbone. Nic Von Rupp, surfeur et ambassadeur Tudor, collectionne les trophées depuis une dizaine d'années et a pour ambition de découvrir des spots de surf encore inconnus.
La prochaine étape pour Mountains of the Sea est de découvrir d’autres spots de grandes vagues, des lieux qui existent, mais qui ne sont pas exploités par le milieu du surf. « C’est pourquoi nous allons partir en exploration, au Groenland, où nous suspectons qu’il y a un incroyable spot de surf. Nazaré reste notre centre, où nous sommes le plus actifs, mais dès la découverte d’un nouveau lieu, nous bougerons l’équipe sur place. Les surfeurs fréquentent les mêmes sites depuis longtemps, Maverick, Jaws, Nazaré… Il y a forcément d’autres spots. L’année passée, nous sommes allés en Arctique, où nous avons pu observer une vague incroyable. Nous travaillons pour cela avec des scientifiques, des océanographes, qui cartographient les profondeurs des océans. Nous avons de grands rêves, un peu comme les premiers explorateurs cherchant de nouveaux horizons. Le soutien de Tudor sur ces projets est essentiel. Mais ce soutien n’est pas exclusivement financier, c’est une intention, une volonté de construire une communauté, un futur pour ce sport, de le rendre plus professionnel, pour l’amener à un niveau supérieur », explique Nic von Rupp.
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Le Prix de l'Extrême : Dangers et Préparation
Malgré la professionnalisation et l'évolution des équipements, le surf de grosses vagues à Nazaré reste une discipline extrêmement dangereuse. La vague de Nazaré a fait sa première victime le 5 janvier 2023. La légende des vagues géantes, Márcio Freire, est morte sur le mythique spot de Praia do Norte. C’est ce qui était redouté depuis douze ans. Depuis 2011, les surfeurs du monde entier viennent se confronter à ces monstres d’eau en quête de sensation et de records, avec une très bonne préparation physique et mentale. Dans un communiqué, l’Autorité maritime nationale a indiqué que le surfeur était décédé « dans l’après-midi après avoir fait une chute. Les sauveteurs ont constaté que la victime était en arrêt cardio-respiratoire, commençant immédiatement les manœuvres de réanimation sur le sable. » D’après des sources locales, les conditions n’étaient pas particulièrement dangereuses en mer lors de l’accident. C’est un drame que tout le monde redoutait depuis la prise d’assaut du spot par les surfeurs pratiquant le tow-in, une pratique consistant à se faire tracter par un jet-ski pour pouvoir prendre des vagues plus grosses, impossible à prendre en ramant à la main. Si le protocole de sécurité a été renforcé au fil des années, notamment avec l’arrivée des compétitions de la World Surf League (Ligue mondiale de surf) sur le spot, rien ne peut prévoir le sort réservé par l’océan.
Les Multiples Sources de Revenus des Surfeurs Professionnels
Le monde du surf professionnel, souvent idéalisé pour ses paysages paradisiaques et son style de vie décontracté, cache une réalité financière complexe. Si certains athlètes de renom accumulent des fortunes considérables, une majorité de surfeurs professionnels luttent pour joindre les deux bouts.
Les surfeurs professionnels génèrent des revenus à partir de plusieurs sources. Les prix remportés lors des compétitions représentent une part significative des revenus. La World Surf League (WSL) offre des récompenses pouvant atteindre 350 000 dollars pour une première place. Par exemple, le Quiksilver Pro France propose un prize money de 425 000$, avec 75 000$ pour le vainqueur et 30 000$ pour le second. L'étape du Billabong Rio Pro offre même un prize money total de 500 000$. En équipe, les deux ambassadeurs Tudor Clément Roseyro et Nic Von Rupp ont remporté le trophée de la meilleure performance au Tudor Nazaré Big Wave Challenge 2025.
Les partenariats commerciaux constituent une source majeure de revenus pour les surfeurs professionnels. Les marques parrainent des surfeurs individuels qui ont la réputation d’être les meilleurs. Le surfeur professionnel sera payé pour représenter publiquement la société et faire la publicité de ses produits. En 2008, Joel Parkinson aurait signé un contrat de cinq ans avec Billabong pour 1,5 million de dollars. Nic Von Rupp est ambassadeur de la maison Tudor et incarne l’esprit Born to Dare de la marque horlogère suisse. Le soutien de Tudor sur des projets comme Mountains of the Sea est essentiel, et ce soutien n’est pas exclusivement financier, mais représente une intention, une volonté de construire une communauté, un futur pour ce sport.
Les produits portant le nom des surfeurs professionnels peuvent les aider à gagner des revenus supplémentaires. Des surfeurs professionnels comme Dane Reynolds perçoivent des redevances sur les planches de surf portant sa signature. Un autre surfeur professionnel a même conçu ses propres sous-vêtements de surf qui ont été commercialisés par une marque populaire.
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La présence sur les réseaux sociaux est également devenue une source de revenus pour les athlètes. Les meilleurs athlètes, comme Kelly Slater et Gabriel Medina, génèrent des revenus considérables, allant de 250 000 à 400 000 dollars annuels, notamment via les réseaux sociaux et les parrainages. La création de contenu captivant nécessite une approche professionnelle et régulière. Les surfeurs partagent leurs exploits lors des compétitions de la World Surf League.
Enfin, l'enseignement du surf constitue une source de revenus stable et prometteuse. Les écoles de surf génèrent des revenus annuels entre 100 000 et 500 000 dollars, avec des marges entre 10% et 20%. Cette activité permet de combiner location d'équipement, vente de matériel et organisation d'événements spéciaux. La France compte plus de 150 écoles de surf, démontrant l'attrait grandissant pour ce sport accessible à tous les âges. La côte de Nazaré est aussi l'endroit idéal pour apprendre à surfer, grâce à ses vastes plages de sable doré qui laissent de la place aux surfeurs de tous niveaux.
Disparités Salariales et Précarité dans le Monde du Surf
Malgré le potentiel de revenus élevé pour certains, la majorité des surfeurs professionnels sont confrontés à la précarité financière. Hormis Kelly Slater, rares sont les surfeurs professionnels à avoir des comptes en banque aussi bien garnis que les golfeurs et les footballeurs. En comparaison, Jérémy Flores, 9e au classement mondial en 2010, a gagné 157 000 dollars sur la saison, ce qui est bien loin des chiffres astronomiques du football.
La précarité touche une grande partie des surfeurs, avec une estimation que « 90 % des surfeurs galèrent à joindre les deux bouts. Certains doivent faire des prêts pour financer leurs déplacements. » Pour financer ses premières compétitions, Michel Bourez a enchaîné les petits boulots. Tessa Thyssen a enchaîné les baby-sittings pour s’acheter sa planche d’abord, puis travaillé dans la restauration ou la vente durant son temps libre pour financer ses saisons.
Il existe également des disparités importantes entre hommes et femmes. Selon le règlement de la World Surf League, le Championship Tour masculin peut remporter un prix total de 607 816 dollars. En revanche, dans le circuit des surfeuses professionnelles, qui compte deux fois moins de concurrents, le prix est divisé par deux, soit 303 908 dollars. Bien que la WSL ait mis en place l'égalité des prize money en 2019, les contrats de sponsoring et la médiatisation restent souvent inégaux. Johanne Defay a souligné que le côté plastique peut parfois passer devant le côté sportif chez les filles, ce qui peut affecter les budgets et les revenus. La Française Justine Dupont fait partie de ces riders de l’extrême. Elle est très souvent favorite lors des compétitions et est régulièrement au coude à coude avec Maya Gabeira. C’est d’ailleurs la Brésilienne qui détient le record féminin avec une vague de 22,4 mètres.
Gestion Financière, Marque Personnelle et Préparation Physique
La gestion financière représente un aspect fondamental dans la carrière d'un surfeur professionnel. Les revenus d'un athlète de haut niveau dans ce sport peuvent atteindre entre 250 000 et 400 000 dollars annuels. La répartition du budget constitue la base d'une carrière stable dans le surf professionnel. Les revenus proviennent de sources variées : les gains en compétition peuvent atteindre 350 000 dollars pour une première place en World Surf League. Les parrainages, la vente de produits dérivés et les revenus des réseaux sociaux complètent ces gains sportifs. Les surfeurs professionnels les plus avisés diversifient leurs sources de revenus. L'exemple de Kelly Slater, avec une fortune estimée à 22 millions de dollars, illustre cette stratégie.
La construction d'une identité numérique authentique s'avère indispensable dans le monde du surf professionnel. Les athlètes partagent leurs sessions de surf, leurs entraînements et leur quotidien pour créer une connexion avec leur audience. Cette stratégie permet d'atteindre des valorisations impressionnantes, comme Kelly Slater avec une valeur nette de 22 millions de dollars ou Laird Hamilton avec 10 millions de dollars.
L'apprentissage du surf demande une préparation rigoureuse. La maîtrise des techniques fondamentales commence dans des vagues de 30 à 50 cm. La pratique régulière, associée à une excellente condition physique, particulièrement en cardio et musculation, constitue la base. La compréhension des éléments techniques s'avère indispensable : l'anatomie des vagues, les différents types de breaks, et la lecture des conditions météorologiques. L'accès au circuit professionnel nécessite une progression méthodique. Nic von Rupp est l’un de ces surfeurs qui a commencé jeune. Né en 1990 d’un père germano‑américain et d’une mère suisse, c’est à Sintra au Portugal qu’il passe son enfance. Son histoire familiale lui a donné très tôt le goût du voyage et de l’aventure. À 9 ans, il s’essaie au surf. Une révélation. Nommé surfeur européen de l’année en 2013, il collectionne les trophées au fil des années.