Loïe Fuller: Une Révolutionnaire de la Danse et de la Scène

Née Mary Louise Fuller dans un village de l'Illinois en 1862, Loïe Fuller, artiste autodidacte, a marqué l'histoire de la danse par son inventivité, son intelligence de la scène et son travail acharné. Son parcours exceptionnel l'a menée des scènes de théâtre amateur aux Folies Bergère à Paris, où elle a révolutionné l'art de la scène et de la danse.

Des Débuts Américains aux Folies Bergère

Loïe Fuller commence sa carrière dans le théâtre amateur dès l'âge de quatre ans. À seize ans, elle anime une troupe ambulante avant de rejoindre une troupe à New York. En 1889, elle s'initie à la skirt dance à Londres. En 1892, elle émigre à Paris où elle débute et s'installe avec sa mère Dalilah. Elle est initiée à la vie culturelle et mondaine de Paris par une dame mystérieuse surnommée « the Great Lady ».

C'est dans la cathédrale Notre-Dame qu'elle conceptualise l'esthétique de ses spectacles : une unité harmonieuse entre la couleur, la lumière, le mouvement et la spiritualité. En 1892, elle se fait engager aux Folies Bergère.

La Danse Serpentine: Une Nouvelle Vision de l'Art

Loïe Fuller révolutionne la skirt dance en créant sa célèbre « Danse serpentine », qui transcende le genre en rompant avec la tradition. Enveloppée dans de longs voiles qu'elle agite à l'aide de baguettes et baignée d'une lumière aux teintes changeantes, Loïe rappelle aux spectateurs que l'homme fait partie de la nature.

Elle crée une danse qui demande une grande force physique et une parfaite maîtrise des mouvements. Dans les passages les plus spectaculaires, les voiles s'élèvent à une hauteur de 3,50 mètres.

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Sa danse, faite de spirales et de volutes de voiles, dessine une nouvelle vision de l’art et libère le corps du corset ou du tutu. Grâce à ses recherches scénographiques sur la lumière, la couleur, le mouvement et la musique, elle révolutionne l’art de la scène et de la danse.

Une Muse de l'Art Nouveau et des Symbolistes

En transcendant le corps pour atteindre une dimension spirituelle où le quotidien est transfiguré par la beauté de l'art, Loïe Fuller devient la muse de l'Art nouveau et des symbolistes. Son travail influence des artistes tels que Toulouse-Lautrec, Jules Chéret, Pierre Roche, et François-Rupert Carabin. Des écrivains et intellectuels comme Stéphane Mallarmé, les Goncourt, Auguste Rodin, Paul Valéry et Guillaume Apollinaire comptent parmi ses fervents admirateurs.

Son influence s'étend également aux innovations en matière d'éclairage et de dispositifs scéniques. Elle fascine les metteurs en scène, les photographes, les cinéastes et les scientifiques, parmi lesquels figurent Mallarmé, Rodin, Toulouse-Lautrec, Carabin, Ellis, Taber, les frères Lumière, Marie et Pierre Curie, l’architecte Guimard et l’astronome Flammarion.

L'Exposition Universelle de 1900 et l'Épanouissement Artistique

Lors de l'Exposition universelle de Paris en 1900, Loïe fonde son propre théâtre-musée et présente la troupe japonaise de Sada Yacco. En 1901, elle crée sa première compagnie de jeunes danseuses, qui accueille en 1902 Isadora Duncan.

Son succès public atteint son apogée lors de l’Exposition universelle de 1900, placée sous le signe de la « fée Électricité ».

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Féminisme et Homosexualité Avant-Gardistes

À une époque où les droits des femmes et des homosexuels ne sont pas encore reconnus, Loïe Fuller affiche fièrement ses idées féministes, ainsi que son homosexualité. Elle noue des liens avec le monde de la finance, de l’art, des sciences et de la culture populaire. L’artiste peintre et féministe Louise Abbéma, surnommée « the Great Lady », l’introduit auprès du tout-Paris et des salons saphiques de la Belle Époque.

Symbolisme du Lys et Métamorphose

Loïe Fuller choisit le lys pour sa symbolique, mais aussi pour des raisons affectives. Lily (« lys » en anglais) est le diminutif par lequel Loïe nomme sa mère. Pour se métamorphoser en fleur, elle crée une danse qui demande une grande force physique et une parfaite maîtrise des mouvements.

Sur la photo prise par l’Américain Harry C. Ellis, la métamorphose de Loïe en lys est accomplie : le corps disparaît dans le voile qui prend la forme du calice typique de cette fleur.

Voyages et Héritage

Fascinée par les cultures anciennes et exotiques qui reconnaissaient la sacralité de la danse, Loïe Fuller part en 1914 pour l’Égypte avec ses élèves.

Dès 1892, aux États-Unis et en France, elle fait enregistrer des brevets. Elle publie ses Mémoires en 1908. Loïe Fuller tombe dans l’oubli jusqu’en 1994.

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Elle réalise elle-même le film Le Lys de la vie en 1921.

Elle décède d'une pneumonie, et Gab Sorère, sa compagne et complice durant trente ans, continuera de transmettre son répertoire après sa disparition, en dirigeant en 1934 La Féerie des ballets fantastiques de Loïe Fuller.

L'Art de Loïe Fuller: Un Mélange de Technologie et de Nature

Les chorégraphies de Loïe Fuller mettent le progrès technologique au service d'une danse qui exalte la nature à travers des lignes courbes et des mouvements évoquant les fleurs, les papillons, les serpents.

Elle utilise des dispositifs scéniques et lumineux dans lesquels la danseuse devient « le papillon ». Ses bras sont prolongés de bâtons en bambou recouverts d’un voile de soie blanche. La colorimétrie et les variations de couleurs font aussi partie du spectacle aux Folies Bergères. Dansant sur une plaque de verre, les projecteurs placés sous elle et des faisceaux latéraux actionnés par jusqu’à plus de 40 électriciens sont parfois nécessaires pour la performance.

Elle part de son propre corps pour développer une technique personnelle, fondée sur la mobilité du torse qui permet la puissance des mouvements des bras. Elle disparaît dans des voiles de soie de plusieurs mètres qu'elle fait habilement tournoyer à l’aide de longues baguettes cousues dans ses manches, dansant sur un plancher de verre éclairé, au-dessous par différentes lumières colorées, et par des dizaines de projecteurs latéraux. Au moyen de ces jeux de miroirs, elle crée de multiples figures provisoires et démultipliées qui s’inspirent de la nature et du monde vivant : papillons, serpents, motifs floraux (orchidée, violette, lys) ou langues de flammes pour la « Danse du feu ».

L’ambition de Loïe Fuller est de brouiller le regard conventionnel porté sur la danse et de renouveler la conception du spectacle de son époque, en proposant une approche stylisée d’une forme de mobilité en tension constante vers l’abstraction.

Loïe Fuller et les Symbolistes: Une Quête d'Idéalité et d'Abstraction

Loïe Fuller monte pour la première fois sur la scène des Folies-Bergère le 5 novembre 1892. Elle fonde avec la danse Serpentine un nouveau genre de spectacle faisant disparaître le corps derrière la lumière et la couleur, toutes deux étant matérialisées au centre de la scène par un voile aérien déployé en tournoiement continu. La danseuse américaine, qui apparaît puis disparaît dans le tourbillonnement vertical de ses voiles, charme aussitôt les symbolistes.

Lorsqu’ils découvrent les danses de Loïe Fuller, tous les symbolistes saluent leur beauté désincarnée. Parmi eux, le poète Stéphane Mallarmé attribue aux draperies et aux voiles en pongée de soie de la danseuse un fort pouvoir d’abstraction.

Les artistes de l’Art Nouveau, qui se sont attachés à représenter l’effacement du corps dans les voiles fullériens, mettent eux aussi souvent en valeur l’inversion des rapports entre le corps et le voile.

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