Danseuse Orientale et le Voile : Histoire et Techniques

La danse orientale, souvent perçue à travers le prisme réducteur de la "danse du ventre", est un art millénaire complexe et riche en histoire. Ses origines sont enveloppées de mystère, oscillant entre des rituels de fertilité ancestraux et l'influence de l'Empire Ottoman. Au fil des siècles, elle a évolué, se transformant en un symbole de féminité, d'expression de soi et de connexion culturelle. Au cœur de cette évolution se trouve l'utilisation du voile, un accessoire qui ajoute une dimension de mystère, de sensualité et d'art à cette danse.

Origines et Évolution de la Danse Orientale

Les origines de la danse orientale restent floues, sans sources fiables permettant de retracer son histoire avec certitude. Certains historiens la situent dans l'Égypte antique, la reliant à des rites de fertilité en l'honneur de la maternité. D'autres suggèrent qu'elle a été introduite lors de la domination ottomane en Égypte.

Au XVIIIe siècle, la danse orientale apparaît dans la littérature grâce aux orientalistes, des auteurs et peintres européens en quête d'exotisme. Ils décrivent et peignent une danse de divertissement et de sensualité, mettant en scène les Almées et les Ghawazi. Les Almées, des femmes cultivées, musiciennes, chanteuses, poètes et danseuses, sont admirées pour leurs multiples talents artistiques et leurs origines antiques supposées. Les Ghawazi, quant à elles, sont des danseuses publiques et indigènes, souvent associées au peuple "Nawari", apparenté aux Roms. Elles se distinguent par leur beauté, leurs traits fins et leur pratique des sagattes (cymbalettes en métal).

L'expression "danse du ventre", souvent utilisée pour désigner la danse orientale, est considérée comme réductrice. En réalité, toutes les parties du corps sont sollicitées, des cheveux aux pieds, en passant par le visage qui exprime des émotions. Techniquement, la danse orientale égyptienne se caractérise par la dissociation des parties du corps ("isolations"), qui peuvent bouger indépendamment sur des rythmes lents, fluides ou rapides.

Le terme "danse du ventre" serait apparu lors de la campagne d'Égypte de Napoléon Bonaparte (1798-1801). Les soldats français, issus d'une société relativement puritaine, ont été fascinés par les mouvements langoureux des danseuses, les interprétant comme une invitation à la débauche. Au XXe siècle, l'expression "danse du ventre" s'est popularisée en Occident, avant d'être remplacée par "Belly Dance" aux États-Unis, une dénomination aujourd'hui largement utilisée dans le monde entier. Cependant, les termes "Raqs Al Sharqi" en arabe et "Oryantal Dansı" en turc traduisent littéralement "danse orientale" ou "danse de l'Orient".

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L'Âge d'Or de la Danse Orientale Égyptienne (1945-1965)

Badia Masabni, une artiste et femme d'affaires d'origine syro-libanaise, a joué un rôle crucial dans l'histoire de la danse orientale égyptienne. Dans les années 1940, elle ouvre un cabaret au Caire, le "Casino Opéra", où elle propose des spectacles mêlant show hollywoodien, cabaret occidental, burlesque américain et danse latino. C'est pendant cette période que le costume étincelant deux pièces à paillettes voit le jour. Les stars des comédies musicales de l'époque, telles que Tahia Carioca, Samia Gamal, Naima Akef et Nagwa Fouad, se produisent dans cet établissement renommé, fréquenté par des artistes européens et des Égyptiens fortunés.

Parallèlement, les grandes figures de la musique et de la chanson (Oum Kalthoum, Mohamed Abdul Wahab, Farid El Atrache…) font leur apparition, tandis que l'industrie du film se développe et prospère. Après une période de déclin à partir des années 1970, Zizi Mustapha, Fifi Abdou et Soheir Zaki représentent les grands noms de la danse égyptienne. Plus tard, Dina Talaat et Lucy seront considérées comme les référentes de la danse contemporaine en Égypte.

La Danse Orientale Égyptienne Aujourd'hui

Aujourd'hui, la danse orientale est devenue un phénomène mondial, pratiquée à l'international. Paradoxalement, elle décline en Égypte, son pays d'origine. Les danseuses étrangères, principalement originaires de Russie et d'Amérique latine, ont progressivement remplacé les natives. Depuis la révolution de 2011, les Égyptiennes ont fui la scène, dissuadées par le régime conservateur au pouvoir.

La danse orientale telle que nous la connaissons aujourd'hui a une histoire complexe. Si ses origines demeurent incertaines, la période de la colonisation, connue sous le nom de "Golden Area", a marqué un tournant majeur. Cette période correspond à l'âge d'or du cinéma égyptien. Dans les années 1930, Le Caire devient un centre culturel important au Moyen-Orient. Plusieurs réalisateurs décident de produire des films inspirés des comédies musicales américaines, en y ajoutant une touche égyptienne avec la danse orientale.

Samia Gamal, de son vrai nom Zainab Ibrahim Mahfuz, est sans doute la plus célèbre des danseuses orientales égyptiennes, grâce à sa longue et incroyable carrière. Son style unique, sa fluidité et son sourire ont marqué des générations de danseuses. Elle est considérée comme la première à avoir utilisé le voile comme accessoire de danse, alors qu'il n'était auparavant qu'un outil d'entraînement pour travailler le port de bras des danseuses.

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Tahia Carioca, une autre danseuse égyptienne célèbre de l'époque, a intégré la carioca et la samba dans sa danse, ce qui lui a valu son surnom et son succès. Elle a inspiré toute une génération de danseuses grâce à sa filmographie impressionnante.

Zoheir Zaki, plus discrète, a commencé sa carrière en dansant lors de mariages en Égypte. Elle a ensuite été repérée par un producteur de télévision qui a lancé sa carrière. Sa collaboration avec la chanteuse Oum Kalthoum pour le titre "Inta Omri" a contribué à sa reconnaissance en tant que danseuse incontournable de cette époque.

Neima Akef, issue d'une famille d'artistes circassiens, a mené une carrière solo dans un club célèbre du Caire, le Kit Kat Club. Le film "Ya tamr Henna" (Fleur de Henné) a été l'un de ses plus grands succès.

Nagwa Fouad, passionnée de danse, a commencé sa carrière dans les night-clubs. Elle s'est formée en musique et en danse, et a été repérée par le violoniste et compositeur Ahmed Fouad Hassan, qu'elle a épousé. Son apparition dans plusieurs films égyptiens l'a rendue célèbre et a fait d'elle une icône de la danse orientale.

Ces danseuses, parmi d'autres, ont marqué leur époque et contribué à la richesse et à la diversité de la danse orientale.

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La Danse Orientale : Bien Plus Qu'une "Danse du Ventre"

La danse orientale est souvent réduite à une simple "danse du ventre", mais elle est bien plus que cela. C'est une danse qui éveille les sens, fait battre les cœurs et raconte des histoires anciennes remplies de grâce et de mystère. Elle est un symbole de féminité et d'expression de soi, pratiquée essentiellement par des femmes, mais aussi par des hommes.

Cette pratique ancestrale puise ses racines en Égypte et dans les contrées du Proche-Orient, comme le Liban, la Turquie, la Syrie, l'Irak et même la Grèce. Certains affirment qu'elle remonte aux rituels ancestraux de fertilité, mêlant religion et ésotérisme.

En 1926, au Caire, Badia Masabni a créé les premiers sanctuaires de cette forme d'expression. Bien que la danse égyptienne domine désormais les cours et les spectacles, cela n'aurait pas été possible sans la renommée acquise par les danseuses égyptiennes lorsque Le Caire est devenu la capitale de cette forme de spectacle dans les années 1930.

Les Styles de Danse Orientale

La danse orientale englobe une variété de styles dans divers pays du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord. Elle évoque des mouvements ondoyants des hanches, du ventre et des bras, sublimant la beauté et la fluidité du corps féminin. La danse arabe, quant à elle, réunit les multiples expressions de la danse pratiquées dans les pays arabes. Chaque pays a ses propres styles et techniques distincts, mais tous partagent des éléments communs ancrés dans la richesse de la culture arabe.

Parmi les styles les plus connus, on retrouve :

  • Le Baladi : Une danse du quotidien, ancrée dans le sol, avec des mouvements puissants et des pieds fermement posés sur le sol. La danseuse porte une "galabeya", une robe traditionnelle ample et ornée, accompagnée d'un simple foulard autour des hanches.
  • Le Shaabi : Un style de danse populaire, né dans les années 1970, avec des rythmes et des gestes rapides, notamment des hanches et des pieds.
  • Le Raqs Sharqi : La danse orientale classique, née de la métamorphose du baladi traditionnel. Chaque mouvement gracieux, chaque geste des bras, chaque demi-pointe délicatement exécutée, transporte les danseurs et les spectateurs dans un univers envoûtant.
  • Le Saïdi : Originaire du sud de l'Égypte, est une danse masculine autrefois pratiquée par les bergers. Elle allie la puissance du bâton à la grâce des mouvements. Aujourd'hui, les femmes exécutent cette danse avec élégance, parfois sans bâton, parfois avec une canne.
  • Le Fellahi : Une danse paysanne, témoigne de la grâce et de la vitalité de ceux qui travaillent la terre.
  • Le Mélaya : La danseuse orientale, enveloppée dans un voile, se déplace avec une sensualité envoûtante, jouant avec le public et captivant chaque regard.
  • Le Ghawazee : Une danse tsigane qui mêle grâce et mystère.

Les fusions sont également devenues de plus en plus populaires, mêlant harmonieusement la danse du ventre à d'autres styles envoûtants tels que le flamenco-oriental, le tango-oriental et le tribal. Ces fusions créent une expérience artistique unique, alliant avec grâce les rythmes et les mouvements distinctifs de chaque style.

Le Voile : Un Accessoire Essentiel

Le voile est un accessoire emblématique de la danse orientale, ajoutant une dimension de mystère, de sensualité et d'art à cette danse. Il peut être simple, double voire triple, de forme rectangulaire ou encore de demi-lune. Il est principalement utilisé dans le style classique de la danse orientale, le "Raqs Sharqi".

Histoire du Voile dans la Danse Orientale

Contrairement à une idée répandue, le voile n'est pas un accessoire traditionnel de la danse orientale. Il a été introduit au XXe siècle par des danseuses occidentales, puis intégré aux premières comédies musicales du cinéma égyptien dans les années 1920. Au départ, il s'agissait d'un simple accessoire utilisé pour l'entrée en scène.

Ce sont les danseuses occidentales qui ont enrichi son utilisation en créant une véritable technique, amenant la notion d'occupation de l'espace scénique. Cela a donné naissance au style Raqs al Sharqi.

Techniques et Matériaux

La danse avec le voile est une danse aérienne qui sollicite beaucoup le haut du corps. Les épaules, les bras et le dos sont mis à contribution. La technique parfaite est un mélange de force et de douceur. Le voile doit être léger, fluide et transparent, idéalement en mousseline de polyester ou en soie.

Il n'y a pas de règles strictes concernant les dimensions du voile. Les voiles en mousseline disponibles dans le commerce mesurent généralement 1m20 x 2m40, mais il est possible d'adapter les dimensions à sa morphologie. Cependant, un voile trop large est peu maniable et alourdit le mouvement. L'ajout de perles, de galons ou de sequins sur les bords du voile est déconseillé.

Les matières les plus couramment utilisées sont :

  • La mousseline de polyester : Solide et économique, c'est la matière de référence pour les voiles de débutant.
  • L'organza : Léger, très brillant et transparent, c'est une matière idéale pour créer des effets visuels. Il est important de choisir un organza fluide, car certains sont rigides.
  • La mousseline de soie : Une matière vivante qui donne des effets fabuleux, le tissu volant tout seul. C'est une matière plus délicate à manier et plus coûteuse.

Significations et Symbolisme

Le voile fascine et plaît car il donne beaucoup d'effet sur scène. Il permet de jouer avec la transparence en se voilant et se dévoilant, en dessinant des arabesques dans l'espace et cela dans une démarche artistique. Synonyme de mystère, il dévoile sans dévoiler, ouvrant la porte à sa propre sensualité, souvent refoulée inconsciemment.

Grâce au voile, on s'autorise une forme de sensualité, d'expression des émotions que l'on ne s'autorise peut-être pas dans la vie. Dans notre société actuelle, les femmes doivent être fortes, et certaines refoulent leur féminité pour se protéger, souvent sans en avoir conscience.

Le Voile et la Pudeur

L’utilisation du voile comme accessoire dans la danse orientale peut être interprétée comme une métaphore du processus psychique garant de la pudeur. Il questionne les enjeux identitaires, politiques, culturels et genrés que cette pratique soulève. Les différents dispositifs de voilement et de dévoilement du corps féminin dansant véhiculent des significations et des impacts complexes.

Le voile, à la fois signe de décence et instrument de séduction, évoque la question du visible et de l'invisible. Ses plis et ses drapés sont utilisés en danse orientale pour dessiner une frontière, un seuil entre la sphère publique et la sphère privée, intime. Il délimite, de façon mouvante, un espace qui s'offre puis se dérobe au regard.

Dans la création chorégraphique contemporaine, l'utilisation du voile peut être détournée, questionnée, et renvoyer aux débats sur le voile civil. Il peut devenir un élément d'enfermement ou d'aveuglement, linge quotidien ou linceul, prison ou simple vêtement. Personnage à part entière dans la danse, il permet une disparition ou, au contraire, une révélation du sujet dansant.

Autres Accessoires

Outre le voile, d'autres accessoires sont utilisés dans la danse orientale, tels que :

  • La melaya leff : Un grand châle rectangulaire de couleur généralement noire, utilisé dans le folklore d'Alexandrie. La danseuse utilise ce voile traditionnel pour se couvrir et se découvrir au gré de son inspiration, dévoilant une robe courte aux couleurs vives.
  • Les ailes d'Isis : Une grande cape en organza irisé ou métallique, une invention occidentale plutôt utilisée dans les spectacles visuels.
  • Les sagattes : Des petites percussions en cuivre, en aluminium voire en argent ou or, placées sous le majeur et le pouce. Elles sont principalement utilisées dans la danse Baladi pour accompagner la derbouka.
  • Les éventails de soie : Originaires d'Asie, ils sont utilisés dans la danse chinoise classique et ont été introduits dans les chorégraphies de danse tribale américaine à partir des années 2000.

La Danse Orientale : Un Art en Constante Évolution

La danse orientale est un art vivant, en constante évolution. Elle a su s'adapter à l'époque moderne, donnant naissance à des styles hybrides et des fusions audacieuses. Elle se pratique dans les écoles de danse, les associations, les stages spécialisés ou même via des cours en ligne.

Aujourd'hui, de nombreux danseurs se battent pour obtenir un statut d'artiste et revendiquer un travail de création. Malgré les défis et les préjugés, la danse orientale continue de séduire et d'inspirer, témoignant de sa richesse, de sa diversité et de sa capacité à transcender les frontières culturelles.

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