La danse des sept voiles est une expression riche en significations, puisant ses origines dans des récits anciens et se manifestant à travers diverses formes d'art. Cette danse, bien plus qu'une simple performance, est devenue une métaphore puissante et un objet d'étude fascinant, traversant les époques pour se réinventer sans cesse.
L'ancrage biblique : Salomé et le sacrifice
L'expression "danse des sept voiles" est intrinsèquement liée à la légende de Salomé, une princesse juive dont l'histoire est narrée dans la Bible. Selon le récit biblique, Salomé exécuta une danse devant le roi Hérode Antipas. Envoûté par sa performance, le roi lui promit de satisfaire n'importe quel souhait. Sous l'influence de sa mère, Hérodias, Salomé demanda la tête de Jean le Baptiste, un prophète qui avait critiqué le mariage d'Hérode avec Hérodias. Dans la légende de Salomé, la danse est un moyen d'obtenir la tête de Jean le Baptiste, mais elle est également perçue comme une danse sensuelle et séduisante.
La descente aux enfers : Inanna et le mythe mésopotamien
La danse des sept voiles trouve également ses racines dans une tradition plus ancienne, celle de la Mésopotamie, région qui s’étend entre les cours du Tigre et de l’Euphrate, jusqu’au golfe Persique. Le mythe le plus connu où apparaît Inanna/Ishtar est celui de sa descente aux enfers. Déesse des conflits et des inversions, elle décide un jour d’aller taquiner sa sœur Ereshkigal, déesse des enfers, et de la détrôner pour prendre sa place. Mais sa venue éveille la méfiance d’Ereshkigal qui lui demande de se défaire d’un vêtement et d’un bijou à chacune des 7 portes menant au monde inférieur. Ainsi, Inanna/Ishtar apparaît nue et fragile devant sa sœur qui la fait mettre à mort par les démons.
Inanna/Ishtar symbolise une force complexe, liée à la fertilité de la terre et des animaux, en tant que principe à l’origine de l’accouplement. Elle est la déesse du désir et de la sexualité libérés de toute subordination à l’ordre humain où règnent les conventions établies par les hommes. Les civilisations mésopotamiennes étaient patrilinéaires et patriarcales, et le culte rendu à la déesse était une façon de composer avec des forces féminines que les hommes voulaient dominer sans jamais y parvenir.
La métaphore de la révélation progressive
Au-delà de son origine mythique, la danse des sept voiles est devenue une métaphore puissante. L'expression "faire la danse des sept voiles" est couramment utilisée pour décrire une situation où une information est révélée progressivement, par étapes successives, comme si l'on retirait un voile à chaque fois pour dévoiler un peu plus la vérité. Cette notion de dévoilement progressif résonne avec l'idée d'un mystère qui s'efface devant l'observation, une dynamique qui structure aussi bien le discours intellectuel que la performance artistique.
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L'orientalisme et l'imaginaire occidental
La danse des sept voiles a transcendé son origine mythique pour devenir un thème récurrent dans l'art et la culture. L'orientalisme, un courant culturel qui a idéalisé l'Orient, a influencé la représentation de cette danse. Au cinéma muet italien, des réalisateurs comme Ugo Falena ont mis en scène la danse de Salomé, interprétée comme une "vamp orientalisée". Dans son film Salomé (1910), Falena a inclus une séquence de la danse des sept voiles, laissant à l'interprétation visuelle l'essence de la performance.
Au début du XXe siècle, la danse moderne a été influencée par cet orientalisme. Des danseuses comme Loïe Fuller et Ruth St. Denis ont intégré des éléments de l'imaginaire oriental dans leurs performances. Loïe Fuller, avec sa "danse serpentine", réinterprétait la "danse des voiles", tandis que Ruth St. Denis mettait en scène une déesse indienne dans son chef-d'œuvre Radha. Il est crucial de noter que le voile n'est pas un accessoire traditionnel de la danse orientale. Il a été introduit au XXe siècle par des danseuses occidentales et retrouvé dans les années 1920, dans les premières comédies musicales du cinéma égyptien. Ce sont les danseuses occidentales qui l'ont enrichi en créant une véritable technique, amenant la notion d'occupation de l'espace scénique, ce qui donna naissance au style Raqs al Sharqi.
L'opéra et la réinterprétation esthétique
L'une des représentations les plus célèbres de la danse des sept voiles est l'opéra Salomé de Richard Strauss, basé sur la pièce de théâtre éponyme d'Oscar Wilde. La première représentation, à Dresde en 1905, a été un véritable triomphe malgré les nombreuses difficultés de réalisation. Ce drame frénétique a consacré la gloire du maître en tant que compositeur d’opéra.
La célèbre danse s’inscrit dans la quatrième et dernière scène de l’opéra : il s’agit d’un interlude symphonique censé accompagner le lent effeuillage de Salomé destiné à ensorceler le libidineux roi Hérode dans un jeu pervers qui lui permettra de demander, en récompense, la tête du prophète Iokanaan. Bien que considérée comme le clou de l’opéra, la scène est relativement conventionnelle sur le plan musical, mêlant un orientalisme de façade dans les ornements du hautbois, une langueur digne des meilleurs péplum hollywoodiens et un rythme de valse passager.
Diversité des pratiques et dimensions contemporaines
La danse des sept voiles est une performance unique et passionnante. Autrefois réservée aux femmes, cette forme de danse est aujourd'hui performée par des artistes de tous genres. Elle se compose de sept mouvements distincts, qui sont exécutés l'un après l'autre, avec le rythme et la musique en arrière-plan. C'est une forme d'expression très spéciale qui permet à celui qui la pratique de s'exprimer pleinement, quel que soit son âge, son sexe ou son origine. Pour de nombreux artistes, cette forme de danse est un moyen de libérer leurs émotions et leurs sentiments et de se connecter avec leur audience.
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Au Maroc, lors de la cérémonie de mariage, la mariée est mise à l’honneur avec une variante de cette tradition. Pendant cette danse, la mariée porte successivement sept tenues différentes, chacune représentant une région du pays. Ce rituel met en avant la beauté et la richesse culturelle du Maroc, ainsi que la fierté des origines de la mariée.
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