Le Flyboard Air : L'Odyssée de Franky Zapata, entre Innovation et Conquête des Airs

Qui n'a jamais rêvé de voler ? L'imagination collective a longtemps été peuplée d'images d'hoverboards futuristes et de costumes à la Iron Man, rendant la lévitation accessible. Ce rêve, longtemps confiné aux œuvres de science-fiction, a trouvé une incarnation spectaculaire avec le Flyboard, puis son évolution révolutionnaire, le Flyboard Air, une invention française qui a redéfini les frontières du sport et de la technologie aérienne. Cet engin, directement sorti d'un film, permet à ses utilisateurs de s'élever au-dessus des éléments, offrant des sensations fortes inégalées. Au-delà de son aspect divertissant, le Flyboard Air représente une avancée technologique majeure, fruit de la passion et de l'ingéniosité de Franky Zapata.

L’inventeur qui a épaté la France en volant sur son Flyboard Air devant Emmanuel Macron, le 14 juillet 2019, a ouvert les portes de son atelier, près de Marseille, un lieu où il conçoit ses engins des airs. Certains de ces dispositifs pourraient bien révolutionner notre vie, et Franky Zapata raconte ses exploits dans un livre, partageant ainsi l'histoire de cette quête incessante d'innovation.

De l'Hydropropulsion à l'Autonomie Aérienne : La Genèse du Flyboard

Avant l'avènement du Flyboard Air, il y eut le Flyboard original, un concept initialement apparu sous forme de jetpack aquatique mis au point par une société américaine en 2009. Cependant, c'est en 2012 que Franky Zapata, un pilote de jet-ski du sud de la France, s'est emparé du concept et l'a perfectionné pour donner naissance au Flyboard tel que nous le connaissons aujourd'hui. Ce dispositif volant se situe à mi-chemin entre le sport aquatique et le sport aérien.

Le principe de fonctionnement du Flyboard est celui de la sustentation hydropropulsée. L'utilisateur se tient debout sur une planche, ou plateforme, qui rappelle un snowboard, et ses pieds sont fixés à l'engin. Le tout est relié à un jet-ski par un long tuyau souple. Quand le pilote du jet-ski met les gaz, de l'eau à haute pression traverse ce tuyau et est projetée sous les pieds de la personne positionnée sur la plateforme via des buses situées sous la planche. C'est cette pression de l'eau qui permet à l'ensemble de s'élever. Conformément aux lois de la mécanique des forces, l'eau projetée à haut débit vers le bas engendre une force contraire vers le haut, faisant ainsi s'envoler l'utilisateur. Sous l'effet de l'hydropropulsion, la plateforme peut décoller et monter jusqu'à 15 mètres de hauteur, la performance dépendant directement de la puissance du moteur du jet-ski auquel elle est raccordée.

Le Flyboard a été présenté au grand public lors des Championnats du monde de jet-ski de 2012 en Chine. Rapidement, il est devenu un sport nautique à part entière, avec sa propre Coupe du monde, dont la première édition a eu lieu en 2012 au Qatar. D'ailleurs, le premier Champion du monde de flyboard est lui aussi français : Franky Zapata lui-même.

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Contrairement aux apparences, le Flyboard est réputé assez intuitif et ne demande pas de compétences d'équilibriste hors normes. C'est la puissance de l'eau propulsée sous les pieds qui crée une base stable, ce qui rend la pratique ouverte à tous à partir de 16 ans, à condition de savoir nager. Une séance d'initiation d'une vingtaine de minutes coûte généralement entre 80 et 120 euros, et de nombreuses bases nautiques sur les côtes méditerranéennes et atlantiques, ainsi que sur certains lacs du centre de la France, proposent cette activité. Les participants commencent par un briefing sur le fonctionnement et la sécurité, s'équipent d'un casque et d'un gilet de sauvetage, puis sont emmenés sur un spot avec une profondeur d'eau suffisante. Pour une phase d'élévation réussie, il est conseillé de garder les jambes droites, de regarder au loin vers l'horizon et de s'aider des bras pour la stabilisation. Une fois la stabilisation acquise à quelques mètres de hauteur, les mouvements de rotation et de déplacement peuvent être explorés, allant jusqu'à des figures comme le 360 ou même des loopings pour les plus audacieux. Certains utilisateurs s'adonnent même à des phases sous-marines, alternant avec le vol.

L'Émergence du Flyboard Air : Un Rêve de Vol Autonome

L'inventeur, passionné de mécanique et ancien pilote d'essais de jet-ski - deux fois champion du monde dans la catégorie F1 Run et sept fois champion d'Europe - n'a pas voulu s'arrêter là. Concevoir et commercialiser le Flyboard n'a pas suffi à Franky Zapata. Bien qu'il ait arrêté l'école très tôt, il a développé une soif de connaissances en observant le travail des ingénieurs durant ses 15 ans d'expérience en tant que pilote d'essai. Il a beaucoup appris, se disant finalement capable de faire ce qu'ils faisaient, et s'est mis à étudier, principalement via Internet.

C'est ainsi qu'il a continué à perfectionner son projet, travaillant sur un nouveau modèle de flyboard : le « Flyboard Air ». Ce concept, né en 2016, a transformé la vision initiale en un engin totalement autonome, le qualifiant de « Jet board », en référence au Jetpack. Avec le Flyboard Air, nul besoin de jet-ski ni de tuyau. Il s'agit en effet d'une version sans jet-ski propulsée par une unité de propulsion indépendante, constituée de cinq réacteurs fonctionnant au kérosène.

Le développement de cet engin a commencé plusieurs mois avant le premier essai. Au premier test, Franky Zapata a fini à l'eau, mais le second essai a été concluant, lui permettant de piloter l'engin sans tomber. Ce projet audacieux a rapidement captivé l'attention, bien que de nombreuses personnes aient cru à un canular initialement. Pourtant, le Flyboard Air est bel et bien réel et ouvre un nouveau champ des possibles en termes de ride et de sensations fortes.

Le Processus Créatif et Technique : De l'Idée au Prototype

La création du Flyboard Air, et même du Flyboard V2, est un processus complexe qui allie une vision claire à une ingénierie méticuleuse. Une équipe pluridisciplinaire, incluant des designers industriels et des ingénieurs en conception mécanique, a été essentielle.

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Exceptionnellement, très peu de veille design a été nécessaire pour le Flyboard Air, car Franky Zapata sait précisément ce qu'il veut, et le designer industriel en charge du projet chez IDEACT, une entreprise de conception, connaît bien l'environnement des sports extrêmes. Le designer réalise un travail de création en gardant à l'esprit l'ensemble des contraintes, qui, contrairement à ce qui semble évident de prime abord, sont souvent génératrices d'idées nouvelles. Tout en explorant des pistes et des idées novatrices, le designer industriel de IDEACT tient compte des contraintes liées à la fabrication et à l'assemblage. Franky Zapata fait ensuite son choix parmi les concepts de solutions présentés, guidé par une vision claire d'un design « nerveux », fidèle à l'univers du sport mécanique et des sports extrêmes.

Le design d'un produit ne se limite pas seulement à l'esthétique et à l'ergonomie, qui ne sont que la partie émergée et visible du design industriel. Pour le Flyboard Air, les pieds en thermoformage avec mousse intégrée sont par exemple des éléments de flottaison essentiels à la sécurité du pilote. Il faut noter que le thermoformage, bien que fonctionnel, peut limiter l'apport esthétique et souvent nécessiter des reprises d'usinage post-fabrication.

Les pièces constituant l'engin sont complexes et volumineuses, et les enjeux en termes de résistance mécanique sont considérables. C'est pourquoi Franky Zapata est épaulé par les ingénieurs en conception mécanique de IDEACT pour le dimensionnement précis des pièces. La collaboration précoce avec les sous-traitants à cette étape permet un gain de temps significatif sur l'ensemble du projet. Les rendus 3D communiqués à Franky Zapata lui offrent une vision concrète de l'évolution du design de son produit, qui s'affine progressivement.

Entre la conception design et la fabrication en série, le prototypage de la solution est impératif. Pour des projets comme le Flyboard 2, cette phase a été directement gérée par Franky Zapata lui-même. Il a commandé les pièces, puis a assemblé un prototype avant de le tester. Étant à la fois un inventeur passionné de mécanique et un ancien pilote d'essais, son approche pratique est cruciale. En attendant la réception de la pièce centrale fabriquée en injection, les tests sont effectués avec des composants de fonderie, l'important étant pour Franky de valider la plateforme.

Une fois la phase de conception bien avancée, un ingénieur mécanique prend le relais du designer. Cette étape aboutit à l'élaboration du dossier de fabrication industrielle. Avec ce dossier complet, il devient possible de réaliser des consultations complémentaires pour connaître précisément le prix de revient industriel du nouveau produit. Le directeur de création en charge du projet, avec le soutien des autres designers de l'équipe IDEACT, joue un rôle central dans ce processus, assurant la cohérence et l'innovation du design.

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Architecture et Fonctionnement du Flyboard Air : La Maîtrise des Airs

Le Flyboard Air représente un exploit technologique majeur. Cet engin, dont le concept a d'abord été interdit par la Direction générale de l'aviation civile (DGAC) en 2016 faute d'homologation, a depuis démontré son efficacité et sa fiabilité. Pour Franky Zapata, l'objectif était de créer un appareil volant qui, malgré sa complexité technique, procurerait des sensations similaires à celles du Flyboard hydro-propulsé. Il a ainsi passé environ 300 heures sur le Flyboard original, et c'est cette expérience qui lui a permis de savoir exactement ce qu'il attendait du Flyboard Air.

Le pilotage du Flyboard Air est particulièrement délicat, bien que l'inventeur ne compte ni l'argent (dans une certaine mesure) ni son temps pour le dompter. L'appareil fonctionne grossièrement comme un Segway, c'est-à-dire grâce au transfert de masse opéré par le pilote. Cependant, contrairement à un Segway qui dispose d'un support stable et n'a pas à se soucier du lacet (ce mouvement de rotation horizontal autour d'un axe), le Flyboard Air doit gérer une instabilité inhérente.

Pour parvenir à stabiliser son engin, Franky Zapata a prévu de l'équiper de pas moins de six moteurs. Quatre sont disposés sous le plateau qui supporte le pilote, tandis que deux autres, bien visibles sur les côtés, sont spécifiquement utilisés pour la rotation. La raison de quatre moteurs sous la planche au lieu d'un seul est la nécessité de stabiliser l'appareil. La plus grande difficulté du développement a été de créer un algorithme capable de faire « s'entendre » les mouvements du pilote avec les moteurs. Quatre mois ont été consacrés au développement de cet algorithme, afin d'atteindre le résultat que nous connaissons aujourd'hui. Le programme conçu par son équipe est ainsi capable d'ajuster la vitesse des turbines latérales et l'inclinaison des turbo-réacteurs.

Concernant les moteurs, Franky Zapata précise qu'il s'agit de « réacteurs de missiles ou de gros drones de l'armée », développant chacun 250 chevaux, pour un total impressionnant de 1 000 chevaux. Une telle puissance ne pourrait être contrôlée sans les centaines d'heures d'expérience de Franky Zapata avec le Flyboard hydro-propulsé. Les moteurs latéraux sont spécifiquement utilisés pour ajuster la rotation de la planche, offrant une maniabilité précise.

Sécurité et Innovation : Voler en Toute Confiance

Lorsque le Flyboard Air a été présenté au public, une question récurrente a émergé : n'est-ce pas dangereux d'emporter plusieurs litres de carburant sur soi ? Franky Zapata apporte des clarifications importantes à ce sujet. Pour pouvoir voler environ 4 minutes, comme dans la vidéo de présentation, il emporte 14 kg de carburant. Pour un vol plus long, de l'ordre de 8 minutes, il faut 23 ou 24 kg. L'inventeur ne considère pas son dispositif comme dangereux pour autant, car plusieurs mesures de sécurité sont intégrées. Sa combinaison est ignifugée, tout comme l'est la durite d'alimentation. Il compare la situation à celle d'un motard : lorsque l'on roule à moto sur la route, on a un réservoir d'essence juste sous le ventre, avec un carburant (l'essence) dont le point d'éclair est bien plus bas que celui du Jet A1, le kérosène utilisé pour le Flyboard Air. À ce jour, aucun incident grave n'est survenu avec ce dispositif.

En ce qui concerne les chutes, Franky Zapata n'a connu qu'un seul incident grave, où c'est l'engin qui a subi des dommages, et non le pilote. Cet événement s'est produit lors d'un entraînement avec un vent violent (environ 80 km/h). L'équipe n'avait pas anticipé que cela solliciterait de manière anormale le système de stabilisation, qui a demandé bien plus d'énergie que d'habitude. En conséquence, quelques secondes avant l'atterrissage, l'appareil est tombé en panne de carburant, forçant Franky Zapata à laisser l'appareil s'échouer, ce qui l'a significativement endommagé. Il vole régulièrement autour de 80 km/h, et cette panne n'a eu aucune gravité pour le pilote.

La sécurité est une priorité absolue, et des systèmes de redondance sont intégrés. Sur les quatre moteurs présents sous la planche, seuls trois sont nécessaires pour le fonctionnement. Même la connexion Wi-Fi entre la planche et la manette des gaz dispose d'une solution de secours, utilisant trois canaux Wi-Fi différents et disposant de trois puces dédiées dans la manette. Quoi qu'il en soit, et pour ne pas tenter le diable, tous les tests s'effectuent actuellement au-dessus d'un plan d'eau, une mesure de précaution. Franky Zapata a toutefois affirmé qu'ils seraient prêts à voler au-dessus du sol dans un futur proche.

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