La navigation à la voile, par son rapport direct à l'élément liquide et à la force du vent, incarne depuis toujours des notions de rêve, d'évasion, de liberté et parfois d’aventure que recèle cette activité pratiquée au plus près de la nature. Pourtant, l'accès à ce monde longtemps réservé à une élite physique a connu une transformation radicale. Aujourd'hui, le type et le niveau de handicap ne sont plus un frein à la pratique de la voile, grâce à une ingéniosité technique croissante et une volonté politique forte. L’idée directrice est de favoriser les pratiques intégrées au sein des publics valides afin de partager le plaisir de naviguer ensemble.
L'évolution des structures et des aménagements techniques
La question de l'accessibilité commence par la conception même du navire. Lorsque c'est possible, les bateaux sont légèrement modifiés afin de favoriser le confort ou l'autonomie des personnes à bord. On peut par exemple installer des sièges baquet, réunir les cordages sur un même point, fixer des prises d'appui pour faciliter l'équilibre, etc. Avec un peu d'ingéniosité, le champs des possibles est immense. Il existe aussi des bateaux spécifiques comme le Hansa, le Neo 495, le MiniJi, le RS Venture ou encore le 2.4. Ces bateaux ont la particularité d'être accessibles, stables et surtout inchavirables, ce qui offre une grande sécurité au pratiquant.
Pour les unités de plus grande taille, comme le voilier First 31.7 de Beneteau, des modifications structurelles permettent une autonomie accrue. "On monte dans le voilier sans son fauteuil avec un simple harnais pour protéger ses fesses", explique Marc Mollo, président de l'association. "Les commandes ont été ramenées à l'arrière sur un seul poste, comme dans les bateaux de course en solitaire. Au centre du cockpit, un module en mousse posé sur le sol permet de se transporter sans effort de part et d'autre du bateau. Un escalier hydraulique facilite la descente dans la cabine dont le sol a également été recouvert de modules de mousse pour se transporter du coin cuisine, à la chambre ou aux toilettes."
Dans des projets plus récents, comme celui d'Estrella Lab, l'approche est celle du monocoque de 60 pieds, soit 18 mètres, repensé pour accueillir un public en situation de handicap. "Ça va passer par des sièges baquets derrière les deux barres à roue, pour pouvoir barrer assis avec des ceintures velcro qui maintiennent en cas de gîte notamment. Il y a aussi un banc sur rail placé dans le cockpit - l’espace extérieur du bateau. Ce banc permet d’aller de l’arrière du bateau à ce qu’on appelle la descente. C’est un rail coulissant, donc on s’assoit dessus et on se fait coulisser jusqu’à la descente. De là, on a installé une petite plateforme électrique sur treuil."
Stratégies de déplacement et autonomie à bord
L'enjeu majeur reste le transfert et la mobilité au sein de l'habitacle. À l'aide d'une petite télécommande, on fait remonter cette plateforme de l’intérieur bateau jusqu’en haut de l’escalier. Une fois assis sur la plateforme électrique, on descend à l’intérieur du bateau, où se trouve un fauteuil spécifique sur lequel on se transfère pour pouvoir circuler dans le bateau. À bord, nous avons installé des mains courantes un peu partout pour faciliter les déplacements. Nous avons aussi modifié les deux cabines toilettes-douches.
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Il faut néanmoins garder à l'esprit les limites matérielles. "D'ailleurs, attention, on ne peut pas monter avec un fauteuil électrique, car la passerelle est trop raide, et aussi parce que l’air marin risque d’abîmer le fauteuil. Cependant, nous avons des solutions avec l’office de tourisme qui est juste à côté du bateau, et qui peut garder les fauteuils électriques pendant les personnes sont sur le bateau."
Concernant l'embarquement, il existe des méthodes pour faciliter ces deux étapes. Avec l'aide des accompagnateurs, certaines personnes parviennent à se glisser dans le bateau et à en sortir à la force des bras sans difficultés. Pour ceux qui en ont envie et qui s’en sentent capables, car ça reste quand même un voilier, donc c’est sportif, il faut être bien présent sur ses transferts, et pouvoir participer à la vie de bord. On compte sur chaque équipier pour participer à cette vie de bord à la hauteur de ses possibilités, en termes de navigation et de vie quotidienne.
La navigation sensorielle et inclusive
La vue n'est pas le seul sens mobilisé lorsqu'on pratique la voile. Suivant les envies et les capacité de chacun, il est possible de naviguer en équipage avec des personnes voyantes. Parmi ces outils, on retrouve par exemple la rose des vents et les cartes en relief qui permettent aux personnes de mieux se repérer et de régler son bateau par rapport à la direction du vent. Il existe aussi des penons connectés. Placés sur la voile, ils vous indiquent si votre voile est bien réglée. De même pour connaitre la direction exacte du vent, il existe des girouettes intégrées au casque et des ceintures connectées qui vibrent du côté d'où le vent provient.
Afin de communiquer à terre et sur l'eau, une ardoise peut être utilisée. Le terme "allure" désigne la position du bateau par rapport à la direction du vent. En instaurant un code couleur pour chaque allure, on crée une information très visuelle pour le pratiquant sourd ou malentendant. "Les formes prises du handicap étant variées, les adaptations et les outils possibles le sont tout autant. Les outils mentionnés ici sont donc des exemples parmi tant d'autres."
Initiatives régionales et développement en Rhône-Alpes
La région Auvergne Rhône-Alpes se distingue par une dynamique soutenue. Jérôme Pruvot, conseiller technique fédéral de la Ligue de voile AURA, partage les prochains défis de la région dans le domaine de la navigation inclusive : l'année 2024 apportera une subvention de 10 000 € grâce à l'appel à projet Impact, ouvrant ainsi de nouvelles perspectives. Ce financement servira à soutenir les activités en club pour le public individuel ainsi qu'à former les bénévoles, en particulier pour l'accompagnement en handi-voile. Une partie du budget sera allouée à l'acquisition d'un "kit SARA" pour faciliter la navigation autonome malgré une déficience visuelle.
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La Ligue organise deux formations spécifiques dans la région : une formation de 4 à 5 jours pour devenir Éducateur handi-voile, réservée aux titulaires d'un diplôme d'encadrement, et une formation de 2 jours pour devenir Accompagnateur handi-voile, conçue pour les bénévoles aidants. Former les bénévoles revêt une importance particulière, car la mise en place de l'activité peut être complexe, surtout pour un moniteur seul.
Le réseau national est également vaste : aujourd'hui, ce sont plus de 300 clubs de voile répartis sur l'ensemble du territoire qui accueillent des personnes en situation de handicap. Que vous soyez jeune ou adulte, que vous veniez seul, entre amis, en famille ou avec votre centre, la voile devient un vecteur d'autonomie et de découverte.
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