L'archéologie subaquatique, une discipline exigeante et en constante évolution, se trouve au cœur de multiples défis. Elle est confrontée à une multitude de défis qui s'amplifient et deviennent de plus en plus complexes, car elle doit non seulement découvrir et étudier des vestiges souvent difficiles d'accès, mais surtout assurer leur conservation à long terme. Cette discipline, qui n'est pas seulement une profession à la mode, mais une véritable vocation, touche plusieurs facettes de la protection des ressources historiques. La gestion des épaves comme ressources culturelles, dans le but de les protéger, est devenue une préoccupation omniprésente. L'archéologue subaquatique évolue donc avec son temps, transformant son rôle de simple fouilleur en celui de gestionnaire, d'éducateur, d'informateur, et de protecteur.
Le patrimoine archéologique submergé représente une richesse inestimable pour les générations futures, mais sa sauvegarde requiert des approches spécifiques et innovantes. Cet article explore les méthodes, les enjeux et les innovations qui définissent la conservation en archéologie subaquatique, de la protection in situ à l'expertise des laboratoires pour les objets remontés à la surface.
Les Défis Fondamentaux de la Conservation des Vestiges Immergés
L'environnement sous-marin offre des conditions uniques pour la préservation des artefacts, mais il pose aussi des défis considérables une fois que ces derniers sont exposés à un milieu différent.
La Vulnérabilité des Vestiges Organiques et les Pressions Environnementales
Pendant des siècles, de nombreux objets archéologiques ont reposé à l’abri au fond de l’eau. En l’absence d’oxygène, les objets en matières organiques - bois, cuir, fibres végétales - ont échappé aux micro-organismes responsables d’une dégradation rapide. Ce milieu anoxique a permis de conserver la forme originale des éléments, offrant aux archéologues des informations précieuses. Cependant, dès qu’on les expose à l’air, les objets en matériaux organiques sont menacés d'une extrême vulnérabilité. Un séchage sans traitement spécifique signe leur destruction : les fibres se rétractent, les cellules s’affaissent, la structure se défait. La question cruciale devient alors : comment préserver la forme de l’objet et redonner une résistance à cette matière gorgée d’eau ? Les vestiges n'éliminent pas d'emblée le défi de les protéger, défi qui est de nouveau rompu lorsqu'on les retire du milieu marin. Les matériaux qui se sont gorgés d'eau, sont particulièrement vulnérables.
Au-delà de la fragilité intrinsèque des matériaux, le patrimoine archéologique, qu'il soit terrestre ou subaquatique, est également confronté à des menaces exogènes. Les sites archéologiques en milieu de montagne, par exemple, sont des zones longtemps restées en marge des projets d’aménagement. La recherche scientifique a encore beaucoup à découvrir pour comprendre les façons d’occuper les territoires d’altitude aux périodes anciennes. Les secteurs sous couvert végétal, terrains particulièrement contraints en termes d’accessibilité et de visibilité, s’offrent peu à peu au regard des archéologues notamment grâce aux développements technologiques récents comme le LiDAR. Cependant, ces espaces particulièrement fragiles sont aujourd’hui directement impactés par les changements climatiques (fonte des glaciers, érosion, etc.) et par les pressions anthropiques (tourisme plus massif, exploitation des ressources du sol, détectorisme, vandalisme, fouilles illicites, etc.). Ces situations s'appliquent, sous des formes différentes, aussi au patrimoine immergé.
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Ces pressions ajoutent des dimensions nouvelles aux préoccupations archéologiques et posent des questionnements quant à la pertinence de l'intervention archéologique. Le problème ultime est souvent la revente d'artefacts par des individus dont les intentions, purement pécuniaires, sont en contradiction totale avec la protection du patrimoine culturel submergé. Au Canada, la situation n'est souvent guère plus rose, avec des lois sur les épaves qui, dans certains cas, n’assurent pas la protection de celles-ci, bien au contraire, mais aboutissent parfois à une légitimation du prélèvement non-archéologique des épaves. Il existe un éventail très varié des types de protection, mais la mise en œuvre reste complexe, tant sur les plans scientifique qu'économique et politique.
L'Approche de la Conservation In Situ : Protéger sur le Site
Face à la complexité et au coût de la conservation ex situ, la conservation in situ est souvent privilégiée comme première ligne de défense pour le patrimoine archéologique submergé. L’objectif est de laisser les vestiges dans leur environnement d'origine, en les protégeant des agents de dégradation.
Depuis 2001, la protection des zones fouillées a fait appel à un revêtement de géotextile directement posé au contact des structures architecturales. Celui-ci est recouvert de pierres, puis il fait l’objet d’un classique réensablage à l'aide de suceuses et en utilisant le sédiment dégagé lors de la fouille. Cette technique vise à recréer les conditions anoxiques qui ont permis la préservation des structures pendant des siècles. En outre, les campagnes de fouille 1999, 2000 et 2008 se sont conclues par un réensablage massif des épaves opéré grâce au concours du sablier Côtes-d'Armor, de la Compagnie Armoricaine de Navigation.
Un exemple emblématique de cette approche est la gestion des épaves du site de Red Bay, au Labrador, où l'on décida de la ré-enfouir. Les deux navires, dont le San Juan, furent ré-ensevelies au fond du havre de Red Bay sous 315 tonnes de sable afin d'assurer sa conservation à long terme. Cette décision représente une approche de protection et de conservation des ressources, adaptée au type de mise en valeur de ces deux navires. Un autre cas est celui de l'anse aux Bouleaux qui s'est terminé en 1997, où l'épave fut également ré-enfouie. Pour d'autres vestiges moins fragiles ou de taille imposante, comme des boulets de canon, ils ont été laissés in situ, car leur prélèvement n'était ni pour des impératifs de recherche ni justifiable.
Quelle que soit la nature des interventions propres à conserver ou à sauvegarder par l’étude le patrimoine archéologique dans ces espaces particuliers, ces dernières engagent des méthodologies et des protocoles spécifiques très souvent corrélés aux enjeux environnementaux. La prise en compte de la gestion des ressources végétales notamment (forêts), et la nécessaire protection du biotope dans des espaces protégés ou vulnérables est une réalité opérationnelle et une nécessité impérieuse. Cette journée d’études propose d’explorer les interactions entre les professionnels de l’archéologie et de l’écologie à travers la présentation de cas concrets récents. Les communications aborderont les partenariats existants entre les acteurs des patrimoines naturels et culturels (DRAC, Dreal, ONF…), ainsi que les outils et méthodes concertés mis en œuvre pour la gestion de ces milieux spécifiques (plans de gestion, conventions…).
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L'Innovation Scientifique au Service de la Conservation Ex Situ
Lorsque le prélèvement d'artefacts est nécessaire pour l'étude ou la valorisation, des méthodes de conservation ex situ de pointe sont employées, particulièrement pour les matériaux organiques gorgés d'eau.
Des Pionniers aux Méthodes Actuelles de Traitement des Matériaux Gorgés d'Eau
La conservation des bois gorgés d'eau a connu des avancées majeures grâce à la recherche scientifique. En 1973, le Commissariat à l’énergie atomique de Grenoble travaille avec Michel Colardelle, responsable des fouilles sur le site médiéval du lac de Paladru. Il adapte aux bois gorgés d’eau le procédé « Nucléart », technique jusqu’alors utilisée pour sauvegarder des œuvres en bois sec, alliant l’usage d’une résine consolidante et l’irradiation gamma. Cette expérimentation permet au laboratoire ARC-Nucléart d’offrir aux archéologues une méthode unique de conservation pour les matériaux fragiles, issus notamment de fouilles subaquatiques. Le traitement des objets en matériaux organiques de Chalain et de Clairvaux par ARC-Nucléart est un exemple de ces succès.
Aujourd'hui, les restaurateurs ont d’autres procédés à leur disposition pour les bois gorgés d’eau. « On utilise notamment une technique qui permet l’évaporation de l’eau par lyophilisation, explique Sophie Fierro-Mircovich, conservatrice-restauratrice à ARC-Nucléart depuis 2005. L’objet est imprégné d’un consolidant chimique, le polyéthylène glycol, puis il est placé dans un lyophilisateur où il est congelé. On fait alors le vide, et la glace s’évapore, laissant la résine au cœur du bois séché ». Ces procédés ont fait leurs preuves et sont devenus incontournables. En laboratoire, bien au sec, un positif exact de l'objet fut reproduit pour permettre une étude approfondie de cet objet.
L’équipe du laboratoire grenoblois ne s’en tient pas à ces succès et continue d’explorer de nouvelles pistes. Suivant la trace de scientifiques japonais, Sophie Fierro-Mircovich s’intéresse à l’emploi de sucres pour conserver les matériaux organiques. Travaillant sur des objets archéologiques en bois, cuir, cordage ou autre matériau d’origine végétale ou animale, la conservatrice-restauratrice teste le vieillissement à long terme de ces matières, protégées par des sucres spécifiques - « un peu comme des fruits confits », s’amuse-t-elle. L’enjeu est de réduire le recours aux procédés issus du pétrole, notamment les résines chimiques. « Quand on traite des volumes importants, comme des épaves, l’impact environnemental est important », relève la spécialiste. Cet apport de la science est crucial pour la conservation des vestiges archéologiques et les évolutions des méthodologies ont progressivement évolué pour répondre à ces enjeux.
Des projets d'envergure illustrent cette quête constante de solutions. L'épave de la Kogge de Brême, découverte en 1962, a été démontée sous l’eau et mise à tremper dans des réservoirs. Dix-neuf ans plus tard, elle fut séchée dans un énorme réservoir en acier. La Kogge fut formellement présentée au monde entier en 1982. Plus récemment, l'épave du sous-marin à manivelle H.L. Hunley de la guerre civile américaine, qui disparut avec ses huit marins, a fait l'objet d'un sauvetage remarquable. Après des années de recherche, l’épave du H.L. Hunley fut découverte en 1990 dans le port de Charleston en Caroline du Sud. La décision de renflouer l’épave fut prise par les instances officielles, qui recrutèrent une équipe d’experts internationaux pour la fouille et la conservation à long terme du sous-marin. Le Warren Lasch Conservation Laboratory et l’équipe médico-légale ont été impliqués dans ce projet d'une complexité sans précédent.
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Méthodologies de Fouille, d'Étude et de Documentation
L'archéologie subaquatique a développé des méthodologies rigoureuses pour relever les défis de l'exploration et de la documentation sous l'eau.
De la Prospection à la Fouille Systématique
Les débuts de l'archéologie subaquatique furent marqués par l'invention, en 1943, des équipements de plongée autonome par Cousteau et Gagnan. Un système d'enregistrement plus méthodique avec carroyage fut utilisé, permettant de positionner précisément chaque objet découvert. Le travail à Red Bay, par exemple, est considéré comme un modèle, une fouille de référence. Il y a été mené avec une qualité de travail non seulement à des profondeurs significatives (plus d'un et quart), mais aussi dans l'extrême détail.
La fouille intensive du site, même lorsque la profondeur de fouille était à zéro, permit d'étudier la coque du navire y compris la coque elle-même. Chaque élément fut relevé dans les moindres détails, à l'échelle 1:10. La position par rapport aux tiges du carroyage était ainsi relevée avec précision. Les fouilles de grande ampleur des épaves du XVIIe-XVIIIe siècle à Grønnegaard à Copenhague, fouillées en 1996 et 1997, sont un autre exemple. La constitution d'une documentation fut développée et mise en place pour étudier les différentes structures des navires. Ce modèle fut utilisé pour la documentation afin de pouvoir effectuer les fouilles en un temps réduit.
Les secteurs sous couvert végétal, terrains particulièrement contraints en termes d’accessibilité et de visibilité, s’offrent peu à peu au regard des archéologues notamment grâce aux développements technologiques récents comme le LiDAR. Ce type de technologie est un exemple des méthodes de recherche mises en œuvre de nos jours pour les recherches en eaux profondes, qui utilisent aussi des systèmes inertiels.
Reconstituer l'Histoire : Documentation et Analyse Détaillée
L'étude des épaves va bien au-delà de leur simple récupération. Il s'agit de reconstituer l'histoire, les techniques de navigation de l'époque, la cargaison justifiant, par exemple, la présence basque au Labrador pour se livrer à la très lucrative pêche à la baleine. L'examen de l'assemblage des différentes pièces de la coque est important pour la compréhension du navire. Les assiettes en bois nous renseignent sur les modes de vie des Basques et leurs méthodes.
Les archives jouent un rôle primordial. « Vos papiers ! » est un impératif pour les chercheurs. Les ressources des services d’archives offrent des pistes diversifiées pour l'identification des vestiges sous-marins susceptibles d’être patrimonialisés. Pour comprendre comment les vaisseaux étaient construits à cette période, la peinture hollandaise de l'âge d'or est une source importante, mais l'ouvrage de référence sur le sujet (1671) a été écrit par Nicolas Witsen d’Amsterdam. L’ouvrage étant chaotique et illisible, la recherche sur ce navire en utilisant ses textes et rééditant l’ouvrage peut constituer une aide pour interpréter la source. Cependant, les quelques documents d'archives que nous possédons sont parfois fragmentaires.
Les recherches approfondies sont adaptées à chaque gisement particulier. Par exemple, une prospection d'une partie du port de Louisbourg a révélé la présence d'une vingtaine d'épaves du dix-huitième siècle, dont le nom de Conquête, celle d'un vaisseau de 64 canons. À Baie-Trinité, sur la Côte-Nord du Saint-Laurent, l'épave d'un navire anglais de la fin du dix-septième siècle, le Elizabeth & Mary, qui s'est perdu corps et âmes avec le navire lors d'une tempête, a été fouillée. Les débris de nourriture accumulés à l'intérieur du navire ont pu être étudiés. Ce site de 1693, en est un exemple éloquent des épaves fouillées. Le nombre d'objets retrouvés n'est pas faramineux, s'expliquant en partie par l'affaissement des parois de la coque entraînant le premier pont et les barriques intercalées avec les pierres de lest. L'épave de la Conquête, quant à elle, est très bien connue, contrairement à ceux de Red Bay.
Cadres Législatifs, Éthiques et Rôle des Acteurs
La protection du patrimoine subaquatique repose sur des cadres juridiques et éthiques en constante évolution, ainsi que sur l'engagement de divers acteurs.
L'Évolution de la Protection du Patrimoine Subaquatique
L'Europe occidentale a connu une double évolution de l'intérêt porté aux vestiges archéologiques sous-marins au fil des siècles. Cet intérêt est devenu culturel et archéologique, sous l'impulsion du pouvoir central. La France, par exemple, a d'abord protégé les biens présentant un caractère archéologique, historique ou artistique, puis elle a imposé le concept étendu de bien culturel maritime. Ce qui la distingue du fonctionnement italien et espagnol, où des figures comme Nino Lamboglia ont œuvré.
Au Canada, la naissance de l'archéologie subaquatique comme discipline a constitué une étape déterminante pour Parcs Canada, en particulier en ce qui a trait à la protection des vestiges. Elle a posé la valeur de la protection du patrimoine marin. Cependant, certains paliers législatifs peuvent avoir des effets pervers. En vertu du "salvage law" américain, un pourcentage de la valeur du bien est accordé au receveur d'épaves local, lequel a un an pour retrouver le ou les propriétaires. Malheureusement, l’article 303 de la Convention des Nations Unies susmentionnée, fondé sur le principe du "premier-arrivé-mieux-servi", peut paradoxalement mettre en danger les valeurs patrimoniales que l'on voudrait protéger, au contraire, une légitimation du prélèvement non-archéologique des épaves est même parfois constatée. Le sauvetage actuel du navire HMS Erebus, impliqué dans l'expédition désastreuse de Franklin visant à découvrir le passage du Nord-Ouest, a malheureusement avorté il y a plus d'un an, illustrant la complexité des opérations de recherche et de sauvetage en mer de l'histoire de l'humanité sur le territoire canadien actuel.
Pour guider les pratiques, des chartes comme celle d'ICOMOS (Conseil international des monuments et des sites) sont des références. Elles encouragent des fouilles qui se déroulent en toute sécurité pour les plongeurs et pour l'épave. La Chartre d'ICOMOS a été mise en place pour la protection du patrimoine culturel submergé.
L'Archéologue Subaquatique : Un Rôle Multiforme
L'archéologue subaquatique d'aujourd'hui ne se contente plus de fouiller les sites d'épaves. Il est également gestionnaire de ressources culturelles, un rôle dévolu par exemple aux archéologues subaquatiques de Parcs Canada. Sa mission inclut la sensibilisation, l'éducation et l'information du public. De nouvelles approches et des dimensions nouvelles sont nécessaires pour relever les défis. La communauté des plongeurs sportifs est devenue un allié précieux pour la protection des ressources culturelles submergées.
La formation est essentielle. Alors que l'archéologie terrestre relève souvent d'amateurs ou de passionnés, l'archéologie sous-marine s'appuie sur des équipes d’archéologues sous-marins et leurs assistants à temps plein. Le Nautical Archaeology Society Training Scheme a été développé, et ses cours internationaux ont essaimé sur 30 pays, avec des cours régionaux supplémentaires. Cet appui inespéré et cette formation rigoureuse leur permettent de mieux relever les nouveaux défis qui les attendent.
Les partenariats entre les acteurs des patrimoines naturels et culturels sont essentiels. Une journée d'études sur l'archéologie en milieu de montagne, par exemple, propose d’explorer ces interactions entre les professionnels de l’archéologie et de l’écologie à travers la présentation de cas concrets récents, abordant les outils et méthodes concertés (plans de gestion, conventions…).
Valorisation, Diffusion et Sensibilisation du Public
Le patrimoine archéologique subaquatique n'a de sens que s'il est partagé et rendu accessible au grand public, stimulant ainsi l'intérêt pour l'histoire maritime.
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