IntroductionJean Denais, figure emblématique de la vie politique locale, a marqué l'histoire de Thonon-les-Bains en occupant le poste de maire pendant un quart de siècle. Maire de Thonon-les-Bains depuis 1995, cet élu de la divers droite (DVD) a annoncé sa décision de ne pas se représenter aux élections municipales de 2020, mettant ainsi fin à une longue période de service public à la tête de la commune haut-savoyarde. Son mandat, riche en projets structurants et en défis, a façonné le visage de la ville et du Chablais. Cette décision, mûrement réfléchie, a été motivée par des raisons personnelles et familiales, comme il l'a expliqué au journal Le Messager. L'édile, âgé de 63 ans au moment de l'annonce, a laissé derrière lui un héritage complexe, entre réalisations notables et controverses judiciaires, tout en préparant la transition politique pour l'avenir de Thonon.
Les Fondations Politiques et le Contexte des Années 1980L'engagement de Jean Denais dans la vie publique s'inscrit dans un contexte politique local déjà dynamique bien avant son accession à la mairie. En 1983, la scène politique thononaise était marquée par des figures comme Paul Neuraz, alors adjoint au maire de Thonon. Un assistant parlementaire travaillait à Thonon-les-Bains pour un député élu en 1981, lui-même adjoint au maire de Thonon. À cette époque, la liste sortante, composée de nombreux "sans étiquette" et d'élus du centre et de droite modérée, semblait solidement implantée. Cependant, Paul Neuraz devait encore faire ses preuves et s'émanciper de l'ombre de son prédécesseur. Dans ce cadre, une aide fut demandée pour sa campagne, illustrant l'intense mobilisation électorale d'alors.
Les élections municipales de cette période furent profondément influencées par la loi Defferre de 1982, une réforme majeure qui bouleversa le paysage municipal français. Cette loi, qui n'a pas été modifiée depuis quarante ans, stipulait que la liste majoritaire obtenait 50% des sièges, tandis que les 50% restants étaient répartis à la proportionnelle entre les listes ayant obtenu plus de 10 % des voix, y compris la liste majoritaire. Avant cette réforme, dans les villes de plus de 3500 habitants, les listes majoritaires emportaient la totalité des sièges des conseils municipaux, permettant aux partis comme le RPR (ancêtre des Républicains), le PS ou le PC de gouverner des villes sans opposition significative. Le risque de voir cette configuration se reproduire, où une troisième liste pourrait compromettre une victoire au premier tour, était une préoccupation majeure pour la liste de Paul Neuraz. Des stratégies de campagne, incluant la distribution de tracts ciblant les électeurs et un "appel aux électeurs" usant de mots et d'expressions familières à certains membres de la "troisième liste" se revendiquant comme "purs gaullistes", furent mises en place pour assurer la victoire dès le premier tour.
En 1986, le contexte politique national évolua avec la première cohabitation et des changements dans la loi électorale revenant au scrutin classique par circonscription. Les accords nationaux UDF-RPR conduisirent à l'investiture d'un cacique du RPR, Pierre Mazeaud, maire de Saint-Julien en Genevois, pour la députation dans le secteur Thonon-Evian. Le maire de Thonon, Paul Neuraz, bien que membre du parti radical (UDF), ne bénéficia d'aucun soutien politique significatif. Face à cette situation, une analyse persistait sur le fait qu'une élection nationale ne devait pas être confondue avec une élection locale. L'idée était de ne pas se lamenter, mais de croire en soi et de s'organiser pour gagner les élections municipales futures. La proposition de Paul Neuraz d'intégrer de "sang neuf" dans sa liste pour la prochaine échéance reflétait cette volonté de dynamisme. C'est dans ce terreau politique que des slogans percutants furent élaborés, comme "Tous pour Thonon", qui, dans une ville sportive où les citoyens sont supporters du Thonon FC, évoquait également une publicité très fameuse de l'époque pour un produit laitier (« On se lève tous pour Danette »). L'ordonnancement de la liste mettait en avant les nouveaux noms, avec une bonne moitié de la liste sortante renouvelée. Le journal électoral privilégiait des photos et des articles sur les membres de la liste, sur qui ils sont, ce qu'ils représentent dans leur quartier, leur vie professionnelle, et leurs propositions concrètes pour améliorer la vie dans la cité, plutôt que des promesses ou l'autocélébration de la tête de liste.
L'Ascension et les Réalisations Marquant les Mandats de Jean Denais (1995-2020)L'arrivée de Jean Denais à la mairie de Thonon-les-Bains en 1995 marqua le début d'une ère longue et significative pour la ville. Sa victoire, qualifiée de "surprise générale", fut acquise au second tour des élections municipales, avec quelques voix d'avance, dans un contexte politique où l'image du maire sortant, après 15 ans de mandat, était écornée. Cet événement se produisait un mois après l'élection présidentielle remportée par Jacques Chirac, soulignant une dynamique politique nationale et locale complexe.
Au cours de ses quatre mandats, Jean Denais a été à l'origine de plusieurs projets importants qui ont transformé Thonon et ses environs. Parmi ses réalisations majeures, on compte l'aménagement de la gare, crucial pour pouvoir accueillir le Léman Express, un projet inauguré en décembre 2019 qui a considérablement amélioré les liaisons transfrontalières. Il a également porté le futur quartier Dessaix, un développement urbain significatif pour la commune, et le pôle culturel de la Visitation, enrichissant l'offre culturelle de Thonon. La rénovation de plusieurs écoles de la ville figure aussi parmi ses actions pour améliorer les infrastructures éducatives. En 2008, Jean Denais a inauguré le contournement de Thonon, un projet d'envergure visant à désengorger la circulation dans le centre-ville.
Au-delà des infrastructures, il a également œuvré pour le Chablais sur des dossiers emblématiques, comme celui de la fusion des hôpitaux, démontrant une vision intercommunale. Il a considéré la rivalité historique entre Thonon et Evian, incarnée par les anciens maires Jean Denais et Marc Francina, comme du "folklore", insistant sur la complémentarité des deux villes et le partage d'une vision commune du Chablais. Un exemple concret de cette collaboration est la formation de l'équipe de football Evian Thonon Gaillard, un défi qui fut considéré comme "impossible" mais qui fut néanmoins réalisé. Cependant, malgré ces collaborations, les deux élus emblématiques n'ont jamais envisagé une intercommunalité commune, une décision qui a mené à la coexistence actuelle de Thonon Agglo et du Pays d'Evian-Vallée d'Abondance dans une certaine "indifférence mutuelle", comme le souligne Patricia Mahut, ancienne attachée parlementaire de Marc Francina.
Cependant, le parcours de Jean Denais ne fut pas exempt de moments difficiles. Il a vécu des moments dramatiques comme le drame d’Allinges en 2008, lorsque un TER a percuté un bus scolaire, causant la mort de 7 enfants. Ces événements ont marqué son mandat, le confrontant à la gestion de crises majeures.
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La Controverse Immobilière et les Poursuites JudiciairesAu-delà de ses réalisations et des défis de sa fonction, le mandat de Jean Denais fut également entaché par une affaire de "prise illégale d'intérêts" liée à l'acquisition d'un bien immobilier. Cette controverse a éclaté lorsque des interrogations ont été soulevées concernant les conditions dans lesquelles il s'était porté acquéreur d'un appartement au sein du domaine de Corzent, sur la riviera thononaise, auprès d'une société d'économie mixte dont il était, en tant que maire de Thonon, président du conseil de surveillance.
Les faits remontent à 2011, lorsque Jean Denais s’est porté acquéreur d’un appartement de type 3 en VEFA (vente en l’état futur d’achèvement) dans la résidence « Domaine de Corzent », un hameau résidentiel de la périphérie thononaise qui descend en pente douce vers le Léman. Cet appartement, un logement confortable et luxueux situé au dernier étage, offrait une vue imprenable sur le lac, donnant sur un parc racheté quelques années auparavant par le Conservatoire du Littoral. La société d'économie mixte parapublique en question, Chablais Habitat, est financée par les collectivités locales, dont les mairies de Thonon, d’Evian, de Marin et d’Anthy-sur-Léman. En tant qu'administrateur de Chablais Habitat, Jean Denais intervenait à tous les échelons, déposant les permis de construire et procédant à la commercialisation des promotions. En tant que maire, il signait les autorisations d’urbanisme et s’assurait de leur conformité.
Plusieurs "petits détails de la transaction" ont semé le doute. Il fut révélé que l’appartement ainsi acheté avait été préalablement "réservé" par "l’économiste du bâtiment" en charge du dossier, un certain Alain Coone. Ce dernier, devenu par la suite maire adjoint chargé de la voirie et des bâtiments communaux, était en position de "faire main basse sur les trois meilleurs emplacements, dont deux juste sous les combles, avant même qu’ils ne soient commercialisés, c'est-à-dire avant même qu’une grille des tarifs ne soit rendue publique". Ce n’est que plus tard qu'Alain Coone a consenti à céder l’un des lots à Jean Denais, ou "à se désister en sa faveur" comme l'expliquait le maire de Thonon, qui se voulait "parfaitement transparent dans cette histoire". L'édile avait alors déclaré : « Alain Coone avait réservé cet appartement, mais comme il en a ensuite trouvé un plus grand, celui-ci s’est libéré et je l’ai acheté. C’est tout ». Cette explication laissait entendre qu'il avait bénéficié d'une opportunité non accessible aux autres acquéreurs potentiels, n'ayant pas la "chance d’être à la fois copain avec l’économiste du projet et président du conseil de surveillance de la société chargée de le commercialiser".
Jean Denais avait réfuté toute idée d'avoir profité de sa situation, affirmant : « je suis président du conseil de surveillance, pas du conseil d’administration. Le pouvoir, c’est le directeur qui l’a ». Il avait également ajouté avoir pris la "précaution d’en informer le conseil de surveillance de Chablais Habitat qui a acté la vente à l’unanimité". Quant au montant de la transaction, également mis en cause, il correspondait, selon l'édile, à « la base de la grille initiale ». Cependant, entre le moment où l’appartement a été "réservé" par Alain Coone en 2010 et celui où il est passé dans les mains de Jean Denais le 19 décembre 2011, l’appartement avait pris un peu d’ampleur. Initialement prévu pour une surface habitable de 82,67 m², plus 6,36 mètres en dessous de 1m80 de hauteur, et un grenier de 60 m², il présentait au moment du transfert une "petite variation". Les 60 m² de greniers avaient gagné 10 m² de plus pour se diviser ensuite en 32,89 m² de grenier et 37,47 m² de combles aménagés (en dessous de 1,80 m), augmentant ainsi la surface habitable d’au moins 9 m² compte tenu des surfaces pondérées. Au total, le maire de Thonon a payé son appartement d’environ 90 m² habitables, plus une grande terrasse tropézienne de 30 m² et un grenier de 30 m², pour la somme de 346 000 euros, plus 2 garages à 15 000 euros, soit une facture totale de 376 000 euros. Ce prix, qualifié de "presque un prix d’ami", n’avait rien d’exagéré compte tenu des prestations, alors que les appartements des étages inférieurs se vendaient en moyenne à 3 400 euros le m² à une clientèle majoritairement soumise à l’ISF. Pour réaliser cette acquisition, Jean Denais a pu compter sur le Crédit Agricole, établissement de crédit dirigé localement par Christian Perriot, également devenu maire adjoint chargé de l’économie et du commerce.
L'affaire, ouverte mollement en 2014, avait été délocalisée fin 2017 vers Annecy puis confiée à la brigade financière de Lyon, ce qui n'augurait rien de très réjouissant. Le tribunal correctionnel d’Annecy a renvoyé Jean Denais pour "prise illégale d’intérêts", l'invitant à s’expliquer sur ce qu'il avait qualifié en 2014 de « du grand n’importe quoi ». Finalement, la fin de son dernier mandat a été marquée par une condamnation judiciaire à 5 000 euros d'amende avec sursis en juin 2019 pour "prise illégale d’intérêts".
La Fin de Mandat et la Transition de 2020C'est avec l'annonce de sa non-représentation aux élections municipales de mars 2020 que Jean Denais a entamé la dernière phase de son long mandat. Il avait annoncé sa décision au Messager : « J'ai décidé de ne pas me représenter pour des raisons personnelles et familiales, après une longue réflexion », expliquait l'édile âgé de 63 ans. Joint par France Bleu Pays de Savoie, il a précisé qu'il s'agissait d'un choix motivé par des "raisons personnelles et familiales" et qu'il fallait "savoir passer la main". Il a souligné que : « Je vais avoir 64 ans, c’est l’âge pivot dont on parle beaucoup (…) Etre maire de Thonon est une fonction prenante, il faut une santé de fer. Il faut savoir passer la main. ». Il a également confié que la fin de ce dernier mandat avait été compliquée, notamment avec la gestion de la période du Covid pendant plus de quatre mois, un "cap assez difficile, voire compliqué".
Pour lui succéder, c'est Astrid Baud-Roche, son adjointe actuellement en charge des questions d'éducation et conseillère régionale, qui a tenté de décrocher l'écharpe tricolore. Cette journaliste de formation, âgée de 49 ans, était également présidente de la Mission locale du Chablais, du Symagev (Syndicat mixte d'accueil des gens du voyage sédentarisés et non sédentarisés du Chablais) et de Chablais Insertion. Elle avait déjà été candidate malheureuse aux élections législatives de 2012 et de 2017.
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La campagne des élections municipales de 2020 à Thonon-les-Bains fut animée par de nombreux autres candidats. Franck Dalibard, sans étiquette, à la tête de la liste « J'aime Thonon », avait annoncé sa candidature dès 2018, ce qui témoignait de l'effervescence politique autour de la succession de Jean Denais. Le contexte des élections de mars 2020 fut exceptionnel, en pleine pandémie de coronavirus, ce qui a entraîné une très forte abstention en Haute-Savoie et une importante en Savoie lors du premier tour le 15 mars. Le second tour, reporté, s'est finalement déroulé le 28 juin, plus de trois mois après le premier. Après avoir été l'un des plus fervents opposants au maire sortant Jean Denais, Christophe Arminjon est finalement devenu l'édile de Thonon-les-Bains, remportant une victoire large le 29 juin 2020, succédant ainsi à Jean Denais après 25 ans.
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